MOEURS, USAGES, COSTUMES
rare que l'épouse ne se voie forcée d'en tirer un à son entrée clans l'église ou à sa sortie 1 .
Jadis , nos Basques redoutaient beaucoup le maléfice eut esteea pour le moment de leurs fiançailles 1 ; on appréhendait vivement aussi , au moment d'un baptême, les malédictions et imprécations diverses que les ennemis de la famille pouvaient lancer contre le nouveau-né, avant ou pendant la cérémonie. Eu Biscaye, dans des vallées dont la population rappelle , par ses usages , l'enfance de la société , les femmes se lèvent immédiatement après leurs couches , et vaquent aux soins du ménage pendant que leur mari se met au Ut , prend la tendre créature avec lui , et reçoit ainsi les compliments des voisins D'où peut venir cette étrange coutume '/ Remarquons tout d'abord que les Basques ne sont point les seuls à présenter un trait de mœurs aussi caractéristique : les Béarnais faisaient autrefois de la même façon , ce qu'ils appelaient la couvade *, et cette coutume existe encore dans quelques peuplades de l'Afrique et chez quelques sauvages de l'Amérique. Marco Polo, dont le voyage eut lieu de 1271 à 1205, la signale chez les Tartares », et il semble qu'elle ait aussi existé chez les Tibari, peu-
* Dice. geogr.-hist. de Espala, sect. 1, 1. 1, p. 5Î, col. 1. — Cet usage, autrefois répandu dans use partie de notre pays longtemps occupée par les Espagnols, a été condamné, comme superstition de la vaine observance, dans deux synodes tenus à Besançon. (Tbiers, Tratti des superstitions, etc., liv. X, chap. IV, sect. XVI; édit. de M.DCC.LXXVII., t. I,
» Voyei ci-dessus , chap. I, p. 149.
* Voyage en Navarre, chap. X , p. 390. — Souvenirs d'un naturaliste, dans la Ret. des Deux Mondes , toI. de 1850, p. 1081. — Dans son Itinéraire descriptif de l'Espagne, etc. (A Paris, M.DCCC.IX., in-8°, t. II, p. 150), M. de Laborde étend cet usage jusqu'aux habitants de la Navarre, et déclare qu'il est impossible d'en rendre raison.
* Le Grand d'Aussy, Fabliaux ou contes, etc. Paris, Jules Renonard, M DCCC XXIX , in-8*, t. III, p. 372, note au fabliau d'Aucassin et Nicolette. Il y renvoie au t. VU de YHitt. gèn. des Voyages, collection in-4° exécutée par Prévost d'Exilés. Voyez p. 333. — Ne serait-ce point a cotte coutume qu'il faudrait rapporter la superstition de ccox qui s'imaginent qu'une femme en travail d'enfant sera plus tut délivrée de son fruit, si elle met le haut -do- chausse ou les bas et les souliers de son mati? (Thiers, Traité des superstitions, etc., F* part. , liv. IV, ebap. I, et liv. V, chap. IV; édit. de M.DCC.LXXVII., 1. 1, p. 239, 333. ) Nous avons aussi une expression proverbiale qui parait dérivée du même usage, et que l'on emploie en parlant d'un homme mou : « Il se met au lit quand sa femme est en eooebes. •
* Peregrinatio , liv. Il, ebap. XXXII; édit. de la Société de Géographie, p. 404. — M. Edélestand du Méril, qui cite ce passage dans son introduction à Floire et Blanccfior t A Paris, chex P. Jannet, MDCCCLV1, ln-12, p. cxciv ) , y voit une preuve de l'origine orientale de l'épisode de notre vieux fabliau.
