‹ Le Pays BasqueChapitre 30 sur 152 · BAUX MINÉRALES · texte numérisé non relu

BAUX MINÉRALES

d'autre témoignage que celui de devoirs fidèlement remplis ; mais si, dans sa riante retraite de Saintc-Croix-du-Mont , dont il nous a laissé une attrayante description *, son sommeil ne fut jamais interrompu par l'apparition des nombreuses victimes qu'il avait livrées aux flammes, celui que la lecture de son livre ne peut faillir de donner, ouvrira la porte à de funèbres visions, semblables à celles qui remplirent la vie et causèrent la mort des prétendus sorciers du Labourd au commencement du XVIIe siècle.

Wote mur le* eaux minérale» du Pay» Banque.

Le Labourd, trop rapproché de la mer et trop éloigné des montagnes, réservoirs de toutes les eaux salutaires, n'a, je crois, que les eaux minérales de Villefranque, de Sare et de Cainbo, ces dernières à température ambiante, ou à peu près , autorisées par les analyses chimiques, fréquentées par l'élite des Bayounais, par la grandessc d'Espague, et assez connues pour qu'il ne soit nécessaire de s'étendre ni sur leurs vertus , ni sur le site charmant du bourg qu'elles out enrichi !.

La basse Navarre et la Soûle, c'est-à-dire l'arrondissement de Mauléon, possèdent de nombreuses sources d'eaux minérales, trèsmultipliées , surtout dans la Soûle. Ainsi, ou compte un petit établissement à Labctz, un autre de moiudre importance à Garris, un troisième enfiu à Lacarre, où se trouve le château naguère occupé par le maréchal Harispe, la gloire et l'orgueil des Basques. Les deux premières localités appartiennent au canton de Saint- Palais, la troisième à celui de Saiut-Jean-Pied-de-Port. La fontaine d'eau purgative de Lacarre était déjà, au XVII* siècle, assez fréquentée pour attirer l'attention des États de Navarre \

• be l'Incrédulité et mescreauce du sortilège, etc., advcrtisseinens, p. 17-20.

* Voyei , sur les eaux minérales du Labourd , Lettre» contenant des estai* sur r histoire des eamx minérale* du Bear», etc. Par Mr. Théophile de Bordeu le Fils. A Amsterdam, chez 1rs frères Poppé, M.DCC.XLVI., in-lâ, p. 146-150, lettre XXI. Les eaux deCambo ont donné lieo a un trarail spécial mentionné par Beylac ( fiour. Ckren. de la rille de H abonne, p. 44î, en noie.)

» Vojei leurs règlement* et délibérations, de 16t6à 1679, reg. n°17, p. 45, n°8t. < Arrimes do département des liasses- Pyrénées.;

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Dans le canton de Mauléon et à Mauléon même , à cinq minutes de la ville et au fond d'un petit ravin, se trouve une source minérale dont la réputation, pour ses vertus curatives, date de plusieurs siècles. Là, sans aucun doute, il a existé autrefois quelque établissement renommé ; car on ne saurait expliquer autrement l'espèce de pèlerinage dont cette fontaine est l'objet la nuit qui précède la fête de saint Jean- Baptiste, non plus que l'affluence d'Espagnols et d'ouvriers de marine, qui, avant que d'autres grandes eaux fussent à la mode , accouraient laver leurs blessures dans le courant du ruisseau formé par cette source. Aujourd'hui encore , je ne sais quelles idées religieuses y conservent les derniers vestiges de la tradition : rarement un paysan passera à côté de ces eaux sans réciter une prière et sans se rafraîchir. Leur nymphe resta longtemps sans temple, jusqu'à ce qu'un sire de Béloscar, guéri d'une blessure déclarée incurable, fit élever une maisonnette où les infirmes pussent prendre leurs douches à l'abri du grand air. Il y a vingt ans, un spéculateur offrit à la ville, propriétaire de la source, d'y faire des constructions pour une valeur de quatre ou cinq mille francs, moyennant un bail de quinze ans. Aujourd'hui l'établissement, ainsi modestement restauré, donne à Mauléon une ferme annuelle d'environ cinq cents francs ; cependant jamais la ville n'a cherché à avoir l'analyse de ces eaux, ni à découvrir si elles ne renferment pas des vertus , qui , signalées au dehors, les feraient prospérer. En dépit de cette négligence, des cures merveilleuses continuent à s'y opérer sur des iudividus atteints de blessures, d'ulcères, d'hémorrhoïdes , de tumeurs blanches, etc.

