CHAPITRE IV
Chaque matin maintenant Robert distribue le travail de la journée. Il s'est déjà créé des habitudes. Après être passé à la maison du jardinier, il se rend à Bissey, où le fermier Levassor le tient au courant du travail de la ferme. Il parcourt la plaine, pour voir exécuter les travaux. Parfois il prend les bras de la charrue et il laboure. Il essaie son bras au geste du semeur. Il vérifie les attelages, mesure la profondeur des sillons, et prend en note les quantités de semences et d'engrais répandus dans chaque champ.
Comme c'est le matin, et que le soir seulement il est triste, il se réjouit de sa vie saine. Le printemps arrive à tire-d'ailes. D'innombrables brindilles vertes jaillissent de la terre. Quand un oiseau s'enfuit, un autre oiseau s'envole avec lui. Les taillis du parc sont parfumés de l'odeur des violettes invisibles; et les talus des chemins sont étoiles de petites marguerites blanches.
Robert se mêle déjà à la vie du pays; il se rend aux foires et aux marchés. Il cause avec les gros cultivateurs de la contrée, qui sont les maîtres incontestés de leur village. Car ici la propriété est anonyme ; la plupart des propriétaires, véritablement coupables, n'ont jamais vu leurs « fermes en Beauce ».
Robert s'attriste de l'indifférence qu'il
constate autour de lui. Parce qu'il appartient à une certaine classe sociale, il craint de rencontrer des préventions ; mais à peine a-t-il soulevé au début quelque curiosité. Ici chacun vit pour soi, et personne ne s'occupe du voisin. Vivre en paix et gagner de l'argent sont les grands buts de ces paysans travailleurs, sobres et matériels.
Le projet de minoterie commence à se préciser. L'acte de Société est déjà signé, et Robert a jeté dans cette entreprise le quart des quatre cents mille francs nécessaires à son fonctionnement. Son associé, M. Hirner, en a versé autant, et le reste a été obtenu par une émission d'obligations. Une ancienne brasserie servira de local, et un moteur de cent chevaux y sera installé incessamment.
Presque chaque matin Robert se rend chez M. Hirner, gros marchand de grains à Guerneville. Ils causent longuement, et se fixent avec netteté leurs attributions respectives. Robert sera chargé de la partie technique, de la surveillance de la comptabilité, et de la vente des farines. Hirner fréquentera les marchés pour l'achat des grains. Ils ont calculé que les rendements du pays en froment permettront de travailler cent quintaux par jour, ce qui laissera, intérêts payés, une marge de bénéfices intéressante.
Ce matin-là, un des premiers de la seconde quinzaine de mai, Robert donnait comme d'habitude ses ordres à Baconnier. Le vieux serviteur, mi-garde, mijardinier, écoutait avec attention son jeune maître. Avec sa moustache raide et
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ses cheveux plats, son visage tanné et ses yeux clairs, c'était un type achevé de Beauceron, dur à lui-même, dur aux autres. Il avait été dix ans soldat avant d'entrer chez M'""^ Flavier, et plusieurs fois par an, quand il avait trop caressé la dive bouteille, son passé militaire lui revenait. Il commandait l'exercice, et sa femme et sa fille lui obéissaient.
(( Tu auras soin de ratisser, expliquait ce matin-là Robert, qui tutoyait, depuis son enfance, son vieux serviteur, car nous attendons du monde.
— Il faut que je dise à Monsieur que j'ai surpris hier le père François en train de poser des collets au bois du Moulin Cassé...
— Fais-lui un procès », répond distraitement Robert.
Et reprenant son idée première :
(( Pour l'arrivée des voyageurs tu n'as rien à faire. Puisque l'automobile est arrivée avant-hier, j'irai chercher moimême M™^ et M^^' Mounier à Guerneville. »
Ce sont en effet la femme du général et sa fille qu'attendent les Flavier. Elles ont fini par céder aux instances de Robert qui les a invitées bien des fois à venir passer chez lui quelques jours. Suzanne n'est qu'à demi satisfaite de cette visite. Elle sait, par les confidences de son mari, qu'il a été l'ami d'Edith Mounier. Mais jusqu'à quel degré d'intimité ont été leurs rapports ? Robert lui-même a été incapable de lui dire s'il avait aimé Edith. Suzanne sent seulement que le moment est mal choisi pour cette visite.
Elle s'inquiète d'autant plus qu'elle est souffrante. Les premiers malaises d'une grossesse la condamnent au repos. Robert et Edith vont donc sortir seuls ensemble ; le rappel de leurs souvenirs de Lunéville les remplira de la même émotion. Gomment luttera-t-elle, de sa chaise longue, contre la force des : t'en souvient-il ?
