CHAPITRE XLIII
visite à l'hôpilal. — Élrange découverte.
Au bout de quelques jours, Bramble et Bessy eurent recouvré la santé au point de pouvoir reprendre leurs occupations ordinaires. Cependant le premier ne montrait aucune envie de se remettre en mer, et les prières de sa fille adoptive contribuèrent à le retenir chez lui. Il n'en était pas de même de moi; j'avais l'esprit agite, et il me fallait du changement. J'avais pour Bessy de l'estime et de l'admiration, mais ce n'était point encore de l'amour. Cependant je ne pouvais m'empécher de me rappeler les paroles de Bramble : — Si une fille est obéissante et affectueuse , il y a tout à parier qu'elle sera une femme soumise et fidèle. — Je sentais qu'elle serait une excellente femme, et j'aurais désiré pouvoir arracher de mon cœur le souvenir de Jeannette, et y substituer l'image de Bessy. Nous étions restés près d'une semaine à la maison quand je reçus une lettre d'Anderson. Il m'apprenait qu'il avait été voir la vieille Nanny ; qu'elle avait fait son testament en bonne forme; qu'elle le lui avait con'é, et qu'il la croyait plus disposée à l'écouter qu'elle ne l'avait
été jusqu'alors. Il ajoutait que mon père, ma mère et ma sœur se portaient bien, et que Spicer avait été obligé d'aller à l'infirmerie, ayant un abcès au genou, occasionné par une blessure négligée, et qu'on disait qu'il était fort mal , et qu'il faudrait probablement en venir à une amputation. Je fus convaincu que Spicer, en s'enfuyant précipitamment de la maison de Nanny, était tombé comme moi sur les grilles de fer qui avaient été laissées dans la rue, ainsi que je l'ai déjà rapporté, mais avec cette différence qu'il était tombé du côté vers lequel les pointes étaient tournées, et qu'une d'elles l'avait blessé au genou. J'appris encore par la même lettre qu'on venait de recevoir à l'hôpital plusieurs marins qui avaient perdu un bras ou une jambe à la glorieuse bataille de Trafalgar. Je résolus donc de monter à bord du premier bâtiment qui aurait besoin d'un pilote pour remonter la Tamise, afin de profiter de cette occasion pour mieux savoir tout ce qui se passait à Greenwich. Pendant que nous étions à souper, j'informai Bramble de mon intention.
— Vous avez raison, Tom, — me dit-il, — vous êtes jeune, et il vous faut de l'occupation. Quant à moi, j'ai dessein de passer quelque temps à terre. Je l'ai promis à Bessy ; et comment pourrais-je refuser quelque chose à cette chère fille? Ce n'est pas que je veuille dire que je renonce tout-à-fait à ma profession de pilote, mais je sens que je ne suis plus aussi jeune que je l'ai été, et cette dernière affaire
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m'a vieilli encore davantage, c'est la vérité. 11 y a temps pour tout, et quand un homme a de quoi vivre, il doit savoir se contenter et ne pas courir de nouveaux risques. D'ailleurs, je ne puis supporter l'idée de rendre Bessy malheureuse; ainsi donc, voyez-vous, ïom, je le lui ai à moitié promis; — seulement à moitié, Bessy, souvenezvous-en.
Je crois que vous auriez mieux fait de le lui
promettre tout-à-fait, — lui dis-je; — il ne vous manque rien , et vous commencez à être un peu sur le retour. Vous devriez rester tranquille chez vous, et laisser travailler ceux qui ont besoin de gagner leur vie.
Bessy me jeta un regard qui semblait me remercier. — Vous l'entendez, mon père, — dit-elle, — Tom est d'accord avec moi.
— Ah! — dit Bramble en soupirant, — si
Mais on ne peut avoir tout ce qu'on désire.
