‹ Le Pays BasqueChapitre 29 sur 152 · SUPERSTITIONS DU PAYS BASQUE · texte numérisé non relu

SUPERSTITIONS DU PAYS BASQUE

Ktrni présent cl passé de la sorcellerie dans celle conirée.

Dans l'antiquité et pendant le moyen âge , les Vascons étaient renommes pour leur habileté dans la pratique des augures 1 ; aujourd'hui, on peut affirmer, au risque de se faire un mauvais parti que personne en France n'est plus superstitieux que le Basque , si ce n'est peut-être le bas Breton. Au fonds qui lui est commun avec tous les Français , peuple d'esprits forts, comme on sait , le montagnard de la Soûle et de la basse Navarre joint nombre de croyances également réprouvées par le bon sens, mais conservées par le temps et fortement enracinées dans son esprit. Par exemple, treize personues sont-elles réunies à table, grave imprudence ! l'une d'elles mourra inévitablement dans l'année. Un éteruucmeut est un mauvais présage, qu'il faut s'empresser de détourner par un souhait de bonheur ». Une salière renversée , des couteaux eu croix ou le tranchant relevé, voilà tout autant de présages de dispute. Le cri d'une chouette sur le toit d'une maison habitée est un chant de mort pour les voisins , comme le hurlement d'un chien autour de la demeure d'un malade le signe de sa fin prochaine. Heureux au jeu, l'on ne peut être que malheureux en

• XI. Lamprld., A les and. Seeer. — Mllo il Vlta S. Amandi, ap. Surinm, De proboti» sanciorum Vitis, feb. VI ; cd. Colon. Afrlpp. cb foc XVIII , in-fol. , p. 73, 1. 15. — Cf. Strab., Geograph., lib. III, de Lusitsmis.

s M. Adm ,dzu$ son RJsuwti de T histoire. ..des Basques, p. 452, avant dit, après M. lioueber de Pennes ««pendant ( Soute*, du Pave Basque, p. 134) , qoe ee peuple était soumis aux Miperslitlons les plus grossières, l'abbé Darrigol (Dissert, sur h langue basque, p. 31 , 34, en noie tomba sur l'auteur de cette assertion, sans oser néanmoins la démentir.

* Anhitt urikei, beaucoup d'années!

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ménage. Il ne faut jamais entreprendre un voyage ni commencer un travail quelconque le vendredi. Vieille femme à dos voûté, à menton barbu, aux yeux injectés de sang, c'est là une sorcière, à n'en pas douter. Il faut également éviter les gens à barbe rousse, suivant le proverbe :

Bizar gorri , Bide horri.

Pour trouver des traces de ces opinions superstitieuses, dont certaines avaient déjà cours parmi les anciens *, il n'est nullement nécessaire d'aller dans les Pyrénées *; mais le Basque ne se contente pas de si peu, et sa foi, difficile à surprendre par des nouveautés, est invariablement acquise aux traditions qui lui

1 Par exemple , les anciens regardaient l'élernaeraeot comme an augure. Nous en avons pour garants, chez les Grecs, Homère et Aristnte; chez les Latins, Propercc , Catulle, Pétrone, etc. L'anlear du Satiricon noos montre Eamolpe donnant l'ordre de saluer Giton, qui vient d'éternuer trois fois : c'était, comme on voit, tout comme chez nous. — € Pourquoi, dit Pline l'ancien, saluer ceux qui éternuent? • Le grand naturaliste répond luimême, on peu plus loin : « L'éternuement d'un convive qui oblige de rapporter an plat , on même une table , est regardé comme de mauvais augure, » etc. ( lllst. nat., liv. XXVIII, chap. V.) C'est a cause de cette opinion, qui s'était, à ce qu'il parait, conservée, dans les Pyrénées nommément, pendant le moyen âge, que Roger, comte de Comminges, ne voulut plus faire hommage au comte de Monlfort, après l'avoir entendu éternucr une fois; « car, dit Pierre de Vaux-Semai , les gens de ce pays, qui sont les pins fous des hommes, observent les augures. » (Rec. des Hist. des Gaules, etc. , t. XIX, p. 47, A.) — Sdon DobrtzboiTcr, les sauvages du Brésil avaient la même crainte de l'éternuement. ( Nouvelles Annales des voyages, février 1827, p. 273.)

1 Par exemple, le hurlement des chiens, ain»i que les cris plaintifs du chat-buant, sont considérés par le peuple roumain comme an présage de mort. (Ballades et chants populaires de la Roumanie, etc., par M. Alexandri, p. 198.) Jean de Meung appelle le chat-buant

Prophètes de maie aventure, Hideus messagier de dolor.

Le Roman de la Rose, édit. de Méon , t. II , p. 91 , v. GOOO.

Enfin, Rabelais fait dire a l'un de ses personnages : • Regardez ceste chevêche; nous sommes, par Dieu! assassinez. » ( Liv. V, chap. VIII.) — Cette triste réputation du chjthuant , a peu près générale dans nos provinces , remonte jusqu'à l'antiquité, où elle régnait, an moins chez les Latins. Voyez les passages d'anciens auteurs recueilli* par CniMus, dans son traité intitulé De Socle et nocturnis officiis opud vclercs Commentât io, chap. XX, n°î(Debul>one nonnullt memorabilia traduntur) et n° ZfObserratum apud magnâtes morilmndos, quàd bnbo eormndem insederit cubilibvsj, t. II, col. 898, B-F, du Noms Thésaurus antiquitatum Romanarum de Sallengre. — En ce qui touche les préjugés dont les vieilles femmes et les rousscanx étaient victimes dans le nord aussi bien que dans le midi de la France, nous en trouvons un témoignage formel dans un adage rapporté par Gabriel Neurler. Voyez nos Etudes de philologie comparée sur l'argot, etc., au mot Rousse, p. 368, 369, et \e Livre des proverbes français, par le Roux de Lincy. A Paris, chez Paulin, 1842,ln-li,t. l,p. 145. .

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viennent de ses pères. Ce sont eux qui, entre autres choses , lui ont appris celles-ci :

1° L'homme qui le lundi voit à son lever une femme sous sa fenêtre, doit s'attendre dans la semaine à sept jours néfastes tissus de ronces et d'orties *.

2° Qui a bourse bien garnie dans sa poche, lorsque, pour la première fois, au printemps, il entend le chant du coucou, peut compter, dans le cours de l'année, sur toutes les faveurs de la fortune ».

3° Sur une famille de sept frères, il y en a un qui doit être marque de la croix , c'est-à-dire avoir dans l'intérieur du palais ou sur la langue l'empreinte d'une croix qui lui communique la vertu de guérir, par la succion , les morsures des chiens enragés. C'est principalement dans le Guipuzcoa qu'il existe de ces guérisseurs; et dans les familles où il se trouve sept garçons, on ne manque pas de donner à l'un d'eux cet état, qui, grâce à l'entière confiance du peuple dans les remèdes du croisé , qu'il regarde d'ailleurs comme une espèce de saint, ne laisse pas d'être assez lucratif 3.

4° Le jour de son mariage, et pendant la cérémonie , un fiancé prudent aura sur ses genoux un pan de la robe ou du tablier de sa fiancée. Cette précaution , disent les matrones , mettra les jeunes époux à l'abri du redoutable maléfice appelé exteca, par antiphrase, et qui consiste dans une inévitable et invincible antipathie qui les désunirait à jamais.

5° Si le célébrant oubliait de fermer le Missel après les oraisons de la post-communion, toutes les sorcières assistant à l'office

' • Il nous arrivera do malheur, si le matin nous rencontrons dans nôtre chemin on prêtre, ■a moine, use fille, «etc. ( J.-B. Thiers, Traité des tupertti tient, etc., lit. III, cfaap. III, V édit. Paris, M.DCXCVII.-DCCIV., in-8°, 1. 1, p. 909.) - Quelques lignes auparavant et après, on voit que les mœurs de la fille déridaient le front sévère du destin, puisqu'il devait arriver du bonheur si celle que Pon rencontrait était une fille débauchée. Il suffi sa K mime de penser b des femmes de cette classe pour obtenir un résultat heureux. On ne dit pas si c'était pour la morale.

* Dans les Higblands d'Ecosse, c'est un heureux présage que d'être en marche quand on entend pour la première fois le chant du coucou. ( Poputor Hhymcs of Scotland, p. 191.)

• Swenin du Pay* Basque et de» Pyrénéet, etc., p. 68, 69. — Avant de finir ce chapitre, nous reviendrons sur cette classe d'individus, h propos d'autres charlatans de mCmc espèce connus sous le nom de talnéndore*, d'ew>olm<i<lnrt.H,

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demeureraient clouées dans l'église tant que le livre y resterait ouvert.

6° On est sorcier et sorcière, ou par un pacte volontaire avec le démon, ou par suite de la négligence du parrain et de la marraine pendant l'administration du baptême.

Les Basques croient , en effet, à l'existence des sorciers. Chaque village en renferme trois ou quatre , pauvres vieilles femmes qui ne vivent que d'aumônes. Elles ont le pouvoir de donner un sort, des maladies aux bêtes et aux gens , de maudire une maison, etc. Aussi , quand elles vont frapper à certaines portes, s'empresse-t-on de leur faire la charité. Un enfant qui en rencontrerait une sur un chemin écarté, se garderait bien de lui adresser la parole. Docile aux recommandations de sa mère , il s'éloignerait au plus vite en fermant la main droite , le pouce passé entre l'index et le doigt du milieu; et tant qu'il aurait la sorcière en vue, il ne cesserait de répéter : Sorguina, pues, pues, pues (sorcière, loin de moi)! Comment pourrait -il oublier ces recommandations, après les histoires de sorciers qu'il a entendu raconter l'hiver, au coin du feu, par des témoins authentiques?

Telle personne qui se pique de n'être pas superstitieuse , qui ne croit point aux revenants , reconnaît l'existence des sorciers. Combien de mères n'accusent-clles pas de l'infirmité de leurs enfants une vieille voisine qu'elles auront offensée, une mendiante inconnue qu'elles auront renvoyée sans aumône ? Combien d'autres aussi , et du rang le plus élevé , de l'éducation la plus distinguée, emploieront comme un remède puissant l'eau dont s'est servie une vieille sorcière pour filer ? Toutes les sorcières du pays se réunissent le samedi soir dans un lieu isolé , et là , suivant certains , elles se livrent à des infamies et à des danses infernales avec les démons. D'autres assurent qu'elles tiennent conseil sous la présidence d'un roi , auquel elles exposent , chacune à leur tour, ce qu'elles ont fait pendant la semaine qui vient de s'écouler, ce qu'elles feront dans la suivante, etc. Après les avoir entendues , le roi leur donne des avis ou leur adresse des réprimandes , selon ce qu'elles ont bien ou mal mérité ; puis rassemblée , que Ton nomme akhe larria, se sépare. Les sorcières, auxquelles on reconnaît la faculté de

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prendre telle forme qu'il leur plaît , traversent tes espaces avec la rapidité du vent , avantage qu'elles doivent à un onguent dont elles se frottent. Ce sont nécessairement des êtres malfaisants, au rebours des azti, qui ont naturellement le don de guérir, espèce d'empiriques bien autrement en crédit que les docteurs patentés.

