‹ Le Pays BasqueChapitre 3 sur 152 · I.'ESCUAIU · texte numérisé non relu

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premières langues venues d'en haut. Dans ce même sens encore, il est préférable qu'aucun génie , qu'aucune science humaine n'ait réagi sur le basque, qui, ainsi, n'a dû éprouver que les ravages du temps, c'est-à-dire des pertes de mots, bien vite réparées par des emprunts faits aux langues voisines. Par exemple, on ne saurait douter qu'il n'ait adopté bon nombre de mots latins, pendant le temps que les Basques étaient en relation avec les Romains ; mais ces mots sont pour la plupart modifiés d'après le génie de la langue. La même observation a lieu pour les termes espagnols et français que l'on y rencontre. On y trouve également plusieurs mots qui , sans doute , sont d'origine germanique : ceux-ci ont probablement été introduits dans le basque à l'époque de la domination des Yisigoths ; mais tous ces éléments étrangers ne sont qu'importés dans la langue , qui , pour le fond et pour la substance , diffère de tous les idiomes connus , bien qu'elle présente quelques radicaux qui lui sont communs avec eux, entre autres avec les langues finnoises et celles de l'Asie septentrionale et moyenne , nommément avec le turc , communauté qui provient plutôt du rapport primitif qui existe entre les radicaux de toutes les langues du inonde que d'une parenté de famille spéciale.

Entrons maintenant plus avant dans l'examen du basque, et voyons si réellement cet idiome ne mériterait pas une attention plus marquée de la part des savants, qui trop souvent épuisent leurs facultés et leur temps à méditer sur la structure de langues dont les lettres de noblesse sont bien moins authentiques, et les beautés intrinsèques phis rares, moins remarquables

En basque, les noms de la semaine et des jours qui la composent ne sont pas les seuls dont la signification apparaisse à première vue. Ceux des montagnes , des rivières , «les fontaines, des pro-

• Parmi les travaux de linguistique auxquels l'esciara a donné lien, il convient de citer le second volume da linfuisUtcke l'ternckungen , intilnlé Die Spracke Europas in xy slematiMckrr Vekeriickl. Von A. Sehteieber. Bonn, il. B. kônig. 1850, io-8°, ouvrage fort nul traduit en français par M. Ht-rmann Ewerbeek , ainsi que s'en plaint l'auteur lui-même, l'on des premiers linguistes de l'Allemagne ( Formenlekre der Kirchtntlawitcken Spr*che. Prag, 1850, ln-8°, p. xiv), et publié à Paris en 1852, in-4°, sous ce litre : le» Longue* it rEnrûpe moderne, etc. Les pages 135-147, correspondant aux pages 104-112 de l'original, sont consacrées au basque, que l'auleur place dani la classe des langue* agglutination ou incorporantes, et auquel il dénie toute espèce d'affinité avec le finnois.

U't L K PAYS BASQl'E.

vîntes, des villages, offrent aussi le même avantage. Par exemple, le premier village sur la route de Bayonne à Hasparren, s'appelle Hiriburu (tète de ville). Celui qui vient immédiatement après, se trouvant sur un terrain sec et aride , a reçu le nom de Mvgerre ou Muga-crre ( pays brûlé), que Ton peut encore expliquer par Muga-e'ler (beau site), parce qu'en effet la position de ce village est très-élevée. De Mouguerre, on descend à Eliçaberri (église neuve), et Ton arrive à Hazbarnc ou Haiz-barne, en traversant des terrains incultes , couverts autrefois de beaux chênes, dont le souvenir subsiste dans le nom que nous venons d'écrire.