Bessy et moi nous sentîmes à quoi il faisait allusion ; mais nous gardâmes le silence. Elle baissa les yeux et prit sa fourchette, quoiqu'elle ne mangeât point. Je n'étais plus à son égard dans un état d'indifférence, comme peu de temps auparavant, et j'étais plongé dans une profonde rêverie, suivant des yeux les changements qui s'opéraient de temps en temps sur son ainuible physionomie quand elle me regarda. Nos yeux se rencontrèrent, et elle dut lire mes pensées dans les miens, car depuis ce moment chaque jour ajouta à noire intimité et à notre con-
fiance. — Nous n'avions plus peur l'un de l'autre. Quelques jours après cette conversation, je trouvai un bâtiment qui avait besoin d'un pilote pour remonter la Tamise; et dès que je l'eus conduit à sa destination, je courus à Greenwich. Je trouvai tout in statu quo dans la maison de ma mère, et Virginie très satisfaite qu'il ne s'y trouvât plus aucun locataire. Je rencontrai Anderson se promenant avec Ben le baleinier et mon père; il me dit que Spicer avait refusé de se laisser couper la jambe, quand le chirurgien l'avait averti de la nécessité de cette opération ; qu'on disait maintenant qu'il était trop tard pour la faire, et qu'on regardait sa guérison comme presque impossible. Ils me firent beaucoup de questions sur la manière dont Bramble avait été sauvé, et sur le courage que Bessy avait montré.
Dès que je pus les quitter, je me rendis à l'hôpital pour voir Spicer , car j'avais bien des raisons pour désirer d'avoir un entretien avec lui. Je n'espérais pas qu'il me fit sur-le-champ un aveu, car je savais que son coeur était endurci, et qu'il ne se croyait pas en danger ; mais j'avais son secret, il était en mon pouvoir, et je croyais qu'en l'effrayant, j'obtiendrais de lui tous les renseignements que je désirais.
Je le trouvai au lit, à un des coins de l'infirmerie, du côté gauche. Il était fort pâle, et semblait en proie à de grandes souffrances.
— Je suis venu ici pour vous voir, Spicer, — lui dis-je; — j'ai été fâché d'apprendre l'accident qui
VOUS est arrivé. Comment va votre jambe? vous trouvez- vous mieux?
— Non, pas beaucoup, — rëpondit-il avec une contorsion ; — ce que je souffre ferait crier tout autre que moi. Mais je suis comme le loup, — je mourrai sans pousser une seule plainte.
— Mais vous ne croyez pas que vous soyez près fie mourir. Spicer ?
— Non , Jack; je ne le crois pas , et je ne l'ai jamais cru quand j'ai été bien plus mal qu'à présent. Je ne me croirai jamais mort avant de Tètre. Je sais que cela doit arriver un jour ou Tautre; mais je suis vigoureux, j'ai une bonne constitution, et mon heure n'est pas encore venue.
— C'est cette grille de fer sur laquelle vous êtes tombé qui a causé cet accident, n'est-ce pas, Spicer? Elle m'a fait tomber moi-même la dernière fois que je suis venu ici, la nuit du lundi, pendant que j'allais chez la vieille Nanny.
— Qui vous a dit que c'était cette maudite grille ? — Eh bien, oui, Jack; mais ce n'était pas le lundi ; c'était le mercredi.
— Cela est impossible , car je passai le mardi dans ce même endroit, et la grille était mise en place et scellée. Ce doit avoir été le lundi, — la même nuit que la vieille Nannv a manqué d'être étouffée par quelqu'un qui voulait la voler. Je suis arrivé juste à temps pour lui sauver la vie. Et vous devez vous rappeler que le lendemain vous boitiez quand je vous rencontrai à rhopital.
— Vous j)oiivez en penser ce qu'il vous plaira , Jack; mais je vous dis que cela m'est arrivé le mercredi.
— En ce cas, c'est sur autre chose que vous êtes tombé.
— Cela se peut.
— Peu importe au surplus. — Je suis charmé d'apprendre que vous vous sentez mieux; car on m'a assuré que le docteur a dit....
— Qu'a dit le docteur? — demanda vivement Spiccr.
— Je crois que le mieux est de vous dire la vérité. — Il a dit qu'il était impossible que vous guérissiez, et que l'inflammation avait augmenté à un tel point, qu'on ne pouvait plus songer à vous couper la jambe.
— Il a dit cela? — s'écria Spicer en se soulevant sur le coude.
— Oui , il l'a dit, et tout le monde le sait dans l'hôpital.
— Eh bien , il peut l'avoir dit , mais je crois que je dois savoir mieux que lui comment je me sens. Au surplus il doit venir dans une demi-heure ou environ , et je le questionnerai moi-même. — Je suis un peu fatigué, Jack. Ne me parlez plus pour le moment.
— M'en irai-je, Spicer?
— Non , non , restez. Il y a là une couple de livres; lisez jusqu'à ce que je me trouve un peu plus fort.