Le roi des sorciers du Pays Basque , ou du moins l'individu qui passe pour tel , appart ient à cette catégorie ; c'est un vieillard de quatre- vingts ans , qui habite Saint-Jean-lc- Vieux , près de Saint- Jean-Picd-dc-Port. 11 est fils et frère d'officiers de santé, et lui-même , sans avoir jamais étudié la médecine , la pratique avec succès, surtout avec profit. Plus d'une fois il a guéri des malades abandonnés par les médecins, qui, comme on sait, ne sont pas toujours sorciers ; de telle sorte que, déjà heureux comme un roi, il l'est plus qu'un prophète, en ce sens que sa réputation, fort grande à Saint-Jeau-lc-Yieux, s'étend jusqu'aux limites du pays. On vient de loin le consulter ; il sait répondre sur toute espèce de choses. L'opinion commune est qu'il entretient des relations avec le diable , qu'il a toujours dans sa chambre sous la forme d'un bouc; personne n'est admis à y entrer. 11 tire aussi les cartes. Quand on perd un animal, qu'on a des bestiaux malades, on va le trouver. Il indique très-bien la direction du fugitif, la cause de la maladie et le remède à y porter. Comme on peut le croire, ce suppôt de l'enfer n'a garde de travailler pour l'amour de Dieu ; aussi est-il fort à son aise : peu de personnes dans le pays reçoivent autaut de cadeaux que lui en volailles , gibier, agneaux et autres denrées. Si, comme on l'a dit :

Dieu prodigue ses biens

A ceux qui font vœu d'être siens ,

il est à croire aussi que le diable agit de même et vaut beaucoup mieux que sa réputation.

Le démon n'est cependant pas toujours bon maître : souvent il accorde à ses esclaves richesses , plaisirs, privilèges; mais parfois aussi il se montre tyran, et tyran des plus cruels. 11 tourmente les mortels et leur impose les exigences les plus dures , témoins les loups-garous , malheureux vagabonds qui , à la chute du jour,

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échappant à la vie commune, errent des nuits entières comme de vils animaux dont ils partagent les goûts et les instincts 1 ; témoin encore ce jeune fanfaron qui, allant pour cinquante centimes chercher dans un champ une pioche qu'une femme y avait oubliée , fut enlevé dans les airs et porté jusqu'au-dessus de Saint- Antoine, où il eut le bon esprit d'invoquer le saint, ce qui lui valut sa délivrance.

Dans le Pays Basque, nommément dans la basse Navarre, on vous dira encore que les âmes des morts reviennent, soit pour se venger de leurs familles, soit pour les obliger à restituer le bien mal acquis, quel que soit le coupable. Un trépassé qui va eu purgatoire, revient ordinairement dans sa famille pour réclamer des prières, des messes, des pèlerinages, etc. On ne le voit jamais, on l'entend seulement. Il fait du bruit, tantôt dans un appartement, tantôt dans un autre; le plus souvent, c'est à la cuisine. Il y remue la vaisselle; quelquefois aussi H met toutes les assiettes en rang sur le plancher. Si quelqu'un vient, le bruit cesse pour recommencer ailleurs , et ainsi de suite , sans que l'on sache comment y mettre fin. Il faut trouver le moyen de parler au revenant (arima herratia) pour apprendre ce qu'il veut. En général , ce moyen est indiqué par certaines personnes du village au fait de ces sortes de choses. On va les consulter dans le plus grand secret, et l'on ne divulgue les faits qu'après y avoir porté remède. Tantôt il faut laisser revenir l'àme en peine tant qu'elle voudra, et commencer par faire dire des messes : cela seul suffit souvent pour l'arrêter. Tantôt il faut absolument savoir ce qu'elle désire ( errequeriteia ) : on lui met alors sur une table du papier, une plume et de l'encre, avec deux cierges bénits, et c'est là qu'elle fait connaître par écrit la cause pour laquelle elle est venue. C'est une messe par semaine ou par mois, pendant une année, qu'elle demande; ce sont deux ou trois pèlerinages a Jaca, à Roncevaux, à Saint- Antoine, autrefois même à Saint -Jacques de Compostelle; après cela tout est fini, on n'entend plus rien dans

• Voyci, sur ces victimes des sorciers, ou plutôt de la crédulité des paysans, les Recherches de N. F. Bonrquelot sur la lycanthropie, insérées dans les Mémoires des antiquaires de France, I. XIX (Paris, M DCCC XLIX ), p. 193-462.

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la maison. Cette croyance est générale dans le Pays Basque, et il y a peu de familles qui n'aient eu des revcnauts.

Dans la même contrée, quand une âme passe du purgatoire au ciel, elle se manifeste sous la forme d'étoile filante, tandis qu'ailleurs un pareil météore n'annonce que la mort d'une personne f.

Les saints ne dédaignent pas de descendre sur la terre basque, saint Jean du moins , dont le nom, conservé dans celui de nombre de localités , indique combien son culte est répandu. La veille de sa fête, on met une pierre au milieu des feux que l'on a allumés; elle sert de prie-Dieu au bienheureux , qui passe dans tous les lieux où Ton en a fait en son honneur. Le lendemain matin, on y trouve ordinairement des cheveux qu'il y a laissés et que l'on conserve comme des reliques •. Ce soir- là, ceux qui ont des plaies vont les laver à la rivière , à minuit sonnant.

A cette heure, si le coq chante, c'est qu'il y a un sorcier dans la maison.

Il existe encore des êtres fantastiques nommés laminac , qui sont doués de facultés surnaturelles. On naît lamina, on ne le devient pas. Pour ce qui est de leur intervention ici-bas, il est (lillîcilc d'en dire quelque chose, ce nom ne représentant rien de vivant, rien de réel a l'esprit des paysans basques, qui mentionnent les laminac comme nous mentionnons Jupiter, Minerve, etc. C'est une simple réminiscence du paganisme , et le mot euscarien doit être une dernière trace des lamiœ des Latins , dont le souvenir vivait encore chez nous au XIII* siècle». M. du Mège, qui écrit labina, voit dans les êtres ainsi nommés des personnages identiques aux hados, ou fées, des paysans béarnais 4.

Un autre savant, ou plutôt un poëtc du pays, qui veut que les ancêtres de ses compatriotes 'soient venus d'Afrique, voit dans

1 Estai historique sur lu ville de Boueux, etc., par Frédéric Pluquet. Caen, chez T. Chalopin, l«9, ta-8°, chap. XLIX, p. 3M.

* I j même tradition se retrouve dans i'ooest de notre pays. Voyez Noie sur les usage* et les traditions du Poitou, par M. Gnerry, parmi les Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. VU! (Paris, 18*9 ), p. 45Î.

* Gnilieini Par. seeund. part.deUnlverso pars III, eap.Xll. (Guilielmi Alterni.eptscopi Paruiensu. . Opéra omnio, etc. Anreli*, M.UC. LXX1V., in-folio, 1. 1 , p. HK6, col. î, F.)

* Snr. §4%. des départ. pyrén., t. II, p. 360.

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une autre de leurs croyances une trace d'un passé encore plus reculé : « L'imagination des Basques , aidée par la réminiscence confuse des pays que les premiers Euskariens ont habités , dit-il , n'a point manqué de peupler les Pyrénées d'êtres mystérieux et bizarres, qui servent de lien superstitieux entre la création matérielle et visible, et le monde fantastique des larves et des esprits. Le plus populaire de ces mythes pyrénéens est le Seigneur-Sauvage ( Bassa-Jaon), sorte de monstre à face humaine , que le Basque place au fond des noirs abimes ou dans la profondeur des forets. La taille de Bassa-Jaou est haute , sa force prodigieuse ; tout son corps est couvert d'un long poil lisse qui ressemble à une chevelure ; il marche debout comme l'homme , un bâton a la main , et surpasse les cerfs en agilité. Le voyageur qui précipite sa marche dans le vallon, ou le berger qui ramène son troupeau à l'approche de l'orage, s'entend-il appeler par son nom répété de colline eu colline? c'est Bassa-Jaon. Des hurlements étranges viennent-ils se mêler au murmure des vents, aux gémissements sourds des bois, aux premiers éclats de la foudre ? c'est encore Bassa-Jaon. Un noir fantôme , illuminé par l'éclair rapide , se dresse-t-il au milieu des sapins, ou bien s'accroupit - il sur quelque tronc d'arbre vermoulu , en écartant les longs crins à travers lesquels brillent ses yeux étincelants? Bassa-Jaon. La marche d'un être invisible se fait-elle entendre derrière vous, son pas cadencé accompague-t-il le bruit de vos pas? toujours Bassa-Jaon *. »

Comme on doit s'y attendre , la chiromaucie, la nécromancie, ne sont poiut pour nos montagnards des sciences vaines. A la faveur de cette opinion, tireuses de cartes, diseurs de bonne aventure , devins , subsistent encore, et font tout ce qui concerne leur état. A vrai dire, on s'adresse à ces gens-là plutôt par curiosité que par foi dans leurs oracles ; cependant, il se trouve encore bien des sots qui se laissent duper. Un journal de Bayonne signalait, il y a quelques années, deux victimes d'une pythonisse de cette ville, dans ce récit très-authentique d'une anecdote dont les personnages sont connus.

• Voyage en Xavairt, etc., p. 200, 461 , ehap. VII. L'auteur l'a répété dans son Histoire primitive des EHskarient-Besqttes, etc., Bayonne, N.UCCC.XLV1L, io-8°, p. xl, xli.

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À son retour des désastreuses campagnes de la Péninsule , un soldat de l'Empire prit femme dans la basse Navarre et s'y établit. C'était un brave homme s'il en fut jamais, excellent ouvrier gagnaut avec l'alêne et le tire-pied de quoi suffire à une modeste existence ; mais l'âge, les infirmités, les besoins et les incapacités de la vieillesse, laissèrent à la misère une entrée libre dans le sein du pauvre méuage. Peu capable de travailler, le vieux brave se prit à réfléchir sur son passé. 0 bonheur! un souvenir qui, quoique bien souvent rappelé , n'avait été pour lui que le sujet de ses récits les plus répétés , lui apparaît pour la première fois comme la source des plus heureuses espérances. Jadis, en Andalousie, un coffret précieux était tombé entre les mains de notre héros ; mais pressé par le clairon de la retraite , il n'avait pu qu'enfouir le cher trésor : quelques camarades l'avaient assisté dans cette opération. Ah! si le coffret pouvait se retrouver! que de jours heureux encore sur la terre! La province, le village, le lieu précis se redressent limpides et animés dans l'esprit du vétéran de l'Empire. Il traversera les monts et reviendra riche. Cependant si quelqu'un de ses camarades, mieux avisé que lui, l'avait prévenu '( Si le hasard, cette divinité capricieuse, tour à tour amie et ennemie de chacun île nous, avait découvert à quelque heureux Andalou le dépôt sacré ? Pauvre Basque ! s'il allait faire un voyage long , dispendieux, semé de dangers, sans résultat utile? « Consultons la pythonissc, ou plutôt la sorcière, lui dit sa femme. Rayonne n'est pas loin ; on s'y rend à peu de frais. Là , nous connaîtrons le passé, le présent, l'avenir, et si l'oracle rend une réponse favorable, je te verrai partir sans crainte. » La tireuse de cartes la plus renommée de Hayonne est consultée : « Vos questions sont bien graves , dit gravement la Lenormand du Labourd ; cependant vous serez satisfaits. Achetez la plus belle dinde en vente sur le marché , enterrez-la vivante à minuit précis sur tel point du glacis, puis faites-en trois fois le tour ensemble sans regarder en arrière ; au troisième tour, le volatile répondra lui-même, au nom de la vérité, à toutes vos questions. » Toutes ces prescriptions furent exécutées de point en point. Au troisième tour, la pauvre dinde est interpellée. Point de réponse. Les deux époux stupéfaits

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fouillent le lieu de la sépulture : ranimai avait disparu , ou plutôt au lieu d'un dindon il y en avait deux. Les crédules campagnards crurent-ils pouvoir conclure de là que le coffret tant convoité devait être hors de leur atteinte t ou bien comprirent-ils que la devineresse les mystifiait ? C'est ce que Ton ignore ; mais l'aventure se répandit dans le pays , et fit beaucoup rire aux dépens de ses victimes.

Faut-il prendre là-dessus la mesure de la crédulité des paysans basques ?