202 LE PATS BASQUE.
pies scvthiques qui habitaient les bords du Pont-Euxin. On la retrouvait encore, au rapport de Diodorc de Sicile, dans File tic Corse 1 , et Strabon nous la montre comme régnant chez les Ibères *. Y a-t-il là l'indice d'une origine commune perdue dans la nuit des temps? Pas plus que M. de Quatrefages, qui la pose, nous n'osons répondre à cette question. Boulanger, qui a voulu expliquer d'une manière systématique l'origine des usages des nations, n'a pas réussi pour celui-ci plus que pour beaucoup d'autres : « Il semble , dit-il , que l'on doit regarder cette conduite du mari comme une sorte de pénitence , fondée sur la honte et le repentir d'avoir donné le jour à un être de son espèce *. » Une pareille opinion , qui impute à un peuple d'avoir regardé la paternité comme un opprobre , ne pouvait naître qu'à une époque de dissolution morale telle que la fiu du XVIII* siècle.
De nos jours , M. Chaho a expliqué la coutume biscayenne par la légende d'Aïtor *. Pendant son exil sur la montagne , ce père des Escualdunac eut un fils , et la mère, craignant pour les jours de cet enfant si elle restait seule auprès de lui , le laissa sous la garde de son mari pendant qu'elle allait elle-même chercher la nourriture nécessaire à toute la famille. Depuis lors, les Basques ont conservé cette espèce de cérémonie en souvenir de la rude existence de leurs premiers parents. On comprend que nous ne saurions admettre cette explication d'un usage si contraire aux mœurs modernes , et nous aimons mieux , avec le savant naturaliste que nous citions il n'y a qu'un instant, y voir un reste de cette barbarie qu'on trouve chez tant de peuples sauvages, où l'homme, le guerrier, est tout, et la femme rien.
Il est cependant loin d'en être ainsi dans le Pays Basque : « La femme cantabre , dit M. Chaho , après avoir cité un trait de mœurs
* Diud. Sic, Bibl. hist., lib. V, cap. XIV. (Trad. do comte Miot, t. II, p. 341, 741) L'auteur dit que les barbares qui habitent l'ile avaient une langue étrange et fort difficile a comprendre,
1 Strab., Geogr., lib. III, cap. IV (édit. de 16*), p. 165 ; traduction de MM. de la Porte du Theil et Coray, 1. 1 , p. 484 ).
' V Antiquité déroilée par ses mages, etc., lit. II, chap. III. A Amsterdam, chez Mare Michel Rcy, MDCCLXV1, fn-4«\ p. 147.
4 Philosophie des religions comparées. Paris, l«48,in-8°, I" part., chap. IV, t. I. p. iU.
MOEORS, USAGES, COSTUMES. 203
sauvages que Ton dirait emprunté à Strabon *, la femme cantabre jouit d'une parfaite égalité dans Tordre social ; elle reçoit le titre tietchekanderé, et peut hériter du manoir patriarcal , à défaut de rejetons mâles , et même à leur préjudice , si telle est la volonté du père ; le Biskaîen qui se marie à une héritière lui apporte une dot *. Renteria possède sa république de filles , et nos montagnards ont pour le beau sexe des égards infinis, » etc. Avec tout cela, il y a lieu de s'étonner de voir les femmes, en Biscaye , livrées aux travaux les plus rudes. A Bilbao, par exemple, nul autre qu'elles ne charge ni ne décharge les navires. Non - seulement le service intérieur de la maison , mais les courses , les commissions se font presque entièrement par des servantes , et l'on voit jusqu'aux dames élevées avec le plus de délicatesse, sauter, dans leurs promenades, parmi les rochers , sans autre protection qu'un parasol contre les intempéries de l'air. L'académicien Gonzalez Arnao, qui a consigné ces observations dans un article sur la Biscaye, en tire cette unique conclusion , que les femmes de cette province sont extrêmement robustes 3 ; mais si l'on prend garde , comme l'a fait M. de Quatrefages 4, qu'on ne voit jamais, au moins dans le Labourd, les deux sexes réunis pour se livrer aux jeux du dimanche, par exemple, que les hommes jouent à la paume ou aux quilles et les femmes dansent entre elles, on reconhaitra encore qu'il y a là une note d'infériorité pour celles-ci et un contraste frappant avec ce qui a lieu chez les populations celtiques et germaniques. Les fêtes patronales, les solennités de la Noël et de la Tous-
' « Il est fort ordinaire de voir noe Biskalenne se livrer an travail des champs jusqu'aux derniers jours de sa grossesse; plus d'en enfant , baigné dans le rnisseao an bord duquel il vint ai monde, passe son premier jour a l'ombre de quelque baie on «Ton arbre, tandis qne sa mère retourne à son travail. ■ ( Voyage en Navarre, etc., ebap. X , p. 390.)
