‹ Le Pays BasqueChapitre 141 sur 152 · LES PAUVRES VOYAGEURS · texte numérisé non relu

LES PAUVRES VOYAGEURS

Ar«um«nt.

A l'approche d'une auberge, ne voyant personne sortir pour les recevoir, de pauvres diables font de tristes réflexion*; ils entrent, et, s'adressant à la maîtresse, ils confessent franchement leur pénurie. A coup sûr, celle-ci devait répondre quelque chose; mais nous n'avons pas la suite de la pièce.

Le premier couplet est une paraphrase du proverbe basque : Gabeac hatsa garais , le pauvre a l'haleine puante *, ou, si l'on aime mieux , de notre ancien dicton : Faute d'argent, c'est douleur sans pareille , qui a donne naissance à l'expression proverbiale de quart d'heure, ou plutôt de cordeuil de Rabelais.

* AUotitac, edo Hefrauae, Proverbes, ou Adages ba*que$, recueillis par le slcur d'Oihcnart. A Paris, M.DC.LVU., in-8°, p. 15, 87, prov. 173.

490 LE PATS BASQUE.

IBILD.VBI POBRIAC. LES PAUVBB8 VOYAOBUBS.

( Bui ftifarurr*.) ( OltUcla bas nâ»*rr»l«.)

Sendibalin balaucute diruric Si l'on nous savait de l'argent

Seguric, Assuré,

Kaguin duke zerbitzari humilie , Nous aurions serviteurs soumis ,

Abilic. Bien dresses;

Ez dugu diruric, (Mais) nous n'avons point d'argent,

Ez uste creditic : Point de crédit :

Egon behar dugu beguiac ilhunic, Nous resterons l'œil morne,

Cintçurra idorric , Le gosier sec,

Sabela cimurric. Le ventre ridé.

Etcheco-andere gaztia zira pu : Vous êtes la jeune maîtresse de

Beha caçu. Écoutez-nous. [maison :

Ou ère cure jendiac guitçu , Nous sommes aussi vos clients,

Adi çaçu. Croyez-nous. inuit;

Gu gaur hemen guitçu; Nous nous installons ici pour la

Çuc guti probetchu : ( Mais ) vous en aurez peu de profit , Gaurcogiireescotenpegtnlicezduçu.(Car) notre écot de cette nuit ne

[vous pèsera guère,

llestenac baituçu , Si d'autres vous paient mieux ,

Beharturen cauçu. Vous en aurez le bénéfice.

Arrêtons-nous ici, ce qui nous reste à dire sur la littérature des Basques nous en fait un devoir. Nous sommes loin cependant d'avoir épuisé leur poésie populaire et vidé nos cartons et les portefeuilles de nos amis. Peut-être même y reste- t-il des morceaux supérieurs à nombre de ceux qui figurent dans notre recueil ; mais ces morceaux se sont fait attendre, et nous n'avons pu les admettre à leur place. Nous le regrettons, nommément pour trois chansons sur la guerre d'Espagne , dont l'une , relative à l'entrée des Français dans ce pays sous la République , respire un enthousiasme remarquable chez un prêtre :

Laphurdi, l>asa Nafarre, Zuberoa gureki, Guerlarat joan behar guira guziac elgarrcki

Labourd, basse Navarre, Soûle avec nous, Nous devons aller a la guerre tous ensemble

CUANSOftS DIVERSES.

Madrilleco plazaraino guziac lerroz lerro , Cantatzen dugularic : ■ Flan bego Franzesa libro. »

Armadelan bestac handi , cxaia danzan ari , Franziaco nazionia ororen sonulari.

Pompac joiten aLabala, artilleriac chirulu : Espanolac eguinen du heiekin cannanola.

Franzesac eta Espanolac egun eta bizian Elgarreki componzian ukhanen die aski lan : Guisa bortan , zer bi/.i modu izan behar coruian"' Franzesac estikec nahico Espanol hilen artian.

Donibanen aphez batec cantu hauc cmandilu , Escual herrietan cantatzen behar ditugu aditu ; Franciaco erregueren dire landorioctan , Escualdunen ohoretan, Espanolcu laidoetan.

Jusqu'à la place de Madrid, tous formés en rang,

En chantant : « Laissez librement passer les Français. »

Pour nos armées c'est une grande fête de faire danser l'ennemi , ( Avec ) la nation française pour ménétrier de tous. Les bombes serviront de tambour, l'artillerie de flûte : L'Espagnol dansera la carmagnole.

