MUSIQUE BASQUE
Hors de proportion avec tous les autres, le chapitre qui précède n'a pris un développement aussi considérable que par suite des eflbrts que j'ai faits pour combattre une accusation de Borrow *, ou plutôt pour mettre le lecteur en état de se former une opinion définive au sujet des chansons de nos montagnards. Malgré tout , pourquoi le dissimuler '! je crains bien qu'à d'autres elles ne paraissent plates et monotones , et qu'en les déclarant telles, on ne fasse tort aux Basques et à soi-même. Avant de prononcer, il faudrait, à mon sens, autre chose qu'une lecture et que la lecture d'une traduction qui n'est le plus souvent qu'un glossaire continu. En effet, comment apprécier d'une manière équitable, sans le secours de la musique , des ouvrages qui sont ensemble musique et poésie ? Lisez , récitez une chanson , elle fera moins de sensation qu'une autre pièce de vers ; joignez l'air aux paroles , et vous éprouverez, vous ferez éprouver une impression nette et vive. L'air rend le sens des paroles plus entraînant , comme les paroles rendent l'expression de l'air plus distincte
On ne peut uommer la musique basque sans penser aussitôt à son expression la plus importante et la plus populaire : nous voulons parler de la danse nationale connue sous le nom de saut basque. La Soûle , le Labourd , la basse Navarre , le Guipuzcoa nous offrent autant de versions propres à chacun de ces pays, sans que leurs différences empêchent ces airs de pouvoir être ramenés à un type commun. Pleine de couleur et d'un rhythme nerveux et ac-
1 Voyez ci-desitts, p. 213.
* M. Cb. de Rémusat, Pa$$é et prisent, etc., I. 1, p. 243.
436 LE PAYS B4SQCK.
centué, cette musique nous donne une image frappante de quelques traits distinctifs des Basques. Ceux de nos lecteurs qui n'ont pas eu l'occasion d'être les spectateurs de cette belle danse, dont l'exécution est éminemment pittoresque, sont privés de l'un des aspects les plus curieux où Ton puisse étudier la physionomie que nous essayons de faire connaître.
En abordant l'appréciation de la musique avec paroles, nous avons remarqué une cantilène qui nous parait réunir toutes les qualités du genre. C'est le Choria caiolan (le petit Oiseau dans sa cage) «. On trouvera à la fin de ce volume cette mélodie pleine de fraîcheur et de sensibilité, qui suffirait à faire la réputation de son auteur, s'il n'était pas inconnu, comme tous les autres musiciens basques anciens.
Nous avons examiné une collection assez nombreuse de chants plus modernes , qui s'écartent sensiblement du type primitif, dont nous venons de faire connaître quelques modèles. Parmi eux, notre attention ne s'est arrêtée avec fruit que sur V Ai tarie ez dut, etc., que l'illustre chanteur Garât, basque lui-même , fit valoir a Paris, en y déployant tout le charme d'un talent qui a laissé de profonds souvenirs , et dont Pascal Lamazou n'est qu'en partie héritier.
Ici s'arrêtent les seuls airs que nos recherches personnelles nous aient permis de rassembler. Ceux du Guipuzcoa ont été recueillis par D. Juan Ignacio de Iztueta ». Voyons s'ils méritent l'éloge qu'en fait Borrow \ car je ne doute pas que ce ne soit de ces airs que le missionnaire anglais n'ait voulu parler.
La collection en est devenue si rare que force m'a été de recourir aux archives de la province , à Tolosa , pour en obtenir, non un exemplaire , mais les moyens de faire tirer copie de l'un des trois qui restent. Cette copie, soumise à un jeune musicien d'avenir *, a donné lieu aux appréciations suivantes :
Presque tous ces airs ont été. évidemment mal notés. On y trouve de fréquents contre-sens île rhythme et de tons, dont les
' Vorei ri-dessns, p. 327, le texte et la traduction de ce moreeaa. ' J'en ai donné le titre tout an long, p. 66, en note. ' Voyez cl-dessus, p. 214.
* M. George Amé.
MUSIQIE. 437
Banques n'ont pu s'accommoder, quelque inculte que Ton puisse supposer leur sens musical. Ceci, joint au défaut d'interprétation locale, ne permet que des appréciations bien insuffisantes, et, dans certains de ces chants, le vague et la bizarrerie sont tels que j'ai cru avoir devant les yeux de véritables énigmes.
Ou ne peut se dispenser d'établir pour ce recueil deux catégories bien distinctes : à la première, doivent se rapporter les airs qui possèdent une physionomie nationale bien caractérisée ; à la seconde catégorie, ceux qui, à n'en pas douter, ont pour auteurs des musiciens contemporains , musique française très-banale, qui a dû pénétrer depuis peu chez les Basques avec les danses qu'elle acecompagne.
Le plus grand nombre des airs de la première catégorie appar-
tiennent au rhvthmc binaire (mesure a - ).
