PARTIE 11, CHAPITIIE I
Un sénatus-consulte ou un rescrit du prince furent toujours nécessaires, sinon pour rétablissement (la formation était spontanée et libre) ^ , du moins pour la légalisation de l'existence d'une corporation^. De là une assez grande abondance de textes précis et authentiques.
Ces textes permettent de suivre facilement la filiation. La première apparition du reste ne se fait guère attendre, car elle remonte au premier législateur de Rome. « Numa,ditPlutarque^, distribua tout le peuple à Rome en plusieurs corps séparés chacun par des intérêts particuliers ; il le répartit donc en divers corps de métiers, comme de musiciens, d'orfèvres, de charpentiers, de teinturiers, de cordonniers, de tanneurs, de forgerons, de potiers de terre, et ainsi des autres; réunissant en un seul corps tous les artisans du même métier^ et instituant des assemblées, des fêtes, des cérémonies de religion convenables à chacun de ces corps. »
Cette organisation est civile, industrielle et religieuse, mais elle a aussi pour objet la garantie réciproque; cette garantie est même le principal résultat effectif qui en découle. Les membres de ces collèges prenaient le titre de sodales^ et les corps celui de sodalitates *. Depuis les mesureurs jurés et les nautes (on sait la célébrité des mesureurs de blé aux magasins du port d'Ostie, comme aussi celle des nautes du Tibre, du Rhône et de la Seine) ^; depuis les professions relatives aux subsistances, et auxquelles le législateur attacha toujours une importance d'autant plus grande que ce peuple romain voulait être nourri autant qu'amusé, jusqu'aux professions libérales, jusqu'aux médecins, aux peintres et aux sculpteurs, toutes les professions furent ainsi incorporées ^. Chaque collège élisait annuellement
* Au moins jusqu'à Trajan.
2 Voyez à l'appui de cette assertion au Dig. L. 1, Quod cujus univers ; L 5, g 12, Dejuve imm.; L. 3, § l, Decolkg. et corp.
3 Vie de Numa, chap. xvii.
^ On les désignait aussi indifféremment sous les noms génériques de CoUegia ou Corpora.
5 Lyon montre encore avec orgueil les vestiges du temple élevé à Auguste par les nautes du Rhône.
6 Une constitution de Constantin rapportée au Digeste, énumère quarante espèces de corps. Les trois principaux furent ceux des boulangers {pistorum), des bouchers {suariorum} et des mariniers {nautarum vel naviculariorum). Ils rentrent tous dans
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des administrateurs qui portaient le nom de patrons ou de syndics. Un de ces patrons ou syndics était nommé pour cinq ans, par la corporation tout entière, administrateur général des intérêts de la société ; il portait le titre de prior. Les patrons des bateliers du Tibre étaient élevés de droit, après cinq ans de service, à la dignité de comte.
L'autorité publique, dans cette Rome patricienne«et guerrière qui méprisait et redoutait le travail, ne cessa pas un instant d'avoir la haute main sur les collèges. Réformés et reconstitués par Tarquin le Superbe *, ils reprirent, immédiatement après son expulsion, leur ancienne forme. Postérieurement à la législation des décemvirs, divers sénatus-consultes ^ reprirent l'œuvre de Tarquin. Jules César, Auguste, Néron et Trajan supprimèrent ou modifièrent à leur tour des institutions dont le nombre leur paraissait trop considérable, dont l'organisation leur semblait renfermer des éléments dangereux, dont les aspirations avaient fini par devenir un objet de terreur pour la tyrannie impériale de plus en plus convaincue, par ses incessantes tentatives de la difficulté de se faire des instruments propres de ces grandes agglomérations de travailleurs ^
A Rome en effet comme à Athènes, les sodalités avaient commencé par être de petites amphictyonies très-inoftensives ; c'està-dire des réunions ou confréries ayant un caractère d'humanité et des rites sacrés *. Mais elles ne purent grandir et surtout traverser la République sans s'imprégner de mœurs et d'idées différentes, sans essayer de secouer le poids de préjugés et de mépris universels. « Ces hommes de travail, dit M. Vallon ^ humiliés et appauvris par l'esclavage, et depuis si longtemps éloi-
la classilication généraip suivante : ateUers de l'État, subsistances, métiers libres.
Certains textes s'a[»|tli((ueiit aussi à des associations formées entre les soldats des légions romaines.
• Voir Denys d'Halirarnasse, livre IV.
a Le premier rendu sous le consulat de L. Cœcilius et de Q. Martius.
^ Voir jiour l'intervention de César, Suétone, chap xxxii et xlii; pour celle de Trajan la lO' Épltre de IMine, lequel rai.porto que l'empereur lui refusa la permission de fonder un collège de 150 ouvriers à Nicomédie, par le motif que cette ville était travaillée par les factions; enlin, pour l'inlerventlon de Néron, le livre XIV des Annales de Tacite, chap. xvii.
^ Voir M. Vallon, De VKsclavajc, t. III, p. 501, note 38.
5 m sup., t. III, p. 486.