Aujourd'hui et à jamais le Français et l'Espagnol

Auront assez de peine à faire un traité :

De cette manière, quel genre de vie doit-on mener au ciel?

Le Français ne voudra pas rester au milieu d'Espagnols morts.

Un prêtre de Saint-Jean a donné ces vers ,

Qu'il faut que nous entendions chanter dans toutes les contrées eus- Us sont à la louange du roi de France, [cariennes; A l'honneur des Basques, à la honte des Espagnols.

Voici le début de la seconde chanson , destinée à célébrer l'arrivée des Français à Madrid en 1808 :

Mila zortzi ehun eta zortzigarrenian , Soldado sarthu guinen , oi ! enozenzian , Zcrbitzatu behar guinuela prinziaren guardian , Eguin ère badugu, hehartu guirenian.

L'an mil huit cent huit ,

Nous nous engageâmes, hélas ! dans notre simplicité,

Pour servir dans la garde du prince ;

Nous l'avons fait, quand le besoin s'est montre.

4*22 LE PATS BASQUE.

La dernière chanson se compose de cinq couplets, et commence par celui-ci :

Mila zortzi ehun da liamahirur urle, L'an mil huit cent treize,

Bonapart Framian eniperadore , Bonaparte (étant) en France empereur,

Espaflola ère loçatu gabc, L'Espagnol aussi sans tarder.

Pariseco guilzeqnio juan iaiteke. De Paris avec les clef* s'en irait.

Le chant suivant, qui est en bas navarrais, servira à grossir, sinon à compléter cette petite iliade populaire :

Napoléon, Franzian emperadona , Napoléon, empereur des Français,

Euro pan eguin duzu anliitz balentia. Vous avez fait des vaillanUses en Europe.

Harizpe generala, Euscaldun garbia, Le général Harizpe, basque pur sang,

Harcn plazera bai ta guerlarat joaitia. N'a de plaisir que quand il va guerroyer.

Harizpe generala j in da Espafclic, Le général Uarizpe est venu d'Espagne,

Zaragozatic edo Balenzia ondotic. De Sac a gosse on des environs de Valence.

Colpatula dagocla jann houra badakit; Je sais que ce seigneur est blessé;

Bizia galdu naliidu Napolcone galic. Il veut perdre la vie pour la cause de Napoléon.

Anhitz aiphatuia da anrltien Saragoza , Saragosse fait grand bruit cette année,

Guziac minzo dira herri haren contra. Tout le moode parle contre cette ville.

Harizpe generala tranquil hau egonda : Le général Harispc y est resté sans inquiétude :

Brigantenlaco diro eztela loxa. Il n'a pas peur, dit-il, des brigands.

CarticI bal deitzen da Franzian Baigorri : Il est un pays en France qui a nom Bafgorry :

Etchauze bortan duzu sujet bandi hori. Ce personnage remarquable babile Ecbaoz.

Geude noble baienzat bori zen conbeni , Pour cette noble famille il était sortable,

Harizpe generala Jaincoar igorri. Dico Ini envoya le général Harizpe.

Anhitz barrcalu da , Uarizpe zure fama . Beaucoup s'est répandue, Harizpe, votre renom-

Colpatzen zinuztela , bainan bethi senda. On vous blessait, mais vous guérissiez, [mée. Zuc t guin balenliac czdaitezke conda , Vos action» d'éclat ne sauraient se nombrer, Zuc eguin balenliac ezdailezke conJa. Vos actions d'éclat ne sauraient se nombrer.

Colpatuia zircla muoduiac badaki ; Le monde sait que vous avez été blessé;

Jaincoac nabi eta lialere arinki. Grâce a Dieu vos blessures sont légères.

Hilzeco damu zira , behar zira bizi II serait dommage de vous voir mourir, vivez

Ebun urtbez zure madamareki. Cent années avec madame (votre époose).

On ne manquera pas de remarquer que nous n'avons donné aucun cantique de piété, et que c'est à peine si l'on trouve dans notre recueil trace des complaintes destinées au peuple : la raison en est que les cantiques ne viennent pas de lui, et que les complaintes hasques sont aussi plates que les nôtres. On en peut juger

CHAftSOIHS DIVERSES. 4*23

par ce premier des trente-quatre couplets des Paroles de l'Enfant prodigue et de son tendre père.

0 cristau errebela! 0 chrétien rebelle!

Adi çac parabola : Écoute la parabole :

Judularrentzat beçala , Comme pour les Juifs,

Hiretzat duc errana ; Elle est dite pour toi ;

Adi rue Jaunaren hitza, Ecoute la parole du Seigneur,

Ez hadiela engana. N'en abuse pas.