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Il élait évident que ce que j'avais dit à Spicer avait fait sur lui quelque impression. Il était effrayé de l'idée de se voir si près de la mort; il n'y avait jamais songé. — Hélas '.qui n'en est pas effrayé? — Il ferma les yeux , et je vis la sueur couler de son front. J'ouvris un des livres qu'il m'avait montrés : c'était l'histoire des boucaniers, avec des gravures, et il me sembla que ce devait être le pendant de celle de Spicer. Je regardai les gravures , car je n'étais pas disposé à lire. Au bout de quelques minutes, Spicer ouvrit les yeux, et me dit : — Je me trouve mieux àprésent; je me trouve plus de force. — Quel livre avez vous pris ? — Ah ! les Boucaniers. Cet ouvrage et les Voyages de Dampierre sont les deux seuls livres de la bibliothèque de mon père que j'aie jamais regardés comme valant la peine d'être lus. — Avez vous jamais lu l'histoire des boucaniers?
— Non. Voulez-vous me la prêter?
— Je vous la donnerai même, si vous le désirez.
— Je vous remercie. — Votre père était-il marin , comme vous?
— Oui, Jack; marin jusqu'au bout des ongles.
— Avez vous jamais fait voile avec lui ?
— Non. J'étais à peine né quand il mourut.
En ce moment, le docteur, qui faisait sa ronde, entra dans l'infirmerie, s'approcha du ht de Spicer, et lui demanda conuiient il se trouvait.
— Passablement, monsieur, — répondit Spicer.
— Il faut que je voie votre jambe ; elle a besoin d'être pansée. Souffrez-vous beaucoup?
— Mais oui , monsieur ; j'ai beaucoup souffert toute la nuit.
Les aides du chirurgien détachèrent les bandages et enlevèrent les cataplasmes, et je fus saisi d'hor-reur en voyant la masse d'ulcères qui s'étendaient du milieu de la jambe jusqu'au milieu de la cuisse, tandis que le pied et le bas de la jambe étaient enflés à deux fois leur grosseur naturelle, et qu'une inflammation semblable s'étendait le long de sa cuisse jusqu'à la hanche. Le docteur serra les lèvres, et prit un air grave. Il coupa quelques morceaux de chair morte, et ses aides la nettoyèrent et y placèrent de nouveaux cataplasmes.
— Docteur, — dit Spicer, qui avait suivi tous les mouvements de sa physionomie, — on assure que vous avez dit dans l'hôpital que je ne puis guérir. Or, je voudrais savoir moi-même votre opinion à ce sujet, car je crois que je suis la partie la plus intéressée.
— Eh bien! mon brave homme, vous êtes certainement en grand danger, et si vous avez quelques affaires à arranger , vous ferez prudemment d'y songer.
— C'est une manière de me dire tranquillement qu'il n'y a plus d'espérance pour moi. N'est-il pas vrai, docteur?
— Je crains qu'il n'y en ait que fort peu.
— Mais dites-moi clairement , s'il vous plaît , monsieur, s'il en reste quelqu'une.
— Je ne le crois pas, mon brave homnie; ce|a
est désagréable à dire; mais il vaut peut-élre mieux que vous sachiez la vérité.
— Fort bien , monsieur ; c'est parler clairement. Et à présent puis -je vous demander combien de temps vous pensez qu'il me reste à vivre ?
— Cela dépend de l'instant où la gangrène se déclarera. — Peut-être trois jours. — Vous ne pouvez guère espérer d'aller plus loin, —r Voudriez-vous voir le chapelain?
— Je vous remercie, monsieur; quand j'en aurai besoin , je l'enverrai chercher.
Le docteur et ses aides passèrent aux autres malades. Je gardais le silence ; Spicer m'adressa la parole :
— Eh bien! .Tack, vous aviez raison ; tout est dit pour moi. Je tâchais de n'en rien croire; mais, de manière ou d'autre, j'en avais quelque soupçon. Mes souffrances ont été si cruelles! — Eh bien! on ne peut mourir qu'une fois, et je mourrai comme j'ai vécu.
— Spicer, je sais que la mort ne vous fera pas peur ; mais vous devez savoir qu'il ne faut pas mourir sans vous repentir des péchés que vous avez commis, et sans en avoir demandé pardon à Dieu. Ceux de nous qui ont le moins de fautes à se reprocher doivent pourtant faire leur paix avec le ciel. Ne vaut-il donc pas mieux que je prie le chapelain de venir vous parler ?
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— Non, non , Jack; je n'ai que faire d'un chapelain pour priera côté de moi. Ce qui est fait est fait, et l'on ne peut rien y changer. Maintenant, adieu , Jack; je désire prendre un peu de repos.