* Strabon, qui constate la même chose chez les Cantanres, termine son récit partes réflexions : « De pareils usages annoncent le pouvoir dont le sexe y jouit, ce qal n'est guère un signe de civilisation. • — « Excepté cependant la dot apportée aux femmes par les maris, fait observer le commentateur; usage commun a plusieurs peuples barbares, et qui annonce plutôt le despotisme des hommes sur le sexe; car cette manière de traiter les mariages était, pour la plupart, une espèce d'achat par lequel le mari, qui payoit la dot an père de sa future, acquèroit sur elle le même droit qu'il avolt sur on esclave, • etc. (Gecaraphie 4e Strabon traduite du grec en franeoit, t. I, p. 486, nol. î.)
» Diec. geoffr.-kist. de F.upafia, sect. 1 , 1. 11 , p. 487, col. î. — Voyez encore lit», descr. derBsp.,i.U,p. 150,151.
* Soutenir» d'un naturaliste, dans la René de» Deux Monda, vol. de 1850, p. 1084.
304 LE PATS BASQUE.
saint, si pieusement chômées par elles, étaient autrefois, dans notre Pays Basque, autant d'époques de réunions pour les familles ; maintenant, on n'a guère de dévotion que pour les premières, appelées dans le pays fêtes d'Église, et l'on célèbre plus le dieu de la bonne chère que le saint patron. Aux bonnes fêtes les bons coups, dit le paysan basque, qui détourne le proverbe de son véritable sens. Primitivement, ces jours étaient autant de plaids de famille , à l'occasion desquels se réunissaient dans la maisonmère, et comme ramenés à leur souche , les membres dispersés par les alliances. Les fils suivaient leur père, les filles leur mère : l'ascendant le plus âgé se voyait ainsi à la tête de toute sa descendance ; les affections de famille se ravivaient ; on discutait les intérêts communs , on coupait court aux différends par un arbitrage paternel; on s'entretenait des traditions du passé, on cherchait à percer l'avenir. Assistance en corps aux offices, visites faites et reçues aussi en corps, puis banquet cordial et joyeux : tel était le programme de ces fêtes; mais aujourd'hui tout cela est bien changé.
Je ne veux pas médire du code, ni des procureurs, ni des tabellions; mais aujourd'hui les maisons changent bien souvent et bien vite de mains, même dans les Pyrénées basques. Leurs us et coutumes n'étaient pas parfaits sans doute, les montagnards étaient moins civilisés; mais ils restaient propriétaires, et les familles plus unies. Les maisons - souches se fondent dans les partages : de là, plus de centres de famille, de foyer véuéré, plus de traditions, tout se nivelle.
Jusqu'à ces derniers temps, d'ailleurs, ce n'était pas la maison qui prenait le nom du propriétaire , c'est ce dernier qui prenait le nom de la maison. Abus! Abus peut-être, mais abus qui encourageait à défricher, à bâtir, par la satisfaction de transmettre son nom avec les champs arrosés de ses sueurs; abus qui rappelait sans cesse aux descendants de ne pas laisser échapper, par leur négligence et leur paresse, une propriété dont le nom toujours conservé élèverait perpétuellement la voix contre eux; abus qui portait tous les membres d'une même famille à se prêter secours et appui, à se liguer pour garder l'héritage respecté dont toute
MOEUBS, USAGES, COSTUMES. 505
la parenté se faisait gloire, et où chacun pouvait espérer de trouver un abri hospitalier, un refuge en cas d'adversité. Mais les acquéreurs perdaient leur nom ? Pas en entier. On signait X**' maitre de Z"\ ou XM dit Z"% et Ton était appelé Z"'vco etcheco-jauna.