Les deux morceaux qui ouvrent le recueil doivent conserver le premier rang par l'originalité du tour mélodique et la profondeur du sentiment. On doit les regarder comme les types nationaux les plus complets.
Le premier, intitulé Cuurrentuvo erreguela , est touchant et coloré *. L'oreille est en même temps étonnée et charmée par une sorte d'étrangeté indéfinissable. La phrase Aingttentchoa jarri, etc., est particulièrement belle. Elle est empreinte d'une noble mélancolie.
Le deuxième chaut, San Sébastian, est d'un autre style. Naïf et pittoresque, comme ces airs que l'on se souvient d'avoir entendu dans les montagnes, il est orné de nombreux échos placés avec un à-propos que l'art ne désavouerait pas ».
1 La danse que le Cuarrenloco erreguela est fait pour accompagner, se trouve décrite dans le Guiputcoaeo liant m , etc., p. 109, 110. — Cet air n'est pas seulement répandu m Espagne; je l'ai encore entendu chanter dans la Soûle, avec ces paroles :
Cuarentu batican nai nituske nie nere icbll gauxac arguitaralu , Jnmi Goicoa xuc eraruslani Zer eguin , Nola ils eguin , Guin, etc.
* L'étendue de ces deux pièces ne nous a pas permis de donner suite à notre désir d'en publier ta musique tout entière : nous n'avons reproduit que quelques phrases, choisies daos le Cuarrentaco. Nous pensons néanmoins que nos lecteurs pourront s'en former une idée suffisante. — Ceux qui seraient curieux de savoir comment on exécute la danse du S»» ScMiafi**, peuvent recourir au livre diitueta, p. 110, 111.
LE r ATS BASQUE.
Parmi les airs qui suivent, VErreguela zarra doit être cité, bien (|uc su valeur soit fort au-dessous du Cuarrentaco et du San Sébastian. VErreguela zarra est un air semi- badin, avec une certaine monotonie villageoise ».
Le Pordon Danlza * nous offre des motifs tour à tour pleins d une amoureuse langueur et d'une grande vivacité. Signalons encore Vpelatigui 3, Ondarrabia chiquia *, Ormachulo », Espata Danlza », Procesioeo Soiiuay Rucaera et Graciana 7. Tous ces airs sont remarquables à divers titres.
N'oublions pas les deux chants de Chacoli/n* et de Mizpirotz 9, qu'à leur belle simplicité et à la pureté de leur dessin mélodique , on croirait échappés de la plume de Haydn; ni le Nescatli, qui est un très-joli air de chasse. Quant à ceux dont il n'est pas fait mention ici , on croit pouvoir affirmer que le plus grand nombre a été ajouté au répertoire des chants véritablement basques par des musiciens médiocres.
Telle est l'idée , bien imparfaite sans doute , que je me suis faite du recueil de J. I. de Iztueta. Pour en avoir une connaissance plus intime et pour être en état d'aborder les considérations plus
' Voyez sur la manière de danser VErreguela uxrra, le Guipuscoaco ban lut, etc.,
■ Le jour de Sainl-Jean, patron de Tolosa, on y exécute celle dans* avec des bilons et des bourdons , en mémoire de la célèbre bataille de Béotibar. ( Dicc. geogr.-kiit. de Espata, 1. 1, p. 547, col. 1, art. Guipuzcoa.' La beauté de cet air basco-espagnol nous a décidé a on donner la musique. — On trouve une notice sur la danse dans le Guipuscoaco Dent m, etc. , p. 101-104.
» Guipuxcoaco Dantza, p. 116, 117. - • Md., p. 116. - 1 Ibid.
- Cette autre danse, nommée dans un distique que nous avons rapporté p. 48, à la suite d'une anecdote empruntée au Dr de lsasti (Compendio hint. de la M. S. y M. L. protincia de Guipuicoa, liv. 1, cliap. XIII, n° 15, p. 168.', fut exécutée en 1660 par cent hommes, en présence de Philippe IV, a In procession du Saint Sacrement, à laquelle il assistait a Saint-Sébastien, i Dicc. gcogr.-hist. de Esp., t. I, p. 547, col. 1.) — On trouve la description de YEipala dont ta dan.> l'ouvrage d'iztuela , p. 89-1N3.
' Voyex Guipuscoaco Dantta, elc, p. 118. — ' Ibid. , p. 117. — * Ibid., p. 118. — On trouve la représentation d'une danse basque exécutée au clair de la lune, dans l'Alfabeto de la lengua primitive de EapaHa , etc. , de D. Juan Rautista de Krro. Voyez , à ce sujet , les Mémoires de l'Académie celtique, t. Il, p. 311. — Dans le t. III des Mémoires de la Société des Antiquaires de France, qui en forment la suite, on lit des détails sur la danse antique appelée pantalon, usitée a Saint-Pé * Hautes -Pyrénées ) : tout me porte a croire que c'est une danse empruntée aux Basques. La romance dont parle l'auteur du Mémoire et dans laquelle un rimeur bfgourdan chante l'aventure de la fille d'un duc, me rappelle la prétendue romance souletinc mentionnée par M. Mazure (Hist. du Béarn, etc., p. 518, en noici, qui, ne sachant pas le basque, n'a pu l'entendre.
