‹ Le pays basque et la Basse-NavarreChapitre 36 sur 75 · LA PORTE DE BELLOCQ. ÏOUU D0 MIDI · texte numérisé non relu

LA PORTE DE BELLOCQ. ÏOUU D0 MIDI

Au-dessous de cette cour, nous rencontrons une salle en contrebas dans la tour du midi ; un petit escalier en descend jusqu'à une ouverture pratiquée à quelques mètres au-dessus du torrent. Ce passage se remplit d'eau dès qu'il se gonfle, car il faut bien prendre garde que depuis son confluent avec l'Adour, nous n'avons cessé de remonter le Gave. Ses airs de fleuve décent sont déjà loin, il est redevenu torrent, il court ici un train d'enfer, se brisant à grand bruit contre clés roches blanches, qui obstruent

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son lit. De la plate-forme des tours et du haut des courtines, les soldats gardant Bellocq, qui devaient y passer sans cesse, puisqu'elles servaient de chemin de ronde, entendaient cette chanson sauvage.

Les deux tours carrées sont celle du nord et celle du midi ; celle-ci avait une porte sur un pont-levis du côté de la ville, et renfermait l'escalier conduisant à l'étage supérieur et au chemin de ronde. La porte septentrionale s'ouvrait sur la roche qui surplombe le Gave; on n'y pouvait arriver d'en bas qu'au moyen de cordes ou d'échelles. Tout cet appareil de guerre est encore ferme — et a souffert plus de dégradations que de vraie ruine. Les salles d'en haut, toutes semblables à celles d'en bas, sont intactes; les tours solides, les courtines sans brèche ; la grande cour, entièrement enveloppée de cette prodigieuse ceinture de murailles, est superbe; on y demeurerait des heures, les pieds dans l'herbe et dans les décombres, songeant aux jours si rudes mais si pittoresques d'autrefois. Mon compagnon a failli se laisser aller au rêve d'une restauration de l'édifice... sur le papier. Puis il m'a dit : Pourvu qu'on n'en entreprenne jamais une autre!...

Bellocq a la prétention d'avoir été une ville importante, et il parait que ce n'est pas sans raison; elle nommait autrefois un député au Parlement de Navarre. La reine Jeanne d'Albret passait, tous les étés, quelques semaines en ce château, et de là se rendait achevai, chaque matin, à Salies pour y prendre les eaux salées. La distance est de cinq kilomètres. Jeanne aurait aussi bien pu la parcourir en litière, car on ne connaissait pas encore les carrosses en Navarre, ils étaient même encore bien nouveaux à la Cour de France; mais Jeanne était une reine virile qui allaita cheval. En 1568, elle reçut avis qu'on voulait l'enlever dans son Béarn, sur ces routes qui étaient à elle, jusque dans ses châteaux ; elle était alors à Bellocq. Ce projet d'enlèvement sortait de la cervelle de Philippe II d'Espagne, qui était aussi féconde que sombre. Jeanne en apprit toute la trame : l'Espagnol avait

gagné un grand nombre de seigneurs basques; il tenait à Saint-Jean-Piecl-de-Port une armée toute prête à les appuyer. La reine cle Navarre n'avait aucun moyen de se défendre contre un échauffement qu'elle avait elle-même allumé par ses rigueurs envers les catholiques; elle céda la place, mais on n'aurait pu dire que ce fût une fuite. Quatre mille soldats l'escortaient : au reste, elle n'en avait pas davantage.

A la tète de cette petite troupe bien aguerrie, Jeanne traversa la Guyenne, fit reculer le terrible Montluc, ce qui n'était pas une médiocre gloire, et arriva bientôt à La Rochelle avec son jeune fils Henri. Seulement, elle ne songeait point qu'elle avait entièrement dégarni de troupes son petit royaume, et que ses sujets abandonnés , surtout les protestants, allaient payer pour elle. Et c'est ce qui arriva.

A Garris, près de Saint-Palais, il y avait, comme à Bellocq, une maison royale, mais qui n'était point aussi forte. Simple castel servant aujourd'hui de Maison commune. Les révoltés basques s'en emparèrent. Leur chef, le baron cle Luxe, eut bien l'insolence d'en faire son logis, tandis qu'il rassemblait dans la ville les forces qu'il allait commander. Auprès cle lui se rangent des seigneurs basques , puissants et populaires , le sire d'Armenclaritz , le vicomte d'Eschaux. Mais les conjurés ignorent la retraite de Jeanne, et c'est sur Bellocq qu'ils vont marcher pour essayer de la surprendre, et la livrer ensuite au roi d'Espagne. Marche de nuit, dont la longueur les trahit. Le jour venait déjà, quand les vigies les signalèrent sur les hauteurs qui dominent la ville ; les habitants eurent le temps de se réfugier clans le château avec leurs bestiaux et leurs effets les plus précieux. Les Basques pillent la ville et donnent l'assaut au château. Ils échouent, cette fois, et, la nuit suivante, se retirent. C'était un coup manqué.

Dans le haut pays protestant, clans l'Angoumois et le Poitou, la guerre s'allumait avec fureur. Les Huguenots, commandés par Condé et Coligny, s'apprêtaient à marcher vers la Loire : l'armée

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catholique, commandée par le duc d'Anjou, les atteint et les bat à Jarnac une première fois. C'est là que Condé fut tué par derrière, quand, déjà, il s'était rendu; et ce coup traîtreusement frappé s'est appelé le coup de Jarnac. Jeanne était à Saintes; elle offrit, pour remplacer Condé, son fils Henri, alors âgé de quinze ans; le jeune prince est acclamé, reconnu pour généralissime; mais c'est, en réalité, Coligny qui commande , et ce rude capitaine, toujours malheureux, est battu de nouveau à Moncontour, si bien battu que la Cour croit les Huguenots perdus sans ressources. Aussi des ordres arrivent pour pousser de tous côtés la victoire. Trois petites armées françaises envahissent le Béarn. La première, conduite par Montluc, entre dans Pau ; la deuxième, commandée par Sainte-Colomme et par Navailles, suit la route de Tarbes, pillant les villes et brûlant les châteaux ; Terride, à la tête de la troisième, saccage Orthez et marche sur Bellocq. Cette fois, les habitants s'enfuient, n'ayant plus de confiance clans leurs murailles et n'ayant point de capitaine; ils vont se réfugier à Bidache, sous la protection du seigneur de Gramont. La légende raconte que trois malheureux impotents étaient demeurés ou plutôt avaient été abandonnés dans Bellocq. Terride les pendit; c'était un grand seigneur, qui avait la férocité d'un capitaine de routiers ou de « coutereaux ». Il ne faisait point de merci. Il campa dans le château, qui se ressentit de son passage, brûla la ville et s'en alla par Salies assiéger Navarrenx, où le chef du parti protestant clans le Béarn et le Bigorre, le comte d'Arros, s'était enfermé.

Cependant les restes des quatre mille soldats emmenés en Poitou par Jeanne d' Albret, fortifiés de quelques débris échappés à Moncontour, avaient repris leur route vers les Pyrénées, à travers le Périgord et le Rouergue. Montgommery, qui les commandait, rallia de nouvelles troupes à Montauban, et hâtant sa marche, passa l'Adour et le Gave, tomba comme la foudre sur Terride, à Navarrenx, et le poursuivit jusqu'à Orthez, où le capi-

taine espagnol se retrancha. Montgommery donne l'assaut, emporte le mur, et un long combat s'engage dans la ville.

C'est ici que se place une autre légende, celle de la Tour des Caperans. Nous allons la retrouver à Orthez.

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