CHAPITRE XXXII
Une enjambée, — Un grand pas. — Un saut.
La vie a été souvent et avec beaucoup de vérité comparée aune rivière. Pendant l'enfance, c'est un petit ruisseau dont Teau pure et limpide coule à travers des prairies émaillées de fleurs , et donne un doux baiser à chaque langue de terre qu'il rencontre dans son voyage. Bientôt, il acquiert plus de volume et de force, prend un cours plus rapide , se creuse un lit plus profond et devient un grand fleuve, bravant les rochers qui s'opposent à sa marche impétueuse , formant des rapides et des cataractes , élargissant ses rives et finissant par se précipiter dans l'océan de l'éternité. J'ai été porté à employer cette métaphore un peu usée , pour préparer le lecteur à ce qu'il trouvera dans ce chapitre. Comme dans la rivière dont je viens de parler, après quelques milles de course variée, on voit ses eaux suivre quelque temps un cours doux et tranquille qui vous permet à peine de remarquer qu'elles coulent sans interruption ; de même , dans la vie de l'homme , après une carrière remplie d'événements et d'aventures, enverra que, pendant un certain
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temps, il lui est permis de jouir d'un calme tran- (('lille , comme si on lui accordait un répit , pour le prép^irer à do nouvelles scènes d'agitation. Ce fut ce (]iii m'arriva à l'époque où nous sommes parvenus. J'avais alors été apprenti de Bramble plus de dixhuit mois, et j'avais par conséquent prés de seize ans. T^es années du fleuve de ma vie, depuis 1800 jusqu'à la fin de i8o4, ne furent marquées par aucini événement digne d'occuper l'attention du lecteur. Mon intention , dans ce chapitre , est donc de jouer le même rôle que le chœur dans les anciennes pièces, et de résumer les événements en peu de mots de manière à ne pas rompre le fil de mon histoire, et à préparer en même temps mes lecteurs à ceux qui se passèrent ensuite.
Je commencerai par parler de moi. Je continuai à recevoir les instructions de Bramble, jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Nous restions rarement à terre, car ni Bramble ni moi nous ne trouvions la maison aussi agréable depuis que la petite Bessy avait été envoyée en pension , et mistress Maddox , aidée par une jeune fille , dirigeait toutes les affaires domestiques. Quant à Bramble , il semblait ne songer qu'à gagner autant d'argent qu'il le pourrait, afin de pouvoir quitter plus tôt sa profession. J'ai peu parlé de mistress Maddox jusqu'ici, parce que je ne l'avais vue que fort peu. Depuis qu'elle avait quitté sa chambre, je la voyais plus fréquemment, mais je l'entendais encore davantage , car elle parlait toujours. Ce n'était pas qu'elle criât, ni même qu'elle
parlât très haut ; au contraire, elle était d'un caractère doux et aimable, mais sa langue n'était jamais en repos. Si elle ne trouvait personne à qui parler, elle parlait à quelque chose. Si elle attisait le feu , elle apostrophait les tisons , en leur reprochant de ne pas brûler comme il fallait. Je la guettai un matin , tandis qu'elle était agenouillée devant la cheminée, et je l'enîendis faire le soliloque suivant:
— Allons, fagot, il faut aller au feu. Ne songez pas à résister; il faut que vous brûliez et que vous brûliez vite, sans quoi l'eau ne bouillira pas à temps pour le déjeuner. Dépéchez-vousdonc, allumez-vous et allumez les bûches. Bien! vous êtes obéissant. — Ici elle renversa les pincettes. — Eh bien , pincettes, comment osez-vous faire tant de bruit? — Et les remettant à leur place, elle ajouta : — Restez là jusqu'à ce qu'on ait besoin de vous. — Et vous, fumée, qu'avez-vous donc? pourquoi venez-vous dans la chambre, au lieu de sortir par la cheminée? Vous ne pouvez prétendre qu'il fasse du vent par cette belle matinée, ainsi n'ayez pas de pareilles lubies. — A votre tour, garde-feu; tenez-vous bien pendant que je vous frotte. C'est cela. Vous voilà brillant à présent. — Et vous , table , il faut que je vous lave la figure, car votre maître y a répandu des gouttes de grog hier soir en fumant sa pipe. Là , vous voilà aussi belle que jamais. — Eh bien , vieille chaise , comment vous portez-vous ce matin ? Vous êtes plus vieille que moi , à ce que je pense , et pourtant vous êtes encore sur vos pieds. — Comment ,
chandelle, vous brûlez encore? Pourquoi ne m'avezvous pas avertie ? Il y a une demi-heure que vous devriez être éteinte. Tenez, vous voilà soufflée. Quelle odeur vous répandez dans la chambre! ne pouvez- vous la faire sortir par la cheminée?
