IV. - LES AMOUREUX
La passion de Téodord était réelle : il aimait Cavalcada. On fut très-surpris de voir dans la ville un6 prima donna d'étrier et de tours de ccrcêattx captiver \m prince et l'enchainer à son char^ pour me servir d'une comparaison classique de manège^
Le signorGuerra fut raisonnablement flatté de cette alliance de sa maison avec celle des Lan-Luca : cette distinction ne valait-elle pas un brevet ou des armoiries pour sa troupe? On n'appelaitplus^diezltdla petite que Prine^€9sa»
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Ainsi 4Û'il arrite i toutes les folies de prince, celleci fat contiile d^abord^ puis censurée amèrement : chaque bourgeoise de LivoUrne donna là-dessus son ayis comme un jtirt. Les fetnnies envièrent Cavalcada en la méprisant bien haut ; les hommes prétendirent que lé prince devenait républicain et dérogeait... On alla jusqu'à dire que cette écuyère de seize ans était peut-*être sa fille. Téodoro, loin d'en faire pendre aucun les laissa pailler tous et se contenta d'être heureux : le bonheur fait la clémence des princes.
D'ailleurs, je crois l'avoir dit, il n'avait jamais aimé. A force d'ennui, il en était venu au scepticisme, demandant à Croire, et ne croyant pas ; traitant le plaisir en hôte défiant, et barricadant son coeur pour n'être pas victime d'une surprise. 'Cette politique d'homme Usé, misérable et fausse, le seul regard d'un enfant la renversa.
Oui, Cavalcada, naïve et jolie, fantasque, et plus belle encore des défauts mêmes de sa jeune organisation \ Cavalcada, Ignorante de toutes les roueries de la civilisation galëntè, espèce d'exception piquante et foUe au milieu de ce qu'on appelle le grand monde, Cavalcada pahit à ce jeutte homme un délicieux essai en fait de contraste, un hochet d'amusement dont il s'empara tout aussitôt.
Et d'abord, il lui fit lui-même sa cour. Je dis luimême, car d'ordinaire ils aiment par ambassadeur ceux que le ciel a fait assez malheureux pour être princes.
Ils arrivent toujours pour trouver leur passion faite :
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quand ils viennent, la place est rendue et on leur remet les clés. Un cacliemire, un écrin, plaident pour eux, quand cç n'est pas un officier d'ordonnance. Mais^ Téodoro I il n'eut point recours à ces mensonges ; il fit son siège lui seul, et comme un simple soldat. Le premier jour^ il attendit la petite au sortir de son auberge ; elle devait se rendre au cirque, et, à la porte même, un vieil écuyer tenait deux chevaux en main : c'était le bonhomme Irœneus... L'amoureux prince glissa en tremblant un petit billet dans la manche de la charmante amazone, puis il s'échappa comme un écolier à travers le jardin de Fhôtel même; la nuit baissait, et, à le voir frôler le mur, vous eussiez dit un voleur. Soyez donc prince, pour vous faire ainsi vous-même votre Figaro !
Ce qui le piqua au jeu, il faut le dire, c'est que Té. cuyère ne faisait aucune attention à ses billets. Les enfants n'aiment guère que ce qui les éblouit : Gavalcada était loin de soupçonner un prince aussi beau que ceux des contes de fées dans l'auteur de ces messages obscurs qui la venaient chercher, tantôt sous le péristyle du cirque, tantôt sous les tentes de la grande rue, ou les citronniers de l'auberge del Giardino.
Riche de paillettes et d'or, bercée de mille rêves ambitieux comme ses rôles, la jeune fille ne voyait en lui qu'un pauvre étudiant de Sienne. Chacune de ses épitres était pour elle un long ennui : la pauvre enfant ne savait pas lire!
Il y a dans cette ignorance première un charme d'in-
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génuité si vrai, que Théodore se surprit lui-même à garder huit jours son déguisement comme un héros d'opéra-comique. Il se contentait d'aller à la promenade et de suivre de loin la troupe grotesque de Guerra, en montant lui-même le cheval le plus simple et le plus modeste de ses écuries. Sa première crainte fut d'abord une crainte jalouse, son amour trembla d'avoir à joûteravec celui d'un ignoble rival, caché au sein de cette troupe même : Cavalcada pouvait être promise à quelque bateleur équestre dont il ignorait la passion obscure; et puis cette enfant n'était-elle pas soumise au bon plaisir de Guerra, son maître? Théodoro la plaignît et l'éludia donc ces huit grands jours. Au bout de ce temps, il en était fou, malheureux!
