UNE CONDITION
Le jeune ouvrier rentra soucieux chez lui. Selon toute apparence, il dut se tenir longtemps à la fenêtre de sa boutique pom^ suivre des yeux le même chemin
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qu'avaient pris ces deux femmes, car Tun de ses apprentis vint l'avertir respectneusementque la croix en question était presque terminée, et qu'il n'y manquait plus que les attributs de la Passion, dont Gervais devait se charger. Le bois de la croix était en eifet lisse et brillant, ouvragé avec soin comme pour une chapelle de Visitandines. Gervais congédia ses apprentis.
Resté seul, il essaya de se distraire de Tennui d'un pareil travail par le souvenir exact de tout ce qui l'avait frappé jusqu'à ce jour ; et, chose merveilleuse ! les étonnements naïfs de Gervais le provincial s'effacèrent tous devant Tapparition miraculeuse de cette belle fille entrevue par lui l'espace d'une demi-heure; pour Fi*ançoise il oublia la ville de Paris et son magnifique aspect, il oublia le diacre Paris et ses miracles. 11 faut le dire aussi, jamais, de mémoire d'Amiénois venu à Paris, une si parfaite créature n'avait tenté un fils de province. Ce qui intéressait Gervais à cette figure, que son enthousiasme appelait déjà céleste, était plutôt la douleur honnête et naïve qu'il avait vue répandue sur chaque trait de la bonne et belle Françoise. C'était ce port majestueux d'une simple fille, et ce beau corps dont un déshabillé plus que vulgaire voilait chaque secrète beauté. Tout jusqu'au patois lentement criard de la Picarde, et sa colère grotesque contre son maître dans la scène précédente, avait enchanté le jeune menuisier. Dans quelques mots échangés à peine devant lui, il avait appris que Françoise était de Péronne, et ce nom seul, le nom de sa ville
n^itale, avait rejailli comme on rayou de gloire et de grâce nouvelle sur le front de sa déesse. De ce moment-là Gervais conçut Tidée de devenir son sauveur. La condition future de cette belle fille TeiSrayait. De quelle condition avait en effet voulu parler la demoiselle Flippart? A Paris il y a tant de métiers étranges 1... Gervais en ce moment était TAmadis le pins tourmenté de la rue des Poides et de tout le quartier Saint-Marcel...
Vous dire les projets qu'il imagina pendant les jours qui suivirent serait au-dessus de votre patience, lecteur; contentez-vous de savoir que Gervais travailla "avec plus d'ardeur que jamais^ et que le 27 au matin les attributs de sa croix^ commandée pour ce jour même, étaient parachevés et bien placés.
Quand la nuit tomba^ Gervais, comme de coutume^ s'échappa de sa boutique. Il avait remarqué depuis peu que c'était dans la direction de la longue rue Mouffetard que la demoiselle Flippart se rendait avec Françoise. Les premiers jours, il peusa que la c'onsciUière myslérieuse de la belle Picarde la conduisait peut-être dans quelque atelier de travail , magasin janséniste et suranné des modes et affiquets de Saint- Séverin, fabrique de bonnets étriqués et de chignons exigus. Mais, outre que Françoise lui parut souvent changer de maison, le tumulte et l'obscurité du faubourg lui fit maintes fois perdre sa trace. Il se résolut donc à faire ce soir-là une battue dans les règles , et sur les dix heures il se blottit sous l'auvent d'un
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layetier de ses amis^ à la descente même de cette rue sombre.
Sur le pavé tortueux et glissant de ce faubourg il entendit bien longtemps craquer les lourdes vMtures des rouliers et les épaisses charrettes des marchands de farine, tandis que les cloches do Saint-Médaxd sonnaient un glas sinistre , ou que plusieurs chaises et Toitures étrangères sans nul doute à ce quartier longeaient le coin du cimetière à sa gauche. Onze heures étaient sonnées : le silence le plus profond régnait^ et les lanternes de corne du layetier étaient éteintes.