Les choses se passent autrement aujourd'hui. Le nouveau régime , avec la prétention de guérir tous les maux de l'ancien , n'aurait-il réussi qu'à réaliser celle de Sganarelle, qu'à déplacer le cœur chez nos Basques '/
L'esquisse que nous venons de donner de la physionomie du peuple basque laisserait, ce nous semble, à désirer, si nous omettions d'y joindre quelques détails sur le costume des Escualdunac français et espagnols. Comme tout le reste, il a beaucoup varié depuis l'antiquité. Nous ne remonterons pas si loin dans cette recherche; nous nous en tiendrons aux temps modernes, au seuil desquels nous trouvons Louis-le-Débonnaire revêtu, dans une circonstance, du costume des Vascons : manteau rond, chemise à manches ouvertes, braies bouffantes, bottines armées d'éperons , tels sont les détails du portrait de ce prince allant à la rencontre de son père. N'oublions pas qu'il portait un dard à La main », trait essentiel que nous retrouvons dans le portrait des curés basques du XVII- siècle, tracé par Pierre de l'Ancre1, et qui s'explique par la réputation qu'ont eue de tout temps les Basques, et en général les Espagnols, pour leur habileté à lancer le javelot *.
• Vit* llludonci Pu imp., ap. Andr. do Chesne, ttist. Franc. Script., t. II, p. 2X8, B, A.D. 786.
1 Tableau de V inconstance des mauvais anges, etc., liv. VI, dise, u, p. 425.
* Voyez ci -dessus, p. 101 , et surtout notre édition de la Chronique d'Anelicr, p. 365- 368. Sur plusieurs médailles anciennes de ia Navarre, on voit nn cavalier dans l'attitude d'un homme combattant avec une lance ou un dard. (Intestigaciones kistôricos del regno ét Xanarra, lib. I, cap. II, g III, n° 28, p. 28.) — Le mot lance lui-même, donné comme gaulois par Diodore de Sicile, liv. V, était espagnol, s'il faut en croire Vairon, cité par Auiu-Geile, liv. XV, chap.20. On peut encore plus sûrement faire honneur a la langue basque d'un autre terme attribué a la gauloise par Servius et saint Augustin, de gessnm, tttcsuM, aesum, qui a son équivalent dans le guipuzcoan gnecia, que le docteur de Isasti rend pur dard, fatelot. Voyez le Cmpendio kislorial de Gnipmcoa, liv. II, chap. V (De las
Andrès de Poça, qui écrivait à la fin du siècle précédent, nous donne en ces termes une idée du Biscayen de la montagne : « Une jaquette ouverte des deux côtés , et laissant à découvert le cou et une partie de sa poitrine musculeuse ; un bonnet qui ne garantit ni du soleil ni de la pluie ; des bottines ou abarcas qui ne recouvrent que le bas des jambes; un coutelas court et large, sans poignée; enfin, une petite lance et un ou deux dards, voilà tout son costume; c'est ainsi qu'il grimpe sur les rochers, qu'il va aux festins, à l'église, au marché dans les villes. Il semble que Virgile, en décrivant au septième livre de l'Enéide le costume des Pélasgcs, ait désigné celui de nos montagnards. La petite lance et le coutelas sont des instruments sans lesquels le Biscayen de la campagne ne sort jamais. En entrant dans l'église, il laisse sa lance à la porte, de manière que les jours de fête le porche du temple ressemble , par le grand nombre de lances , à un corps de garde plutôt qu'à un édifice religieux *. »
Le costume des femmes de la Biscaye, également décrit par Andrès de Poça, n'est pas moins singulier; il y en avait de deux espèces : celui des femmes mariées et celui des jeunes filles. « Les premières, dit l'écrivain, ont toutes les cheveux coupés; un turban semblable à celui des Moscovites , des Tartares , des Caspiens, des Arméniens et des Assyriens , leur serre tellement la tête qu'on ne voit jamais un seul cheveu. Quand elles sont rassemblées le dimanche dans une église, à une procession ou à une autre solennité, on les prendrait de loin pour un escadron de Turcs ou de Persans. Elles portent avec cela des jupes à très-larges plis; il y entre , pour une femme de taille ordinaire , sept aunes de drap de sept quarts de large. Une camisolle serrée immédiatement audessous du sein soutient constamment la poitrine , et cette coutume fait que leurs couches sont moins dangereuses et leurs enfants plus forts, parce que leur ventre n'est jamais affaissé, comme
arma* que se hacen en Gvipuscoa para toda EspaHa), sert. 4, p. Î76; cl le Glossaire de Du Canfe, au mois Gessum el Lance* ( édit. ta-4°, t. III, p. 514, col. 2 el 3, et t. IV, p.», eol. 3).