Les doctes physicieus et chimistes des siècles passés , assez curieux pour étudier et admirer les observations faites par les alchimistes, mais pas assez avisés pour faire la synthèse des innombrables expérimentations des chercheurs de la pierre philosophait.' , se récriaient à chaque phénomène inexplicable pour leur ignorance. Cependant une pétition de principes , un sophisme quelconque, un jeu de mots, suffisaient souvent pour satisfaire leur curiosité inquiète : * Pourquoi l'opium lait-il dormir? — t Parce qu'il a une vertu dormitive. » Ordinairement le peuple ne se laisse guère prendre à cette sophistique. Il y a sous le bonnet , sous le berret du paysan , un bon sens qui défie la fausse science , une logique qui repousse toutes les arguties , une ténacité que l'on cherche en vain à ébranler depuis un siècle. Les villageois du Pays Basque sont plus rationalistes que les rationalistes. On attribue leurs superstitions à leur crédulité excessive; on se trompe. Le fameux critérium de toute vérité , magister dixit , n'est nulle part moins en usage que parmi eux pour les vérités pratiques. Racontez-leur même quelque fait vrai , mais qui à leurs yeux n'est pas vraisemblable , ils vous écouteront par complaisance, vous approuveront même par politesse ; mais qu'ils ajoutent foi à vos récits, ne vous y attendez pas. C'est à ce point, que l'on s'engagerait à trouver des centaines de montagnards hochant la tête avec incrédulité à la mention des chemins de fer et du télégraphe électrique, dont tout le pays retentit cependant, depuis trois ans surtout. Chacun voudrait, pour y croire, voir de ses yeux, toucher de ses mains. J'insiste sur ce point, que je regarde comme fondamental et nécessaire, quand on veut sérieusement se rendre compte des superstitions de nos campagnes. Il y a des gens qui, n'ayant

jamais vu de près ces rades et intéressants habitants des hameaux, se figurent avoir répondu à tout, lorsqu'à cette question : c Pourquoi les paysans sont-ils si superstitieux? » ils répliquent : « C'est parce qu'ils sont trop crédules et disposés à tout admettre sans examen. > Encore une fois , rien n'est moins fondé que cette interprétation, et il n'y a rien de moins vrai pour ce qui concerne les paysans basques. Ces derniers, en effet, et il serait bien facile de vérifier sur les lieux l'exactitude de mon assertion, n'admettent guère que deux autorités capables de motiver leurs croyances : 1° la loi de Dieu, ou la révélation, Jaincoaren leghia; les maximes de leurs ancêtres , erran zaharrac , dont ils disent : zahar hitzac, zuhur hilzac (dictons vieux, dictons sages ) , et pour lesquelles ils professent un respect absolu. Tout ce qui ne leur est pas démontré découlant évidemment de ces deux sources, rentre pour eux totalement dans le domaine du libre examen ; ils tâchent de se raisonner les faits quelconques qui ont fixé leur attention , et tout ce dont leur logique naturelle ne peut découvrir la cause est attribué à Dieu ou au démon , comme cause directement agissante , suivant que ces faits leur paraissent convenir au principe de tout bien ou à la source de tout mal. Ajoutez à cela certains faits du passé, qui, dénaturés par le cours des temps, ont cependant été transmis de génération en génération sans les circonstances accidentelles qui en expliquaient naturellement le merveilleux apparent , et l'on aura l'explication complète des superstitions des Basques. Il y a des esprits superficiels qui sourient de pitié au seul mot de superstition. Loin de moi la pensée de faire l'apologie de ce que la raison et la religion réprouvent ; mais je crois fermement qu'au fond et à la source de ces superstitions , il y a des vérités utiles à constater. Quelques exemples ne peuvent que mieux faire comprendre ma pensée; je les prendrai dans le Pays Basque et en dehors.

Au mois de juillet 1854, un procès fut intenté devant le Tribunal correctionnel de Romorantin à un paysan qui avait violé une sépulture dans le but de dérober le crâne d'un mort pour le faire servir à une infusion destinée à un épileptique. Le ministère public s'arma de ses foudres les plus terribles pour pulvériser une

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aussi détestable superstition, et le coupable reçut un châtiment exemplaire *, sans que personne songeât à faire remarquer que la râpure de crâne humain figurait encore, il y a quelques années , dans le Codex, parmi les remèdes contre l'épilcpsie », et que cette prescription date de l'époque où cette maladie, considérée comme possession du démon, était surtout traitée par une infusion de reliques râpées , ou au moins par la boisson de l'eau ou du vin qui avait servi à laver ces vénérables restes.

Riches en sources d'eaux minérales, les paysans basques, à l'exemple de leurs voisins », les entourent d'un culte superstitieux. A Cambo, par exemple , la veille de la Saint-Jean, ils arrivent à minuit de tous les points de la contrée. Ils commencent par danser; après les danses , ils courent aux deux fontaines , en interdisent l'accès aux paisibles buveurs, et, malades ou non, tous tant qu'ils sont, ils boivent à l'une ou à l'autre, à toutes deux même *. Cela fait, et s'il a pu se baigner dans la mer, à Biarritz, le dimanche (lui suit l'Assomption, le Basque repose avec confiance tout le reste de l'année ; il est à l'épreuve de toutes les maladies ».

1 Trois jours d'emprisonnement. (Gaulle des Tribunaux, n° dn lundi 31 juillet et 1" août 1854, p. 743, col. 1.)

* L'ancienne médecine faisait encore usage d'un certain lichen qui crott sur le crâne des morts. Voici la composition de Ton des principaux remèdes contre l'épUepsie employés à la fin du XVII* siècle : • Prenez polipode de cbêne bien séchéc et réduite en poudre subtile, de la mousse du crâne humain d'une personne qui a souffert une mort violente, râclures d'ongles humains des pieds et des mains, de chacun deux dragmes ; racine de péonc sécbèe , une demi-once ; du vrai gui de chêne, deml-once. Il faut le recueillir au déclin de la lune , • etc. {Remèdes souverains et expérimenta de Monsieur le chevalier Digby.tie. A Paris, chez Guillaume Cavelier, M. DC. LXXXIV. , fn-8°, p. 69.) Pline, qui rapporte certains de ces remèdes comme déjà prescri's par les médecins grecs, en flétrit énergiquement l'usage ( HUt. nal., liv. XXVIII , chap. Il ), el Pierre de Lancre range l'usage de la raclure d'ongles et de la poudre tirée du crâne d'un larron fraîchement pendu, parmi les superstitions dangereuses. ( Tableau de l'inconstance des mauvais anges, etc., liv. V, dise. I , p. 348, 349.) — Voyez , pour l'indication des opinions diverses sur l'emploi du crâne humain dans le traitement de l'épilepsie, Friderici Henning, medicinec doctoris et practici Bardenti*, Analecla litteraria epilepsiam spectantia. Lipsia?, apud Henricum GraelT, MDCCXCVIH, ln-4°, pars III, medicamentaria , etc., art. Homo, p. 171, 172.

» Voy. Stal. gin. des départ, pur., t. Il , p. 367, 378, 408.

» Le pèlerinage de Notre-Dame-du-Roncicr, a Josselin, se termine de même. Au sortir de l'église, on conduit l'aboyeuse à la fontaine de la Sainte -Vierge, elle se lave les mains et la ligure dans cette eau fraîche, et boit une ou deux gorgées. ( les Abouenses de Josselin, etc., par C. Jeannel. Rennes, imprimerie de Ch. Catel et Comp., 1855, ln-12, p. 12. Voyez aussi p. 46, 47.)

1 A. Germond de Lavigue, Antour de Biarritx, chap. VI, p. 106. Dans le périmètre décri

Si nous cherchons un fondement à ces pratiques , nous trouverons qu'elles datent de loin et reposent sur une base assez raisonnable pour l'époque où elles ont pris naissance. Ainsi, au rapport d'un écrivain navarrais qui florissait il y a plus de trois cents ans, il était d'usage de se baigner le matin de la Saint-Jean et de sauter la nuit par-dessus le feu d'herbes traditionnel, pour se préserver de la gale ». Des pratiques analogues existaient déjà en 452, et un canon du concile d'Arles déclarait coupable de sacrilège l'évêque qui ne ferait pas tous ses efforts pour les faire cesser dans son diocèse *. On lit dans les Capitulaires de Charlenmgne : * A l'égard des arbres , des pierres et des fontaines , où quelques insensés vont allumer des chandelles et pratiquer d'autres superstitions , nous ordonnons que cet usage fort mauvais et réprouvé de Dieu soit aboli ; que celui qui, suffisamment averti, ne ferait pas disparaître de son champ les simulacres qui y sont dressés, ou qui s'opposerait aux gens chargés de les détruire, soit traité comme sacrilège3. > Témoins des bons effets des eaux minérales, et ne pouvant pas plus qu'on ne le peut de nos jours pénétrer les causes de cette action thérapeutique, nos ancêtres croyaient à une puissance mystérieuse à laquelle il fallait rendre un culte, et depuis les premiers temps du moyen âge jusqu'à présent, ce culte n'a point cessé, soit dans les contrées pyrénéennes, soit en Auvergne4, autre pays de montagnes qui présente

par l'auteur, proche de la Nive, est une fontaine, que saint Léon , à ce qu'on dit , lit jaillir. Longtemps ses eaox ont passe pour posséder de grandes vérins, entre autres celle de guérir les maladies des femmes grosses et les maux d'yeux. « Un nommé Pédebaigt, dit Beylac, en lit , il y a environ quatre-vingt-dix ans, an objet de commerce dans les Iles d'Amérique, et gagna des sommes considérables. • ( Soute lie Chronique de la ville de Baronne, par un Bayonnais. Bayonne, de l'imprimerie de Dubart-Fauvet, 1827, tn-8°, p. 16, en note.) - Nous avons rejeté a la suite de ce chapitre, comme trop longue, une note sur les eaux minérales du Pays Basque.

• Tractatm de tvpcrttitionihut , contra ntalefieia teu eorlilegia quœ hodie tigent in orhe terranm.... Anctore D. Marti do de Arles. Romse, apod Vincentinm Lncbinnm, 1559, petit 10-8°, folio 8 recto. L'auteur cessa de vivre le 25 avril 1521 , comme on le voit par son épitapbe, rapportée a la p. 33 des Adicione» al Dicclouario de anliguedades de Natarra.

* Cone. Arel. II, can. XXIII. (Saerotancta Concilia, etc., slud. Philip. Labbei, et Gabr. Cos&artii.t. IV, col. HM3, E.)

• Capitolare Aquisgraneuse, sive eapil. I anni DCCLXXXIX, art. LXI11. {Capitularla refum Francorum, ed. Pedro de Chiniae, 1. 1, col. •235. Cf. col. 713 et 1094.)

* Voya Detcrxption historique et scientifique de la haute Auvergne, etc., par J.-B. Douillet. Paris, J.-B. BaMière, 1834, 10-8°, p. 322, en note.

ICO LE PATS BASQUE .

plus d'un trait de ressemblance avec celui que nous avons entrepris de faire connaître.

Parmi les singulières pratiques que Von y trouve, il en est une autre qu'il me semble encore possible d'expliquer. Dans les Basses-Pyrénées, l'opinion commune s'obstine à attribuer au bourreau la faculté de guérir le goitre en le pressant avec les mains , à ce point que dernièrement une personne distinguée s'est rendue à Pau uniquement pour demander à l'exécuteur des hautes-œuvres du département de pratiquer cette opération sur sa fille, qui la subit deux fois par jour. D'où peut venir une pareille opiuion ? Sans aucun doute d'une locution du langage facétieux , où l'on appelait herbe à tous maux la corde que le bourreau plaçait autrefois autour du cou des malfaiteurs1. Depuis que la cravate de chanvre n'est plus en usage, au moins dans les exécutions, on a reporté ses vertus sur les mains qui la nouaient , sans perdre la superstition dont est l'objet la corde de pendu, superstition qui n'a d'autre source qu'une plaisanterie prise au sérieux, et qui a cours chez nous comme dans le Pays Basque.

