‹ Le pavé; aphorismes ... album intérieurChapitre 76 sur 80 · NATURE MORTE · texte numérisé non relu

NATURE MORTE

Sur le tout petit éventaire de la marchande aux gosses, dans ce m(''lre carré qu'abrite un parapluie de cotonnade bleue, toutes les couleurs ont élu domicile. Les Irompetles de bois sont bariolées de violet, d'azur et de carmin. Les cricris arborent le jaune serin et le vermillon de Chine. Le rouge, le vert, le bitume, mélan^çent leurs tons dans les sucres d'orge à la groseille, à l'absinthe, au caramel. Les pastilles de menthe font chacune une lune tricolore. Toutes les nuances de l'ocre se varient sur le pain d'épice ])lus ou moins sec. Le coco de la carafe semble (lu soleil liquide, et le citron qui bouche le goulot brille comme un œuf d'or. Sur ce prestigieux arc-en-ciel cassé en morceaux, la lumière joue, s'accroche, se divise, non pas crûment toutefois, mais doucement tamisée à travers lombre du parapluie. Ainsi , pour peindre ce tout petit éventaire de la marchande aux gosses, il faudrait la palette entière d'un grand maître, habile à

fixer et à dégrader, à détacher et à fondre, les notes les plus vives et les combinaisons les plus harmonieuses du prisme. Et quel vernis, quel glacis, pourrait rendre, en outre, la transparence de la fluide lumière bleutée qui enveloppe tout cela d'un voile flottant et insaisissable?

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