Citons-en quelques autres encore qui se rencontrent ailleurs que dans le Labourd. Etcheberri, que les Basques de la province d'Alava prononcent Echavurri , signifie maison neuve1: Etcherahar, maison vieille; Etchegorri y maison rouge; Etckechuri, maison blanche; Etchegoien, (ioihenelche, Etchegarai, maison sur le haut ; Etchtmendi , maison sur ha montagne, ou comme une montagne ; Bazlaretche , maison à l'écart ; A rtetche , maison au défilé; Barnetche, maison enfoncée; ou bien, en sous-entendant etche (maison), Bidegain, sur le chemin; Bidart, entre les chemins , nom que portent un village entre Bayonne et Saint-Jeande-Luz et une famille de Saint-Palais ; Baratrart, entre les jardins ; Oihanart , au milieu des bois , nom du savant historieu du pays basque et d'une maison du pays d'Arberoue ennoblie en 1435 1 ; Landart, au milieu des champs; Larrart , dans les terres incultes s; Baxurt, dans les lieux sauvages ; Vhart , Urart, entre les eaux; Uhalde, Uralde, près de l'eau; Eliralde, près de l'église; Elicabide, chemin de l'église; Ithuralde, près de la fontaine; Eiharalde, près du moulin; hindaburu , Larreburut Mendiburtit Oihanburu , à l'extrémité du champ, de la lande, de la montagne, du bois ; Hnrizpe, sous le chêne; Intchauzpe, sous le noyer; Aranpe, sous le prunier, etc.

' Il est a remarquer qu'en copte, comme en basque, *errt signl6e nouveau. » Adiciones «1 Diccionario 4e antignedade» éel reimo de Nmmrra, p. »8. » Nous allons autrefois terri* dans le même sens :

Kt li garçon corrent par les larris, Chantent les sons noviax qu'il ont apris.

< U Mort de Gorin le Lokerrtin , puni. par M. Edelrsland du Met il, v. 5287, p. H*..

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« Ces noms, ajoute Darrigol, qui parait avoir évité d'en citer de trop étranges *, ces noms et une infinité d'autres-, destinés dans l'origine à désigner les habitations , se sont étendus insensiblement à désigner les familles et les individus, en sorte qu'il n'est aucune classe de noms où l'on ne puisse en signaler un nombre considérable ayant une étyinologie également nette et expressive*. » Deux siècles auparavant, de l'Ancre avait déjà fait la même remarque concernant la substitution de ces appellations de terres et de maisons aux noms patronymiques ; et comme son observation est un trait de plus au tableau des mœurs basques, nous croyons qu'il nous sera permis de la consigner ici : « Je ne veux oublier, dit-il, qu'en Labourt les villageois et villageoises les plus gueux se font appeller sieurs et daines d'une telle maison , qui sont les maisons que chacun d'eux a en son village, quand ce ne seroit qu'un parc à pourceaux. Or, aucunes de ces maisons sont rangées dans la rue du village, d'autres estant un peu escartées et hors de ranc et ordre ont quelques petites terres et labourage à l'entour : si bien qu'ils laissent ordinairement leur cognom, et le nom de leurs familles, et mesmes les femmes les noms de leurs maris, pour prendre celuy de leurs maisons... et peut-on dire, si la mutation et changement de nom est en certain cas une espèce de crime , que pour le moins c'est icy une espèce d'inconstance et légèreté, et qu'en cela ils s'accommodent aucunement à l'humeur du diable, veu qu'ils veulent varier en toutes choses comme luy, et se déguiser pour se faire mescognoistre s. »

' En voici que rapporte D. José Yanguas ( Adiciones al Diccionario de antignedades de Sararra, p. 371 , 372 ), qui les donne, d'après des documents des Archives du royaume de Navarre, comme appartenant aux monts d'Alduide rt aux environs: Adarrccolepoa (coteau de corne), Ardanicsaroyarcnburua (sommet de la montagne de la vigne), Ardantesaroyareniturrieoburua { sommet de la romaine de la montagne de la vigne ), Arizmeacabaraa ( partie supérieure de la colline du chêne i, A ipilcuetaberecolorrea {champ bas d'Aipilcueta), Aspilatetagarafcosaroyarenberecolarrea (champ bas du coteau élevé d'Aipilcueta), ElormtaiaTcnryviarenbana (partie supérieure du coteau de la colline de l'épine), lutrysaroyarenlarrearenbarena (centre do champ de la montagne de l'étoile), Legartarlecogaraycolepoa ( partie supérieure de la colline du terrain sabtoneux ), Mitp iracolarrearenbuma ( sommet du champ du néflier), Osognieoquruiearenegaia (colline de la croix des loups), etc.

* Dissertation critique et apologétique sur la langue basque, p. 37, 38.

* Tableau de l'inconstance des mouvais ange*, etc. , llv. (, dise. Il, p. 44. — Sanadon attribue des motifs tout a fait différents à cette habitude des Basques de vivre dans des maisons isolées. (Essai sur la noblesse de» Vasques, § III, p. 48.)

