MOEURS , USAGES, COSTUMES DES BASQUES
C'est en vain qu'on chercherait dans les autres épisodes de la vie basque quelque chose de particulier, de vraiment remarquable : les progrès de la civilisation ont depuis longtemps enlevé tout caractère d'originalité à ces circonstances diverses, et même le souvenir de celui qu'elles ont pu présenter autrefois est entièrement effacé. On se réunit tout comme ailleurs, dans les foires ou marchés, pour acheter, pour vendre, pour voir, pour être vu; les paysans parfois , trop souvent hélas ! laissent leurs économies et leur raison dans les cabarets du chef-lieu , d'où bien tard , dans la nuit , retentissent sur les chemins , tantôt les roulades interminables des buveurs optimistes que Bacchus agite des transports les plus heureux, les plus plaisants, tantôt les a chut s menaçants de l'ivrogne belliqueux , qui défie , en brandissant son makila , les braves des communes voisines. Il n'est pas rare de voir répondre à ces appels par des achuis opposés, et dès lors une bataille, souvent compliquée par l'arrivée de nouveaux tenants, parfois aussi sanglante, est presque inévitable.
Les mariages n'offrent guère de particularités. Autrefois on n'aimait pas à s'allier aux étrangers, objets d'une telle aversion, que si l'un d'eux, sous l'empire du retrait lignager, acquérait des immeubles dans le pays, toutes les bourses s'ouvraient pour laver, par l'exercice du retrait , ce que Ton regardait comme un opprobre 1 ; on s'unissait de Basque à Basque, par conséquent de
« Slalitlurn du iiparlement iet Bwu-Prèniu, par 1* général Sertie» , préfet. K Paris, de l'Imprimerie des sourds-muets , in X, in-8°, quatrième partie, art. I (Origine, Mœvrt, Lsayes et Caractère), p. 118.
300 LE PATS BASQCE.
catholique à catholique : c'était presque une loi du pays Il y avait même des localités dans lesquelles on se serait gardé d'aller chercher au dehors un époux ou une épouse : de là encore des paroisses dont toutes les familles sont unies par la parente. Aujourd'hui, cependant, on se marie partout où Ton trouve sou avantage; il n'y a guère plus de distinction en ce sens entre Basques, Gascons, Béarnais, etc. Malgré cela, très-difficilement, très-rarement, une jeune tille et ses parents consentiront à une alliance avec un protestant ; on ne citerait probablement pas dix exemples du contraire dans tout le Pays Basque. La propagande tentée au XVI* siècle par la reine Jeanne pour y répandre la réforme , n'a porté aucun fruit.
Il ne faut point oublier de signaler un vieil usage pratiqué encore de nos jours chez nos Basques. Le soir même des noces, et aussitôt que les deux époux se sont retirés , on se met à leur poursuite , on envahit leur chambre , et , bon gré mal gré , il faut qu'ils plongent leurs lèvres dans une coupe où se trouve préparé le breuvage le plus amer, le plus fort, le plus nauséabond que l'on puisse imaginer : c'est une espèce d'initiation à laquelle ils ne parviennent guère à se soustraire. Que figure ce calice d'amertume Veut -on leur rappeler ainsi que désormais leurs beaux jours sont passés, qu'avec le mariage commencent leur peines, leurs soucis les plus graves '{ Je ne saurais le dire. De ce côté-ci des Pyrénées, de nos jours encore, les meubles de l'épousée sout transportés avec beaucoup d'appareil , le tout surmonté d'une quenouille chargée de lin et d'un riche fuseau où brille un fil des plus fins , symbole de l'activité et de l'adresse dont est douée la jeune ttcheco-anderea. De l'autre côté, dans la province d'Alava, on célèbre les mariages par force coups de feu , et il n'est poiut
» Malgré les efforts de la reine Jeanne, contre laquelle il s* souleva (Olhagaray, UUt. de Foix , etc., p. 570 , 573 , 641 , 635 ) , le Pays Basque est resté catboliqoc. Dans sa gome*diosro caria a Bertrand d'Echaux , archevêque de Tours, Axular exalte le (rail de l'ancêtre du prélat, dégainant son sabre dans le parlement de Navarre, et jurant de tuer de sa main quiconque oserait élever la voix en faveur de la religion réformée. [Gteroco aiuro, etc., p. 6.) M. Chaho, qui cite ce trait \ Voyage en Navarre, ete. , ebap. VIII , p. 314 i, en rapporte deux autres non moins caractéristiques, dont l'un, emprunté a Sponde, est fort exalté jur cet écrivain. (Ànnalium Emi». cardinalis Baronii Continuatio, etc., t. UI. Lut cl ta; Parisiorum, M.DC.XL1., in-folio, A.D. 1549, cap. VII, p. 966. i