Dans la commune d'Aussurucq , qui fait partie du même canton, se trouve, au sein des montagnes et sur leurs premières hauteurs, la fontaine d'Ahusky, autre source depuis longtemps célèbre dans le pays, et dont les suffrages du maréchal llarispc ont accru la vogue. Les maladies de la vessie, les fièvres intermittentes, les gastralgies , y trouvent, m'a-t-on dit, uneguérisou assurée. Ahusky n'a pas de bains, c'est une simple buvette 1 dont

1 Le rapport fait an conseil général par le préfet des Basses-Pyrénées, dans la session de 185ï>, annonce, p. 49, qu'un projet de restauration de la fontaine d'Ahusky a étéap-

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on peut user et abuser impunément, à ce point qu'il y a des amateurs qui vont jusqu'à boire avec goût et bien-être jusqu'à cent verres d'eau par matinée, quoique la dose commune soit de vingt à trente verres. La chimie n'y a guère trouvé que les qualités d'une eau éminemment pure, légère, aérienne; les habitués la prétendent plutôt gazeuse que minérale; d'autres attribuent ses prodiges à la bonté particulière de l'air que l'on respire en ces lieux. Grâce à M. Darroquain, de Gareindein , et de quelques autres associés, qui y ont construit trois ou quatre maisons, on y est assez bien.

Après les eaux dont nous venons de parler, et peut-être aussi fréquentées qu'elles par les gens du pays, sont les sources ferrugineuses et sulfureuses de Garraybic, au village d'Ordiarp, au pied de la montague d'Àhusky. On peut encore en citer nombre d'autres non exploitées , comme la source sulfureuse qui existe à Chéraute , dans une propriété de M. Carricaburc ; comme une autre à Viodos, au bord de la rivière; comme la source ferrugineuse de Mendi, etc. Enfin, la commune de Barcus possède des bains assez estimés , aussi bien que celles de Licq et de Lacarry, dans le canton de Tardets.

Outre les sources que nous venons d'énumérer, le Pays Basque français en possède nombre d'eau salée. Entre Aussurucq et Camou s'en révèlent plusieurs de cette espèce; à Camou même, cette eau est assez abondante, mais avec quelque mélange de substances chimiques qui la dénaturent , ou du moins la rendent impropre aux usages ordinaires.

Dans cette vallée si riche en eaux de toute espèce, n'y aurait-il pas d'eaux thermales? S'il n'y eu a pas, il y en a eu. On lit, en effet, dans un document du XVII' siècle, conservé au presbytère de Chéraute, qu'outre la fontaine Saint-Jean, Mauléon possédait dans sou voisinage des eaux chaudes comme celles d'Aigves caudes ». Que sont-elles devenues? Un tremblement de terre les aura sans doute anéanties.

prouve, et que les ouvrages, évalués 10,000 francs par l'architecte, ont été mis en adjudication. Us entrepreneurs ayant fait défaut, il faut croire que les prix da devis leur auront paru insuffisants.

1 Notes sans nom d'auteur écrites en décembre lOM.t à l'instance de N. Beloy, conseiller

De l'autre côté des Pvrénées, où les eaux minérales sont peut-être eucore plus nombreuses , nous retrouvons des traces du culte que nous signalions il y a quelques instants. Ainsi , en Alava, sur la montagne d'Alona, qui fait partie des monts d'Artia (juridiction d'Onate), il y a, sur le chemin que suivent les Guipuzcoans pour aller de Segura au sanctuaire d'Aranzazu, une fontaine appelée de ISueslra Sefiora, dont ils regardent les eaux comme sacrées et miraculeuses, et ils ne manquent jamais d'en emporter chez eux en guise de relique. Je ne serais point étonné non plus que la fontaine del Pesebre ou de la Crée fie, qui attire au village d' Arechavalcta , dans la même province, tant d'Espagnols affligés d'obstructions , ne dût son nom à une consécration semblable.