MUSIQCE. 439
élevées de Y esthétique , à l'égard du caractère général des chants basques , il faudrait se familiariser lentement avec ces mélodies, ou mieux encore , aller chcrchor dans le pays même ce que la notation musicale est impuissante à communiquer. Chantée sur le bord de la mer, au pied des montagnes, une chanson, répétée par les échos de la forêt , accompagnée du bruit des clochettes d'un troupeau ou du murmure des ondes, ne trouvera personne insensible; mais si cette chanson rappelle la voix d'une personne aimée, une circonstance grave où elle s'est fait entendre , un âge écoulé où elle servait d'auxiliaire au sommeil, nul n'est si dur qui ne sente l'eau du cœur lui monter aux yeux, et qui ne rende ainsi un éclatant hommage à une poésie dédaignée par ceux auxquels le poëte n'avait point songé.
44fl LE r A T S BASQTE.
BERNARD D'ECHEP ARE
Au milieu du XVI* siècle, il y avait, dans les environs de Saint-Jean-Pied-de-Port, un curé nomme Bernard d'Echepare, qui partageait son temps entre le culte du vrai Dieu et celui des Muses. Il avait bien aussi brûlé quelque peu d'encens sur l'autel de l'Amour: mais l'aveu qu'il nous en fait doit nous rendre indulgent pour un pécbé vraisemblablement de jeunesse; et plus généreux que le proverbe , qui assure que faute avouée est à moitié pardonnée, nous n'hésiterons point à donner l'absolution au prêtre qui publia sa confession dans l'idiome de son pays et sut la rendre profitable à tous.
L'ouvrage qui nous Ta conservée est intitulé : Liriguœ Vasconum Primitiœ per Bernardum Deckepare , rectorem Sancti Michaelis Veteris. C'est un petit in-4° de vingt-huit feuillets, imprimé à Bordeaux en 1545 par François Morpain , qui travaillait entre cette année et 1563, époque à laquelle sa veuve publiait le Gallia gemens de Geoffroy Malvin. Répandu, selou toute apparence, dans la patrie de l'auteur au temps où il parut *, ce petit livre est devenu si rare qu'il parait avoir échappé à tous les bibliographes « ; c'est
• Le D' de Isasli , qui écrivait en 1685, en cite quatre stances, dont il doune la traduclion. (Compendio hislorial de la M. S. y M. L. provincia de Guipuxcoa , lit». I, cap. XIII, n°8,p. 165,166.)
* Nodier se fait donc l'écho d'one erreur, lorsque, parlant dn livre d'André* de Poça, il écrit en note : « Ce livre date de 1587, et le premier, dit-on, où il est parlé de la langue basque, est aussi le premier qui soit sorti des presses de Bilbao. > ( notions élémentaires de linguistique, etc. Paris, Eugène Rendue!, 1834, in-8°, chip. XIII, p. Î49.) — Aujourd'hui encore, dix ans après la publication du travail de M. G. Brunei , on lit dans le Catalogue des livres de feu M. Pressac (Paris, François, 1857, in-8°, p. 74, n°713), audessous du titre de l'ouvrage d'Andres de Pora : « Livre très-rare et considéré comme le premier publié sur la langue basque. ■
BEB1UBD DECHEP4BE. 441
à peine si Ton en connaît un seul exemplaire, in>cnt sur le catalogue de la Bibliothèque impériale, sous la cote Y 6194 P.- A. Heureusement M. Gustave Brunet, auquel nous Pavions signalé, en a donné une notice et des extraits considérables dans les Actes de l'Académie royale des Sciences , Belles Lettres et Arts de Bordeaux *.
L'écrit de Bernard d'Echepare est composé de deux parties bien distinctes et d'un genre tout différent : la première roule sur des sujets de piété, la seconde se compose de poésies amoureuses, de vers dictés par une galanterie qui doit nous paraître assez étrange sous la plume d'un ecclésiastique. Peut-on douter qu'ils soient bien de lui ? et ne faut-il pas croire plutôt que le digne pasteur, occupé du dessein de donner la meilleure idée de la poésie de son pays, aura joint à ses vers ceux qui , de son temps, y étaient en possession de la faveur publique? Pour peu qu'on lise attentivement répitre dcdicatoirc de Bernard d'Echepare à Bernard Leheté, qu'il qualifie d'avocat du roi, illustre par sa noblesse, sa vertu et sa fortune; si ensuite on jette les yeux sur la pièce qui porte le titre à'Amorosen Gaztigvya t on ne pourra conserver la moindre incertitude sur la paternité de poésies qu'aucun ecclésiastique de nos jours ne voudrait signer.
f Les Basques, dit d'Echepare dans l'épitre que je viens de citer, sont habiles , courageux et aimables ; parmi eux , il existe des hommes profondément versés dans toutes les sciences. Et ce qui m'étonue, seigneur, c'est que pas un n'ait songé jusqu'ici à composer, à écrire un ouvrage en l'honneur de sa langue, afin d'apprendre à l'univers entier que le basque , comme les autres idiomes , se prête merveilleusement aux règles de l'art d'écrire. Cet oubli est la seule cause pour laquelle notre langue est sans réputation ; et voilà pourquoi aussi les autres nations supposent qu'elle ne peut point se prêter, comme les leurs, au langage écrit. » Le reeueil d'Echepare constitue donc les prémices de la littérature cuscarienne.