Cette complainte est en basque du Labourd; mais les autres dialectes eu possèdent qui ne valent pas mieux. Qu'on en juge par le début d'un morceau de ce genre composé en basque espagnol sur un miracle arrivé en Navarre , et attribué à Saint-Michel :

Nafarroaco erri, Dans un village de la Navarre,

Huart-Araquillen, A Huarte-Araquil ,

San Miguela juateco Pour aller à Saint-Michel

Allegatu guinen , Nous nous étions réunis ,

Bisita cguiteco De visiter ce saint

Deseo aundien. Dans un grand désir.

Mendira igo gabe, Sans aller à cette montagne,

Ez nuen jaquincn Je n'aurais pas su

Aingueru cein ederra Combien beau était l'ange

Cegoen capillen. Dans sa chapelle.

L'auteur se traine ainsi en vingt -quatre couplets, ce qui ne l'empêche pas de donner son nom dans le dernier :

Maiz eguin bear degu Nous devons donc faire souvent

Bertara bisita; Là-bas des visites ;

Asco consolatcen da U se réjouit beaucoup

Ou an icusita. De nous y voir.

Etchera badijoaz , Nous nous en retournerons à la maison,

Graciaz biteta ; Pleins de grAces ;

Consolatuco guera , Nous nous consolerons ,

Ccruan sartuta. Nous irons au ciel.

Cantnren eguille L'auteur de ces chansons

Miguel Berroela. (Est) Miguel Bcrroeta.

Comme ailleurs , les complaintes composées dans le Pays Basque à l'occasion de crimes célèbres et du supplice de leurs auteurs sont en grand nombre. En voici un échantillon :

Chorifioec beçala cantatzen banaki , Munduian penaric gabe alaguera bizi !

Cantatzen dizut, bena triste bihotzetic : Carzelun naucate burdinaz beteric.

Si je savais chanter comme le petit oiseau , Si je pouvais vivre dans le monde exempt de chagrin ! Je chante bien , mais mon cœur est dans la tristesse : On me retient dans la prison chargé de fers.

Cette complainte se rapporte à un Biscayen mis en prison à Bilbao, et menacé d'être pendu. Une autre pièce consacre ainsi le souvenir d'une mésaventure arrivée dans la Soûle :

Hegaburu Eskioula, atzaman die Garaian.

Izau baliz guizon galant bere demboran , Etzatekien ez etchezain gaztelian.

— Barkocheco burguian , beguiac nutien lurrian , Acusatu nundien hanco cortian

Eia zer ebaxi nicn il-herrian.

— Alo, guizonac, corage! Paubeac behar duzie; Ilanco justizierac haiduru daudo ,

Justo punizitzaden , oguen baduzie.

Zazpi haurren aita niz , eta niz gaztelian , Ogtien handi eguin beitut orori mundian. Pharcamentu galtho nago Jaincoari, zelian.

On a arrêté Hegaburud Esquiule à Gara y.

Si, dans son temps, il avait été galant homme,

Jl ne serait pas locataire en prison.

— Au bourg de barcus, je baissais les yeux, On m'accusa en cour

D'avoir volé au cimetière.

— Allons, hommes, courage 1 vous devez aller à Pau ; Les gens de justice vous attendent ,

Pour vous punir justement, si vous êtes coupables.

— Ju suis père de sept enfants , et je suis on prison , Parce que j'ai fait grand tort à tous dans le monde. J'en demande pardon à Dieu , au ciel.

Plus nombreuses encore sont les chansons composées dans le but de stigmatiser le vice et de flétrir le scandale. A celles que

CHA>SO>S DIVERSES. 435

j'ai données, j'aurais pu ajouter un dialogue qui a dû prendre naissance dans les environs de Saint-Jean-de-Luz. Il est relatif à la femme d'un marin , peu vertueuse à ce qu'il parait, et commence ainsi :

Andere ederra , gora zaude leihoan , Zurc senharra behera dago Franzian ; Houra handie jin dateken artian, Ezcutarî nahi nuzia etehean?

Belle daine, vous vous tenez à la fenêtre la plus élevée de votre Votre mari est au fond de la France; j maison,

Jusqu'à ce qu'il en arrive, Voulez-vous me donner audience chez vous f

Mais je n'ai privé personne en rejetant de mon recueil une satire qui débute ainsi :

Malur bat guertbatu da Basaburian , Hobeki erraiteco, Santa-Gueracian.