18 LE PATS BASQUE.

De l'Ancre aurait voulu se déguiser lui-même, qu'à cette phrase on eût reconnu le persécuteur des sorciers du Labourd. Mais je me hâte de revenir à la langue de ses victimes, et j'analyse la dissertation de Darrigol, ne connaissant rien de plus solide ni de plus consciencieux *.

« La langue basque n'eût-elle conservé de son antique splendeur que son système de conjugaison, c'en serait assez, a dit M. Fleury Lécluse *, pour que cette belle langue méritât d'être étudiée. » Et Darrigol ajoute : « Mais il s'en faut bien que son système de conjugaison soit le seul beau côté d'elle-même que cette langue ait garanti des ravages du temps, elle conserve bien d'autres vestiges de son antique splendeur s, » etc. Elle n'a point , comme les autres , multiplié les nuances des sons naturels et primitifs ; elle a, au contraire, conservé des articulations naturelles et antiques , perdues communément ailleurs , comme elle a repoussé certaines consonnances difficiles et compliquées des idiomes modernes. L'escuara peut se féliciter de posséder un très-grand nombre de radicaux, souvent d'une seule syllabe, qui sont la base de son système. Ces radicaux, remarquables par leur simplicité, ne le sont pas moins par l'ingénuité logique avec laquelle ils se modifient selon les sens divers , sans rien perdre de leur valeur primitive. Souvent la présence du même radical dans des mots différents y rappelle une parenté d'idées reléguée ailleurs parmi les observations philosophiques.

La grammaire euscarienne ne connaît que deux espèces de mots, le nom et le verbe; sa syntaxe d'accord est nulle, ou se réduit à la connaissance parfaite de son système de déclinaisons et de conjugaisons. Point non plus de construction particulière commandée à ses phrases, qui se prêtent, par le prijilége des

' Ce travail, qu'avant mol M. Mazure a largement mis a contribution pour son aperça grammatical de la langue basque ( Hitl. du Béam, etc., p. 488-502 >, a donné lieu a un examen insère dans la Gaceia de Bagona, 1849, n° 30, p. 3, article répété dans le Bulletin de$ sciences historique», etc., publ. par M. le baron de Férussac, t. XI, p. 189-195. A la suite, on lit une annonce d'an Dictionnaire basque, espagnol et français, par M. F. Lécluse, de Paris, etc. 2 vol. in-8°, de 1000 pages a 2 col., prix 20 fr„ on un seul vol. in-4w, a 3 col., etc., prix 25 fr. Ni l'une ni l'autre de ces éditions u'a paru.

* Manuel de la langue basque, p. 86.

* Dissertation critique et apologétique sur la langue basque, p. 158.

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inversions , à toutes les combinaisons de la pensée , au caprice ou à l'impétuosité de l'imagination , à tous les élans du cœur. Elle jouit de tous les avantages de l'article, sans en subir les entraves ; elle n'admet pas de distinctions de genre , sauf à la deuxième personne siugulier des verbes, et néanmoins point d'obscurité ni d'équivoque dans les phrases 1 .

Or, toutes ces particularités sont autant de privilèges que réunit le basque. Plusieurs langues en possèdent de semblables , et on le leur impute à antiquité et à noblesse ; mais aucune ne les réunit toutes comme l'cscuara. Reste à y montrer la réalisation de toutes ces particularités, qui lui font honneur.

\° L'alphabet basque peut se représenter ainsi qu'il suit :

Voyelles : a, e (toujours le même, demi-ouvert), t, o, u (généralement prononcé ou); consonnes: bt d, f, g (toujours dur comme le y grec ) , 7 ( prononcé comme t ou y, en appuyant) , h, k, l, m, n, rt s (qu'il faut faire entendre avec le son plein et nourri du ssodé chaldéen), t, x (prononcé ts , et non es), z (son doux du c devant e et i, et du ç devant os u).— Consonnes aspirées antiques: ph, prononcé pph; th, prononcé tth; kh, prononcé comme le x {P*ec » e* prononcé che.