Cet amour-propre national a poussé le digne curé à donner un exemple de ce que peut la poésie basque dans des genres différents ;
Nmitme année , premier lrinH»tre, 1847, p. 77-158.
443 LE PATS BASQUE.
il le dit dans la suite de son épitre, que je continue à transcrire en me servant de la traduction de M. Archu : « Mon seigneur et mon maître, vous estimez , vous honorez , vous gloriGez le basque, comme tout ce qui est noble et naturel ; daignez donc agréer ces quelques vers tombés d'une plume inexpérimentée, afin qu'après les avoir vus et corrigés, vous puissiez, seigneur, les faire imprimer, si vous le jugez à propos. Par là nous aurons tous la satisfaction grande de voir, grâce à votre obligeance , le basque imprimé pour la première fois. Nos neveux, imitant votre exemple , pourront continuer à donner de l'extension aux publications euscariennes , et les Basques auront , comme les autres peuples, un corps de doctrine écrit pour leur agrément , leurs conversations , leurs chants, un passe-temps, en un mot. Nos descendants y trouveront un stimulant pour perfectionner de pareils travaux. En les lisant , nous tous qui sommes obligés d'invoquer le Seigneur dans ce monde , nous y passerons heureusement notre vie pour obtenir le paradis dans l'autre. Amen. » On peut trouver dans ce qui précède une justification des poésies galantes de d'Echepare, en même temps que la preuve de leur originalité. Quant à la dernière phrase, on ne manquera pas d'en remarquer la bizarrerie après avoir lu ce qui va suivre.
La partie intitulée Doctrina christ iawi semble une série de lambeaux traduits des psaumes et des prières de l'Eglise. La morale en est pure, élevée, mais n'offre guère plus de poésie que les quatrains de M. de Pibrac. Il faut noter cependant ces passages qui viennent après la prière pour le dimanche :
Anhiz gendez miraz nago neure buruyaz lehenic , Nola gauden mundu lnmequi hain vorlhizqui iossiric, H an bat gende dacuscula hunec enganaturic! Oranocoac igorritu oro buluzcorriric , Eta eztute guerocoec hontic eseapacerie.
Je m'étonne de la plupart des hommes, de moi-même le premier, en songeant à rattachement que nous avons pour ce monde. Combien nous sommes qui nous laissons abuser par cet attachement! Et cependant le monde a renvoyé nus ceux qui ont vécu avant nous , et ceux qui viendront après nous n'échapperont pas à ce sort.
BERNARD D'ECHEPARE.
Person oro hildenian liirur çathi eguiten : lîorphuz ori ustelcera lui* hociau egoizten; Untharçuna ahaidiec vertan dule partieen , Arima gaixeo dabilela norat ahaldaguicn, Hayn viagc vortician compagnia faltacen.
Orliituqui igandian vchardugu pensa tu (lenbatetan eguin dugun aste artan beccatu ; Orhit eta Jeincoari barqhamendu escatu ALorra nola , arimere aste oroz garbitu.
Trois circonstances accompagnent la mort de tout individu : le corps est jeté à la pourriture dans une froide fosse, la fortune du mort est partagée bientôt entre les héritiers, pendant que la pauvre âme erre, comme elle peut et sans compagnon, dans son terrible voyage.
Le dimanche, nous ne devons pas omettre de rechercher combien de fois nous avons péché pendant la semaine; et quand nous nous en sommes souvenus, nous devons demander pardon à Dieu, et blanchir notre dme chaque semaine comme nous blanchissons notre linge.
Un peu plus loin, toujours à la page 93 des extraits de M. Brunet, je remarque une comparaison empruntée à la vie pastorale, comme une autre que Ton trouve page 97. Là je suis frappé par le rapport que présente la poésie de d'Echepare avec certains vers du Dies irœ. Elle vient après ce passage qui rappelle quelques versets du Stabal :
(iontemplatu vchardugu passione saiuduia Eta sendi vihocian haren pena handia :
Nola eagoen curucian oro çauriz bethia, Huin escuiac içaturic eta vuluzeorria.
Uhoinequi urcaturic, nola gaizquiguilia , Kta arhancez coroaturic mundu ororen iabia ; Haren gorpuz preciosa eta delicatuia Gaizqui escarniaturic eta çothicatuia.
Contemplons la sainte passion, ressentons-en les vives douleurs ; représentons-nous le Seigneur suspendu au gibet , couvert de blessures, les mains percées de clous; représentons-nous sa nudité.