Elle n'en accueillit pas moins de son mieux la vieille M""^ Mounier, qui restait accablée par ses chagrins successifs, la perte de son mari, la vie manquée de sa fille, et cette pauvreté qui lui semblait si dure parce qu'elle avait connu l'opulence et les honneurs. L'entrain d'Edith contrastait avec sa tristesse dolente. L'énergie se lisait dans le regard gris de la jeune fille, qui semblait un défi
à Fadversité, dans ses lèvres minces, dans le dessin accusé de ses sourcils noirs.
A peine étaient-elles arrivées, par un orage épouvantable, que le facteur annonça, en apportant les lettres, qu'il était passé, un quart d'heure plus tôt, au hameau de Martinville, où Robert possédait une petite ferme, louée encore pour de nombreuses années. L'orage venait d'y fracasser un orme et d'ébouler le mur de l'étable. Le fermier réclamait instamment une visite du propriétaire pour ordonner la réparation.
Robert décida d'y aller en automobile dans l'après-midi, et, vers trois heures, il proposa à Edith de l'accompagner.
Suzanne, fidèle à la consigne du médecin, resta avec M"^^ Mounier.
Robert lança bientôt la voiture sur la route droite, et en quelques minutes ils arrivèrent au chemin de traverse qui aboutit à Martinville. L'orage de la matinée avait rempli de boue les ornières.
Robert jugea imprudent d'y engager l'automobile. Il la laissa dans la cour d'une petite ferme ; et, bien qu'il y eut deux kilomètres à faire à pied, il partit avec Edith sur le bas-côté du chemin, qui leur laissa juste la place de marcher côte à côte.
Après les grandes pluies du matin, la terre se gorgeait véritablement de soleil ; les tiges des avoines et des blés, encore humides, étincelaient comme des filaments d'or. La plaine bigarrée offrait aux yeux sa mosaïque de petits champs, coloriés différemment par le jaune des sauves,
le blond des seigles et les mille verts des jeunes moissons.
Le soleil, grand magicien, présidait au labeur recueilli de la nature entière, qui préparait déjà les grandes fêtes de la moisson.
(( Savez-vous que je commence à aimer votre pays, dit Edith d'un ton enjoué!
Jamais je ne l'ai compris comme aujourd'hui.
— N'est-ce pas qu'il est beau ? répondit Robert. Regardez comme il vient à nous, comme il se mêle à nous, comme il est intime !
— Oui, dit-elle, il est simple, comme la vraie beauté. Si vous saviez combien, à force de voir le bluff s'étaler partout, je l'ai pris en horreur... J'en ai tant souffert I »
Et comme Robert ne répondait pas, écoutant s'en aller dans les champs, au milieu du silence, sa voix fraîche :
(( J'ai bien compris votre détermination de quitter l'armée, allez, et de vous tailler une vie plus personnelle, moins en surface, plus en profondeur.
— Ne dites pas de mal de notre ancien métier, Edith. Il m'a donné de si grandes joies !
— Personne ne l'a aimé comme je l'ai aimé ; personne, aussi bien que moi, n'en a senti les élégances, les droitures, les amitiés, la discipline. Mais j'en suis une victime : j'ai bien le droit de lui en vouloir à certaines heures.
— Une victime, pourquoi donc une victime ? »
Elle n'osa pas répondre : « Si j'avais eu
deux cent mille francs de dot, si je n'étais pas l'otage dont nous avons souvent parlé ensemble, vous m'auriez peutêtre épousée. » Mais toutes les misères de sa vie de jeune fille lui revinrent à Tesprit, et elle dit, avec un pli d'amertume au coin de la lèvre : « Vous le savez bien »...
Il le savait en effet. Il soupçonnait qu'elle l'avait aimé et qu'ils avaient été très proches, et brusquement très loin du vrai bonheur. Il se rappelait qu'elle avait été entourée, adulée, courtisée par les officiers qui étaient à Lunéville sous les ordres de son père. Elle avait eu sa cour d'admirateurs ; on s'était disputé ses valses et ses tennis, et c'est lui, toujours lui, qu'elle honorait de ses faveurs, avec lequel elle patinait, qu'elle choisis-
sait pour l'accompagner quand elle chantait. Mais il savait aussi qu'un an après la mort du général, elle avait refusé un vieux commandant, qui avait cru lui faire un honneur en demandant sa main.
Et jamais encore la dureté du destin qui les avait éloignés l'un de l'autre, ou, pour mieux dire, la lâcheté de son cœur, qui avait eu peur de la vie, ne lui était apparue avec tant d'évidence. Un peu de fatigue cependant engourdit sa pensée, où il n'y eut plus place que pour un vague contentement d'être là, sous le grand soleil, au milieu de ce pays aimé, bourdonnant de bruits connus, à côté d'elle.
Il se souvint qu'il n'avait jamais pu décider sa femme à l'une de ces promenades à pied qu'il aimait tant, d'où l'on
revient toujours d'accord, fondus dans la même fatigue ; et, brusquement, à sa joie se substitua une montée de désespoir, violente, venue des profondeurs troubles de son être.