Il existe eucore au village d'Ataun, dans la province de Guipuzcoa, une fontaine autrefois appelée Santa, et aujourd'hui de los Hemedios, du nom de la chapelle qui la touche, fontaine réputée , dans le pays surtout , pour la guérison de la gale. Peut-être attribuait-on la même vertu à la source dite de C historiés, qui, à Caseda, où j'en pourrais signaler uue autre, était

et ad vocat général du roy en la cour de parlement de Tholose, posr s'en servir en l'histoire qu'il compose du Béarn. • Ces notes rapides s'arrêtent en 1587. On y lit : « L'un des quatre pays limitrophes, dits Béaru, Arragon, haute et basse Navarre, est enire la Soûle en la terre de France, a P occasion de quoy la terre de Soûle, pour se voir au milieu et nonobstant les divisions d'iceux quatre pays circonvoisins, seule maintenue en la fidélité et union de France, est en gascon nommée Soûle , qu'aucuns ont sans apparence tournée en latin Seula ou Scola, au lieu de dire Sola, car autrement en sa propre langue basque le payi se nomme Zubera, mot composé qui signifie vous seule.... 11 s'y fait ordinairement de bonnes piques, javelines, lances, bourdons et dards, et de fort bons jambons salés.... 11 est pourveû de tout plain de belles, vives et copieuses fontaines perennclles, une desquelles, dite S.-Jea* de Li charte , est très-bonne, salubre, fréquentée des malades et pèlerins; un autre gucssale de Camou est d'eau salée propre à en faire du sel blanc ; et trois autres des lieux d'Alos, Itorots, Chcraute, sont des eaux chaudes minérales et médicinales, comme celles de Cambo en Labourd et d'Aiguës Caudes en Béarn. • — L'écrivain que nous venons de citer vante les jambons de la Soute; dans l'antiquité, au rapport de Strabon [Gioyr., liv. III, chap. IV; édit. de 1620, p. 164; trad. fr., 1. 1, p. 473 ), ceux des Cantabres, qu'il proclame excellents et place sur la même ligne que les jambons de la Cerdaguc, procuraient a ees peuples un commerce très-avantageux. La reine de Navarre, dans ses Contes, parle avec éloge de ceux de Bayonue, qu'elle appelle jambons de Basque; ce qui n'empêcha pas que dans une collation donnée, a Hcndaye, par Charles IX a la reine d'Espagne, on ne servit des jambons de Mayence. ( Recueil et discours du voyage du roy Charles IX . etc., fol. 46 recto. Voyei encore fol. 47 recto.) — Plus tard, en 1701, quand Philippe V, roi d'Espagne, passa par Bayonne pour se rendre dans ses nouveaux états, la ville lui fit présent, entre autres choses, de jambons de Lahontan f Nom. Chrott. de Bayonue, p. 175 i, localité du Béant qui fait aujourd hui partie du canton de Salies, arrondissement d'Ortbet.

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exclusivement réservée à des espèces decagots atteints, mais- non convaincus d'être eu proie à des maladies de la peau ; mais il est plus probable qu'on la croyait seulement propre à les donner : ce qui me rappelle qu'à Cascante , également en Navarre, une fontaine réputée merveilleuse contre les obstructions porte le nom del Matador (du Tueur).