Et dès ce moment aussi il se montra à elle dans sa vraie tenue du prince, impérieux, brillant, redevenu lui. n fit passer et repasser, au pas, devant l'auberge, sa livrée et ses chevaux ; il donna vingt sérénades pour elle, et finit par ce seul mot qui mit fin à toute cette pompe de galanteries, en accréditant auprès d'elle la matrone là plus respectable de la troupe, madame Guerra, qui lui dit un jour d'un ton mielleux, après l'exercice : — Mademoiselle Cavalcada, le prince vous attend ce soir.
Cavalcada ne se contint pas de joie : aimer un prince, un beau prince, en être aimée ! Elle fut conduite à l'hôtel Théodoro. Hélas! elle ne vit qu'un homme ennuyé de tout, comme les gens qui s'amusent; un malade aux joues rosées, aux cheveux lisses
d%È GAYALGADÂ.
0t soyeiix ; d'autant pius triste qu'il savait mieui: que personne la cause de son mal^ qu'il sefardAit> s'usait et se mourait tous les joursi Théodoro lui fit d'abord très-'grand'peur.
Il la reçU; lui^ comme ntiange envoyé du ciel ; il âe Hût presque à ses genoux. Jamais peut-^ètre la folie d'un honmie n'alla plus loin. Il la servait lui-même, ks premières fois^ dans sa chambre ; il renvoyait lion Valet^ son secrétaire et ses gens.
Beul alors, il était doucement la spadella de da résille, la dégrafait et la déchaussait.
Quand elle repartait en chaise, à la huit, il suivait ses porteurs à distance jusqu'à l'auberge ou à la porte du cirque; puis il revenait, ptéoédé par un seul homme^ jusqu'au palais.
Ceci dura cinq semaines.
Quand elle devait paraître dans un exercitse^ il arrivait juste au moment de son entrée^ sortait immédiatement après, et ne parlait à qui que ce fut; et jamais^ sà« ohez-le bien, il ne s'applaudit tant de n'avoir pas d'ami, car il l'eût à coup sûr sacrifié et perdu pour Cette fllle.
Le premier reproche que lui fit le monde fut de ne point la tirer de son état. Pourquoi ne pas réparer un tort de fortune ? Que ne donnait-il à cette enfailtune éducatioii choisie? Comment supposer qu'il l'aimât longtemps, et qu'il fût seulement huit jours sans en être las?
Et mille autres hypothèses d'envies bourgeoises et Nantes.
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A cela Théodoro répondait par sa passion même ; jl aimait cette femme précisément h cause de sou métier^ drame quotidien d'émotions^ d'angoisses, de périls. U l'aimait parce qu'elle occupait son àme^ qu'elle le faisait heureux ou chagrin, tremblant^ misérable ou envié,
n souffrait doue et l'aimait ainsi.
Qu'on battît des mains en la voyant franchir une bmriére et quand spu cheval hennissait, Théodoro voyait; lui, toute autre phose ; il avait la fièvre et croyait toucher les maius froides de Cavalcada, S'il n'est p^ au monde de seèues plus fertiles eu joies ou m terreurs que celles d'uu cirque ; peusea^ un peu ce que devait Être l'amour de Téodoro I Cet amour dausoit à chaque instant sur un prépipice comme sa belle éeuyôre ; il u'avait pas le temps de réfléchir, pressé qu'il était, ainsi qu'un cheval sous le fouet du maître; il arrivait au but^ haletant et l'œil en feu, après mille obstables et mille morts.