C'était ainsi qu'elle parlait à tous les meubles de la maison. Nous n'y avions que deux animaux , — un chat et un serin; on juge bien qu'elle ne les négligeait pas; mais le chat semblait s'ennuyer de ses discours, car dès qu'elle lui adressait la parole, il se levait et s'en allait doucement dans la cuisine , et quand elle parlait au serin , il se mettait à chanter de toutes ses forces, et ne cessait que lorsqu'elle prenait le parti de se taire. Bramble supportait son babil avec patience , mais il ne l'aimait guère. Il me dit un jour : — Si Bessy était encore à Deal, je crois qu'en ce moment j'y prendrais quelques jours de repos; mais quant à cette pauvre bonne vieille mistress Maddox, dont la langue semble être suspendue par le milieu, afin de pouvoir travailler par les deux bouts, son bavardage me fatigue, c'est la vérité. — ^ C'était pourtant une excellente créature , toujours prête à obliger les autres, et je pense réellement qu'elle croyait nous amuser en parlant ainsi. Malheureusement, elle n'avait aucune anecdote à raconter, car elle avait une très mauvaise mémoire , et il n'y avait rien à gagner en l'écoutant. Quelquefois elle cherchait à m'amuser en me disant : Allons, ïora, asseyez-vous ici, et je vous conterai toute l'histoire de mon mal de jambe. — Sur ce sujet, sa
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mémoire était excellente. Elle remontait aux premiers symptômes de la maladie, décrivait les différents degrés de douleur qui y avaient succédé, faisait rénumération des bandages^ des cataplasmes et des emplâtres qui lui avaient été ordonnés, et répétait tout ce que le docteur avait dit jour par jour. Je supportai ce récit avec patience quatre à cinq fois; mais si elle ne se lassait pas de le recommencer, je me lassai enfin de l'entendre, et un jour qu'elle se mettait à me le répéter pour la quinzième ou seizième fois, je me levai en m'écriant :
— - Mistress Maddox , je ne puis supporter la peinture de vos souffrances : ne m'en parlez plus, je vous en supplie.
— Quelle excellente créature vous êtes ! — me dit-elle ; — on ne trouverait pas beaucoup de personnes aussi compatissantes. Eh bien , il n'en sera plus question. — Coton, où éles-vous donc? toujours à courir ! Allons, ne plaisantez pas, où vous êtes-vous caché? On dirait que vous n'aimez pas à être tricoté. — Et vous, mes ciseaux, vous étesvous enfuis aussi? Ah, vous voilà! Restez sur mes genoux, et tenez-vous tranquilles.
Mais si mistress JNIaddox retrouva sa pelote de coton et ses ciseaux , elle ne me retrouva pas ; car pendant qu'elle les cherchait, je me hâtai de sortir, et j'allai joindre quelques marins qui étaient appuyés sur le plat-bord d'une barque qu'on avait tirée sur le rivage.