Prima ejer bat hartzac usiki Musepes aldian ; Onxa irus içanduçu ian eztienian.

Un malheur est arrivé à Bassaburu ,

Pour mieux dire, à Sainte-Engraco :

Un ours a mordu une belle héritière près de Mussèpes ;

Klle a été bien heureuse do n'avoir pas été mangée.

Cette chanson est dirigée contre un prêtre. Nous en avons une autre d'un jeune ecclésiastique qui raconte son départ pour Dax, à la suite de quelque escapade faite sans doute au séminaire de Bayonne. Les sentiments qu'il exprime témoignent de son regret, et du désir ardent qu'il a d'être ordonné prêtre , de diacre qu'il est :

Ez anal da mundian II n'est peut-être personne au monde

Ni bezalacoric , Tel que moi ,

Nie bezain bat dolorc Qui autant de douleur que moi

Sofritzen duenie. Puisse souffrir.

Sotana badut, banian Je porte la soutane, mais

Eztut ordenaric. Je n'ai point reçu les ordres.

Oro sofritzen ditul Je souffre tout

(iincoaren gatic. Pour l'amour de Dieu.

Je connais encore une satire dirigée contre un prêtre constitu-

tionnel *. Dans le pays où ou la chante, on s'en rappelle un qui, pendant la Révolution , fut fait prêtre pour deux moutons , et qui a vécu trente ans aux dépens de la crédulité publique. Il avait la réputation de conjurer les orages et de découvrir les mines d'or et d'argent dont les Pyrénées basques offrent quelques traces.

Je me trouve ainsi ramené aux chansons que j'ai publiées dans mon livre. Je profite de l'occasion pour faire remarquer qu'il n'en est presque aucune qui soit isolée, et que Ton pourrait former de petits cycles pour beaucoup d'entre elles. Je laisse de côté l'amour, au sujet duquel on est, on sera toujours intarissable; je prends le vin, qui, chez nous, n'a plus de chantres que parmi les gens qui en vendent , et je vois , chez les Basques , nombre de chansons destinées à le célébrer ou à montrer ses tristes effets. Telle est celle dont voici le premier couplet :

Uoghoi bersu berriac hurra Tolosalir, (Voici) vin^i vers nouveaux arrivant de Tologj , ilhia ourdiuturic, fabrira zaharretir, Les cheveux grisonnants, de vieille fabrique; Imprenlian daude, moldez paralurir. Ils sont a l'imprimerie, places dans le châssis , Moscorren guelriitzecoescamiotaiuric. S'efforçant (i'arrèler les ivrognes.

La suivante est un véritable chant bachique :

Mila zortzi ehun ela hamalauisn, En (l'an) mil huit cent quatorzième,

Urriare;i bilaren bederatzian, Le neuvième de la lonc d'octobre,

Umorchouna nuien boien cantatzian : J'avais bonne humeur en chaula ut ces vers :

Gaztceta a la suera, tranquil biholiian. J'étais jeune et joyeux , j'avais le caw en paix.

Ontarsuna franco bail ut interesian, J'ai beaucoup d'argent > l'intérêt,

Deusic ez etchian ; Rien a la maison ;

Oral bezain aberax ninzan sortzian. En naissant, j'étais tout aussi riche qu'aujourd'hui.

Le vin a encore fourni matière à une pièce en huit vers dont les premiers sont ainsi conçus :

Lauec zortzi beharri, etc. Les quatre ont huit oreilles, etc.

Goure etchian lau ardi,

Dans notre maison (il y aï quatre brebis,

Eliça modacoa, Ez eta lehenecoa , Iduria gatic.

Itchoura berac dire, Zcremoniae ère ; Dainan ez aphezic, Podere douenic.

Eglise de nouvelle mode, Et non pas la première, Bien qu'elle en ait l'apparence.

Les apparences sont les mêmes , Les cérémonies aussi ; Mais il n'y a point de prêtre Qui ait du pouvoir.

CHANSOISS DIVKRSES. 4b27

Je citerai aussi la strophe suivante, également sur le vin :

Atzo tonto, egun tonto, bethi tonto guiluzu, Arno hounic den lecutic nekez joaiten guituzu ; Zuhur izan beliar, ela bethi erho guituzu.

Hier étourdis, aujourd'hui étourdis, toujours étourdis, Nous abandonnons difficilement le lieu du bon vin ; .Nous devrions être sages, et nous sommes toujours fous.

On répète encore dans le pays trois autres morceaux, dont il sullira de citer le premier vers :

Ardo honaren gozoa! etc. 0 douceur du bon vin ! etc.