Mais aussi quelles extases ! Presser dans ses bras une pareille victoire, d'écheveler une femme si bellC; entendre son cri d'amour au milieu de tous les cris d'ivresse et des trépignements de cette salle, la sentir brûler et palpiter sous sa main; puis, quand elle remonte sur son coursier, trembler et la voir encore, être pâle et incertain de nouveau, frémir, courir avec elle, applaudir et triompher! Théodoro se fiit vraiment bien gardé d'en faire une grande dame, la sauteuse lui plaisait trop^
Que vous. dirai-je? Le seul caractère de Cavalca^da
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entretenailce prestige. Imaginez une jolie fille de seize ans, avec Sft jeunesse en fleur, boudeuse par instans, et s'animant jusqu'à la colère ; ignorant ce qu'était Tamour, la pauvre enfant I mais belle et^uave à le faire naître toujours ; recueillie tantôt comme une Madeleine duCorrége, tantôt bondissante comme une brune vendangeuse dlschia ou d'Agrigente.
Oh ! elle n'avait garde de respecter l'étiquette, cellelà! Elle contredisait le prince qui n'avait pas avec elle un seul instant monotone. Ce jour-là, c'était pour lui demander sa voiture ; cette autre fois, pour qu'il lui cédât sa place à l'église : que vous dirai-je? mille et mille fantaisies. Un soir que la marquise A... avait hautement déclamé contre elle, Cavaïcada sut bien s'en venger au cirque : elle profita de la rapidité d'im galop pour faire jaillir la poudre du manège jusque dans la loge de la marquise.
Téodoro riait de toutes ces folies. L'important pour ce jeune homme c'était de voir son ennui métamorphosé en passion, son insouciance en désirs : il était heureux de vivre. Ce qui l'étonnait le plus c'est que cet amour n'avait rien de bas et de répugnant. D'ordinaiire, ces r*iiiies de manège, déesses de l'Olympe pour un quart d'heure, sont filles de couturières ou deportu^rs... belles, quelques secondes peut-être, sous leurs oripeaux d'emprunt; mais, leur rôle achevé, bien tristes et bien misérables créatures ! Un mauvais foulai*d succède pour elles aux cachemires du Thibet et aux dîadômos de l'Inde. Or. Cavaïcada n'avait qu'une man-
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te noire, une petite robe de soie, mais toujours propre : elle n'avait pas de mère ou de tante, c'est-à-dire ce quelque chose de liideux enveloppé dans un châle, qui se colle en guise d'enseigne à chaque démarche d'une pauvre jeune fille... Cavalcada n'avait pour soutien et ami qu'Iraeneus.
Sans l'arracher à cette condition si pauvre, le prince songea pourtant à faire choix pour elle d'un logement. Cette demeure était proche du palais : une petite maison à toit plat, ornée d'une terrasse aux géraniums parfumés. Son rez-de-chaussée fut meublé bien vite; il était rare que le prince n'y vînt 'pas souper» Quelques joiu*s après l'inauguration du logis, et comme ils allaient se mettre à table, Téodoro fut très-surpris de trouver une grande figure, la serviette en main et debout derrière sa chaise.
C'était vraiment le plus disgracieux fantôme de nègre qui ge pût imaginer : de grosses lèvres saillantes, un buste difforme agrafé dans un vieux frac blanc à boutons d'or, et pardessus le marché, de la poudre sur ses cheveux crépus; oui, de la poudre, comme s'il eût voulu faire ressortir le bistre de son trint. Pauvre marchandise humaine, perdue, avariée ! eût dit un acheteur du Cap- Vert.
Téodoro ne put réprimer un léiçer frisson... Cet homme, qui le salua dès l'entrée avec respect, gênait le prince. Son front se rembrunissait drj à, et quand le nègre fut sorti :
— Cavalcada, connaissrz-vous bion oot homme?
S(i6 CÂYÂLCADA.
—Pour Tatolr, cher prince, â mou service depuis ces trois jours. C'est à la fois mon palefrenier et mon laquais. U'est fort laid, rattachr'. à merveille les sangles cassées, met fort bien le blanc sous la semelle, ramas* se le mouchoir, et me protège contre . les fureurs de Guerra.
— C'est tout?
— Je vous dirai encore qu'il s'est présenté à moi en me demandant si j'étais vraiment Vamoureuse du jîftncc. Il tenait singulièrement âéclaircir ce fait-là. L'orgueil de ce noir était peut-^tre flatté. Il m'a dit même vous connaître.
— Oui, je l'ai vu... autrefois... ily a longtemps. Il te faut le renvoyer.
— Pourquoi donc ?
— 11 me déplaît.