C'est dans la province de Guipuzeoa que se trouvent les eaux thermales de Ccstona, semblables à celles de Carranzacn Biscaye, et pareillement recommandées pour les obstructions et toute espèce de douleurs. Sur le territoire d'Azpeitia et la route royale qui mène à Cestona, il y a encore une source d'eau minérale, deux à Gaviria, plusieurs à Ichaso (concejo d'Areria) et à Mondragon, et une vitriolée sur les bords de la rivière Ego, à Eybar. On trouve une grotte d'eaux chaudes au sommet de la fameuse montagne d'Arno, dans la juridiction de Motrico, sur la limite de la Biscaye; sur le mont Hernio, une fontaine froide, en basque Itvrriotz , nom sous lequel elle est aussi connue que sous celui de Saint- Jean; à Usun, une source dont les eaux sont des plus salutaires contre l'hypocondrie , les dartres et les maladies du foie; à Isasondo (union d'Oria), des eaux minérales, puissantes contre les affections néphrétiques; sans compter, dans la vallée de Laniz et ailleurs, une multitude d'autres sources dont le détail nous entraînerait beaucoup trop loin.

La Navarre espagnole n'est pas moins dotée sous ce rapport. En première ligne, je citerai les eaux thermales de Fitero, déjà connues en 1 14ti; celles de Berrueta et de Betelu, dont certaines sont purgatives , comme les eaux de Ga/tclu , qui se trouvent également dans la merindad de I'ampelune , et celles de Carcar dans le comté de Lcrin , dont le chef-lieu possède un puits sulfureux précieux contre les obstructions. Je mentionnerai encore les eaux vitriolées et sulfureuses de Gorriz, celles d'Ibcro dans la cendca ou canton d'Olza, celles de la vallée d'Imoz, surtout une, la source de Latasa, qui parait être de même nature que la source de Zarauz ; celle d'isaba, dont parle le I)r Limon Montero, dans son Esprjo de las aguas médicinales de Kspaha , fol. 137 ; les eaux de Larraga, souveraines contre les maladies du foie; de Leoz, contre les

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fièvres tierces; d'Oroz ou Orozbetelu (vallée d'Arce); enfin, de Lodosa , très-fréqucntées par les sujets malades d'obstructions et «te coliques néphrétiques.

J'ai déjà cité un certain nombre de sources minérales de la province d' Alava; je ne veux plus nommer que celles d'Oquendo, village et seigneurie de la hermandad d' Avala; la fontaine de Sali ni lias de Buradon, qui possède une vertu spéciale pour la guérison des maladies du foie , et la source sulfureuse qui sort à Villareal de Alava , à côté de l'ermitage de Santa Marina ; celle d'Elosu, localité de la hermandad de Villareal ; enfin, les eaux minérales laxatives d'Artomana, dans la vallée et hermandad d'Arrastaria, et les deux fontaines ferrugineuses d'Echaguen dans celle de Cigoitia.

Reste la Biscaye. Les localités qui méritent d'être signalées pour leurs eaux minérales sont : Ceannuri , pour la fontaine d'Ascarraga ; Verriz , Garai , qui possèdent une source sulfureuse, celle-ci dans la paroisse de Saint-Jean; Jeniein ou Semein ( merindad de Marquina), où il s'en trouve aussi , avec une fontaine d'eau thermale ; Larrabezua, où, sur le penchant de la montagne de Lexarza, on en voit une égale à celle d'Aulcztia ; Manaria (merindad de Duraugo), M ira val les, notées pour leurs fontaines ferrugineuses et autres.

Pour ce qui est des sources salées dans les quatre provinces basques, le nombre de localités appelées Satinas annonce déjà qu'elles ne sont point rares. Outre le premier village du Guipuzcoa sur la route royale de Madrid en France, Satinas de Anana, village de la hermandad du même nom, province d' Alava; outre Saliuas de Oro, Salinas Cabe Pamplona en Navarre, et Salinillas de Buradon en Alava, on y trouve, à Caicedo de Yuso, une fontaine salée dont les habitants ne tirent aucun parti. Mieux avisés, ceux d'Arteta, dans la vallée d'Ollo en Navarre, gagnent leur vie à extraire le sel qu'ils ont ainsi chez eux, tandis que ceux de Lerin semblent avoir renoncé à cette industrie.

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