Etchec'andere noblia zira zu , Vous êtes noble maîtresse de maison , Adizazu , etc. Écoutez-nous , etc.

Biba toisa Nafarrc, coucou, La- Vive la basse Navarre, cache-toi, La-

[phurdi! jbourd.

La verve des coblacari est surtout infatigable à la poursuite des buveuses. L'un d'eux en stigmatise dans la chanson de lacricoun :

Ennn rz hounac gormanlcz jinac.

Ilho nahi nin saheieco minar, Lacricoun, la, re, ri, ra, re ; A plaça liron arno hounar.

Je ne sais pas venue ici par gourmandise. Un mal de eôlé veut m'ctrangler, Lacrieon , la , re , ri , ra , re ; Un bon vin l'apaiserait.

Nous avons publié, page 397, une chanson sur une partie de paume , dont le héros est le célèbre Perkaïn ; on peut donner pour pendant à ce morceau une autre pièce en quatre couplets , espèce de chant de victoire dont voici le début :

Àhazpandarrac Baionaral joanac, Les gens de Hasparren sont allé» à Bayonnc, Pilota partida einic, la a hoberenac, A une partie de paume, tes qonlre meilleurs, Baiooesen contra , nahiz plaza arrotza. Contre les Bayonnais , sur one place inconnue.

Etzircn et loUa. Ils n'avaient point peur.

Ira ban dute diru ria fama ; Ils ont gagné de l'argent et de la renommée;

Ongui joan da lana. Tout s'est parfaitement pas*è.

Enfin, il n'y a pas jusqu'à la légende de Ruthic, ou plutôt d'Urrutv, qui n'ait pour compagne une autre romance que je crois également ancienne. Au reste, on en va juger :

Mous L'rrutia leihotic , ni aldiz campoti. Bihotza ordiratu zeitan so eztibateki :

Uduri ziren haren beguicc izar zirela zeluti.

— Kne charmagarria , huillan duzu cliza : Zombait aldiz jincn zira harat moza circulera; Beguiz keina eguincn dugu, ezin minzalcen baguira.

Espaîiolaco bidia, ala, bide luzia!

liuibelialat so guin eta, hasperena ardura ; Maitettoaz orhit eta nigarra beguiala.

Hortzac cliouri, beguiac belch, ene maitia, zercn ez? Mundu oroc diozie ni nizala traidore :

Orai arcn erra dazu hala nizan, bai al' ez.

— Aristirieo ekhiac zerena dizu erdia, Zure eta ene amodioaz planidtizu mundia , Mundu ororen ichilic maitc izan behar guia.

M. de Ruthie était à sa croisée , j'étais dcbors.

D'un de ses doux regards il me fendit le cœur :

Ses yeux rassemblaient aux étoiles qui brillent du baut du ciel.

— Mon enchanteresse , l'église n'est pas loin :

Vous y viendrez quelquefois pour y entendre la messe;

Nous y échangerons des regards , si nous ne pouvons y parler.

Le chemin de l'Espague , ahl quelle longue route l

En regardant derrière , je pousse souvent des soupirs ;

Le souvenir de la bien-aimée apporte des larmes à mes yeux l.

Blanches dents, yeux noirs, ô ma bien-aimée! pourquoi non? Avouez-le , tout le monde dit que je suis un traître : Dites-moi si je suis traître, oui ou non.

— Le soleil de l'après-midi tamise à demi le serein , Tout le monde jase sur votre amour et le mien ; En cachette de tout le monde il faut nous aimer.

Trois chansons relatives aux contrebandiers basques et aux douaniers qui gardent la frontière, nous ont paru plus que suffisantes pour compléter notre chapitre VI *; mais la dernière *

• Compare! ce couplet atec le second du Voyage a l'ennilage de Sa ini- Joseph , cidessus, p. 334.

» Le dernier couplet, que j'ai recouvré depuis peu , renferme la date de cette pièce: L'an roi! huit cent trente-deux, marckoko ilhio* ( au mois de mare),

CHANSONS DIVERSES. 421

présente une particularité sur laquelle nous voulons revenir ; nous entendons ce mélange de français et d'escuara qui caractérise assez bien les employés d'une administration recrutée dans toutes les parties de la France. Nous aurions pu signaler l'emploi de trois langues dans le cinquième couplet d'une chanson que nous avons citée, p. 4$G 1 . Une autre nous offre un assemblage encore plus étrange de latin, de castillan , de béarnais, de français et de basque. Déjà remarquable à ce point de vue , elle l'est encore par son originalité, et peint admirablement l'esprit euscarien. Les acteurs sont un fonctionnaire public et un paysan. Il va sans dire que le beau rôle est du côté de ce dernier ; il le fallait bien , à moins de donner un démenti au proverbe qui a consacré la légèreté des Basques à la course. Vignau , le fonctionnaire, esta cheval ; le paysan, chaussé d'une énorme paire de sabots de bois de hêtre, arrive à Pau avant son concurrent :

Sed libéra nos a nialo. Sit nomen Domini. Vamos à cantar un canto para diverti.