Là, toutes les maladies présentant extérieurement des crises et des contorsions diûiciles à expliquer, comme les cas extraordinaires et compliqués de maladies nerveuses, seront attribuées à la possession du démon , et les paysans n'auront garde de recourir au curé. Le moyen efficace de guérison est connu de chacun : c'est un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostcllc, recommandé même par Satan, au moins dans une circonstance*, ou un pieux voyage à d'autres endroits réputés comme possédant la même vertu. Autrefois il suffisait, pour être toute l'année à l'abri du mal de tête, d'aller enfoncer des aiguilles ou des épingles dans un certain arbre près de Pampelune , et les jeunes filles , jalouses de conserver ou d'embellir leur chevelure, suspendaient, dans ce but, de leurs cheveux devant l'image de saint Urbain, dans le cloitre de la cathédrale de cette ville ».

• Curiosité* françaises, pour supplément oui Dictionnaires , etc., par Antoine Oudin. Konen et Paris. M.DC. LVI., in-8°, p. 810.

* La Demonomanie de* sorciers, par J. Bodio , Angevin , liv. III , ebap. VI ; édit. io i :#8, p. 405.

' Tractatus de svperstitioniHs, etc., fol. 25 recto.

SUPEHSTlTIOftS.

Tout ce qui rentre dans les maladies épi lep tiques et toutes les infirmités subites et persistant avec intermittence, dont quelques données antérieures ou le médecin ne justifieraient point la cause naturelle, seront attribuées bien vite à une influence surnaturelle et maligne, gaitz émana l. On cherche autour de soi la personne qui aurait pu donner le mal, et malheur à celle que l'on soupçonnerait : on la sommera de faire disparaître l'effet de ses maléfices, sous peine de perdre la vie sous le bâton , ou même dans un four chaud. Des faits assez rapprochés de nous, et qui se sont déroulés devant les tribunaux , ont souvent démontré que -ces menaces n'étaient pas toujours vaines ».

1 «Je recognois pourtant parniy les maladies populaires, dit de l' Ancre, une certaine maladie qu'on appelle en France ckauchepoulet , et en Espagne la pezadilla, de laquelle le commun peuple estant par fois tourmenté, il croit ordinairement que c'est l'attouchement de quelque sorcière, • etc. ( L'Incrédulité et mescreonce du sortilège , etc., traicté III, p. 173.) — Si j'ai bien compris le passage qui précède, du temps de Louis XIII, la superstition qu'il signale régnait de ce côté-ci des Pyrénées comme de l'autre ;mais M. de Maistre ne veut pas qu'il y ait en Espagne trace de la moindre de ces faiblesses de l'esprit humain : « Vous connaisses , j'espère, dit-il, de fort honnêtes gens et fort au-dessus du peuple, qui croient de la meilleure foi aux amulettes, aux apparitions, aux remèdes sympathiques, aux devins et devineresses, aux songes, a la théurgie, à la communication des esprits, etc., etc., etc., et qui sortiront brusquement de table si, par le comble du malheur, ils s'y trouvent assis avec douze convives; qui changeront de couleur si un laquais sacrilège s'avise de renverser une salière ; qui perdi oient plutôt un héritage que de se mettre en route lei 01 tel jour de la semaine, etc., etc., etc. Eh bien!... allez en Espagne, vous serez étonné de n'y rencontrer aucune de ces humiliantes superstitions. » (Lettre* à un gentilhomme russe nrr t'Inauiêilion espagnole. A Paris, cbes Mèquignon fils ainé, M.DCCC XXII, in-8°, p. 100.) — Si ce que dit M. de Maistre est fondé, ce qui offre matière h discussion, il n'en est pas moins vrai de dire que les Espagnols n'ont point toujours été h l'abri de la superstition. L'n mot de Guillaume d'Auvergne sur les cavaliers fantastiques désignés chez nous sous le nom de mesnie llellequin , t\ en Espagne sous celui d' armée antique (Guilieimi Alrerni... Optra omnia, etc., ed. M.DC.LXXIV. , lu-fol., t. I, p. 1037, col. 1, B), le traité qu'en 1559, Martin de Arles, archidiacre de la vallée d'Aybar en l'église de Pampelune, publia contre les pratiques superstitieuses de son temps, traité ou il en signale plusieurs usitées dans le royaume de Navarre, atteste ce que nous venons de dire. Folio 18 recto, Il parle des innombrables superstitions qui avaient cours en Andalousie, dont les habitants, dit-il, l'emportaient sous ce rapport sur tous les autres Espagnols. — Dans la première des romances du Cid, ou l'on voit comment Diego Laynez éprouva le courage de son fila Rodrigue, il fait appeler ses enfants, et , sans leur dire un seul mot , Il leur serre l'un après l'autre les mains, • non pas, dit le poète, pour y considérer les lignes de ta chiromancie, car celle mauvaise coutume des devins n'était pas née en Espagne, • etc. {Romancera 4el Cid, publicado par A. KeHer. Paris, por Blanc-Montanier y comp., 1840, en 12, p. 3, rom. t.)

• Le » avril 1850, les époux Suberbie, cultivateurs de l'arrondissement de Lourdes i Ha n tes- Pyrénées i, attirèrent chez eux une vieil le femme nommée Jeanne Dedouret. Vers neuf lirures du soir, après le coucher des enfants, Marie Suberbie dit h son mari : «Cette femme m'a donné du mal , il faut chauffer le four et l'y faire griller. • l es cris, les protestations

Là encore je reconnais l'héritage du passé , et je puis remonter au moins jusqu'à de l'Ancre, qui, dans son épitre dédicatoire au chancelier de Sillery, représente c qu'il s'est trouvé en une seule petite parroisse, près la ville d'Acqs *, plus de quarante personnes affligées de l'epilepsie par le moyen des sorciers, et une infinité d'autres attains d'un certain mal qui les faict abbayer comme chiens ». » Que faire dans un cas pareil? Remy et les autres, qui ont traité cette question , allèguent plusieurs cas dans lesquels il est loisible, sans offenser Dieu, de recourir au sorcier qui a donné le maléfice , et de le contraindre par menaces , par force et par coups , de guérir ou d'ôter le mal qu'il a donné » ; mais del Rio, qui creuse cette question plus que tout autre, dit que l'avis de Remy n'est pas assez motivé, et qu'à le prendre au pied de la lettre, il pourrait être très-dangereux *.

Les Basques, qui ne connaissent même de nom ni l'un ni l'autre de ces auteurs , ont toujours , en pareil cas , penché vers la vio-

de la malheureuse Jeanne ne parent fléchir les époax Saberbie. Le four fat ehaafé. La victime fut saisie par le milieu du corps et mise un instant an four depuis les pieds jusqu'aux genoux ; ensuite, retournée et présentée par la tête. Ses cheveux furent entièrement brûlés, son corps atteint par d'horribles blessures. Elle parvint cependant a s'échapper, mais mourut peu de jours après. Les coupables furent traduits aux assises et condamnés a une peine légère : le jury avait admis des circonstances atténuantes.

* < C'est eu la paroisse d'Anjou. »

* « On appelle vulgairement ce mal le mal de boire. » ( Tableau de l'inconstance des mauvais anges et demont, etc. , p. S de l'epistre. Cf. p. 357, 558.) - Le docteur Calmeil a consacré a l'épidémie d* Amou , en 1613 , le g VI du ebap. U du llv. IV de son traité de la Folie, doot le titre reparaîtra plus loin. Voyez t. I , p. 503-511. — La maladie eonvulsive dont il est ici question n'a point disparu avec l'époque qui l'a vue naître et avec les mal • heureuses qui en étaient atteintes. Aujourd'hui même elle existe sur un autre point de la France, dans la basse Bretagne, oh l'on trouve nombre de familles dont quelque membre, livré, suivant la croyance générale, h l'empire de Satan, est affligé de la honteuse infirmité d'aboyer comme une bête au lieu de parier comme un chrétien. L'unique remède est , h ce qu'il parait, de venir humblement baiser un jour de grande fête, h l'heure de l'office, lu statue miraculeuse de Notre-Dame-du-Roncler. Voyez le» Abogeuses de Josselin, excursion en Bretonne an mois de mai 1855, par C. Jeanne!. Rennes, imprimerie de Ch. Catrt et comp., 1855, in-U. D'un autre coté, le D* ChampouHlon vient d'adresser a la Goutte des hôpitaux <n° du 17 janvier 1857», des renseignements curieux sur une maladie appelé* le délire des aboyeurs, que plusieurs journaux ont reproduits par analyse, entre autres, /* Gazette du Midi, n° du jeudi 29 janvier de la même année. Outre cette communication, on en trouvera d'autres faites a l'Académie des Sciences sur le même sujet, par MM . Bosredo* et L. Pisc, dans la première de ces feuilles, n°* des 2 et 16 décembre 1856.

* Sieoloi Renifii... Dtemonolatrieio: Llbri très, etc., lib. III, cap. III; edil. Lugdun. in offleina Vineentii, M.O.XCV., in-4°, p. 310-330.

« Disquisit. magie., lib. VI, cap. H, seet. I, qua-st. 2. Cf. Tabl. de Finconitt de* mour. anyfs, etc., p. 365.)

bUPEKsrmoiss.

lence ; ils remployaient encore dans une circonstance que je veux rapporter, comme exemple de Tune des plus étranges superstitions pyrénéennes. A Lunibier, petite ville de la Navarre espagnole, il était d'usage, en temps de sécheresse, daller en procession à San Pedro de Usun, au chant des hymnes et des cantiques. Là, on célébrait la messe, puis on descendait de l'autel la statue du bienheureux , que Ton portait sur le dos ou à bras, toujours en chantant, au bord de la rivière. On s'adressait alors , à plusieurs reprises , au saint pour avoir de la pluie , et comme il ne pouvait inoins faire que de garder un silence discret, la population, à laquelle le clergé s'associait dans cette étrange cérémonie, demandait à grands cris que la statue fût plongée dans l'eau, si saint Pierre ne s'empressait pas d'intercéder auprès de Dieu pour obtenir la grâce demandée. Quelques-uns des principaux habitants de Lumbier, élevant la voix en faveur de son pauvre patron, se portaient garants pour lui, et les paysans assurent que jamais leur confiance ne fut trompée, la pluie ne se faisant pas attendre plus de vingt-quatre heures *.

Je ne sais si une pareille pratique , autrefois usitée encore ailleurs que dans les Pyrénées espagnoles *, existe toujours * ; mais il est

* Trêclatnt de superstitionilme, etc., fol. 1 recto. — Résumé de l'histoire de Biaru, etc., p. fis. — Daas an autre endroit, fol. 6 verso, Martin de Arles rapporte que lei habitants de Labiano , localité de la vallée d'Aranguren , traitaient de même le corps de sainte Féllcie.

* • Ceste eoustome de traîner les crucifix et images ea la rivière pour avoir la ployé, dit Bodin , qui écrivait dans la secoude moitié du XVI" siècle, se pratique encore* en Gascogne, et l'ay veu faire a Tholoze en plein jour, par les petits enfans , devant tout le peuple, qui appellent cela /« ttrtmaue; et se trouva quelcon qui jetta toutes les Images dedans le puis du Salin, l'an 1557. Lors la piuye tomba en abondance... qui est une doctrine de quelques sorciers de ce pays la, qui ont enseigné ceste impieté au pauvre peuple, en ebantant quelques chansons, > etc. ( La Demonomanie de* torcim , etc. , édil. de 1598, p. 292.) Voyez encore 5f«l. ir<»i». des départ, pyrén., t. II, p. 374.