Le froid de la nuit et l'impatience tourmentaient déjà le menuisier. Peu ù peu Taspect ténébreux du faubourg s'étant accru des ombres réelles de la nuit^ Gervais distinguait à grand'peine quelques silhouettes que le seul fallot de cet angle renvoyait à la muraille; tout à coup cependant il tressaillit...
Une femme, une seule feînme venait de traverser le ruisseau; il parut bientôt à Gervais qu'elle était suivie à quelque distance, car elle attendit l'espace d'une seconde la vieille qui raccompagnait.
Gervais, ignorant sans doute des ruses et contreruses espagnoles, n'aurait pas dû supposer que cette dernière figure pfit cacher une duègne ; ce fut pourtant ce que soupçonna son génie inquiet, car il pressa le pas et se disposa à couper le chemin à la vieille. Mais la vieille demoiselle gagna de toute sa vitesse sa belle compagne à coqueluchon noir, mantelet , dont, par parenthèse, chaque cerceau était rabattu
et gonflé comme un ballon sur celle qui le portait.
Gervais, malgré les ténèbres, avait reconnu la vieille demoiselle Flîppart; il se rangea de l'autre côté du mur et se mit à suivre les deux ombres.
Les épaules blanches de Françoise n'étaient pas tellement couvertes par le rabat de sa calèche que le vent n'en dérangeât parfois F ampleur et que la lune, y tombant d'aplomb, n^en fît ressortir la forme. Gervais demeura plus que surpris du long chemin que prit son fantôme . En arrivant au tournant d'une petite rue, ou plutôt d'une ruelle, les deux femmes pressent leur marche; la demoiselle Flippart pousse le ressort d'une porte, Françoise entre, et le guichet se referme au même instant.
—Singulière façon d'entrer! pensa le jeune homme. La maison devant laquelle il se trouvait était bien autrement singuhère. A la lueur d'un faible rayon de lune Gervais lut, sur un écriteau peint au premier étage de cette bicoque : RUE DE L'ESPÉE DE BOYS. Quelques poules étaient endormies sur le fumier de cette rue. La petite église Saînt-Médard coudoyait ce pan de mur, le cimetière suivait sa prolongation.
Bien que le jeune menuisier crût entendre alors quelques bruits étranges et sourds, l'apparence obscure de la maison n'avait rien qui pût lui faire croire à d'autres mouvements nocturnes que ceux qui signalent communément cette heure. Quelques lumières échancraientpoiirfcant les croisées du second étage.
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Un faible roulement de carrosses ébranlait aussi le coin de la rue Mouffetard.
Tout à coup de grands éclats de voix frappèrent les solives de cette vieille maison. Il y eut d'abord comme un mugissement .confus^ puis des cris horribles auxquels succéda bientôt un profoad silence. Gervais ttfTrayé tâtonna le ressort caché de la porte sans réussir à le trouver...
De violents coups de maillet^ un murmure confus et de nouveaux cris se firent entendre.
Le menuisier fit alors sauter la serrure, et rencontra les marchea d'un escalier sale et glissant.'
Arrivé au premier étage, la crainte de se voir surpris le retint. Il ignorait par qui la maison était habitée; tout ce qu'il put découvrir, c'est que la fenêtre de ce palier sombre donnait en plein sur un endroit éclairé. Cet endroit, dominé par Tarrière-corps de la maison, était le cimetière Saint-Médard.
Et quelque vif que fût le désir de Gervais d'entrer dans la pièce voisine d'où partaient ces bruits étranges, il demeura.