' Dt laentiguH Ltnqm, poblaciona i cwutrco* de las Expaûas, en que de p<uo u /orra alauntu cotas de la Cuntahria, elc. Imprcsso en Bilbao por Matbias Mares, aflo de 1587, n-4° esp., cap. XI.
MOECBS, 08 AGES , COSTtMES. 307
chez d'autres femmes, par la partie supérieure du corps.... Un simple fichu leur couvre tout le cou et ne laisse à découvert que leur visage; en général, tout leur costume a un air antique, et rappelle le vêtement sévère et modeste de l'âge patriarchal. » La conclusion qu'Andrès de Poça tire de la ressemblance frappante de ce costume avec celui des Orientaux , c'est que les Cantabres descendent, par Tubal , des Asiatiques, étemel refrain de nos voisins du sud-ouest , que l'on retrouve jusque vers le milieu de notre siècle dans un espèce de catéchisme politique à l'usage de la Biscaye ».
Selon Andrès de Poea, le costume des jeunes filles, quoique différent du précédent, n'en est pas moins singulier. Elles ont également les cheveux coupés et la tète presque rasée, à l'exception de la partie antérieure, où on laisse quelques cheveux. Malgré cela, elle reste toujours découverte. Une petite camisole leur couvre le corps ; une très-courte jupe descend jusqu'au-dessous du genou et laisse voir leurs jambes, sans que personne s'en scandalise; car la vie frugale et sobre que mènent les Biscayens va jusqu'à l'austérité , et empêche leurs mœurs indépendantes de dégénérer comme ailleurs en libertinage.
Passez aujourd'hui la frontière, à Irun, vous n'y verrez que des femmes dont les cheveux, loin d'être coupés, tombent en longues tresses derrière leur dos. Rien non plus, dans leur costume, qui rappelle celui qui vient d'être décrit.
M. Chaho ayant donné, dans son Voyage en Navarre, la représentation d'un Navarrais et d'une Basquaise de nos jours, nous dispense de nous étendre sur la mise de leurs pareils , et nous avons déjà parlé de celle des femmes du Labourd des temps passés, chapitre VIII, pages 171, 172. Nous uous bornerons également à renvoyer, pour le costume des habitants de Vergara, au Dictionnaire géographique-historique de l'Espagne , publié par l'Académie de l'Histoire * ; mais nous pouvons nous laisser aller jusqu'à rapporter la description que donne le général Serviez du Basque du com-
« Campcndto de lo$ fueroM, m sot, co$t»mbre$ y de l'îttaya; pnestos en diàJogo por on Vaseongado amante de »u pais. Madrid, imprenla de Pila, 1839, in-18, p. 4. • Sec!. 1,1. Il, p. 487, roi. «.