* Un témoiu digne de fol noos a rapporté qu'a Perpignan , pendant l'été de l'année 1818, une première procession , pour obtenir de II pluie, étant restée sans effet , il en fut fait une >eeonde, dans laquelle une longue file de pénitents noirs, armés chacun d'un eierge et coiffés d'un bonnet pointu , s'avançait précédée d'une statue en bois doré, presque de grandeur naturelle, et représentant saint Agricole. Arrivés au bord de la Tet , petite rivière qai coule auprès de Perpignan, les quatre pénitents qui portaient le saint sur une espèce de palanquin, s'approchèrent de l'eau et y lancèrent la statue. Alors s'éleva un chœur de reproches et d'injures de toute sorte vociféré en catalan par les pénitents, qui couraient le long du bord pour suivre la statue jusqu'à un point désigné, où elle fut repêchée. Dans ce concert peu révérencieux, les pénitents n'oubliaient pas de menacer le saint du feu, s'il ne leur envoyait de l'eau. Une fols la statue retirée de ce singulier bain , chacun reprit son rôle primitif, et la procession rentra avec recueillement.

1G4 LE PATS BASQUE.

à nia connaissance que , dans ces derniers temps , les habitants d'une commune des environs de Saint-Palais avaient recours, pour obtenir de la pluie, a l'immersion d'un signe révéré. La sécheresse se prolongeait-elle d'une façon alarmante pour les fruits de la terre ? on décidait des prières publiques et une procession solennelle vers une chapelle située à plusieurs kilomètres du village. La procession, partie curé et bedeau en tète, se fait avec les cérémonies d'usage et selon le rituel. Le saint sacrifice est célébré à la chapelle , but et terme du pèlerinage ; mais on profite du temps pendant lequel l'officiant change ses ornements, pour envoyer une députât ion qui escorte le porte-croix vers un bassin voisin de la chapelle. A diverses reprises, le bedeau plonge la croix dans l'eau, et ce supplément aux rubriques est envisagé comme une condition sans laquelle on n'aurait rien à espérer. Chacun des délégués surveille, du reste, très-scrupuleusement , et le sens dans lequel la croix doit être présentée à l'eau , et la profondeur de la submersion. A ce propos, les souvenirs du passé sont invoqués et font loi. Malheur au porte-croix trop peu complaisant qui se refuserait aux moindres observances de la cérémonie ; il serait maudit et réputé responsable de toute prolongation de sécheresse dans l'avenir, c'est-à-dire presque mis au rang des sorciers.

Ceux-ci , à ce qu'il parait , bien longtemps avant le XVI* siècle, au lieu d'être maltraités suivant le conseil de Remy, étaient appelés comme les seuls médecins de la situation. Un docteur de la fin du XIII*, Arnaud de Villeneuve, nous l'apprend, quand, après avoir parlé des choses dont l'usage est permis dans le traitement de l'épilepsic, il ajoute : « Voilà (des remèdes tirés) des espèces animales terrestres, des minéraux et des pierres (dont on peut user), pourvu qu'on les emploie sans aucuns caractères ni signes superstitieux , de manière à ce que nul d'entre eux ne soit associé au divin Symbole ( des Apôtres ) , ni à l'Oraison Dominicale, ni à rien de pareil. Encore faut-il éviter de donner ces objets et autres semblables à toucher, de les suspendre au cou ou à tout autre membre du malade , de les faire porter de quelque autre manière que ce soit; car toutes les choses tirées de ces espèces, qui conviennent au traitement de la maladie, agissent

par voie de fomentations, ou par des causes conservatrices du corps humain , qui opèrent en elles intrinsèquement en vertu de leur substance matérielle, de leur quantité et de leur espèce elle-même. Que Ton repousse donc tous ces honteux enchanteurs, conjureurs et invocateurs d'esprits, devins et sorciers, qui ne sont , dans le service médical du corps humain, que des serviteurs et des instruments dévoués du diable, des mécréants *, » etc.

Ce que j'ai dit des maladies épileptiqucs s'applique également à la mortalité du bétail, toutes les fois que la maladie ne s'explique pas naturellement. On a beau reprocher aux paysans l'exagération et l'injustice de leurs soupçons : tout est inutile. Un ecclésiastique de nos amis s'étant exprimé daus ce sens en plusieurs circonstances , il lui a été répondu en face par deux hommes très-religieux, fort sensés , du moins pour tout le reste de leur conduite : « Vous autres, prêtres, vous essayez de nous détourner de ces idées, de peur de nous voir devenir la proie de la superstition ; mais vous penseriez autrement si, comme moi, vous aviez vu la femme X"*, malgré sa débilité et son grand àg<;, à cheval sur un bœuf et l'étouffant de ses mains , lorsque moi, avec toute ma force, je n'aurais pu y parvenir. Nous avions déjà perdu plusieurs bètes à corues lorsque, après une correction consciencieusement administrée à la sorcière, les bœufs cessèrent de mugir dans nos étables, et la mortalité s'arrêta. » — « Expliquez - moi , disait l'autre, comment telle personne de ma famille est restée alitée sans que le médecin pût rien nous expliquer de son mal; comment ensuite , ayant ouvert le coussin de la malade , nous y trouvâmes une figure de plumes que l'on nous y avait fait soupçonner ; comment enfin, cet objet magique une fois brûlé, une prompte guérison s'ensuivit • ? •

1 Arnaldi Vilianorani de Epilepsia, cap. XXV (De Rébus quarum usut licitnt est in enratione epileptiee, velpritatnr ilieoj, inter opéra ejos, ed. Dasilese, c\o h ixv, in-folio, coi. 16», D.

1 J'ai en ce moment sons les yeux un canard intitulé : Fiée lie Relation faite avec serwu*i au parlement de l'au . par Monsieur Deocont Preotro et Garé eTErette en Beam. Contenant tonte* le* maximes Diabolique» oui te pratiquent parmy les Sorciers et Sorcière*. Cette Relation a esté envoyée au Roy par le Parlement de Pan. A Bonrdennx, chez Charles Darbis, et Pierre Abegon, M.DC.LXXI. , in-8° de 9 pages, plnsleUtre. Tj lis, p. 8 : . Ils i le» sorciers ) donnent des maladies de langnenr en fourrant dans les matelats,

lt»fl LE PAYS BASQUE.

Le même ecclésiastique nous racontait une anecdote bien étrange, dont il avait été le témoin auriculaire. Une dame qu'il connaissait particulièrement, venait de perdre son sixième ou septième enfant . Il s'entretenait de la douleur de cette autre Rachel ainsi privée de tous les siens aussitôt après leur naissance , et de la circonstance singulière de certain défaut de conformation d'organes intérieurs, qu'un médecin, frère de la malheureuse mère, avait, disait-on, constaté dans l'auptopsic de ses neveux. La conversation continuait sur ce sujet , quand une femme, arrêtée devant la fenêtre du salon où elle avait lieu , prit la parole , et s'adressant aux interlocuteurs : « Vous vous étonnez, dit-elle, d'une chose fort simple et que je vais vous expliquer. La dame X*** est malheureuse dans ses enfants, elle le sera toujours. Pas un de ses nouveaux nés ne se trouvera viable. Son mari m'avait promis le mariage; il m'a dédaignée ensuite, parce que j'étais pauvre : eh bien! moi, j'ai maudit son union; j'ai désiré et obtenu qu'il ne connût de postérité que pour en être privé aussitôt. Ce qui est obtenu, ajouta-t-elle d'un air inspiré, est et restera obtenu. » A ces mots , la paysanne s'éloigna, et les acteurs de cette scène demeurèrent muets d'étonnement et sous une impression pénible. D'autres enfants naquirent encore dans cette famille, moururent aussitôt et sans que l'autopsie révélât autre chose que ce qui avait déjà été vainement constaté. On ignore si la paysanne vivait encore , et l'on n'a point pris garde si elle avait jamais été présente aux couches de la malheureuse mère, qui , après tout, aurait pu être traitée comme la damoiselle de bonne part dont parle de l'Ancre, « luy ayant esté mis quclqu'ordure dans la matrice par trois sorcières comme elle s'accouchoit *. »

Tous les paysans basques possèdent au complet l'art de la sorcellerie , la plupart sous prétexte d'être en état de déjouer les maléfices, puisque, disent-ils, les prêtres n'en veulent rien faire;

oreilles, on lici rie plane*, des ligure* de serpents, erapaux, couronne-cœurs, bras, jambe*, ete, faites de plumes entrdassèes et collées, on fichées dans de la cire on argile, nuis avec tant d'art qu'il scroit presque impossible de les défaire; cl le seul moyen de guérirent de faire brnler les ligures. »

« Tableau de Vinconstonce des montais anges, etc., llv. V, dise. I, p. ,"S8.

SCrEfibTITIONS. 167

quel^ues-uiis, j'en suis convaincu, pour employer les recettes magiques au profit de leurs haines et de leurs passions. Baguettes fourchues, herbes mystérieuses, formules consacrées, etc., tout ce que Ton rencontre dans les vieux livres de magie est généralement familier aux paysans jusque dans les moindres détails. Je suis loin de connaître le quart de ce qu'ils savent en ce genre ; et ce qui m'a toujours frappé, c'est que j'ai eu l'occasion de retrouver les mêmes choses exactement reproduites dans les livres qui me tombaient sous la main, et dont parfois j'ai lu quelques pages pour le besoin de mes études. D'ailleurs, cette érudition dans les sciences occultes n'est pas particulière aux paysans basques : ceux du Béarn et d une partie de la Gascogne y sont également experts , non pas que jamais ils aient étudié la chose ex professo; mais par tradition , et sans qu'ils s'en doutent souvent eux-mêmes, ils ont un ensemble complet de connaissances en ce genre, dont les citadins ont à peine l'idée.

Il est facile cependant de s'en faire une pour le XVII- siècle en lisant les traités de Pierre de l'Ancre, qui éclairent d'une lueur sinistre les plus mauvais jours de la sorcellerie dans le Pays Basque. Déjà la démonolatric , signalée par Martiu de Arles comme existant surtout dans le Pays Basque de la partie nord des Pyrénées *, s'était manifestée au moins une fois dans le Labourd, de façon à provoquer les rigueurs de la justice. En 1576, dix ans après l'instruction relative à Estebenue de Cambruc, de la paroisse d'Amou (Landes) », Boni face de Lasse, lieutenant de cette portion

1 Tractatns de super ttitionibu* , etc., folio 8 verso. — P. de Marca , pariant des sorciers du Béarn et de la Gascogne (HUt. de Bearn, liv. III, chip. XIII, $ IV, p. 239), dit que ce moi des restes des manichéens do commencement dn XI" siècle, dont parle Adémar de Chabjnnals. SI ces hérétiques ont fait des élèves, il est plus sûr, je crois, de les chercher dans le Languedoc, oh l'inquisition poursuivait les sorciers an XV* siècle. Voyei l'énoneé d« poursuites dirigées contre on notaire de Boucoiran et nn chanoine de Montréal , en 1410 et 1455, dans l'inventaire publié par M. A. Germain. (Mémoire* de la Société archéologique de Montpellier, t. IV, p. 506, 306.' Denx ans pins tard, en 1437, Thomas Policont était condamné par le bailli de Micon a être brûlé comme enferlurier, devinatear, invocateur des diables. (Xotice chronologique sur les mœurs, coutumes et usages anciens dans la Bourgogne, par M. Amanton, citée d'après ['Annuaire du départ, de la Câte-dOr pour i an 1W7, dans le Bulletin de* science* hUtoriauet, etc., de M. de Férussac, t. XI, p. î"8. )

» Tableau de l'inconstance de* mauvais ange*, etc., liv. Il, dise, nu, p. 1Î3.

lb'8 LE PAYS BASQUE.

du Pays Basque , avait fait exécuter, sans appel et sans égard à la jurisprudence des parlements, Marie de Chorropiquc, fille de la maison de Janetabarta, et quarante sorcières environ 1 ; mais cet auto-da-fé ue devait être que bien peu de chose au prix de ceux qui étaient réservés à la sorcellerie dans le siècle suivant : « Eutelle jamais tant de vogue qu'en ce malheureux siècle icy ? s'écrie un magistrat de Bordeaux. Les sellettes de nostre parlement en sont toutes uoircies. Il n'y en a pas assez pour les ouyr. Nos conciergeries en regorgent, et ne se passe jour que nos jugemens n'en soient ensanglantez , et que nous ne revenions tristes en uoz maisons , espouvantez des choses hideuses et effroyables qu'elles confessent . Et le diable est si bon maistre, que nous n'en pouvons envoyer si grand nombre au feu, que de leurs cendres il n'en renaisse de nouveau d'autres *. •

L'un des traites de Pierre de l'Ancre dont nous parlions tout à l'heure, commence par des avertissements dont voici les premiers paragraphes : « Le roy ayant eu advis que son pays de Labourt estoit grandement infecté de sorciers , décerna commission à un président et un conseiller de la cour de parlement de Bordeaux , pour la recherche du crime de sorcelerie audict pays de Labourt et autres circonvoisins, environ le mois de may de l'an mil six cens neuf », et ce pour leur faire et parfaire le procez souverainement , nonobstant oppositions ou appellations quelconques. Cette commission fut adressée au sieur président d'Espaignet, conseiller du roy en son Conseil d'Estat , et à moy.