Contemplons le Maître du monde pendu au milieu des larrons, comme un malfaiteur, et couronné d'épines; contemplons les souffrances et les tortures de son corps précieux et délicat.
444 LE PATS BASQUE.
Elas ! orduian nola çagoen haren arima tnstia ! Harcn ama maitia eta mundu ororen habia Peua helan eeusteaz bere seme maitia , Eta hilcen veguietan mundu ororen vicia.
Viocian dirausUiçu guertuz, ama eztia , Cure orduco doloriac eta vihoz çauriae ; Beguiez nola cenacusan cure iabe handia Orolaric lariola odol preciatuia :
Hee negatic ciradela arinaçu qhonduia.
Hélas! combien alors son Ame «''tait triste! combien était triste sa mère chérie, le refuge du monde entier, en voyant son cher fils au milieu de ces supplices, en le voyant mourir, lui, la vie de l'univers!
Gravez dans votre cœur, o douce mère! les douleurs poignantes que vous éprouvâtes alors en voyant le sang ruisseler du corps précieux de votre grand Maître : ces douleurs, j'en ai la certitude, vous les souffrîtes à cause de moi.
D'Echeparc adresse ensuite au pécheur ces terribles paroles, empruntées, ce me semble, au Dies irœ :
Orhit adi Jeincoaren justicia handiaz , Nola oroc behardugun eman qhondu hersia . Eguin oroz recebitu gure merexituia , Erioa dauguinian vaita haren meçuia.
Ordu hartan alfer date hari apellacia Hare ehori eztemaio oren vaten epphia Ecetare estiinacen chipia , ez handia ; Bat vederac egarrico orduian vere haxia.
Orduian cer eguinen dut, gaixo beccataria ? Arartecoac faltaturen contra Juge handia; Abocacen eztaquique ehorc haren gortian , Oguen oro publicaqui aguerturen orduian.
Souviens-toi de la justice terrible de Dieu; nous, devons tous lui rendre un compte rigoureux; nous devons en recevoir la récompense de nos actions, car la mort est sou messager.
En vain lui demanderait-on du délai, il n'en accordera point. Le petit et le grand sont égaux à ses yeux : chacun portera son fardeau devant lui.
Que feras-tu alors, misérable pécheur? Tu n'auras point d'intercesseur auprès du grand Juge; nul ne saura plaider à sa cour, et toutes les fautes paraîtront aux yeux de tous.
BER2URD D'ECUEPABE.
Le morceau intitulé Jvdicio generula (le Jugement général) mériterait une appréciation détaillée. 11 est plein de transport et de grandes images, remarquable par une inspiration réelle de l'Evangile et de rAncien-Testament. Le poëte s'écrie :
Arma, arma mundu oro Judicio handira; Ceru eta lur ororen Creadore handia Munduiaren juiacera rigorosqui helduda.
Nola gauden apphainduric bat bederac beguia.
Manamundu igortendu mundu gucietaric Gende orobat daguion Josafaten vilduric ; Ehonere ehorere escapatu gaberic.
Ceru eu lur gucia daude ikharaturic.
Erioa manacendu, ecein falta gaberic, Hilac oro datocela aicinera viciric.
Hanlic haral eztuquela vothereric jagoitic. Mundu oro iarrirenda bi lecutan hersiric. Glorian eta ifernuian ezta escapacerie.
Manacendu ifernuia handi eta vortizqui.
Han direnac igoriçan , luçamendu gaberic , Arinia eta gorphucetan nahi tuxela icussi Eta emanen daraiela cer vaitute mereci.
Alerte, alerte! que le monde entier se dispose au grand Jugement. Le Créateur des cieux et de la terre vient dans sa sévérité juger l'univers. Que chacun de nous regarde de quels vêtements nous sommes couverts.
Il donne l'ordre aux hommes de toutes les régions du monde de se réunir dans la vallée de Josaphat , el que pas un ne manque à l'appel. Le ciel et la terre entière sont dans l'épouvante.
Il ordonne à la mort de ramener vivantes devant lui toutes ses victimes, en lui signifiant que désormais son pouvoir est détruit. L'univers entier s'assiéra des deux côtés de la vallée; bienheureux et damnés, ils y seront tous.
Il commande à l'enfer de vomir sur-le-champ tous ceux qu'il a engloutis; car il veut les voir en corps et en àme et leur donner ce qu'ils méritent.
Ici l'auteur interrompt son effrayante peinture pour se livrer à
44K LE PATS BASQUE.
une excursion sur le terrain dos considérations morales et pour exhorter ses lecteurs ; il reprend ensuite en ces termes :
Juge jauna ira tu ne egonenda gainetic, Irestera apphainduric ifernuia azpitic ; Exai gaiça acusacen ezqucrreco aldelic , Beccatuiac escuinetic minçaturen publiqui, Hire contra heben guituc ihaurrorce eguinic; Gaizquienic contra date conciença varnetic.
