‹ Le pavé; aphorismes ... album intérieurChapitre 77 sur 80 · DESCENTE DE CROIX · texte numérisé non relu

DESCENTE DE CROIX

La mère est à genoux, muetle, les yeux secs, la face crispée de douleur. Elle ne peut pleurer, tant elle est triste jusqu'à la mort. iMarie-Madeleine est baignée de larmes. Elle a déchiré ses vêtements dans un accè^ de désespoir furieux, et l'on voit à l'air ses belles épaules toutes nues qui frissonnent. Sur son genou elle soutient la tête du bien-aimé, qu'elle contemple en sanglotant, et qu'elle caresse de ses longues tresses dénouées. Saint Jean est debout, ne pouvant croire au trépas de l'ami, et, désolé à plein cœur, il essaye pouitant de dire quelques vagues paroles aux femmes. Mais en vain ; car il est bien mort, le pauvre adoré qui gît par terre, avec ses bras ballants, son corps abandonné, sa tête sanglante sous les cheveux roux, ses mains déchirées et sa plaie rouge au tlanc. On l'a dévêtu pour panser sa blessure, et la blanche poitrine apparaît, meurtrie et trouée. Un bout d'étoffe bleue s'est roulé comme une écharpe autour de ses reins, et

voile sa nudité de cadavre. Et voici, dans le fond du tableau, le haut gibet qui a fait ce cadavre, la croix maudite où vient d'agoniser ce martyr. C'est l'échafaudage sur lequel travaillait ce beau charpentier quand le pied lui a manqué soudain, et qu'il s'est éventré à la pointe d'une poutre. Et tous ces ouvriers, au costume 'simple, à la figure naïve, donnent juste l'impression d'une sainte famille et d'une descente de croix. Un souffle de vent qui passe met la dernière touche au tableau, en faisant voler au flanc du mort le bout déchiré de sa blouse, qui palpite comme un pan de draperie bleue.

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