» La commission vérifiée en la cour, nous y avons vaqué seulement quatre mois , parce qu'il faloit de toute nécessité que ledict sieur président allast servir le roy en la chambre de Guyenne, establie à Nerac. Et d'autant qu'il s'est passé une infinité de choses incognuës , estranges et hors de toute créance, dont les

1 Tables* de r inconstance des mauvais auges, etc., liv. M, dise, il, p. 101-103.

• L'AntkCkrist , et V anti-papesse : par Florimond de Itemoad. A Paris, chez Abel V Angelier, M.D.XCIX., in-4°, ehap. VII , seet. V, folio 40 recto.

* Cette recherche dos sorciers s'étendait dans bien d'antres contrées de ia France; j'ai sous les veux un petit livre de quinze pages intitulé : Discours véritable <f m sorcier nommé Gimel True, natif de Léon en Br daigne, snrprins en ses charmes et sorcelleries an pays de ïtcarois, etc. A Paris , jwutc la coppte imprimée il Lyon par H. Botet , 1609, ln-12.

><ri'KKSTlTI OXS.

HiO

livres qui ont traicté ce subject n'ont jamais parlé : voire inesme (|ue le diable est venu tenir ses assises aux portes de Bordeaux et au carrefour du Palais Galliennc... il me semble qu'il est et sera grandement utile, voire nécessaire et à la France et à toute la chrestienté , de les voir rédigées par escrit 1 . *

De l'Ancre ne consacre pas moins de six cents pages à répondre à ce besoin. Aujourd'hui que l'intérêt est pour les sorciers qui opèrent en plein soleil et aux applaudissements de la foule , et que l'on ne peut guère espérer d'en distraire quelque chose pour de pauvres paysans à la tète fêlée cantonnés à l'une des extrémités de la France , et opérant dans l'ombre , nous ne ferons pas une aussi large part aux rigueurs exercées contre leurs ancêtres, rigueurs dont leurs descendants ont perdu le souvenir * ; nous nous bornerons à donner une idée du livre où le terrible conseiller a consigné le récit de ses sanglants exploits , livre qui s'annonce d'une façon sinistre par cette épigraphe empruntée à l'Exode : Malefieos non patieris vivere.

Je passe le premier discours , dans lequel il ne se trouve rien de relatif au Pays Basque , et j'arrive tout de suite au second , où

• Tableau de l'inconstance des mauvais anges, etc. Ce livre a ea deux éditions; la pré- Bière est de 1610. — Le second traité de Pierre de l'Ancre, qoe nous avons eu également l'occasion de citer, est intitulé : V Incrédulité et mescreance du sortilège pleinement conraiucmé , ou il e$t amplement et curieusement traicté de lé vérité ou illusion du Sortilège, de la Fascination, de l'Attouchement, etc. A Paris, cnez Nicolas Buon , M.DC.XXU., ra-4°. - Le même auteur a encore publié Du Sortilège, ou kl est traicté. s'il est plus expédient de tnpprimcr et tenir soubs silence les abominations et maléfices des Sorciers, am* le* publier et manifester, ete. (sans nom de lien), M.DC.XXVIL, in-4°, de 330 pages, omis par M. Welss, dans son art. Lnncre (Pierre de), de la Biographie universelle, i~ édiL, t. xxui, p. 328. - Puisque j'ai cité la Gascogne comme adonnée a la sorcellerie presque autant que le Pays Basqnc, je mentionnerai encore un petit livre intitulé : Véritable Relation de Yefrogable mort de trois Sorciers A Magiciens, exécutes dans la ville de Basas, près Bourdeaux, /«11. Février 1627. et des horribles et espourcntables Actions des diables et démon s, tant en l'air, que sur terre, durant icelle Exécution, aux grand Estonnement du Peuple. A Paris, par Pierre Mettayer, M.DCXXXVII., ln-U de treize pages, dont M. Gustave Brunei a renda compte dans le Courrier de Bordeaux, n° du 10 février 1840.

» On ea peut juger par ces lignes, ou Beylae expose tont ce qu'il sait au sujet des poursuites que je vais raconter : « Dans l'année 1609 , de grands troubles agitaient le pays de l-jboonl . dont les habitans s'imputaient mutuellement le crime imaginaire de sorcellerie. Beaocoap de sang fut répanda a cette occasion dans des querelles particulières. > { nouvelle Chronique de bayonne, etc., p. 155.) — Quant a Masein, auteur de l'Essai historique sur la ville de Bagouue, imprimé en 1792 , il ne dit pas an mot des procédures delà commission dont Pierre de l'Ancre faisait partie.

170 LE PAIS BASQTE.

j'entre avec l'auteur dans le vif du sujet annoncé par ses avertissements : « C'est merveille, dit-il, qu'il y ait tant de démons et de sorciers au pays de Labourt. » En voulez-vous savoir la raison ? Les malins esprits ayant été chassés des Indes et du Japon par les missionnaires, se sont jetés dans ces montagnes du Labourd : « Et de faict, ajoute le crédule écrivain, plusieurs Anglois, Escossois et autres voyageurs venant quérir des vins en cette ville de Bordeaulx, nous ont asseuré avoir veu en leur voyage de grandes troupes de démons, en forme d'hommes espouvcntables, passer en France. Qui fait que le nombre des sorciers est si grand en ce ]>ays de Labourt , et s'y trouve tant d'ames dévoyées , que de penser les ramener ou déterrer par la voyc de la justice, il est du tout impossible. La dévotion et bonne instruction y feroient beaucoup plus d'effort. » (Pag. 37, 38.)

Auparavant, l'auteur cherche à donner les raisons pour lesquelles les Basquaises de son temps se montraient si enclines à devenir sorcières , et , à ce propos , il entre dans de curieux détails sur le Labourd; mais, toujours bizarre, il prête un caractère satanique à des habitudes jugées aujourd'hui les plus innocentes du monde. Les Basques , à ce qu'il parait , avaient rapporte de leurs voyages d'Amérique celle de fumer, et s'y livraient trois ou quatre fois par jour : de l'Ancre n'a point assez d'indignation contre cette nouveauté; mais l'ivresse qu'il s'attache à combattre semble le gagner lui-même, au point qu'il ne sait plus ce qu'il dit. Du moins il est assez malaisé de se rendre un compte exact de l'accusation qu'il a entendu lancer, et si les inculpés sont les sorcières ou leurs maris. 11 faut croire que sur le siège, le conseiller voyait plus clairement les choses , les exposait surtout d'une façon plus lucide.

« Enfin , dit-il en parlant du Labourd et de ses femmes, c'est un pays de pommes ; elles ne mangent que pommes , ne boy veut que jus de pommes, qui est occasion qu'elles mordent si volontiers à cette pomme de transgression , qui fit outrepasser le commandement de Dieu, et franchir la prohibition à nostre premier pere. » A-t-on idée d'un pareil abus de langage chez un magistrat armé de la torche et du glaive?

SIPEUSTITIOMS. 171

Il continue ainsi : ■ Ce sont des Eves qui séduisent volontiers les en/ans d'Adam , et nuës par la teste, vivant parmy les montagnes

en toute liberté et naïveté comme faisoit Eve dans le paradis terrestre. Elles escoutent et hommes et démons, et p restent l'oreille à tous serpens qui les veulent séduire; et bien qu'elles fréquentent jour et nuict les cemetieres , qu'elles couvrent et entournent leurs tombeaux de croix et d'herbes de senteur, ne voulant pas mesme que l'odeur du corps de leurs maris leur saute au nez, c'est une piperie; car telle pleure ou fait semblant de pleurer son mary à chaudes larmes mort puis vingt ans , qui ne jetta pas une larme le premier jour des funérailles. Elles sont là assises ou croupies à troupes et non à geuoux, caquet tant et devisant le plus souvent de ce qu'elles ont veu la nuict précédente, et du plaisir qu'elles ont prins au sabbat , l'aspretc et hauteur de ces montagnes , l'obscurité des antres qui s'y rencontrent, les cavernes, grottes et chambres d'amour qui s'y trouvent le long de cette coste de mer, mer laquelle de son escume jadis engendra Venus, Venus qui renaist si souvent parmy ces gens maritimes , par la seule veùe du sperme de la baleine qu'ils prennent chaque année, d'où on dict aussi que Venus a prins sa naissance. Ce meslange de grandes filles et jeunes pescheurs qu'on voit à la coste d'Anglet en mandille, et tout nuds au dessoubs, se peslc-iucslant dans les ondes, fait que l'amour les tient à l'attache, les prend par le filet , les convie de pescher en cette eau trouble, et leur donne autant de désir qu'elles ont de liberté et de commodité, s' estant mouillées partout, de s'aller seicher dans la chambre d'amour voisine , que Venus semble avoir planté pour cette seule occasion tout exprés sur le bord de la mer. »

Déjà, de l'Ancre avait signalé l'habit et même la coiffure des Basquaises du commun comme engendrant la luxure : « Aucunes sont tondues, dit -il, sauf les extremitez qui sont à long poil, d'autres un peu plus relevées, sont à tout leur poil couvrant à demy les jouës , leurs cheveux voletant sur les espaulcs , et accompagnant les yeux de quelque façon , qu'elles semblent beaucoup plus belles en cette naïveté , et ont plus d'attraict que si on les voyoit à champ ouvert. Elles sont dans cette belle

chevelure tellement à leur avautage, et si fortement armées, que le soleil jettant ses rayons sur cette touffe de cheveux connue dans une nuec, l'csclat en est aussi violent et forme d'aussi brillans esclairs qu'il fait dans le ciel, lorsqu'on voit naistro Iris, d'où vient leur fascination des yeux, aussi dangereuse en amour qu'en sortilège , bien que parmy elles porter la perruque entière soit la marque de virginité *. Et pour le commun des femmes en quelques lieux voulant faire les martiales, elles portent certains tourions ou mordons indecens, et d'une forme si peu séante, qu'on diroit que c'est plustost l'armetdc Priapc que celuv du dieu Mars. Leur coctïurc semble tesmoigner leur désir, car les veufves portent le morrion sans creste pour marquer que le inasic leur deffault. Et en Labourt les femmes monstrent leur derrière tellement que tout l'ornement de leurs cotillons plissez est derrière; et afin qu'il soit veu, elles retroussent leur robbe et la mettent sur la teste et se couvrent jusqu'aux yeux. *

Si ces manières et ce costume étaient réellement aussi indécents que de l'Ancre veut bien le dire, on comprend qu'ils aient fait les affaires du diable ; mais il parait que les Basquaises portaient encore quelque chose de plus impudique qui le mettait en fuite : « Ils usent aussi, dit notre auteur, pour empescher les maléfices, et

