‹ Le pavillon du mandarinChapitre 20 sur 22 · PAUL VALÉRY · texte numérisé non relu

PAUL VALÉRY

Au milieu même du fracas prodigieux de la guerre, il est paru un livre, que ce bruit empêcha peut-être de remarquer mais dont l'importance selon moi est extrême et qui constitue un véritable événement littéraire.

Ce livre est un poème, un poème seulement de cinq cent douze vers, et il est dû à un homme qui depuis tantôt vingt ans n'avait pas écrit un vers, un homme que nous avions fini par croire complètement sorti de la vie littéraire.

Le livre s'appelle Ja Jeune Parque et le poète est M. Paul Valéry.

Paul Valéry ! Ce nom n'était certes pas inconnu à tous ceux qui suivaient le mouvement des idées françaises depuis une trentaine d'années. Au moment le plus intense du symbolisme, les lettrés connaissaient cet écrivain subtil et rare, dont le style avait, si l'on peut dire, un accent mallarméen, avec quelque chose de si personnel de si incommunicable. Et ils fondaient sur lui beaucoup d'espoir. C'était l'époque où paraissait la

Conque, celte revue précieuse, aujourcriiui introuvable, qui publiait des poèmes de Dierx, de Leconle de Lislo, de Mallarmé, de M. Pierre Louys, de M. Camille Mauclair. M. Paul Valéry y collabora très assidûment. Je me rappelle avoir lu aussi des vers de lui dans la Plume et dans diverses petites revues.

Je ne saurais mieux donner l'idée du magnétisme spécial de ces poèmes qu'en citant par exemple ce sonnet, qui s'appelle, je crois,

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