E PU'VIU; JACK
mon mieux, et personne n'en peut faire davantage; s'ils mouraient, ce serait par la volonté de Dieu.
— Pas tout-à-fait , Tom.
— C'est ce qu'on a fait depuis le commencement ilu monde, et c'est ce qu'on fera toujours. On ne peut rien apprendre sans pratique; un homme ne naît pas docteur ni charpentier. Dans tous les métiers on gâte les premiers ouvrages qu'on fait, et avec le temps on en fait de meilleurs.
— Mais je crois que pour devenir bon chirurgien, il faut suivre les cours des hôpitaux.
— C'est ce que je fais depuis quatre ans. Est-ce que je ne traverse pas au moins deux fois par jour la cour de l'hôpital de Greenwich, en portant les <3rogues du docteur à ses malades? Quoi qu'il en soit, il faut que le docteur et moi nous en venions à nous entendre : je n'ai pas nettoyé ses bottes ce matin. — Si vous le voyez, Jack, je vous prie de tâcher de lui faire entendre raison.
— Je ferai ce que je pourrai, Tom, mais soyez prudent. — Adieu, dites au docteur que je suis venu pour le voir.
— Je le lui dirai, quoique je n'y sois pas obhgépar mon brevet d'apprentissage.
J'allai ensuite chez mistress Saint-Félix, et je lui parlai des projets de mutinerie de Tom et de ce qui les occasionnait.
— Fort bien , — dit la veuve en riant , — je n'oublierai pas de faire valoir les prétentions de Tom. A quoi pense donc le docteur? Il devrait songer que
Tom a autant de penchant pour la réglisse qu'il en a lui-même pour un cigare; et s'il refuse d'avoir de l'indulgence pour les goûts de Tom , je n'en aurai plus pour les siens.
Le docteur fut obligé de se rendre à discrétion. Il fit une nouvelle et ample provision de réglisse, et Tom recouvra la santé et les sourires d'Anny Whistle.
En quittant la veuve, je me rendis à l'hôpital pour voir mon père et Anderson. En y entrant, je vis assis sur un banc Dick Harness, qui m'appela.
— Eh bien, Tom, je ne vous ai pas vu depuis que vous avez embrassé la vie d'un marin. Quelle belle journée ! cela rend le cœur content et joyeux. Toute la nature semble être en gaieté. Voyez ces petits nuages, ils flottent dans l'air vent arrière comme autant de légers esquifs, et n'entendez-vous pas gazouiller tous les oiseaux? Asspyez-vous un moment, et je vous chanterai une chanson que vous n'avez jamais entendue, une chanson que je chante rarement, parce qu'on prétend m'en faire l'application.
— Je serais charmé de l'entendre.
— Eh bien la voici.
« Sam Swiper était uu bon marin, aussi brave qu'aucun de ceux qui ont jamais porlé uu habit l)leu à bord d'un bâtimeni de guerre.
« Il n'avait qu'un défaut : — à terre ou sur mer, c'était un chien toujours altéré , et il ne pouvait jamais résister à un pot de grog.
M Sïiii avait le (œur sensible. Ou ne le voyait jamais pleurer, mais il avait toujours la goutte à l'œil.
» Il perdit un œil dans une action. — Pourquoi le regretterai-jc? — dit Saro ; — ne vois-je pas toujours double ?
» Un malheureux coup de canon l'obligea à porter des j.nmbes de bois. — Qu'importe? — dit Sam; je n'ai jamais pu me tenir sur les miennes. »
— J'enfi-nds le violon de Bill, Dick , — dis-je en me levant, je me doutais que votre chant l'attirerait ici.
— J'en étais sûr, répliqua Dick, — mais je vais bien l'attraper. Dès que j'aurai chanté les trois derniers couplets, j'irai faire un tour dans le parc, et je le laisserai lui et son violon.
— Je ne puis rester plus long-temps, Dick , il faut que j'aille trouver mon père.
— Adieu donc! En ce cas, je m'en vais aussi; car je vois Bill qui arrive! — Comme le nègre aura de l'humeur, en ne me trouvant plus!