1 • Les femmes qui ne sont pas mariées, dil Oihenart, portent leurs cheveux épars; les avoir ramassés , c'est signe que Ton a perdu sa virginité. » {SotilUi •triutqne Yatconi*, lib. III, cap. IV, p. 406. ) L'auteur d'un Voyage d'Espagne fait en 1655, et publié à Paris en IGG6, in-4°, fait, à la p. 4, la même remarque : « Les femmes, dit -il en parlant du Labourd, y marchent couvertes de leurs cotillons, qu'elles se jettent sur la teste, et découvrent leurs Tesses pour cacber leurs joués. • — L'historien de Tbou, dans un voyage qu'il ai a Bayonnc en I56Î, avait été frappé du costume des Basquaises : • Le langage de ces peuples, dit-il , est fort singulier, et les habits de leurs femmes ne le sont pas moins. Elles en ont pour chaque Jge et pour chaque état. Les filles, les femmes mariées, les veuves, 1rs jeunes et les vieilles, portent des habits différens, soit dans les cérémonies funèbres, soit dans celles des noces, soit aux processions. Leurs tailleurs ne sont que pour leur usage et pour celui du pays de Labourd. Si l'on voyait ailleurs des gens vètas à leur manière, on croirait qu'ils se seraient ainsi déguisés exprès pour faire rire sur un théâtre, ou pour aller en masque. • ( Jac. Âug. Tkuani de Yila sua, lib. II, ad calcem Historiarum sui temporis, edit. Lond. Sam. Buckley, MDCCXXXlll, in-folio, t. VU, p. 44.) - Garât, au contraire, n'a que des éloges pour le costume des femmes du Labourd, son pays : • Leur manière de s'habiller, dit-il , est probablement la même depuis beaucoup de siècles; mais elles semblent n'avoir renoncé a la variété des modes qu'après avoir trouvé celle qui leur sied le mieux et qui peut le plus ajouter a leurs agrémens. Leur costume, qui n'apparlient qu'à elles, plein de pudeur, mais aussi de godt et d'adresse, embellit aux regards tout ce qu'il leur dérobe.* iUrrcvre rfc Franc*, février 1783, p. 65, art. sur fayonne et sur les Basques.)

Sl'PKHSTtTIOAS

sur tout pour se garder d'ensorcellement et fascination, d'une sorte d'amulete fort vergogneux, duquel usent communément les sorcières remédiées, et les enfans et filles qu'on a accoustumé de mener au sabbat. Ils appellent remédiées celles qui sont tout à fait désensorcelées et hors des pâtes du diable, et qui ne vont plus au sabbat. C'est, ajoute le narrateur, une main d'or, d'argent, de plomb, de jayct ou de cuir, car j'en ay veu de toutes ces matières, laquelle a le pouce passé entre les deux premiers doigts. Les Espagnols l'appellent higo. Les Basques le tiennent aussi du voisinage de l'Espagne : veu que je ne sçache nul lieu en France, où faire la figue, que nous appelions en Gascogne la higtte, ne soit une action vergongneusc , et sur tout indigne de la pudeur d'une bonneste femme , et encore plus d'une vierge d'en faire le geste et d'en porter au col. Et de vray en France, celuy qui fait la figue à un autre, c'est une action de courroux, desdain et mespris *. •

Ces observations du conseiller de l'Ancre ne sont pas les seules que son livre contienne sur les mœurs des Basques. Il remarque, par exemple, qu'en toutes leurs paroisses ils prennent des noms ecclésiastiques, et que les petits magistrats populaires s'appellent abbés, qu'en tous leurs festins ils ne manquent jamais de faire un évêque, et en tous leurs jeux un abbé de maugouver. « Or tout cela, dit -il, n'est que prendre le nom et rendre le mystère ridicule. » C'était , comme on voit , un parti pris de trouver partout une tendance au mépris de la religion et à la pratique de la sorcellerie.

A l'en croire, cette pratique était générale : « Anciennement, écrit-il au chancelier de Sillcry, on ne cognoissoit pour sorciers que des hommes vulgaires et idiots , nourris dans les bruyères et la fougiere des Landes ; mais maintenant les sorciers qui confessent , déposent qu'on y voici une infinité de gens de qualité que

• Tableau de Tineontt. de» mourais anges, tic. , liv. V, dise t, p. 363. Cf. p. 364, el liv. H, dise. IIII, p. 130. — On peut en dire autant de celui qoi fait les cornes, geste employé dans une superstition pratiquée en Italie. Dans la plupart des maisons, vous voyez se dresser d énormes cornes de bœuf placées comme ornement sur la cheminée ou sur quelque console de l'antichambre. C'est un paratonnerre contre la jetaUra. Un jetator n'est autre chose quun magir ien qui peut ii volonté, et quelquefois môme sans le savoir, vous jeter un mauvais sort. M. Mercey, auquel j'emprunte ces détails, ajoute que cette croyance vient de l'Orient. [Hetue des Deux Mondes, n° du 1" juin 1810, p. 849.)

174 LE PATS BASQIE.

Satan tient voilez et à couvert pour n'estre cognus , rejettant les povres aux recoings et extremitez de rassemblée. » Pour s'établir dans le camp ennemi et transformer en partisans ses adversaires, il a trouvé moyen d'introduire certaines femmes pour demander les offrandes et autres petites choses que l'on a coutume de donner aux églises : « Je vis en un certain village des plus fameux, dit notre auteur, dix femmes à suitte l'une de l'autre, portant les bassins avec lesquels on va quester dans l'église cette aumosne des ames dévotes et charitables. Puis je vy une certaiue femme qu'ils appellent la benediete, faisant la marguillierc , s'approcher des autels, y porter des aubes, du luminaire et autres choses semblables ». » De l'Ancre voit dans l'exercice de pareilles fonctions et dans le contact avec les prêtres qui en est la suite, une occasion perpétuelle de mal faire, comme une excitation à la sorcellerie : « Et de faict , dit -il, il ne faut pas douter que plusieurs de ces femmes ne soyent sorcières, ou pour le moins qu'aucuns de leur famille ne le soyent. Quant aux marguillieres ou benedictes, nous en trouvasmes deux sorcières, comme elles furent déférées en justice par devant nous, ce qu'il ne faut trouver est range, puis que la plus grande partie des prestres sont sorciers , et que nous avons trouvé deux églises ou chappelles où le diable tient le sabbat •

Avec de semblables déclarations , nous savons déjà avec quelle rigueur fut traité le Pays Basque. Les premières informations eurent lieu, à ce qu'il parait, dans la paroisse d'Ascain. La torture fut employée contre de pauvres folles ; mais l'esprit malin voulant les empêcher de répondre, « s'advisa de les endormir, et leur donner quelque conseil ou rafraischissement pendant ce petit sommeil. Si bien, ajoute le juge, qu'une nous dict qu'elle venoit de paradis, tant elle avoit prins plaisir pendant cet endormissement de conférer avec son maistre » Un autre miracle qui

1 Tableau de l' inconstance des mourais anges, etc., liv. 1, dise, m, p. 55, 56.

* tbid. Cf. p. 00. Ces églises ou chapelles étaient , de l'Ancre nous l'apprend , p. 37 et 65, b chapelle du Saint-Esprit sur la montagne de la Rbanc, et l'église de Doardax, c'est-à-dire dlrdax. P. 66, il y ajoute la chapelle des Portugais, dite de Sainte-Barbe, a Saint-Jeande-I.ui, et le Puy-de-Dôme en Pcngort ( Périgord, c'est-à-dire Auvergne).

• Tobl. de Vinconst. de» monv. anges, etc., advertissemens, feuillet signé î iij verso.

SIPKBSTITIOKS. 175

se manifesta pendant l'exécution d'une nommée Saubadinc de Soubicte , c'est une éruption de crapauds qui sortit de dessus sa tête au moment où le bourreau la détacha du gibet pour la jeter au feu. Le peuple se rua si fort contre cette founnillière , que la suppliciée fut plutôt lapidée que brûlée. Toutefois il ne put venir à bout d'un crapaud noir, qui parut par dessus les autres, et qui , vainqueur de toutes les attaques dirigées contre lui, disparut comme par enchantement *.

Je ne chercherai pas à dresser l'itinéraire du conseiller de l'Ancre et de son acolyte, le président d'Espaignet, après lesquels il y a justice à nommer les sieurs d'Amou et d'Urtubie, qui avaient été promoteurs de leu^ commission ». Us marchaient accompagnés d'un chirurgien de Bayonne, et d'une jeune fille de dix-huit ans nommée Morguy , merveilleusement habiles l'un et l'autre dans la visite des sorciers et des enfants qui avaient assisté au sabbat , comme dans la découverte des marques que le diable passait pour imprimer sur eux tous. Morguy, prenant les enfants, leur enfonçait une longue aiguille dans la marque sans leur causer la moindre douleur, ni leur arracher une seule plainte, tandis que le chirurgien bandait les yeux aux sorcières, qui s'efforçaient de cacher leurs marques ou de les effacer avec leurs ongles s. Quelquefois aussi le praticien, pour faire honneur et plaisir à des curieux de qualité, leur passait l'aiguille, comme dans une circonstance où le sieur de Grammont, gouverneur de Bayonne et pays de Labourd, se livra à une expérience sur une malheureuse, en présence du sieur de Vausselas, ambassadeur de France en Espagne, et de sa femme, qui se rendaient dans ce pays *.

Le tribunal qui fournissait de tels passe-temps à un grand seigneur, se transporta dans les vingt-sept paroisses du gouvernement », et la terreur y régna pendant tout le temps qu'il fonctionna. Écoutons là-dessus le narrateur que nous suivons : « On fait estât, dit-il, qu'il y a trente mille ames en ce pays de

* Tableau de l'incouij. des mauv. auges, etc., feuillet signé 6, verso. Dans une noie marginale on lit : « Elle fut exécutée un peu avant nostre commission. » Ce qui donne a penser que de l'Ancre n'était pas témoin oculaire de cette scène. - * TaMeau, etc., advertisseniens, feuillet signé A, recto. — * Mi.% II?. III, dise. 11, p. 188, 189. — * IHd., p. 189, 190. - * Mi., lit. Il , dise, i , p. 61 Cf. lit. I , dise, it , p. », «9.

Labourt, contant ceux qui sont en voyage sur mer, et que parmy tout ce peuple , il y a bien peu de familles qui ne touchent au sortilège par quelque bout. Si le nombre des sorciers qu'on condamne au feu est si grand (nous dit un jour quelqu'un parmy eux), il sera malaisé que je n'aye part aux cendres. Qui est cause que le plus souvent on voit que le fils accuse le pere et la merc, le frère la soeur, le mary la femme, et parfois tout au rebours. Laquelle proximité fait que plusieurs chefs de famille, officiers et autres gens de qualité s'y trouvant embarrassez, ayment mieux souffrir l'incommodité qui peut astre en cette abomination que les sorciers tiennent toujours en quelque doute parmy les leurs, que de voir tant de b^urrelagc, de gibets, de flammes et de feux de gens qui leur sont si proches. Nous n'avons esté en nul doute de la preuve ; la multiplicité et le nombre infini nous faisoit horreur. Ils s'enfuyoient à nostre arrivée par caravannes et par mer et par terre ; la basse et haute Navarre et la frontière d'Espagne s'en remplissoient d'heure à heure. Ils feignoient des pèlerinages a Monsarrat et Sainct-Jaques , d'autres des voyages en Terre neuve et ailleurs , et mit-on tellement l'alarme en Navarre et en Espagne, que les inquisiteurs estant venus sur la frontière, nous escrivirent qu'il nous pleust leur envoyer le nom , l'aage et autres marques des sorciers fugitifs, affin qu'ils les nous peussent renvoyer, ce qu'ils feroyent (disoient-ils) de tres-bon cœur. Et nous leur rescrivimes encor de meilleur, qu'ils les gardassent soigneusement , et les empeschassent de revenir, estant plus en peine de nous en deffaire que de les recouvrer. C'est un meschant meuble dont il ne faut faire inventaire ». »

A notre tour, nous pourrions bien appliquer cette parole au livre d'où nous l'avons extraite , et nous en autoriser pour le fermer et le rejeter dans l'oubli, où sont, Dieu merci! les sanglantes procédures qui s'y trouvent consignées. On y verra que les juges,

* Tabl. de l'ineonst. des mauv. anget, etc., lit. I, dise. Il, p. 38. LIorentc (Bitl. erit. de l'i*qnitU. d'Espagne, trad. fr., V* édit., I. III, p. 402-AOO). et d'après loi, Calmcil ( De U Folie, etc., liv. IV, ehap. Il, S IV, t. I, p. 470-188) ont raconté ta perséeatioo dis sorciers du Bastan , en 1610. L'inquisition fit exhumer et livrer aux flammes cinq cadavre*; tout autant de malheureux lurent brûlés vif* ; une sorcière fut étranglée et son corps réduit en cendres; enfln, il y eut rfii-boil malades admis îi faire pénitence a Logrofto.