C'était trop stupide de gâcher ainsi sa vie I Le bonheur, il le savait là, dans la conquête de ce cœur qu'il sentait tout proche du sien, qui l'avait aimé, qui l'aimait encore. Edith venait de prendre son bras pour franchir un mauvais passage du chemin. Il sentait contre lui la tiédeur de son corps alerte, souple, désirable. L'envie le tenaillait de lui crier : (( Edith, il en est temps encore... » Mais quoi, faire d'Edith sa maîtresse ! l'aimer dans le mensonge et la lâcheté ! trahir Suzanne ! Une force intérieure, quelque scrupule religieux, échappé à la ruine
des croyances de sa jeunesse, couvant encore, étincelle de la foi, sous son dilettantisme, le rendait incapable de ces bassesses... Non, non, entre Edith et lui il y avait bien l'irrémédiable ; il y avait rirréparable ; il y avait l'éternel adieu des pauvres cœurs qui, se cherchant depuis toujours, ont fmi par se trouver, et qui, par folie ou par devoir, (qui le saura jamais ?) se quittent pour reprendre chacun dans la nuit leur triste route. Il était trop tard, et toute la mélancolie de cette pensée jeta dans l'âme de Robert un si amer regret que ses traits se contractèrent et que sa compagne demanda :
« Qu'avez-vous donc, vous pâlissez ?
— Je n'ai rien... le soleil... »
Ils passaient à quelques centaines de mètres d'un moulin à vent, nommé le
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Moulin de la Croix brisée, et Edith, qui n'en avait jamais vu de près, manifesta le désir de le visiter. Ils firent donc un détour, qui les amena à un point plus élevé, balayé par le vent. La légende voulait qu'une croix, élevée près du moulin, en souvenir d'un accident, eût été démolie par un sectaire qui, sur-lechamp, avait été foudroyé par le feu du ciel.
Ils gravirent l'échelle branlante, et bientôt leurs deux tètes apparurent ensemble, blanchies de farine, par l'étroite lucarne du meunier. Leurs yeux ne se lassaient pas de contempler l'immensité plate, bariolée, d'où Guerneville émergeait avec ses grands arbres. Les craquements du bois, le déplacement d^air provoqué par les grandes ailes, le bruit de la
meule, régulier comme le bruit d'une hélice, leur donnaient l'impression de voguer, dans un navire aérien, vers des pays de rêve. Amants éperdus, vers quel lieu inconnu, vers quelle île enchantée, vers quel gouffre peut-être les entraînait le vaisseau de leurs destinées ?
(( Votre minoterie va tuer ce moulin, qui tourne depuis si longtemps, dit Edith. N'avez-vous pas honte ?
— C'est la dure nécessité de la vie moderne. Il n'y a plus de place pour le pittoresque.,. »
Et, faisant un retour sur lui-même, il ajouta tristement : « Pas plus que pour le sentiment »...
Il fallut quitter ce coin de solitude pour se rendre à la ferme de Martinville, bâtie au milieu des champs. Robert put
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se rendre compte aussitôt du peu d'étendue du dommage. La foudre avait brisé, le matin même, un grand orme, dont la partie supérieure pendait, lamentable, au milieu de la cour. En tombant, une grosse branche avait défoncé le mur de retable. Les vaches restaient attachées au râtelier, qui tenait encore. Etonnées, elles regardaient au dehors de leurs bons yeux, et léchaient le salpêtre que l'éboulement du mur avait dégagé.
Bien vite les instructions furent données par Robert pour une réparation immédiate. Et lorsqu'il eut terminé, Edith et lui, en sortant de la ferme, par le portail qui la reliait à la campagne, restèrent éblouis par le coucher du soleil.
Il s'enfonçait dans la terre au milieu
d'une apothéose. Dans le ciel, dégarni par ailleurs, tous les petits nuages semblaient accourus pour lui faire honneur. Il y en avait de rouges en forme de boucliers ; il y en avait de roses en forme d'ailes, et il y en avait d'un vert léger en forme de vagues. Un nuage tamisait l'éclat du soleil ; et, quand il fut au ras du ciel, un troupeau de moutons, entouré d'un halo de brume, traversa son disque doré. Le berger suivit, comme sur un écran d'ombres chinoises. Et puis le soleil disparut lentement, et les nuages rouges, roses, et verdâtres pâlirent peu à peu, et prirent des nuances de plus en plus rares. La plaine devint toute grise, comme envahie par une pluie de cendres, et la nuit commença à se coucher dans les champs, enveloppée de grands voiles de brume.
Le moulin de la Croix brisée était maintenant caché par une ondulation du
sol. Edith et son ami ne voyaient plus que ses ailes qui, alternativement, dans le lointain, sortaient du sol.