La fenêtre à laquelle il se trouvait accoudé formait alors le cadre du singulier tableau qu'il avait devant les yeux. Le petit cimetière Saint-Médard lui parut apssi étincelant qu'unç émeraude sous un lustre : mille lumières s'y croisaient dans tous les sens, les unes tremblotantes et maigres, d'autres actives, rayonnantes, et ces dernières portées au poing de grands laquais, parmi lesquels il y eu avait plusieurs à h liyrée
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de M. de Moutgeron. Du d'eux plantait force gros cierges dans cette terre avec la bêche àrentour d'une tombe^ laquelle était formée d'une grande dalle de pierre de liais, inclinée, reposant sur quatre dés de marbre, et tournant le dos au grand autel Saint-Médard. Le menuisier distingua une troupe de mendiants déguenillés, prétendus muets, rachitiques, boiteux, paralytiques et convulsionnaires avant tout ; la plupart s'étendant sur le dos dans toute la longueur du tombeau miraculeux, en défaisant leurs jarretières et leurs haut-de chausses avec une sorte de frémissement respectueux et de familiarité risible^ pendant qu'un prêtre de cette église leur psalmodiait un psaume en faux bourdon, quelques-uns faisaient à la lettre la cabriole sur le saint-sépulcre, pendant que d'autres se donnaient et recevaient d'aflfreux coups de bûche dans l'estomac. Les cris aigus, les ràlements sourds et comprimés par une oppression déchirante, les yeux retournés dans leur orbite, enfin les soubresauts diaboliques et l'écume qui sortait de toutes ces bouches fanatiques avaient quelque chose de tellement hideux que notre bon Gervais en suffoquait. Et néanmoins on voyait là de vieilles dames qui faisaient cercle autour de ces misérables, avec un air de componction édifiante et de satisfaction mystique. Quelques jeunes femmes et des filles se donnaient en spectacle sur ce tombeau d'une si indécente manière que les yeux les moins chastes en auraient été blessés. Nombre de malades s'y étaient fait, ce soir-là, porter en chaises
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avec leurs potences^ leurs matelas et leur charpie^ ce qui donnait à ce pacifique enclos Tair d'une ambulance militaire. Pandant que des dames fort étrangement agenouillées faisaient toucher des livres et des linges aux dés du saint tombeau, d'autres s'arrachaient quelques vieux rabats et des guenilles qu'un juif prétendu janséniste vendait comme reliques du bienheureux diacre mort dans V odeur. d'un saint appel {slvl futur concile). Gervais entendit crier très -distinctement :
Divers moyens de rogner les ongles au Pape, par un frère appelant de la communauté des Tailleurs,
Et aussi :
Le catcdogue raisonné des miracles de saint Paris ^ vérifié par messire Esprit Feydea^ seigneur de Maroilles et lieutenant-général de la police du royaume.
Peu à peu, et sans devenir pour cela un esprit fort, le provincial s'accoutumait à ce spectacle ; sa malice picarde s'enhardissait, il allait même jusqu'à entrevoir que quelques-uns fie ces frénétiques suspendaient leurs mouvements pour laisser passer les dames avec une courtoisie toute charmante, 'que d'autres n'étaient peut-être pas aussi impotents que l'indiquaient leurs béquilles. Et toutefois le trouble de son imagination était alors si réel, que sa raison se trouvait près de succomber.
Le brouhaha de cette parade grotesque finit pourtant par cesser; les lanternes de papier peint et les torches de résine s'acheminèrent par la petite rue ;
ià
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les brouettes et les porteurs s'éloignaient, pourtant ce jeune homme n'en demeurait pas moins cloué dans »a rêverie au rebor^ de cette fenêtre.
Tout à coup il entendit de nouveau à l'intérieur ces bruits confus dont il aurait voulu pénétrer la cause. Ils retentirent avec plus d'éclat, et pour cette fois c'é- ' tait au dessus même de sa tête. Cette fois aussi Gervais reconnut des cris et des sanglots étouffés, suivis de murmures étranges et de chuchotements. Il y avait encore eu des coups de maillets fortement et distinctement appliqués.
Arrivé au troisième étage, Gervais, prêtant l'oreille, entendit au milieu du bruit une voix de femme. Son sang se glaça, car il crut la reconnaître cette voix.
Le silence qui suivit avait quelque chose de lugubre, et GerVais avait les doigts crispés à la rampe de l'escalier.
Encore ! encore 1 murmurait la' voix , mon doux Jésus! Dieu d'amour, que c'est doux! Je voudrais mourir ainsi! Je veux mourir, mourir y mourir.
Et Gervais, qui perdait la tête .en' entendant de telles paroles, se sentit animé d'un sentiment d'irritation si jalouse et si poignante qu'il en appliqua sur 1 a porte un vigoureux coup de pied.