Nondirate, egun hartan , hebengo jaun erreguiac, Uuque , conde , marques , caldun eta verce jaun nobliac , Ela haien armadaco guiçnn sendoen valcnliac? Ordu harten valiaco gnti liain maliciac potenciac.
Le souverain Juge , plein de colère , sera assis sur les nuées ; l'enfer, à ses pieds, tiendra son gouffre béant; à sa gauche sera l'ennemi accusateur; à sa droite les péchés diront hautement: C'est loi qui nous as produits, nous nous élevons ici contre toi; et pour comble de malheur, le remords rongera les cœurs.
Oii seront alors les rois de la terre, les ducs, les comtes, les marquis , les chevaliers et les autres seigneurs nobles ? Où seront les hauts faits des héros de leurs armées ? Leur puissance leur servira peu dans ce moment.
Le poète continue en interpellant sévèrement juristes et théologiens , poètes et docteurs , procureurs , avocats , juges et notaires, papes, cardinaux et prélats, et en les menaçant des rigueurs du souverain juge. Voici comment il annonce sa dernière venue :
Seinaliac ginendira aicenetic tristeric : Elcmentac ebilireu oro tributaturic Iguzquia , ilharguia odolelan ecinic ; Ichasoa samurturic goitic eta veheiti; llango arrainac icituric ebiliren ialguiric.
Des signes précéderont ce triste événement : les éléments seront bouleversés, le soleil et la lune se couvriront de sang; la mer, en colère, secouera ses vagues, et les poissons épouvantés fuiront de son sein.
BERNARD d'eCHEPARR
Kta lurra icigarri oro iqharaturic ; Çuhamuicc dacartela odolezco icerdi ; Tenpestatez, jgorciriz, aire oro sauiurric; Mendi eta garri oro elgar çaticaturic, Mundu oro iarridenta suiac arrasaturic.
La terre tremblera de frayeur; le marbre donnera une sueur de sang; l'air sera bouleversé par les tempêtes et par la foudre ; les montagnes, les pierres se détruiront les unes les autres, et le monde entier sera rasé par le feu.
Je voudrais encore faire passer sous les yeux du lecteur quelques traits qui ne déparent en aucune façon le grand tableau entrepris par Bernard d'Echepare 1 ; mais j'ai hâte d'arriver à des scènes moins terribles, et j'aborde la seconde partie de son œuvre.
1 Comparez ce morceau avec un cantique basque du recueil rie 1844 , p. 20, intitulé Juyaitiendu gênerai**, cantique dont voici le début :
Il existe sur le même sujet une vieille complainte, dont voici des fragments, que je dois a M. Etchevcrry, instituteur public a Helette :
Aditcen da trompeta latzgarria, Elborri da Jaunareu eguna , Kgun triste, egun loxagarria, Rai cgnn gueien haudiena.
Rerri miragarri nati, Norc bere inlresa gati , Reba mundu gueia.
Laburki bilduren guira Josafatcc ordokira , Bidian da mecia.
lue nouvelle étonnante, Chacun pour son intérêt , Que le monde écoute.
Sous peu nous nous réunirons A la plaine de Josaphat, L'ordre en est en route.
Au commencement du monde, Au jugement divin Il fut réglé
Uue cette terre devait Être réduite en cendres F.t finir ainsi.
Mundiaren Imarriau, Jujamendu divinoan, Ican cen ordenatu
Lur hunec bebarciala Erre ilbaflec becala kta hala flnilu.
E^tun bura beno leben Seloaliac dira ginen, Rena ikbaragarri.
Avant ce jour Des signes apparaîtront, Mais terribles.
L'épouvante sera telle Uue les hommes sécheront Et seront cousus a la terre.
Au son de la trompette, l ange Les cimetières de toute la terre Entourera ,
Aûn que les morts se lèvent ,
Étant venu le grand jour
• Ou) l'on doit rendre les compte*.
Ceux qui sont morts sur mer
l.uxeriareii hatulia.
Ainarturentu gendiar Egoiciren lurrari.
Trompet oxez , aingurlae
Lur gueietae ilberria»
Ditu inguratuco.
HtlerjaiUditiela,
Egun bandia gin delà Kbondu errendateecu.
Itchasoanhil direnar,
La pièce Ai no rose n Gaztiguyu ( l'Antidote des Amoureux), outre la sainteté des idées et la grâce poétique, contient la clef des poésies amoureuses que notre bon curé n'a pas eu le courage de sacrifier avec les sentiments qui les avaient inspirées.
Ni hauro ère uken ceibait ère amore , Bana hantic eztut uken provecharic hatere : Auhiz pena, arima gai hanere eta neuriere Amoretan plazer baten mila dira dolore. (P. 116, 117.
Ni haur ère ebili niz anhicetan erhoric Gaoaz eta egunaz ère , hocic ota veroric , Loa galdu , pcna asqui , bana ez arimagatic. Orai oro nahi nuque liren Jeincoagatic. 121.»