Pendant tout ce temps, je continuais à ajouter
chaque jour quelque chose à mes connaissances dans ma profession , et je me trouvai enfin en état de subir mon examen devant le bureau de Trinity- House. Quand j'allais à bord d'un bâtiment avec Bramble, il me laissait le soin de le conduire , et quoiqu'il me surveillât avec soin, il n'v intervenait que lorsqu'il le jugeait absolument nécessaire, ce qui, je crois, n'arriva que deux fois. Il avait coutume de dire aux maîtres des bâtiments que j'étais aussi bon pilote que lui , ce qui n'était pourtant pas tout-à-fait exact. Mais cela fut d'une grande importance pour moi, car ce fut ce qui me donna cette confiance en moi-même qui m'était si nécessaire dans ma profession , et dès que le temps de mon apprentissage fut terminé , je fus reçu comme pilote. Pendant cet intervalle, il était survenu quelques changements à l'hôpital de Greenv^'ich. De la place de maître d'équipage, Anderson avait été avancé à celle d'inspecteur, ce qui portait ses émoluments à cinq shellings par semaine; et par suite de cette promotion, mon père avait été nommé second maître d'équipage de la brigade des Guerriers. Cela fut d'abord satisfaisant pour ma mère, qui était charmée de voir mon père porter un galon sur son coslume de pensionnaire. Mais à mesure qu'elle avançait elle-même dans le monde, elle n'aimait pas à voir mon père demeurer dans l'hôpital, mais elle se serait encore moins souciée de l'avoir chez elle. Je crois que, dans le fait, elle aurait préféré qu'il fiil bien loin j mais comme c'était une chose impos-
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sible, elle se résignait de son mieux h sa présence. Il faut pourtant convenir que depuis que mon père était à l'hôpital, il s'était opéré un changement marqué dans son ton et dans ses manières : sa brusquerie s'était adoucie 3 il était devenu sobre, menait la conduite la plus régulière, était toujours proprement vêtu, et se faisait respecter de tout le monde; mais j'en dirai davantage à ce sujet quand je parlerai de ma mère.
La vieille Nanny vivait toujours de la même manière, mais au total sa situation semblait un peu améliorée. J'avais coutume de mettre dans lui grand sac tous les objets que je pouvais trouver et que je jugeais dignes de figurer parmi — toutes les plus jolies choses — de sa boutique; quand il était plein, je le lui portais à Greenwich, et le mélange de choses hétérogènes qui s'y trouvaient lui faisait plus de plaisir que ne iui eu aurait procuré un seul objet d'un prix beaucoup plus considérable. Ânderson allait la voir de temps en temps; mais ses discours pétaient sans grande utilité pour la pauvre Nanny, dont toutes les pensées semblaient absorbées dans le désir de gagner de l'argent. Elle se montrait toujours très charmée de me voir, et je crois qu'il n'y avait personne au monde à qui elle songeât plus souvent. Je manquais rarement d'aller lui faire une visite le jour même de mon arrivée à Greenwich. Le docteur Tadpole et Tom son apprenti vécuren t assez bien ensemble jusqu'à ce que la provision de réglisse fût encore une fois épuisée. Alors il y eut une
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nouvellft insurrection de la part du représentant opprimé des classes inférieures, et elle ne se calma que par l'arrivée d'un nouvel approvisionnement. Deux ans après, l'apprentissage de ïom fut fini, et le docteur le prit pour son aide, en lui donnant des appointements qui firent qu'il n'eut plus besoin de recourir à la boutique pour se fournir de réglisse, et qui le mirent à même de figurer parmi les jeunes gens de Greenwich. Car, après la promotion de Tom, le docteur prit un autre apprenti, qui fut chargé à son tour de porter les médicaments aux malades et de faire les plus gros ouvrages de la maison, et Tom eut soin que son successeur nettoyât ses bottes de même que celles du docteur, et ne prît pas le même goût que lui pour la réglisse. J'appris aussi qu'il avait abandonné Anny Whistle au garçon boucher. Mistress Saint-Félix continuait à vendre du tabac, et je ne manquais jamais d'aller la voir quand j'allais à Greenwich. Elle paraissait encore aussi jeune que lorsque j'avais commencé à la connaître, et chacun disait que ses traits n'avaient subi aucun changement. Elle était aussi bonne et aussi enjouée que jamais, et il s'était établi alors une grande intimité entre ma sœur et elle. Ma mère n'en était nullement contente, car elle conservait toujours une sorte d'animosité contre la veuve; je ne saurais dire pourquoi, si ce n'est parce qu'elle était jolie, et que tout le monde l'aimait. Mais mon père, qui savait être le maître quand il le voulait, insista pour que sa fille continuât à voir mistress Saint-Félix , et il avait cou-
tume de la conduire lui-même chez elle. Virginie, qui n'avait jamais oublié les bontés que la veuve avait eues pour moi , lui était fort attachée , et passait plus de temps avec elle que ma mère ne s'en doutait, car elle ne voulait pas la mécontenter en lui disant qu'elle avait été chez mistress Saint-Félix, à moins qu'elle ne s'y trouvât obligée.