— Téodoro, vous renvoyez ce pauvre nègre parce qu'a est laid, peut-être même ennuyeux... maïs c'est de la tyrannie ! A ce compte-là. Monsieur, renvoyez d'abord votre intendant : je ne vais pas une fois chez vous qu'il ne me fasse la grimace...
— • Si vous m'aimez, vous ne le garderez pas...
— Encore uii coup, que vousa-t-il donc fait? ditelle, fort sérieuse cette fois.
— Ce qu'il m'a fait I s*écria Téodoro avec une véritable exaltation, ce qu'il m'a fait ! Ah ! vous voulez le savoir ! eh bien! je ne lui pardonnerai de ma vie.
— Qu'est-ce donc?
— Il m'asauvé... oui, sauvé, quand j'eusse mieux
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aimé mille fois qu'il ne me sauvât pas, et que son bras fùt^ du moins^ utileà une autre !*. . Écoute, Gayalcada.
J'avais dix^neof ans ; j'habitais à Oènes, trois mois de Tété^ un palais à quelques brassées du golfe. Lé golfe de Gënds, au elair de lune, est un magnifique} écrin ; la mer étincelle alors de mille pierreries flottantes : c'est l'heure de son incendie de phosphore. J'avais une barque à l'entrée du port^ une belle barque à rideatis de veloUri et d'armoiries, dont j'eusse fait ton hamac^ si alors je n'eusse connu un autre ange que toi> Gavalcada I C'était là le lieu de nos rendec- YOtls. La barque, conduite par un homme de ma maison, tra^t chaque soir son léger sillon autour du gdfb; chaque soir Flaminetta en sortait plus belle, AU feu des étoiles* Ce commerce d'amour dura deux mois. Son père, riche bourgeois de la ville, grftce à ma pru« dence, n'en sut rien d'abord. J'aimais Flaminetta comme on aime à dix-neuf ans: un premier amour! Elle était musicienne et fort jolie. Allemande encore plus qu'Italienne, pleine de remords et d'effroi sur^ tout, car elle craignait que je ne la quittasse un jour.
J'écrivis au père que mon parti était pris, que je ne voulais qu'une chose... l'épouser. Ma résolution était sinsèrè et me coûtait peu. Épouser une femme de mou choix, sans qu'un contrat de politique vienne me l'im** poser, a toujours été le seul voeu de ma vie. Son père me fit réponse. Il traitait, dans cette lettre, ma passion de caprice; il paraissait ignorer mes relations
30ft CAVALCADA.
amoureuses avec sa fille, et me refusait formellement. Nous fûmes désespérés. L'homme qui me remit ce message était le nègre Grobby^ le même qui est chez toi à cette heure. N'écoutant que mon amour^ je résolus d'enlever Flaminetta. Je convins de tout avec Flamelle, le soir même, dans un petit hôtel à côté du port, où buvaient quelques marins. A la tombée de la nuit^ je m'avançai vers là barque ; elle était chargée de provisions, d'après mes ordres, et devait^ cingler vers Albinga. Notre projet n'était connu que de l'un de mes gens... à la place duquel je fus très-surpris de trouver Crobby. H me raconta qu'instruit detout, l'archiduc, mon oncle, devait faire courir une tartane à ma poursuite. Mon domestique avait eu peur, et l'a. vait chargé, lui Crobby, excellent pilote, de nous conduire. J'abandonnai notre fortune à sa. manœuvre. Le temps était fort gros sur le matim J'ignore par quel accident nous découvrîmes, à quelques toises de la côte, un large trou, voisin de notre petite cabine. Le vent soufilait, et la vague allait nous couvrir: eUe entrait déjà dans notre frêle embarcation...
— Eh bien, dit alors Cavalcada vraiment effrayée.
— Eh bieni alors je saisis Flaminetta que bientôt mes doigts lâchèrent. Le flot venait de me couvrir entièrement. En cet instant, Crobby me souleva et m'arracha & la mer ; et, bien que je criasse de toutes mes forces : Sauve, sauve Flaminetta I il me porta, lui, toujours haletant, au dessus du flot, et me déposa, à moitié mourant, sur le rivage. Quand je repris mes
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sens, je demandai vainement Fiaminetta^ vainement!... elle était morte.
— Mais enfin il vous a sauvé, lui?