Moi aussi j'ai eu des amours; mais voici le profllque j'en ai retiré: des peines infinies, la perte de rame, et mille chagrins pour un plaisir.
Moi-même j'ai eu cette folie ( de me fier au monde , quand je courais la nuit et le jour, par le froid et le chaud, sans sommeil , entouré d'un coriége de peines. Aujourd'hui je voudrais les avoir supportées pour l'amour de Dieu.
Les poésies légères de Bernard d'Echepare sont charmantes; elles n'ont rien qui doive étonner si Ton réfléchit à l'époque de leur composition , époque où le sentiment des bienséances était à peu près nul , et où Rabelais pouvait , sans que personne le trouvât étrange, dédier au cardinal de Châtillon un des livres du Pantagruel; si Ton réfléchit encore à la facilité de mœurs du prêtre
Arrafiec jan dutianac . El que les poissons onl
Eta salec lurriau. Prendront vite terre.
Nabiz ère direnere, (D'autres, i quoiqu'ils aient été brûles,
Aiçatu llhanac ère , El que le vent ait dispersé leurs cendres ,
Pbiztureu instantian. Résnsciteront a l'instant.
Ha il beccato ixosiac Eta alhalkez gordiac , Oro publicatuco.
Ama beiiedicatia , Çu, gureabocalia, Behar ordu hartaco, Çuc, otboi, lagnntguilçaçu.
Sostengatccn baguituca .
Là les crimes affreux Cachés par bonté, Tout sera publié.
Mère bien-aimée, Vous, notre avocate.
Dans ce besoin,
Vous, je vous prie, secourez -nous.
Si vous nous soutenez,
BERNARD d'ECHEPARE. 449
dans les contrées méridionales, et à cette propriété, si commune chez les artistes , de se dédoubler et de séparer complètement le personnage de l'homme.
L'éloge des femmes ( Emasten tavore )) dont le texte se Ut page 153, et la traduction page 143, est un morceau vraiment remarquable. La composition est nette et suivie, l'idée et le sentiment y régnent plus que la poésie ; mais des traits comme ceux des strophes 3, 4, 5 et 6, méritent de n'être point oubliés. Le douzième couplet rappelle le prêtre :
Çuhur gutic, andre gatie, gaizqui erran diroite Haiez hongui erraitea onestago liçate.
Emazteac cerongatic gaiz erranendirale?
Handi eta chipi, oro haietaric guirade.
iPeu de sages parlent mal des femmes, car ils aiment l'honnête; et pourquoi médire d'elles? Grands et petits, tous nous en recevons le jour. \
Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois ta mere,
a dit Legouvé en terminant son Mérite des Femmes. J'aime mieux le vers basque.
Après avoir énuméré tous les liens qui rattachent l'homme à la femme, d'Echepare s'écrie naïvement :
Parabiçuian nabi enuque, emazteric ez paliz.
^Pour moi , je ne voudrais pas aller en paradis s'il ne devait point y avoir de femmes.)
Avant de finir, notre poëtc trace le tableau des charmes du beau sexe en termes trop vifs pour que son traducteur ait cru devoir les rendre dans notre langue. Nous imiterons sa réserve, et nous nous en tiendrons à la strophe qui termine ce morceau :
Norda guiçon modorroa harçaz orhii eztena . Eta guero halacoa gaiz orraten duiena?
Ez da guicon naturazeo hala eguiten duiena , Ceren eztu eçagueen hala hongui eguina.
Eh hien! quel est l'homme assez siupide pour oublier de tels agréments et pour dire du mal des femmes? Ce n'est qu'aux monstres de la nature à ignorer ce qui fait du bien.
La pièce intitulée Ezconduyen Coplac (Couplets îles Mariés) est certainement inspirée par un épisode de la vie de Bernard d'Eeheparc. La plaie saigne encore : on le reconnaît à la vérité des sentiments, à l'énergie du style. Ce morceau finit ainsi :
Amoria ixu da eta eztaçagu çucena , Eztu uste bercoric delà lecot niaite duiena. Suiac vano gaizquiago orra diro guiçona , Ichasoac ez iraungui erachegui dadina.
• L'amour est un aveugle, un véritable despote qui s'attribue seul le droit d'airner. Ses flammes peuvent consumer l'homme plus facilement (jue le feu ; la mer entière ne saurait en arrêter les ravages. \
Ce dernier trait ne rappelle-t-il pas les paroles de Macbeth, assassin de Duncan , que Shakspcare semble avoir empruntées aux Bohémiens ».
Will ail great Neptune's océan wasb tins blood Clean from my hand? No, etc.
(Macbeth, acte tl , Jcène II.)
iTout l'océan du grand Neptune fera-t-il disparaître ce sang de ma main? Non, etc.)
Je passe la pièce intitulée Âmoros secretugvi dotM ( l'Amoureux secret), non qu'elle soit médiocre, mais parce que je ne puis tout citer, et j'arrive à la page 131, où je dois signaler dans l'Amoureux jaloux ( Amoros gelozia ) , petite élégie pleine de grâce et de passion , le trait suivant :
Jangoicoa, cdetaçu amoria gogotic, Eta haren irudia eue veguietaric.