Le basque rejette comme inutiles l'y, les e accentués , les sons français ou modernes des consonnes j, v, x, z, et remplace le q par le k. L'orthographe s'y réduit donc à écrire les mots comme on les prononce : par exemple, gizon (homme), haxa (respiration), comme s'il y avait gviçon, hatsa, etc.

5° On reproche au basque d'avoir tous ses mots terminés en a : c'est une erreur. Cette voyelle à la fin d'un mot n'est autre chose qu'une désinence déterminative du singulier, ayant la même valeur que l'article français, mais l'emportant sur ce dernier en ce que l'article basque s'incorpore avec le mot, qu'il modifie. Ces articles sont les désinences a, ac f gizon, gizona, gizonacj au singulier, et pour le pluriel ek fgizonekj.

3° Nous avons parlé des radicaux euscariens ; en voici des exemples: az (nourrir), as (commencer); ar (prendre), el

1 Voyes, sur rineonYénient de« genres, les remarques de Doclos sur la Grammaire générale et raUonnée de Port-Royal , part. II, ebap. V.

(arriver), ete (fermer), ez (dompter), hil (mourir), jo (frapper), ./Vm (manger), jos (lier), sal (vendre), sar (entrer), sor (naître), etc. Il y en a aussi de deux syllabes, comme handi ( grand ) , gizon ( homme ) .

Chacun des radicaux possède en soi un sens achevé, mais générique et abstrait au delà de toute expression. C'est le véritable sens prochain, auquel une simple désinence donnera un sens particulier avec la différence propre. Dans les verbes surtout , l'infinitif est je ne sais quoi d'aérien , véritable substance logique, matière docile qui reçoit mille formes sans changer de nature.

4° Les adjectifs sont de vrais noms de modes exprimant qualités, positions, comparaisons; rien, dans le basque, ne les distingue des autres noms : ainsi, Jinco ona signifie à la fois Dieu le bon et Dieu bonté. Il en est de même des pronoms adjectifs et personnels: m (je ou moi), hi (toi), zu (vous respectueux), hori, hura (celui-ci, ceux-ci), zotn (qui, lequel), nor (qui interrogatif), enia} neuria (mien, mienne), hiria, zuria (tien, tienne), harena, horrena (sien, sienne), etc. Règle générale et universelle : tous les déterminatifs et qualificatifs se placent après les mots qu'ils modifient, et les possessifs avant : gizon gatxa (homme méchant), zure ama (votre mère), etc. Tous ces mots sont appelés noms, parce qu'en basque ils ont, pour la plupart, un sens complet, ou facilement complété par la pensée pour quelques-uns d'entre eux.

Les prépositions sont des désinences de déclinaison. Les adverbes ne sont que les mots à certains cas de déclin.

Restent donc les noms et les verbes, les deux seules parties du discours reconnues par les anciens dialecticiens *. Un nom est tout ce qui désigne une substance simple ou modifiée et les modes qui sont la substance apparente. Non-seulement le basque simplifie le nombre d'espèces de mots , mais encore la déclinaison , qui est une, ou peu s'en faut. Les cas des déclinaisons grecque et latine, on le sait, ne répondent pas à tous les besoins d'une langue , comme le prouvent les prépositions unies aux divers cas

♦ Voyet le Sophiste, Ut. II. ( CEuvreê de Platon, Irad. par Victor Coosin, l. X. Paris, Rcy cl Gratter, M DCC XXXVII, in-8°, p. 302. )

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en grec ou en latin , au moyen desquelles on exprime les divers rapports ; le basque rend ces rapports par des désinences propres, qui élèvent jusqu'à quinze et au delà le nombre de ses cas. Et que Ton ne songe pas à lui en faire un reproche : la variété des cas , comme Ta dit Court de Gebelin, qui n'en donne que onze à l'escuara *, rend une langue capable d'imiter la nature de la manière la plus parfaite. Le nominatif sert aussi de vocatif dans le basque, et rien n'empêcherait qu'aux noms des cinq cas latins on n'ajoutât, dans les dictionnaires et les grammaires de cette langue , les noms de négatif, de positif, Punitif, de destinait f, d'approbatif, etc.

Darrigol, choisissant un nom adjectif pour paradigme de la déclinaison basque , en établit ainsi le tableau :

DétimiSOX D'UN KO» INDériXI. DÉCLlîUISOS d£tER>!n£k 00 SINGULIER.

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