La porte s'ouvrit.
Ce qu'entrevit alors ce jeune homme aurait sans nul doute glacé le plus hardi courage. La chambre circulaire où il entra de la sorte était vaste et tendue de noir, haute de voûte et inégale de sol, de ma-
nière à former vers le fond une sorte de monticule. L'espace par lequel on arrivait à ce théâtre, qui n'était autie qu'un calvaire, était caillouté de forts galets teints de sang, lesquels conduisaient à une sorte de renfoncement obscur dominé par une croix.. .
Sur cette croix une femme était clotiée... Le sang jaillissait de ses mains diaphanes au feu des cierges; autour d'elle il y avait des hommes à genoux. La croix et la femme ne pouvaient manquer d'être reconnues par Gervaiô, et certes lorsque le menuisier avait confectionné cet instrument de piété, il ne soupçonnait guère que le sang de sa maîtresse devait le rougir!
Quel'ons'imaginedoncrétrange effroi du jeunehomme en voyant Françoise étendue sur ce gibet ! Ce corps palpitant et demi nu était celui de Françoise , ces cris de torture et de langueur étaient les siens! Françoise elle-même semblait prendre à tâche de le regarder, chaque fois qu'elle répétait Paris ! et Pie Jesu ! Car ces deux mots formaient tout le vocabulaire de cet étrange martyre : c'était son hymne et son oraison jaculatoire ! Encore une fois, Gervais ne comprenait pas pourquoi ce crucifiement nocturne , cette croix et ces assistants ; Gervais se crut visionnaire, endormi, ensorcelé. Cependant on chantait des hymnes, les spectateurs se frappaient le dos et les mains avec des cailloux^ d'autres couchés à terre y recevaient des coups", de bûches atroces ; après quoi on leur dansait sur le ventre et la poitrine, tandis qu'ils s'efforçaient
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de crier continuellement : C'est doute! c'est doux! Encore! encore! C'était une confusion de cris, de sanglots et de cantiques ; tout cela seulement était d'un aspect mille fois plus sauvage que celui du cimetière. Les genoux de Gervais tremblaient sous lui...
Si cette crainte subite d'un péril affreux ou d'un piège inconnu faisait battre ainsi le cœur et les artères de Gervais^ jugez un peu de la stupeur des assistants quand ils le virent entrer échevelé et furieux dans leur salle! Gervais courut sur-le-champ à la victime, en renversant tout ce qui s'opposait à son passage. On le retint, car il avait blessé M. Carré de Montgeron qui s'occupait à catéchiser un médecin belge... Je ne sais alors par quel pouvoir sa résolution faiblit et ses bras fléchirent; il ne dit plus un mot, resta pensif dans la plus cruelle et la plus indéfinissable des extases. Devant ce beau corps de jeune fille mat et blanc comme le plâtre, ces lèvres fermées et ces membres en convulsion, l'œil du jeune homme nageait stupide et hagard ; à peine eût-il alors prêté quelque attention à ceux qui l'environnaient. Cette pieuse assemblée (qui n'avait rien pourtant des premiers fidèles des catacombes!) se composait généralement de conseillers au parlement de Paris, perruques fidèles et croyantes, attendu que le miraculeux diacre avait jadis eu monsieur son père à la seconde chambre des enquêtes. Madame la baronne de Montmorency se trouvait daDS ce grenier dégoûtant, et à chaque contorsion de la pauvre martyre, dont la sueur et le sang couvraient
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les membres^ madame de Montmorency faisait un grand signe de croix. Le pauvre Gervais remarqua surtout avec un étonnement naïf une grosse petite mignonne de quarante à cinquante ans, qui était appelante slvl futur concile, et qui se nommait madame Ghagriat de la Geslays. Elle se faisait donner force coups de bûche sur le ventre , en disant avec un ton de volupté laugouieuse et d'ingénuité enfantine : Nanan! c'est du nanan! ze veux du nananf touzou du nanan/nanan (1)1
Quand Gervais entra^ un courtisan moqueur faisait la remarque que cette belle fille, ainsi élevée en croix entre M. Tabbé Jacquemont et M. Paris de Montmartel, ressemblait au Christ entre deux larrons. Cette singulière fête (car par quel mot signaler les réjouissances de ces gens-là?] donnée dans la maison même du vieux chevalier Folard, à la demande du victorieux M. Carré de Montgeron, fier de sa démarche près de Louis XV, avait attiré un immense concours de monde ^ et en tête de ces enthousiastes on apercevait le chevalier. C'était vraiment un spectacle digne de pitié que celui qu'ofirait ce vieillard, parfaitement distingué d'ailleurs par ses connaissances et la dignité de son caractère, THomère des écrivains stratégiques, le père de cet art iUustré depuis par les Ségur, les Turpin, les Maizeray, etc., recherchant lui-même le ridicule avec toute la ferveur d'un néophyte et d^un
(1) Historique.