Jan dugunaz gueroz chahalki houneti Elu edan ardoa Juranzouneti,

Clwntons, chantons, mes chers amis , je suis amlent, pardi!

Trinquam d'aquest boun bi, Eta dezagun canta eantore berri.

Sed libéra nos a malo. Sit wmen Lhmini. Chantons une chanson pour nous divertir. Puisque nous avons mangé de la bonne viande El bu du vin do Jurançon ,

Chantons , chantons , 7nes chers amis , je suis ntntent , jnirdi !

Trinquons avec ce bon vin, Et chantons une chanson nouvelle.

Avons composé ces versets dembora Icharrian ( dans un mauvais temps ) :

Espérons dn soulagement, oraino aguian ( peut-être encore ) :

Dieu veuille que nous les chantions nmore hounian ( de bonne humeur )!

1 Rama à la eama, Constante larragun. Allons au lit, Constant Larragun.

Placer doçue, jaunac, colila dezagun, Vous plalt-it, messieurs, que nous rimions

( Badcçaquegu ) eta conbersa dezagun? ( Nous le pouvons > et que nous devisions?

Ez da propiagogue gai dezagun. Iln'estpasplusconvenablequenous perdions.

Prene» garde, garçon; tournez les chausson». Prenez garde, garçon; tourne: les chantions.

Ni tanporo Infantzun Pas même un infançon

Ez dir comprendituren cer erran dugun. Ne comprendra ce que nous avons dit.

LE PÀÏS BASQUE.

Zer guerthatu zaicun Paubeco bidin , Jaunac, erran nahi dit orai présentai.

Bigno eta Ailiertze, biac aire gaitzin, Nihaurec ikhousi tit Belereco heguin , Hamarna lus eskin , jocatzen mementin

Zoin lehen joan bidin, Ailiertze houinez eta Bigno zamari handin.

Joan ziradenin orenbaten bidin , Bignoren zamariac ukho eguin beitain :

Aibertzec aldiz ordin lasler eguin zin , Pagozco escalampouac handi beitzutin; Arrnbos bat eguiten zin, Paubeco pabatin

Su jauz crazten zin.

Bigno gaizoac prozesa ère galdu zin.

Guero zutuzun lanac, Paubera ziradenin , Procuradore, juge, abocatu baiekinl Bigno zuzun triste, arrazo beitzin; Ailiertze alaguera, dibaru franco beitzin. Aisa obtenilu zin tribunal zibilin,

Ce qui nous est arrivé sur la route de Pau ,

Messieurs, je veux dire maintenant.

Vignau et Aiherlze, tous deux en grande fougue,

Moi-même j'ai vu au col de Bêler,

Dix ècus chacun en main, pariant sur le moment

Qui des deux marcherait plus vile , Ailiertze à pied et Vignau sur un grand cheval.

Quand ils eurent fait une heure de chemin, Le cheval de Vignau se rendit :

Ailiertze alors prit la course, Car il avait d'énormes sabots de hêtre ; Il faisait grand bruit, sur le pavé de Pau

Il faisait jaillir du feu.

Le pauvre Vignau perdit aussi le procès ( , suite du pari ).

C'est après qu il y avait du travail, quand ils arrivèrent à Pau,

Avec le procureur, les juges, les avocats !

Vignau était triste, parce qu'il avait raison ;

Ailiertze était gai, parce qu'il avait beaucoup d'argent.

Ou lui rendit justice *ms peine au tribunal civil,

CHANSONS DIVERSES

Arrazoa hon beitzin.

Bigno gaizoac prozesa ère galdu zin.

Controlur horrec zer lana eguin zin?

Aiherlzeri bilhouetaric lotlia zcrotiin ; Harec ere berlan, ncrruca bcrria zin , Bi beliar oiulo tarie Aihertze ilhaguin.

Aisa pensalu zin , zer eguin beliar zin :

Memenl hortan berin , Paperar. controlatn eta campoan ezarri zin.