— Viendrai-je vous voir demain, Spicer?
— Oui , venez quand vous voudrez : j'aime à avoir près de moi quelqu'un à qui parler; cela m'empêche de réfléchir.
Je lui fis mes" adieux, et je le quittai en mettant sous mon bras V Histoire des Boucaniers. Avant de retourner chez ma nière, j'allai voir Anderson, et je lui racontai ce qui venait de se passer. — Il ne veut pas voirie chapelain, — ajoutai-je; — mais il consentira peut-être à vous voir, et peu à peu vous amènerez ce sujet dans la conversation. Il est terrible de voir mourir un homme dans une telle situation d'esprit!
— Hélas! quel est notre orgueil , pauvres vermisseaux que nous sommes! — s'écria xAnderson. — Il parle de mourir comme il a vécu, c'est-à-dire en bravant son créateur. — Oui, Tom , je le verrai, et je suis charmé qu'il ait encore quelques jours à vivre. J'irai le voir ce soir même ; mais je ne lui dirai pas grand'chose, de peur qu'il ne refuse de me revoir.
Je retournai à la maison. Je n'étais pas en gaieté, car la vue de la jambe de Spicer et l'annonce de sa situation avaient fait sur moi une forte impression. Je m'assis , et je commençai à lire le livre dont il
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m'avait fait présent. Je fus interrompu dans ma lecture par ma mère qui vint me prier de faire une commission pour elle. Je sortis, en laissant mon livre sur une table , et pendant mon absence Virginie le prit.
— Qui vous a prêté ce livre, Tom? — me deraanda-t-elle quand je fus de retour.
— Spicer, l'homme qu'on appelle Sam-le-Noir, et qui est maintenant mourant à rhôpital.
— Ce n'est pas le nom qui est inscrit sur le titre, c'est Walter James , de Tynemouth.
— Walter James , dites-vous? — Donnez-moi le livre. — Oui vraiment !
— Qu'avez-vous donc, Tom? A quoi réfléchissez-vous ainsi?
J'avais sans doute de quoi réfléchir, carie nom de James me rappela sur-le-champ que c'était celui que portait Nanny après être mariée ; que Spicer m'avait dit que son père était marin, et qu'il était mort presque à l'instant de sa naissance; circonstances qui s'accordaient avec la relation que Nanny m'avait faite. La conséquence que j'en lirai me fit frissonner.
— J'ai été surpris, sinon effra}é, Virginie, — répondis-je; — mais vous ne savez pas pourquoi, et je ne puis vous le dire , car ce n'est pas mon secret.— Que je voie encoi'e ce livre.
Mon père entra en ce moment, et la conversation prit un autre cours, ce dont je ne fus pas fâché. Je
désirais pourtant pouvoir me livrer à mes réflexions, et, prenant une lumière, je montai dans ma cliambre.
Je tournai cette affaire dans mon esprit de cent manières différentes, sans pouvoir en venir à une détermination sur ce que je devais faire. Enfin , je me décidai à aller voir Anderson le lendemain et à lui demander son avis. — Je partis dès que j'eus déjeuné: mais, Anderson n'étant pas dans sa chambre, j'entrai dans l'infirmerie, et je le trouvai assis près du lit de Spicer. Ils ne causaient pas ensemble, et au bout de quelques instants Anderson se leva; et me regardant en secouant la tête de manière à me faire entendre qu'il n'avait pas réussi, il se retira.
— Il a essayé de me convertir , — dit Spicer avec un sourire presque sardonique.
— Il a essayé, Spicer, de vous amènera sentir votre situation. N'est-ce pas un acte de bonté? Peutil y avoir un autre intérêt que le vôtre? Vous figurez-Vous que nul autre ne connaît les péchés que vous avez commis? 11 existe un œil qui voit tout.
— Allons, Jack, allons, pas de sermons!
— Spicer , vous êtes ici sous un faux nom , et vous croyez que personne ne vous connaît; mais j'ai tout découvert, et je ne puis m'empécher de penser que la Providence ma conduit à cette découverte pour votre bien.
— Ah ! — s'écria Spicer , — et qu'avez-vous dé*
couvert, s'il VOUS plaît? Peut-être pourrez-vous me dire tous les péchés que j'ai commis?
— Non ; mais je vous en apprendrai peut-être que vous ne connaissez pas vous-même. Mais d'abord, répondez-moi. — Vous savez que vous ne pouvez vivre long-temps, Spicer; si je vous dis quelque chose de vous qui soit vrai, en conviendrez-vous ?
