‹ Le pays basque et la Basse-NavarreChapitre 33 sur 75 · CHATEAU DE BIDACHE · texte numérisé non relu

CHATEAU DE BIDACHE

Au Maréchal

Antoine III

Duc de Gramont

Né h Agetnau en 160k

Décédé à Bayonne

Le 12 juillet 167$.

Le duc Antoine fut enterré chez lui, après avoir parcouru l'Europe, menant des armées, ou conduisant des négociations de paix. D'autres Gramont ont leurs tombes dans l'église ; elles sont mutilées, et d'ailleurs sans intérêt.

Le bloc de roches que nous gravissons pour arriver au château forme comme une presqu'île aérienne en rectangle, s' avançant dans la vallée. Là, naturellement, est l'entrée par un grand préau.

De larges fossés défendent la porte conduisant à une première cour intérieure, dont le côté gauche parait avoir été occupé par une galerie ou promenoir couvei t. Au fond de la cour un bâtiment de briques et de pierre, un peu lourd, mais d'une extrême richesse. Les fenêtres éventrées, noircies parle feu, envahies parles plantes parasites, sont fort belles. L'escalier carré, presque entièrement rompu, portait sur des portions de voûte en saillie, trompes magnifiques formant la coquille et présentant, en effet, à chaque étage une niche dont la statue est absente. C'était l'escalier d'honneur, par lequel, vraiment, beaucoup d'honneurs montèrent. On nie pardonnera ce jeu de mots tout empreint de mélancolie. Ces débris de l'ancienne puissance seigneuriale ne m'inspirent jamais un autre sentiment. Quelle vie superbe et pleine ! Au pied du château le village se tapissait , d'ordinaire craintif et misérable, quand le maître au sommet de la colline n'était pas humain et doux. Ici seigneur et vassaux vivaient presque côte à cote sur cette crête orgueilleuse. Les Gramont étaient popu-

laires, et leur histoire à travers celle du Béarn n'en a laissé que de plus grands tableaux.

Ce premier bâtiment de Bidache en est un cadre achevé. Rien de grand et de noblement tourné comme le pavillon de droite, en saillie à trois étages, avec ses larges croisées à frontons. Le dessin que nous en donnons le montre sur une de ses faces. Trois grandes baies s'ouvrent de ce côté aux deux étages; le toit immense est percé de lucarnes. Les feuillages en recouvrent les restes; le lierre et les mousses, partout, ont vêtu la pierre. Les fondations qui soutiennent l'édifice sont béantes, là, sous ses ruines, et d'énormes sous-sols mieux conservés que tout le reste, car ils n'ont pas souffert de l'incendie, donnent une idée de l'importante construction élevée par ce duc Antoine qui battait les généraux des empereurs et qui mariait les rois.

Nous traversons le grand corps de logis — le bâtiment central — et nous arrivons à une autre cour disposée en terrasse au pied du donjon, la seule partie antique du monument : elle est du xme siècle. De ce point, la vue est d'une étendue considérable; on peut embrasser d'un coup d'œil la vallée entière de la Bidouze ; en face, voici les coteaux de Peyrehorade ; la route de Tarbes ou d'Oloron les franchit et se perd là-bas dans les bois qui les couronnent. Le spectacle du haut de la tour serait encore plus vaste, et nos yeux courraient par-dessus le dôme de ces bois ; seulement, la tour n'a plus d'escalier. Elle est formée de trois étages, dont le premier, voûté en briques, a été remanié et revêtu, à l'époque de la reconstruction. Le feu semble à peine avoir atteint le donjon, qui ne croule que sous le poids du temps. On y distingue encore les ornements d'une curieuse porte décorée dans le goût le plus libre de ce xvif siècle, dont le maréchal et tons les ( rramont furent des représentants, il faut l'avouer, assez libres. Sur les plates-bandes du linteau sont sculptés des basreliefs représentant des scènes de la Passion, dont les acteurs sont des... amours.

LA BIDOUZE, BIDAGHE, SAINT-PALAIS. ?]<)

Oui, vraiment, de petite amours ailés. J'en compte jusqu'à quatre pourvus d'un rôle actif dans cette singulière interprétation du drame divin. Deux portent la croix, qu'ils placent sur le dos d'un troisième; un autre tient le voile de la Sainte Face. Sculptures médiocres,d' ailleurs, intéressantes seulement par cette hardiesse profane qui dut faire sourire; Philibert de Gramontet son beau-frère Hamilton, s'ils vinrent en visiteurs àBidache.Envérité, toute la cour — et même deux cours — celle de France et celle d'Angleterre — savaient de reste que tous ces Gramont étaient des païens.

Vaillants autant que profanes, puissants autant que vaillants, ils étaient bien maîtres, seigneurs, souverains de toute la plaine. — ■ Nous quittons à regret Bidache, ses magnificences dévorées par des flammes stupides, et le manteau vert de ses ombrages étendu sur la ruine. Nous allons continuer de remonter la Bidouze, qui se grossit de la petite rivière de Lihurry. Voici des pans de vieilles murailles, encore. A qui cette autre maison forte? Ce fut le château de Came, un bien de Gramont. Le beau conte du marquis de Carabas se renouvelle. Les Basques qui passent font tous l'office du Chat botté, pour peu qu'ils parlent français. A qui ce manoir? à qui cette forêt? à qui cette rivière? — C'était aux Gramont.

C'était!... Que de changements dans ce mode d'un verbe! que de Révolutions dans cet imparfait! — Eh bien, oui, ces Gramont possédaient tout le pays ; — mais le pays n'était pas beau. Il ne l'est pas devenu avec le progrès des temps. La Bidouze, de plus en plus lente, s'enfonce entre de basses montagnes couvertes de hautes fougères et de bois rabougris ; nous traversons de chétifs villages : Villenave, Labeix, Ameindeinx. Un chaînon sans attrait sépare la vallée du Saison de celle de la Bidouze, qui vient encore de recevoir un affluent. — Nous arrivons à Saint-Palais.

La vallée s'est élargie presque subitement ; le cadre de la

petite ville est vert et assez riant. La rivière, seulement, s'est tout à fait endormie. Son lit immobile se couvre de plantes aquatiques, et de grands nénuphars à fleurs d'or s'étendent sous les arches du pont qui donne entrée dans la ville assise sur la rive gauche. Saint-Palais est une ville basque, puisqu'elle a un nom basque: Donapolena. Cependant je n'y ai vu

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