SGPERSTITIOISS. 177

dans leur ardeur à découvrir, je ne dirai pas la vérité , mais des coupables ou plutôt des victimes, allaient jusqu'à faire monter des enfants sur la sellette. Ici, c'est Catherine de Naguille, de la paroisse d'Ustaritz, Agée de onze ans, qui déclare être allée au sabbat en plein midi *, et Marie d'Aguerre, âgée de treize ans, qui raconte que le diable y paraissait en forme de bouc *; là, c'est Corneille Brolic, âgé de douze ans, qui en donne une autre description », et Bertrand de llanduch, de Sare, âgé de dix ans, qui dépose d'une turpitude de Satan à son égard *. Il n'y a pas jusqu'à une petite fdle de sept à huit ans qui ne fût entendue en justice ». Ces pauvres enfauts n'étaient pas sorciers (on ne commençait à l'être qu'à vingt ou vingt-deux ans). Fils de sorciers ou dérobés à leurs parents, ils avaient été initiés, à leur insu, au sabbat et à ses horribles mystères •.

On les célébrait dans le pays même, d'où les sorcières étaient souvent transportées à Terre-Neuve. Là, perchées sur le haut du mât du navire (car elles n'osaient entrer dedans, attendu qu'il était béni ), elles jetaient des poudres et empoisonnaient tout ce que les pauvres marins avaient mis sécher au bord de la mer7. Tel est du moins le récit de Marie de Larralde, qui confesse avoir fréquenté les sabbats depuis l'âge de dix ans 8. Confirmant le fait de ce voyage outre-mer, Jeannette d'Abadie, de Ciboure, rapportait qu'elle l'avait fait fort souvent en compagnie de plusieurs autres sorcières, et qu'elle était revenue aussitôt au point de départ ; que le diable les transportait toutes à la fois ; qu'elle voyait à Terre-Neuve de ses pareilles arrivées de presque toutes les paroisses du Labourd , et qu'elles allaient exciter des orages et des tempêtes pour perdre des navires •. De l'Ancre va jusqu'à dire qu'ordinairement il y avait dans ce dernier pays plus de deux mille sorcières qui se rendaient chaque nuit au sabbat l0, et que l'on y voyait jusqu'à des aveugles 11 .

Que se passait- il dans ces assemblées ? Notre auteur consacre

• Tabl. de l'incoiut. de» mauvais ange», lit. Il, dise, i, p. 68. — * lbid., p. 67. — • nid. , p. C8. - • lbid., p. 73. Cf. p. 347^349. - • Ibid., liv. V, dise. i, p. 364. Voyet encore p. 517, 548. - • Ibid., p. 70. - » lbid., p. 90. - • lbid., p. 89. - • lbid., p. 91. — » Ibttl., lir. II , dise, m , p. 1 14. - » lbid., liv. II , dise, u , p. 91».

178 LE PATS BASQUE.

le discours it de son livre II 1 à nous rapprendre. Les curieux qui prennent intérêt à l'histoire de la sorcellerie feront bien d'y recourir, aussi bien que les médecins qui font leur étude des égarements de l'esprit ». Pour nous qui n'avons en vue que la connaissance des mœurs du Pays Basque , nous nous en tiendrons à ce qui s'y rapporte, comme aux détails que de l'Ancre donne ça et là sur la manière dont il s'acquittait de ses terribles fonctions.

L'arrêt était-il prononcé, on l'exécutait au lieu même, mais avec un désordre indigne de la majesté de la justice. La victime marchait au supplice entourée de parents, d'amis, de voisins, qui l'importunaient par gestes , signes et prières, pour qu'elle revint sur ses aveux et déchargeât ceux qu'elle avait compromis. Parfois aussi on employait la menace , comme dans une circonstance où notre écrivain se montre peintre. On allait exécuter Marie Bonne, de Saint -Jean- de -Luz, sorcière insigne, qui avait librement confessé et témoigné contre plusieurs autres. A la faveur du désordre et de la foule , le poignard fut à plus d'une reprise porté à la gorge de la condamnée pour la faire se dédire et disculper plusieurs personnes qu'elle avait accusées , sans que les baillis , abbés et jurats, ni les officiers les plus relevés de la justice, y pussent mettre ordre, de manière que l'exécuteur, le trompette, le sergent, les interprètes et greffiers eurent tellement peur, qu'à peine put-on ensuite les faire aller, autrement que par force , à l'exécution de quelque autre a. Chose vraiment étrange qu'une malheureuse sur le point de perdre la vie , appréhendât de mourir autrement qu'elle ne s'attendait, et qu'à ce changement de perspective l'instinct de la conservation personnelle se réveillât plus vif que jamais !

La commission du conseiller de l'Ancre et du président d'Espaignet ayant pris fin dès le Ie' novembre 1609 , les persécutions

1 A défaut de l'ouvrage de P. de l'Ancre, devenu rare, on peut consulter celui de L.-F. Calmeil, intitulé De la Folie considérée sous le point de vue pathologique, pkilosopkique, historique et judiciaire, etc. A Paris, cher J.-B. Bailliére, 1845, deux volumes ln-8°. Le g II du liv. IV (t. I, p. 416-470) est consacré a l'histoire de la démonolatric épidémiqoe dans le Labourd, en 1609.

• Tabl de rinconst, des mauvais anges, etc., llv. II, dise, m, p. III.

contre les sorciers du Pays Basque n'en continuèrent pas moins. En 1G10, à la Bastide, dans la basse Navarre, un homme réputé tel a, sur la place publique, une contestation avec un autre, au sujet d'une dette ; il demandait huit sous à son débiteur, qui en offrait cinq, n'en ayant pas davantage. La foule s'amasse; elle veut savoir le motif de la dispute. L'homme aux cinq sous raconte qu'ayant manqué d'aller au sabbat , l'autre avait pris défaut contre lui en vertu de sa charge , si bien que , voulant le forcer à payer huit sous qui était le prix habituel, il le rudoyait ainsi parce qu'il ne voulait lui en donner que cinq. À ces mots, on prend le malheureux, on lui fait avouer d'autres maléfices, soit volontairement , soit au moyen de la torture , et l'on finit par le punir de mort et par le livrer au feu *.

A leur départ du Labourd, les deux magistrats qui venaient de le décimer, y laissèrent, là et dans le voisinage, un monde de prévenus sans pouvoir les juger : t Le palais et cour de parlement de Bourdeaux en a esté remplie, dit de Y Ancre, si bien que ne pouvant trouver prisons capables pour les enfermer dans la conciergerie de la cour, on fut contraint de les mettre dans un des chasteaux de la ville nommé le chasleau du Ha : or, j'alloys espiant et escoutant ce qu'elles confessoyent de nouveau et de rare ». » Au nombre de ces prévenus étaient cinq prêtres , qui restèrent longtemps prisonniers, sauf deux qui parvinrent à s'évader Ce fait, à lui seul, suffirait pour montrer qu'aucune classe de la société ne fut épargnée , et que le clergé est innocent des atrocités qui furent commises à l'époque contre les prétendus sorciers. Nous avons déjà cité une phrase où de l'Ancre dit que la plupart des prêtres l'étaient ; nous signalerons encore le discours il du livre VI de son Tableau , qui est intitulé : Des Preslres sorciers, et combien de choses singulières, et belles circonstances

» Tabl. de Vinconst. des mauv. anges, liv. II, dise, ti , p. 89. « Et en cette année 1615, ajoute de l'Ancre, je sais reporteur de quelques sorcières de la parroisse d'Amou , qui disent rt ont maintenu a Jehan de la Lalanne , prisonnier détenu pour la sorcellerie en la conciergerie de la cour, que c'est lui qui a aceoustumé les lever ( les défauts) en celle parroisse.»

* Tabl. ée rinçons! . des mauv. anges, etc., IW. II, dise, iv, p. 144. Cf. liv. VI, dise, v, p. 500, et de r Incrédulité et mescreaace du sortilège, etc., p. 816.

» Tabl., etc., liv. VI, dise, h, p. 456.

180 LE PATS BASQUE.

se sont passées en leurs procédures, soit pour la sorcelerie, soit pour le jugement du crime de sortilège «.

Sous l'empire des idées dominantes, ou daus la crainte de tomber sous le coup d'une accusation qui n'épargnait personne , les curés et prêtres du Pays Basque avaient recours à toute espèce de moyens pour la détourner ou pour arracher leurs ouailles au funeste penchant qui les entraînait vers la sorcellerie. Vers le commencement de septembre 1K10, il vint d'Espagne un charlatan avec les Morisques chassés par Philippe III. Il s'établit d'abord à Itsatsou , où il dit qu'il était saludador *, doué d'une grâce du Saint-Esprit , par laquelle il savait désensorceler et guérir de tous maléfices donnés par sortilège, et connaître ceux qui étaient sorciers ou non, jusqu'à un certain âge. Le curé ou vicaire d'Itsatsou, pensant bien faire, mit , à ce qu'on dit , dans la tète de ses paroissiens d'appeler cet homme et de se servir de lui , tant pour guérir ceux que le bruit public désignait comme sorciers, que pour découvrir ceux qui étaient inconnus. Le charlatan se mit à l'œuvre; mais la justice, avertie de ses impostures, ayant envoyé le prévôt pour le mener à Bayonne, notre homme se hâta de partir, et tout saludador qu'il était, il s'en alla, comme on dit, insalutato hospite s.

Ce jeu de mots, qui est , non pas de moi , mais de mon auteur, friand de cette sorte île divertissement *, me confirme dans l'idée que c'était un fort brave homme, à qui sa conscience ne rendait

• Tabl. de l'inconst. des mauv. anges, etc., p. 417-457.

» Voyez sur ceux que l'on appelait ainsi en Espagne, llv. V, dise, i, p. 311-547, et Thiers, Traité des superstitions, etc., I" pari., Hv. VI, ehap. IV, n° I, 4"'« édlt., 1. 1, p. 437-438. — Au siècle dernier, il y avait encore, de l'antre côte des Pyrénées, des individus ainsi nommés qui couraient le pays. En 1743, la junte de Guipuzcoa enjoignait aux juges de ne point permettre aux saludaiores d'exercer leur métier ni de demander l'aumône, à moins qu'ils ne produisissent des titres en règle. En 1757, ordre de présenter a la députât ion des saludador es , et nouvelle interdiction de leur industrie. Voyez El Gnipuscoano instruido, etc., p. 410, art. Saludador es , et comparez le> détails qui précèdent avec ceux que nous avons donnés sur d'autres empiriques de même espèce, ci-dessus, p. 149, et dans l'Histoire de la guerre de Navarre, de Guillaume Anelier, p. 609, 610. Ooien trouvera encore d'autres dans le Traité de Thiers, t. I, p. 442.

» Tabl. de l'inconst. des mauv. anges, etc., liv. V, dise, i, p. 345-317.

* Parlant des repas du sabbat, il écrit en marge, p. a» : • Celuy ne rencontra pas trop mal qui dit qu'il sembloit que Satan tirasl tous les vivres qu'il estalc au sabbat, de Salemanque, parce qu'en tous le sel y manque. »

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