— Je vous donne ma parole que si vous me dites quelque chose qui soit vrai, je l'avouerai. Ainsi donc, monsieur le diseur de fortune, voici ma main; — vous savez que cela peut être utile pour vous aider à deviner.
— Je n'ai pas besoin de votre main, Spicer; — écoutez-moi. — ■ Votre nom n'est-il pas James? — N'êtes-vous pas né à Tynemouth?
Spicer tressaillit. — Comment savez-vous cela? — Eh bien , Jack , cela est vrai. — Qn'avez-vous à me dire ensuite?
— Comme vous me l'avez dit vous-même, quoique je le susse déjà, votre père est mort sur la mer, vers l'époque de votre naissance. Mais je sais en outre de quelle manière vous avez quitté votre mère, — comment vous êtes retourné chez elle , cVoiivous savez , et comment, après lui avoir volé jusqu'à son dernier farthing, vous l'avez laissée dans le besoin et la misère. — N'y at-il dans tout cela, Spicer , rien dont on doive se repentir?
— Quel diable a pu
— Le diable n'a lùen de commun avec cette découverte, Spicer.
•208 LE PAUVllE JACK.
— Cela est étrange, fort étrange! — Et pourtant c'est la vérité.
— Vous savez mieux que moi quelle vie vous avez menée depuis ce moment jusqu'à celui où vous êtes entré à l'hôpital. Mais on devait espérer qu'une fois admis dans ce port , après une vie si orageuse , votre conduite serait devenue plus régulière; au lieu de cela, qu'avez-vous fait?
— Oui , qu'ai-je fait?
— Ce qui vous aurait coriduit à la potence, si j'avais voulu ouvrir la bouche. — Vous avez tenté d'assassiner une vieille femme pour lui voler son argent, et en vous échappant, vous vous êtes fait la blessure qui va vous conduire au tombeau.
— Les preuves?
— Les preuves? je n'en manque pas. — Le coup que vous m'avez porté sur la bouche avec l'instrument attaché à votre poignet , — le bouton arraché à votre habit, comme je l'ai reconnu le lendemain , et qui est en ma possession. — J'aurais pu faire serment sur la Bible de votre identité.
— Ehbien, je ne le nierai pas. Potn^quoile nieraisje? On ne peut m'enlever de ce lit pour me faire mon procès, quand même vous le voudriez. Avezvous quelque chose de plus à me dire?
— Oui, beaucoup plus.
— J'en doute.
— Ecoutez-moi donc. — La pauvre femme que vous vouliez assassiner, — que j'ai trouvée presque morte , — que je n'ai rappelée à la vie qu'avec peine,
— Cette pauvre femme, Spicer, c'était votre propre mère. !
— Dieu du ciel ! — s'écria-t-il en se couvrant le visage.
— Oui, cette mère trop indulgente, qui croit encore que la loi vous a puni de vos crimes il y a bien des années , et à qui le destin supposé du fils qu'elle aime et qu'elle regrette encore a fait perdre toute son énergie. Tout cela est vrai, Spicer, et n'y a-l-il pas là de quoi vous repentir?
— Je la croyais morte — morte depuis long-temps.
— O mon Dieu! je vous remercie aussi de n'avoir pas permis ce crime '.Et vous, Jack, je vous remercie de m'en avoir empêché. — Pauvre vieille femme! oh, oui, elle m'aimait. Et avec quelle cruauté je l'ai traitée ! — Et elle vit encore ! — et elle croit que j'ai été pendu. — Oui, je m'en souviens, elle doit le croire. Oh, ma tête, ma tête!
— A présent, il faut que je vous quitte, Spicer.
— Ne me quittez pas, Jack! — Oui, laissez-moi, mais revenez demain matin.
— Voulez-vous me faire un plaisir, Spicer?
— Oui.
— C'est de voir Anderderson et de causer avec lui.
— Je le verrai, si vous le désirez, mais pas à présent. — Je le verrai ce soir, s'il veut venir.
Je quittai Spicer, assez satisfait de ce qui s'était passé, et j'allai en rendre compte à Anderson.
— C'est véritablement une étrange découverte, //. 1 4
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Tom , — me dit-il , et elle a été amenée par la Providence. Il me paraît que vous en avez fait un bon usage. Il est évident que son cœur est touché. J'irai certainement le voir ce soir.
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