Controlur horrec ez du pensatzen AilierLzaren phasta zertzaz eguina den, Khalamu hariz ala hiiliki larruz den ; Bohamu casLa delà liai opiniatzen.

Ouero hitz emaiten eta zin eguiten , Etzecola haboro bilholi lothurcn , Ezi hûiira loxa delà basa guizonen.

Parce que la cause était bonne.

Le pauvre Vignau perdit aussi le procès.

Que fît ce contrôleur?

Il se prit aux cheveux d'Aihertze;

Lui-même avait une perruque neuve,

Aihertze le prit aux deux oreilles et devint marchand de laine.

Il (le contrôleur) pensa facilement ce qu'il avait a faire :

Au môme instant, Ayant contrôlé les pièces, il le mit à la porte.

Ce contrôleur ne sait pas

De quoi est faite la pAtc d'Aihertze,

Si elle est en fil de chanvre ou en peau de bœuf;

Il opine qu'il est de la race des Bohémiens.

Ensuite il donne sa parole et fait serment

Qu'il ne se prendra plus à ses cheveux ,

Cnr il craint les hommes sauvages.

Le dialecte de cette pièce est celui des environs de Tardets.

La collection de M. Archu renferme encore les deux légendes suivantes , qu'en conscience nous ne pouvons y laisser, la première surtout , qui est très-répandue dans tout le l'avs Basque :

LE PATS BÀSQIE.

JNCHAlSPECO DENDARIA.

( Subsrrotârr» )

Monda hountan pbena gaberic , Izatoco lanjerrir ex toi nie *.

Maiiatu dot ukbenen eztudana , Harc beileraut bihotzian phena.

— Maitato dozia ukhenen cztnzana , Harec diauzia bihotzian pbena ; Malta zazn okben dezaketuna ,

Ela kita exin dokezon;i .

Adios, ene maite poillila, adios, Adios beraz orai seculacoz; Ezconlzailc plazer duzunareki , Bainan bcgulra one erreconirati !

— Zer othe da zoure errecontria?

Zer abal da zoure egoin abala?

Bardin deas arribatzen bada nitaz , Sujet berri bat izanen da zutaz. —

Inchauspeco alhaba deodaria Goizian goiz jostera joailia , Nigarrelan pasalzen bidia , A prend ira consolazalia.

— Zu eta ni , biac gutnaudenian , Arort guinen hit* balle barnian ; Eta oral dembora joan de nia n , Zu etzirade zoure erranian.

Sorbouelaco plazala jalkiluric, Guuon gazle galzerdi ebouriric So eguin dut, ezin ikliousirie, Plerregni , zoure parcric.

LA COUTURIÈRE D'iNCHAUSPE.

(Ctalact* aoolettn.)

Dansée monde sans peine, D'être je risque peu*.

J'ai aimé celui que je n'aurai pas, Cela me fait mal au cœur.

— Vous avez aimé celui que vous n'aurez pas, Cela vous fait mal au coeur;

Aimez celui que vous pouvez avoir,

Et quittez celui que vous ne pouvez pas avoir.

Adieu, ma charmante bien-aimée, adieu, Adieu donc maintenant pour toujours; Mariez-vous avec qui il vous plaira, Mais gare que je ne vous rencontre I

— Quelle serait donc votre rencontre?

Quel peut être votre pouvoir?

S'il arrive quelque ebose sur moi ,

tl y aura un nouveau sujet sur vous. —

La couturière fille d'Incbauspe Va coudre le matin de bonne heure, Elle fait son chemin dans les pleurs , Son apprentie la console.

—Vous et moi , lorsque nous restions tous deux , Nous étions d'accord a une parole près ; Et maintenant que le temps est passé , Vous, voos n'êtes pas (BdèJe) a votre promesse.

Sortie a la place de Sorboucta , Bon nombre de jeunes gens aui bas blancs J'ai regardé, et je n'ai pu voir, i , aucun pareil à vous.

1 Variant f. : Mercbicaren liiiaren eigerra !

Barnian du czurra gogorra.

■ Variante : Que la ûeur du pécher est belle !

C'est dedans qu'il ( le fruit ) a un noyau dur.

Ainsi que nous l'avons déjà dit , p. 239, rien de plus commun que de pareils débuts. Tel est celui d'une chanson sonlctine, où sont détaillés les plaisirs d'un éftenrien basque :

Maiatzeco jilofreyar eder coloria. La giroflée de mai a belle couleur.

