LE VIEUX JOUR
Le vieux jour qui n"a pas de but veut que Ton vive, Et que Ton pleure et s^e plaigne avec sa pluie et son vent. Pourquoi ne veut-il pas dormir toujours à l'auberge des nuits. Le jour qui menace les heures de son bâton de mendiant?
Ne réveille pas la lampe, ce crépuscule est notre ami. Il ne vient jamais sans nous apporter un peu de vieux tenijjs. Si tu le chassais de la chambre, la pluie et le vent Se moqueraient de son triste manteau gris.
Verse cet alcool dans le feu, ferme bien la porte. 11 y a dans mon cœur des abandonnés qui grelottent. On dirait vraiment que toute la musique est morte Et les heures sont si longues!
Pose ta douce tète d'automne sur mes genoux, raconte-moi Qu'il y a un grand navire, tout seul, tout seul sui* la mer. N'oublie pas de me dire que ses lumières ont froid Et que ses vêlements de toile font rire l'hiver.
Je ne veux voir en tui, ù femme, que l'amie, Ne me sois qu'une chose extrêmement douce, crois-moi, Une fumée au toit d'une chaumière, dans le soir : Tu as le visage de la bonne journée de ta vie.
Il faudrait presque tout citer, cai> presque tout en vaut la peine : les scènes de « don Juan », esquisse rouianliquc, — inachevée, — d'un personnage j^ervers el
tendre, sadique et sentimenla!, et si amèrement ^pleenétique; les ballades burlesques ou i^alantes, certaines chansons aux rythmes brisés, sautillants, aux aigres dissonnances voulues; de longues pièces aux aUures de stances, ou d'élégies ; des légendes, des blasphèmes, des visions, des cauchemars, des danses, que sais-je? tout un monde chatoyant, rêveur et doulouieux, baigné dans une atmosphère de poésie pure.
Ecoutez ces discours à quelque amante mystérieuse :
Tu m'as dCyà rencontré jadis, t'en souvient-il? Oui. jadis, tristement jadis, Au pays des vieux livres et des vieilles musiques, Dans le crépuscule bleu d'une maison tranquille Alix fenêtres léthargiques...
Le fantôme des paroles dont lu ne te souviens pas Ou que tu ne prononças pas, Donne un sens si bizarre à ta lointaine présence... Je déchiffre dans le livre de ton silence
Ton histoire morte à jamais, même pour toi.
Ma raison pâle est une illusion de clarté,
Un jour de soleil ancien
Sur la route où ta joie rencontra ta douleur.
Tout cela n'a peut-être jamais été,
Mais si je te le disais, tu mourrais de peur.
C'est triste comme un jour d'hiver sur les banlieues Où chemine la mort de la ville, Comme la maladie et le deuil dans un mauvais lieu. Comme uu bruit de pas dans une maison étrangère, Comme le mot jadis quand l'ombre est sur la mer.
et ce Réveil, où il me semble surprendre le secret de ce mélange subtil, indiscernable, de l'ancienne désespé-
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rance avec le sursaut du désir futur, double élément de cette inspiration étrange et pathétique :