Haro ingana eztaduca unsa leialdatcric; Ni ère eliçatureniz orai , hura gaberic , Saroiadu lohitu eta eztut liareti veharric , Nahi badut uqcnen dut orai ère berriric.
i Seigneur, ôtezde mon cœur le souvenir de cette femme; faites que ses traits disparaissent de devant mes yeux. Elle m'a trahi. Eh bien!
• Aonsos guides — Y te chobes — En é freslcgo — E Bombardo, — Nastl nicabàs — E quichardila — Sos sar ménda — Te petrd.
(Ta aaraU beau aller te later dans le golfe de Lyon, ta ue te débarrasseras pas de la tache que ta as gagnée arec moi.) (The Zinctli. toi. Il, p. '47, art. Fruiêt*.)
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aujourd'hui, je deviendrai homme d'église et je me passerai d'elle, car elle a sali sa robe. Je trouverai encore bien d'autres maîtresses.)
Si cette idée, qui sent son XVI" siècle, paraît toute naturelle à d'Echepare,' comment pourrait-il supposer l'ombre du crime dans les fictions poétiques , lui que la réalité n'effraie pas ?
Ce n'était point dans de pareils sentiments que le vieux troubadour castillan, Juan Rodrigue/ del Padron, au moment d'entrer en religion, prenait congé de sa dame : « Vis en joie, si tu peux, lui disait-il, et ne souffre point à attendre; car a la peine que j'éprouve, je n'espère pas que nous nous revoyions jamais ni l'un ni l'autre. — 0 douloureuse séparation pour le triste amant qui, comme moi , demande la permission de prendre congé de ta vue et de sa vie! Tu perdras ta peine à t'occuper davantage de moi; car, avoir ma grande tristesse,... je n'entends pas que nous nous revoyions jamais l'un l'autre. — Comme vous fûtes la première dont je devins prisonnier, dès à présent je vous donne ma foi que vous serez la dernière «. »
La Demande du Baiser (Potaren Galdaciaj, dont le texte se lit page 131, et la traduction page 149, présente quelque rapport avec YOaristys de Théocrite, imitée, comme on sait, par André Chénicr. Que ne puis-je rapporter en entier l'idylle basque? On y verrait un petit drame animé , dont les personnages ne sont point de convention comme dans le poète d'Alexandrie , mais parlent et se meuvent comme de gais , de spirituels montagnards, prompts en amour, lestes en paroles , tels que je me représente Bernard d'Echepare et la beauté qui lui a inspiré la Demande du Baiser, dont il y a toute apparence qu'il est aussi bien le héros que l'auteur.
Dans l'Amour brûlant (Amorez erreguericia), on retrouve toute la grâce, toute la naïveté de l'églogue antique , avec quelques traits espagnols. Un amoureux fait connaître sa passion à la femme qui en est l'objet , et celle-ci feiut pendant longtemps de ne pas comprendre. Au malheureux qui se plaint d'avoir été volé : « Je n'ai rien qui vous appartienne , dit-elle , et je suis toute craintive,
• El CêneUmero de Juan Alfonso de Baena , tic , edit. de Madrid , p. 506 , col. I , n° 470.
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je ne sais pourquoi. » Parle-t-il de ses peines, pour lesquelles il implore la pitié de l'inhumaine : c Si vos douleurs sont grandes , réplique-t-elle, il ne manque pas de médecins au village; vous guérirez bientôt , car votre peau n'a pas de blessure. » Et ainsi de suite, jusqu'à ce que le patient réclame un rendez- vous.
La Dispute des Amoureux ( Amorosen Disputa, p. 133, 150) présente du naturel; je n'ai rien à dire de plus.
Sous le titre d'Histoire de Monsieur Bernard d'Echepare (Mossen Bernât Echapareren Contuya, p. 138, 163), notre curé poète nous a conservé le récit d'une mésaventure qui lui arriva; mais il est à regretter qu'il se soit borné à nous parler de sa détention, sans en indiquer ni la cause, ni le lieu, ni l'époque. Ce qui ressort de ses vers, c'est qu'il fut incarcéré par ordre du roi de Navarre Jean II, ou Henri II, qui l'avait mandé auprès de lui en Béarn.
Nous terminerons eu rapportant les deux pièces par lesquelles notre poète finit son livre :
CONTRAPAS.
Heuscara , lalguiadi canpora Garacico herrira.
Benedica (lad i la Heuscarari emandioa Beharduien thornniaî
Heuscara , lalguiadi placara.
Berce gendec ustecaten Ecin scriba çaitela.
Orai du te phorogateon Knganatu cirela.
Heuscara , lalguiadi mundura.
Lengoagetan onien inçan , Eslimatze gutilan ; Orai aldiz hic beharduc Ohoria orotan.
Heuscara, Habil mundu gueira.
Berceac oroc içan dira