Cbarmagarria , erradazu , othoi , eguia : Enchanteresse, dites-moi , de grâce, la vérité :

Badudanez proheeburic zuian (idaturic 1 Aurai-jc quelque proQt a me fler a vous ?

Edo bestela kila nezazu arras bihotzetic. Sinon, chassez-moi lout-a-fait de votre co?ur.

Beste balcn tchercaizera iseiaturen nie, J'essaierai d'en trouver une autre,

Zurcganacoesparanch.1 galduzgucrosteric. Dès que j'aurai perdu mon espoir en vous.

CHANSONS DIVERSES

BKSTACO ONDOnEA.

( i>ub«rot«rrè. )

Jondane Estebe Marlina, Goure herrico patroina, Agorrilan guerthatzen da ; Ainharbiar saldo bal joan da Aurthen besta hartara , Ez escandal cniailera , Bena liai libertizera.

Arrastiritan dansatu, Bai ta ère plazer bartu .

Oro guinen libertitu; Arraxa zenian abanzatu .

Etcherat abiatu.

Bi adichkide baratu .

Ocasione tchercatu :

Goure biziae han galdu.

Etchegoien eta Menta, Ouste dut dcitzen direla ; Desfortuna zen Iiaiena ; Coki saldo bat guibcleti Makila kbalduca hasi , fi u lurerat nahiz egotchi ; Gouri biziac ideki Nahi ziren segurki.

Etchegoien eta Menta , Ouste dut deitzen direla , Uesfortuna zen baiena.

Makila lurerat aurthiki.

Ganibetac ideki Eta tchistacaz hasi ; Gouri sabelat iaurri , Odolez igueri jarri.

Laster igorri berria Donaphaleuco liirira, Mousde Logier tcberkbara.

Etborri zen jaun barbera Laster goure lotzera.

Erraguzu, jaun barbera .

STITE DUNE FÊTE.

La Sainl-Estèbe Martina,

Patron de notre village,

Se trouve en août;

Une foule d'Ainharbiarrais sont allés

Cette année à cette fête .

Non pour y donner du scandale ,

Mais bien pour s'amuser.

bante,

Nous avions dansé j usqu'à la nuit tom- Et aussi nous avions pris du plaisir.

Nous nous étions tous divertis; Ouant la nuit avait avancé , Nous partîmes pour la maison.

Deux amis s'arrêtèrent , Cherchèrent quelque occasion :

Nous perdîmes la notre vie.

Etchegoyen et Menta ,

Je crois qu'ils s'appellent;

Le malheur était leur (partage» ;

Une poignée de coquins par derrière

Commencèrent à nous donner des coups de Mion,

Voulant nous renverser a terre;

Nous enlever la vie

l's voulaient certainement.

Etchegoyen et Menta,

Je crois qu'ils s'appellent;

Le malheur était leur [ partage .

On jette à terre le M ton ,

On prend les couteaux

Et qii nous les enfonce ;

Nos boyaux sont dehors ,

Nous sommes baignés dans le sang.

Sur-le-champ on envoya la nouvelle

A la ville de Saint-Palais,

Pour chercher M. Logier.

Arriva M. le docteur

Vite pour nous panser.

— Dites-nons . M. le docteur,

ru

LE PATS BASQUE.

Krraguzu eguia :

Sendoturen gutuzia?

— Jzan niz armadetan, Hango ospitaletan , Soldado blasatuieUm ; Egundaino eztut ikhousi , Hoi ! holaco lanican.

(loraie , jaunac , eoraie Oroc har zazie ; Sendoturen zi radie.

Dites-nous la vérité :

Nous guérirez-vous ?

— J'ai été. dans les armées , Dans les hôpitaux .

(Soigner) des soldats blessés; Jamais je n'ai vu , Hélas! une pareille affaire.

Courage, messieurs, courage Maintenant prenez; Vous guérirez.

Les premiers chants de ce recueil nous ont montré les Basques repoussant avec succès , surtout avec courage , les légions d'Auguste et les guerriers de Charlemagne ; dans le dernier, qui date seulement de quelques années , les luttes gigantesques des anciens temps sont réduites aux proportions d'une rencontre entre quelques étourdis avinés, à la suite d'une féte de village. Ainsi passe, hélas! le monde et sa gloire ; et ne dirait-on pas qu'eu prenant une sirène pour emblème, les Basques ont voulu, par un triste pressentiment , marquer la fin de leur nationalité et de la littérature qui en était l'image?

Desinit in piscem millier formosa superne.

MUSIQl t.

Page 1