— Que mlmportait-il? C'était bien de moi qu'il s'agissait! Je me fusse sauvé sans lui. Et quand je le vis ouvrir deux grands yeux d'un air hébété, en me montrant du doigt la vaste mer, je fus sur le point de le tuer, cet homme ! Le lendemain, je lui fis compter 300 florins, et il reçut l'ordre de ne plus jamais se présenter devant moi. Concevez-vous maintenant que je le haïsse? C'est presque un linceul noir que cette figure; et, Dieu me protège! je n'eusse pas cru renconti'er chez toi un si lugubre valet 1
Elle reprit après un silence de quelques minutes :
— Voilà une histoire qui m'a rendue bien pensive.
— Pourquoi?
— Parce que je me dis que cette Flaminelta que vous vouhez épouser devait être plus belle que moi, Téodoro, plus aimante surtout pour captiver ainsi!... Elle était donc bien belle ?
— Beaucoup moins que vous. D'abord vous êtes plus jeune.
— Vous voulez dire plus simple... une de ces potitos filles, comme le crie tout haut votre marquise d'A..., qu'on fait entrer par une porte et sortir par l'autre ! As-tu dis cela, Téodoro? Cette femme répète en tons lieux que tu l'as dit.
— Propos de douairière, mou ange.
— Toujours est-il que vous ne m'épouserez pas
Ht CAVALGADA.
Gomme votre Flaminetta. Vous allez me jeter ua jour à la portas, Téodoro. Vous ne m'aimez pas, monsieur 1
— Ne dis pas cela, enfant, ne dis pas cela. Si je t*aime! mais je donnerais pour toi mon palais génois de Servi, mon titre de neveu et de seul héritier de rarchiduc!... Damné d^arohiduct eontânua-t-il en se promenant d'un air sombre; s'attacher à mes pas Qomme Tombre de Banco ^ entraver mes amours^ vouloir me déshériter!...
loi il y eut un léger claquement d'assiettes près de Toffiee.
^— Nous ne sommes pas seuls? dit vivement le prince.
-<- Seuls ^ ohl bien seuls, mon Téodoro. Peut-être Crobby range Targenterie à cette heure.
Téodoro, dont l'agitation croissait, lui dit alors :
*.— Cavalcade, m'aimes-tu î
Elle attendait sans doute cette question pour l'em^ brasser. Ils se tinrent ainsi longtemps muets dans la chambre à demi sombre , échangeant de douces paroles et de longs soupirs. Les cheveux de l'éouyère baignaient sa petite robe blanche ; son cou était rouge, tiède encore d'ardents baisers, quand Téodoro s'approcha de la fenêtre , une fenêtre élevée de quelques pieds au-dessus d'un petit banc caché par des tournesols.
— Cavalcada , soupira l'amoureux jeune homme, il en sera ce que je t'ai dit Nulle oreille humaine ne doit entendre ce secret, nulle au monde; car tout
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m'oblige à le cacher : dans quatre jours tu seras ma femme,
— Ta femme! ta femme! Dis-tu vrai! Oh! ne va pas me mentir, mon prince!
•^ Enfant» tu es mon second et mon dernier amour. Oui, tu seras ma femme. Si tu m'étais ravie, j'en jure par Flaminettal jamais une autre femme ne recevrait de moi le titre d-épouse. C'est à Monténéro que nous irons, à Monténéro, aussi riche en indulgences que la Casa Santa de Lorette. C'est devant la Vierge que je veux te nommer ma femme.
•^Téodoro!
^ Mais nous irons seuls, bien seuls; j'aurai soin d'avoir deux chevaux prêts ; mon intendant préviendra le prêtre.
-^ Dans quatre jours ?
— Quatre jours... Et de là, cher auge, nous irons halnter mon palais Servi, dans la plus belle rue de Gênes.
— Oh ! oui ; mais non pas à Gènes ; vous venez de me rappeler Flaminetta !
•-» Superstitieuse !
Et Qs se parlèrent bien bas.
•-^ VcHci qui est étrange, dit Téodoro en se penchant à la fenêtre 2 ces tournesols ont remué... eacheraientils quelqu'un?
— Quelle idée, mon cher seigneur ! ce sera la brise du port : il fait si froid cette nuit !
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