DU K A NU
.Ma chcre amie! t.elui-là , j'aurais jure (pi il avait des dispositions élonaantes; il a ce que nous appelons familièrement de l'œil !
MADAME BERNAY
De l'œil T
DURAND
Oui! de l'oeil! cest-à-dire qu'il a le sens oculaire admirablement développé. Mais dès qu'on veut lui mettre un nom exact , ou une saine notion dans la cervelle , votre serviteur ! c'est un idiot !
MADAME BERNAY
Et Louise, est-ce qu'elle y mord à tous vos noms barbares?
DDRA.ND.
Louise ! c'est un phénix d'intelligence ! Ah! si je m'étais occupe plus tôt de l'instruire! Je n'y songeais pas; pourvu qu'elle fût ma ménagère, je croj'ais qu'elle en saurait toujours assez! Mais, ne voilà-t-il pas que tout dernièrement, je m'avise de lui dire : Que ne sais-tu un peu de minéralogie, tu ferais de l'ordre dans mes matériaux que je n'ai pas trop la patience de ranger et que ce petit laquais me place de manière à représenter l'image du chaos primitif. Eh bien! ma chère amie, vous me croirez si vous voulez, en trois mois , Louise, cette petite paysanne qui sait tout au plus lire et écrire proprement, s'est mise à étudier mon Index Melhodicus, vous savez, l'ouvrage élémentaire que j'ai publié l'année passée ?
MADAME BERNAV.
Non, je ne sais pas.
DURAND
Je vous en ai porté moi-même un exemplaire, avec cette dédicace : A ma bonne et chère amie, madame .\urore Berna v ?
MADAME BERNAT.
C'est possible. c'e<t possible, mais je ne lai pas lu!
DURAND
Ça ne m'étonne pas. Hh bien, Louise l'a lu !
MADAME BERNAT.
Pauvre fille I ça a dû bien l'ennuyer!
DURAND
L'ennuyer, elle! vous ne savez pas ce que c'est que Louise! Quel trésor de dévouement , d'abnégation ! pourvu qu'elle se rende utile , elle est heureuse.
MADAME UERNAY.
Vous en parlez avec feu !
DURAND, étudiant sou pavé.
Eh bien, pourquoi donc pas? Y entendez-vous malice?
MADAME BERNAY
Non. Je vous connais pour le plus rigide des hommes dans vos principes et dans vos mœurs; mais je me demande si, l'aimant à ce point, vous ne songez pas à l'épouser.
DURAND, riant.
L'épouser, moi? Ah! la bonne idée! Il n'y a que vous pour avoir des idées comme ça.
MADAME BERNAY
A mon tour, je vous dirai : Pourquoi donc pas ? Vous êtes sans préjugés, vous! .
DURAND
Je ne sais pas ce que vous appelez des préjugés; mais je sais que j'aime celte enfant d'un sentiment trop pur, trop paternel, pour jamais songer à imposer mes quarante-cinq ans à sa verte jeunesse. Non, non. Diable! à moi, une jeune femme! Et le ridicule, et l'avenir, et le clabaudagc! Non, vous dis-je! Laissons Thérèse à Jean-Jacques Rousseau. Ces escapades ne sont permises qu'aux hommes de génie, lesquels eux-mêmes ne s'en trouvent
pas toujours fort bien, (n va s'asseoir sur son fauteuil, le pavé sur un support entre ses jambes, et l'examine à la loupe sans écouter la réponse de madame Bernay.)
MADAME BERNAY
Puisque vous ôtes- dans do si sages idées^ je vois que je peux vous parler raison. Une femme de trente-deux ans est ce qu'il vous faut. Avez-vous vu ma nièce à la ville?