Il s'était passé environ quatre mois depuis que mon père et moi nous avions donné notre argent à ma mère, quand je revins à Greenwich ; une lettre de Virginie m'avait appris dans quelle rue ma mère demeurait alors , et quel était le numéro de sa maison ; je la trouvai donc sans difficulté, et je ne fus pas peu surpris de la voir dans une si belle habitation. Le rez-de-chaussée formait une grande boutique dont la devanture était composée de grandes vitres derrière lesquelles on voyait des bonnets et des chapeaux rangés sur des champignons. Cette montre était ornée de deux glaces sur les côtés et de rideaux de soie arrangés avec goût; par-derrière, un rideau de gaze suspendu à une tringle en cuivre dérobait les ouvrières aux regards des passants; il y avait une porte à la boutique et une autre pour entrer dans la maison; celle de la boutique étant ouverte, j'entrai, et je trouvai huit jeunes personnes assises des deux côtés d'une longue table couverte d'ouvrages auxquels elles travaillaient. Je demandai si mistress Saunders était chez elle, et l'une d'elles me répondit qu'elle était à préparer le déjeuner.
— Je suppose, — continua-t-elle, — que vous êtes M.Tom Saunders, pilote?
— Vous ne vous trompez pas; — vous, et me direz-vous qui vous êtes ?
— Miss Amélie Gozlin, apprentie de mistress Saunders; et comme elle connaît mon caractère tranquille et posé, elle m'a chargée de la surveillance de toutes les jeunes personnes que vous voyez ici avec moi.
Ici , toutes ses compagnes éclatèrent de rire.
— Elles sont en très bonnes mains, miss Amélie, et, avec vos soins et votre exemple, je ne doute pas qu'elles ne deviennent des membres utiles de la société.
— Je vous remercie de votre politesse, monsieur; mais permettez- moi de vous dire que je ne puis permettre à des jeunes gens, et surtout à des jeunes gens aussi aimables que M. Tom Saunders, de rester ici. Je vous serais donc obligée , monsieur, de vouloir bien vous retirer de notre présence, et de n'y plus reparaître, — à moins que vous ne soyez bien assuré que mistress Saunders est sortie.
J'obéis aux désirs de miss Amélie Gozlin , qui était réellement très jolie, ayant de grands yeux noirs et paraissant de quinze à seize ans.. Je sortis par une porte donnant sur le vestibule, et je n'eus pas de peine à trouver la cuisine , où je vis ma mère et Virginie occupées comme on me l'avait dit. Ma mère me reçut avec un air de bonté, mais elle me dit peu de chose, car elle était trop affairée, et Vir-
ginie elle-même n'eut le temps de songer à nioi que lorsque le déjeuner fut prêt. Alors elle appela les apprenties, et nous nous mîmes tous à table. Miss Amélie et ses compagnes avaient l'air si graves et si réservées , que , si je ne les eusse pas déjà vues , j'aurais cru qu'elles ne savaient point parler.