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enthousiaste ! couché de la façon la plus grotesque au milieu de cette chambre, et se faisant sauter sur le ventre par un gros sacristain de Saint-Médard, en soutane et en surplis! Le bon chevalier avait aussi reconnu Françoise et rendait grâce à Dieu de ce qu'il nommait sa conversion. Quelques vieilles femmes du quartier égayaient aussi de leur visage, aussi raide que leur parure, cette jonglerie mystique. Le malheureux menuisier ne comprenait rien au but de cette torture. Françoise, la belle Picarde , eut un instant le regard tourné vers lui. Alors aussi Gervais eût baisé chaque trace de son martyre; Gervais, s'il n'eiit été retenu, aurait tendu pour elle ses bras au marteau; il pleurait et rugissait comme un lion. Un si admirable corps de fille cloué sur une croix faite par lui! Et puis à quoi bon cette agonie? Pourquoi ces stigmates, à la vue desquels les spectateurs applaudissaient à deux mains î surtout, pensait le jaloux Gervais, pourquoi cette nudité devant un si grand concours de messieurs? Et qu'est-ce qu'un saint qui donne des convulsions aux gens qui n'en ont pas, au lieu d'en guérir ceux qui en ont?. ..
En dépit de ces réflexions judicieuses de Gervais, les psaumes continuèrent, et Tabbé Jacquemont jeta une pincée de la sainte terre à rassemblée. A cet instant aussi, Françoise, qui en avait reçu sa part, rendit le sang par la bouche avec tant d'impétuosité et d'abondance, ses douleurs, ses cris et ses convulsions furent tellement horribles que Gervais , prêt à tout en-
treprendre, brisa un carreau de la fenêtre., et cria : Au auET! Au guet! Par ici, Messieurs du guetI .. Par ici!
A ce cri la confusion devint affreuse. Les ministres du nouveau culte, épouvantés d'un tel cri, et craignant sans doute que le corps du délit ne tût trop facile à saisir, se mirent à s'enfuir pêle-mêle, et s'échappèrent par les deux portes. Gervais resté seul monta sur le Calvaire, abattit la croix, eu détacbd la belle Picarde, et colla ses lèvres sur les siennes...
Françoise le remerciait du regard et de la voix.
— Françoise I s'écria Gervais d'un air exalté, veuxtu me prendre pour époux sur cette croix?
— Essuyez ce sang, mon cher payp, reprit la martyre en riant, ce n'est que du jus de mûres...
-^ Comment I c'est cela que mademoiselle Flippart appelle um condition I
— Oui, monsieur Gervais, et sachez que je suis entrée dès ce soir dans la troupe des malades de saint Paris!
— A trente sols par jour! mon jeune ami, reprit la demoiselle Flippart, qui bassinait d'eau fraîche les bras de sa protégée; c'est à présent le seul métier où l'oii fasse' bien ses orges! Mais fuyons bien vite, car les sergents de M. de Marville s'en vont monter,.. Remettez voire mantille et votre capuchon, Françoise, voici vos trois écus! Mais votre mantelet, Françoise 1 Songez bien que pour la semaine prochaine il faut vous ménager, ma chère enfant, vous ferez la femme hydropique!
2û0 LES CONVULSIONKAIRES.