Ils revenaient lentement en silence.
Parce que leurs pas s'étaient confondus, et que leurs regards avaient contemplé le même spectacle, une fatigue pareille les engourdissait, faite des mêmes sensations éprouvées, des mêmes troubles, des mêmes regrets.
Quand ils retrouvèrent l'automobile, le jour était presque mort et ne se prolongeait plus que dans les flaques d'eau des ornières. Ils retournèrent à toute allure à Guerneville, le visage fouetté par l'air froid du soir. Edith aida Robert à éteindre les phares, à fermer les portes du garage.
avec cette simplicité, avec cet entrain obligeant qui faisait le fond de son caractère.
Ils gravirent les grandes marches du perron et rentrèrent. Et avec eux la vie de ces lieux s'enferma dans la maison tiède. Il n'y eut plus aucun bruit dans la campagne, envahie par la nuit, plus rien que le glissement souple de la chouette au-dessus des bois violets du parc, et les sauts furtifs des fouines dans les taillis du Bois Brûlé.
Suzanne attendait avec une inquiétude croissante la fin de cette promenade qui s'était prolongée si tard.
Sa tristesse se compliquait de dépit, parce qu'elle avait été obligée de faire des frais pour M"^' Mounier, et d'écouter ses lamentations durant toute l'après-
midi. Elle accueillit son mari avec un pâle sourire, dans le Pavillon où elle se tenait plus volontiers qu'au salon. Il lui dit bonsoir avec un air fermé, presque hostile.
Edith s'empara bientôt d'un album où étaient réunies quelques reproductions des chefs-d'œuvre de la peinture italienne.
(( Portrait d'homme I s'écria-t-elle toutà-coup en présentant une photographie au jour de la lampe, et en la reculant. Ne croirait-on pas que ce vieillard va parler ? Comme il est vivant î II me semble revoir ce portrait au palais Pitti. . . Que vous êtes à plaindre, Suzanne, de ne pas connaître Florence I »
Elle resta silencieuse un instant; et, avec la même émotion avec laquelle Stendhal signait Milanese :
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(( Ah ! Firenze ! murmura-t-elle. »
Son esprit s'en allait vers les Uffizi, vers les jardins Boboli, vers les Caséines, vers Fiesole, vers toutes ces merveilles que son père lui avait fait autrefois contempler, employant à voyager avec sa fille tout son temps et tous ses revenus disponibles. Voici même que les notes joyeuses d'un carillon de couvent, qui la réveillait chaque matin à Florence, dans sa petite chambre d'hôtel, se mirent à bourdonner à son oreille. Elle essaya d'en retrouver sur le piano la mélodie ancienne, empruntée à quelque chant grégorien, et commença à discuter avec Robert de la musique palestrinienne.
Suzanne avait laissé tomber son ouvrage sur ses genoux, et écoutait, sans presque s'y mêler, cette causerie artis-
tique : car elle n'était pas musicienne. Elle se faisait un peu l'effet de Cendrillon au coin du feu. Elle renonçait à suivre son amie et son mari sur les hauteurs. S'il avait été question de se dévouer, de se donner du mal, de se sacrifier, elle aurait été certainement la première. Mais il ne s'agissait ici que de mots sonores, sans application dans la vie réelle, et, dans ce royaume des fictions, elle savait bien qu'Edith l'emportait.
Le sentiment de son infériorité lui était si cuisant qu'elle décida sur-le-champ de se cultiver l'esprit et de continuer à lire.
Cependant, sur la demande d'Edith, Robert s'était mis au piano. Il ne Tavait pas fait une seule fois depuis le jour de son arrivée à Guerneville, et, en le constatant, en songeant que l'hommage de
cette mélodie ne lui était pas destiné, Suzanne sentit son cœur se gonfler d'une immense tristesse...
Maintenant, c'était Edith qui jouait « le Printemps » de Grieg. Robert écoutait. Et voici qu'en fermant les yeux, il voyait crouler les murs du Pavillon, comme les décors d'un palais de féerie. Il revoyait le moulin perdu dans la plaine, et il lui semblait qu'à travers les mille fanfares du printemps, sur les vagues des jeunes moissons, le moulin commençait à voguer. Une sève nouvelle courait dans son âme. L'éternel effort du cœur de l'homme vers un amour plus parfait l'entraînait au pays dont la porte est cachée aux humains. Edith, de ses doigts magiques, soulevait un coin du voile qui en dérobait l'entrée à ses regards ; penché
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vers ce paradis, l'âme tendue, il se prenait à croire, pour un instant, qu'il pouvait entrer... et... Contempler. Non, nous ne sommes point faits, avant le Jugement, pour la terre promise et désirée des amours sans souffrances. Nos amours sont mélangées de regret, attristées de remords, tourmentées d'infini...