Quand le déjeuner fut fini, ma sœur me fit voir toute la maison. Le premier étage était destiné à être loué en garni ; ma mère et ma sœur occupaient le second , et les apprenties étaient logées au troisième. Tout y était propre et bien arrangé, et je ne pouvais concevoir comment ma mère avait pu faire tant de choses avec l'argent que mon pèie et moi nous lui avions donné; mais Virginie me dit qu'elle croyait que M. "Wilson l'avait aidée.
Quand je revins à Greenwich, environ six mois après, je vis que de nouvelles améliorations avaient eu lieu , et tout annonçait que la spéculation de ma mère avait parfaitement réussi. Elle avait pris une servante, ei le nombre de ses apprenties montait à douze. En i8o3, j'appris que Virginie avait quitté l'école. Elle avait alors quatorze ans ; elle avait dit à ma mère que depuis six mois^, on ne lui apprenait plus que ce qu'elle savait déjà, et qu'elle croyait pouvoir mieux employer son temps chez elle en l'aidant. Ma mère fut du même avis, et Virginie avait alors la surintendance du département de la coupe des étoffes. Elle me dit que les pratiques de manière avaient tellement augmenté , qu'elle pouvait à peine faire tout ce qu'on lui demandait. Elle avait alors II. 5
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fleiix servantes, et, outre les apprenties, elle occupait quelques ouvrières à la journée. L'extérieur de ma mère avait aussi beaucoup changé. Elle avait toujours soigné la propreté dans sa mise, mais à pré- .sent elle était vêtue avec une sorte d'élégance, palaissait rajeunie et avait l'air plus distingué. Je dois lui rendre la justice de dire que la prospérité, bien loin de la gâter, avait amélioré son caractère. Chaque fois que j'allais la voir, je la trouvais plus aimable et plus enjouée, et je puis ajouter qu'à l'exception de quelques petites réprimandes nécessaires à miss Amélie et à ses compagnes , elle ne grondait jamais et se faisait aimer de ses servantes. La dernière année lui avait été encore plus favorable , et elle était alors bien décidément regardée comme la première marchande de modes de Greenwich. Je crois qu'elle méritait sa réputation, car elle avait beaucoup de goût en tout ce qui concernait la toilette, et quand elle avait fait la sienne avant l'heure où arrivaient ordinairement ses pratiques, et qu'elle descendait de sa chambre en belle robe de soie et en joli bonnet du matin , je la regardais avec surprise et je me disais : — Qui pourrait croire que c'est là la mère qui me battait à coups de balai dans la petite chambre de Fisher's AUey?
Le lecteur peut demander comment mon père et ma mère vivaient ensemble , après un tel changement dans la situation de celle-ci. Je répondrai à cette question : mieux qu'ils ne l'avaient jamais fait. Ma mère , qui n'aimait pas la compagnie de mon
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père dans sa maison, lui représenta avec douceur que, dans une maison où tant de jeunes personnes demeuraient, il ne convenait pas qu'il vînt fumer sa pipe tous les soirs , et qu'il vaudrait mieux qu'il allât fumer et boire son pot de bière partout ailleurs. Mon père sentit que les convenances l'exigeaient et y consentit de la meilleure grâce possible , et ma mère agit très libéralement envers lui. Il ne venait donc plus à la maison qu'après avoir soupe à l'hôpital , et , après avoir passé environ un quart d'heure à causer avec Virginie et ma mère , il se retirait. Les dimanches , il y passait toute la journée et il était toujours bien reçu , mais il partait le soiipour aller fumer sa pipe ailleurs. Quant à moi, quand j'allais chez ma mère , j'étais aussi bien accueilli, et j'occupais une chambre au même étage que celles de ma mère et de Virginie. Pendant tout le temps de mon apprentissage, Bramble pourvoyait à tous mes besoins, de telle sorte que je ne manquais de rien ; et quand je fus pilote , je gagnai plus d'argent que je n'en avais besoin , et j'allais rarement à Greenwich sans porter quelque présent à ma mère et à Virginie.