menccmeot du siècle : c Un berret bleu , dit-il , une veste courte et rouge, un gilet blanc, des culottes blanches ou de velours noir, forment son habillement. Il porte la jarretière lâche, des bas blancs, de fil ou de laine, des souliers ou des spartilles de chanvre, un mouchoir de soie au cou, négligemment pendant sur Tépaule, le tout proprement ajusté. Tel est le costume de la jeunesse basque dans les fêtes les plus brillantes; les hommes mariés mettent les jours de fête un habit de drap l. »
Tel est, en effet , le costume des jeunes Basques que je vis formant une escorte d'honneur à LL. AA. RR. le duc et la duchesse de Montpensier, à leur retour de Madrid , après leur mariage. Seulement, le pantalon avait remplacé la culotte, comme si ce vêtement eût rappelé des temps dont le souveuir ne pouvait que venir troubler la fête ; car si quelqu'un peut montrer sa jambe sain peur et sans reproche, c'est à coup sûr le Basque *.
• Statistique du département de» Basses- Pyrénées, W part., art. I, p. 1Î0. » Voyci ci-dessus, p. 100, not. 1.
Introduction.
« La poésie populere et purement naturelle, dit Montaigne, a des naïfvetez et grâces par où elle se compare à la principale beauté de la poésie parfaicte selon Part : comme il se voit es villanellcs de Gascouigne , et aus chançons qu'on nous raporte des nations qui n'out conoissance d'aucune sciance ny mesmes d'escriture. La poésie médiocre qui s'arrête entre deus est desdeignéc, sans honur et sans pris l. »
Tel était, à ce qu'il parait , le sentiment de Malherbe. Un jour, Cbapelain le trouva sur un lit de repos qui chantait :
D'où venez-vous, Jeanne?
Jeanne , d'où venez-vous ?
Et il ne se leva point qu'il n'eût achevé : « J'aimerais mieux , lui dit-il, avoir fait cela que toutes les œuvres de Ronsard. » Racan rapporte qu'il lui a ouï dire la même chose d'une chanson où il y a , à la (in :
Que nie donnerez-vous?
Je ferai l'endormie *.
Tout le monde connaît la naïve, la gracieuse chanson citée par le Misanthrope s, et les judicieuses réflexions dont il la fait suivre :
Si le roi m'avoit donné Paris sa grand' ville,
' Essais, Ht. I, chap. tiv, tout a fait a la fin,
* Us Historicités dt Tallrmant des Maux, édit. in-1î, p. Î56. (Histor. de Ualkerbt.)
• Ad. I, se. ii.
Et qu'il me fallût quitter
L'amour de m'amie, Je dirais au roi Henri :
Reprenez votre Taris, J'aime mieux m'amie, oh gay!
J'aime mieux m amie.
La rime n'est pas riche , et le style en est vieux ; Mais ne voyez- vous pas que cela vaut bien mieux Que ces colifichets dont le bon sens murmure, Et que la passion parle là toute pure?
Si le roi m'avoit donné, etc., etc.
Voilà ce que peut dire un cœur vraiment épris...
J'estime plus cela que la pompe fleurie
De tous ces faux brillants où chacun se récrie.
Enfin , il n'y a pas jusqu'à Boileau qui n'ait aussi payé son tribut d'éloges à la poésie populaire. Grand admirateur d'Homère, qui semble l'avoir personnifiée dans le chanteur Phémius1, ce que le critique estimait le plus dans le vieux poète, c'était le talent qu'il a d'exprimer noblement les petites choses, t C'est là, disaitil , où consiste l'art ; car les grandes choses se soutiennent assez d'elles-mêmes. » Il citait à ce propos une chanson ancienne dont l'auteur lui était inconnu , mais dont il admirait le naturel :
La charmante bergère, Écoulant ces discours, D'une main ménagère, Alloit filant toujours; Et doucement atteinte D'une si douce plainte, Fit tomber par trois fois Le fuseau de ses doigts
• Quand le poète d'Ithaque, déposant sa lyre, se jelte au genou d'Ulysse pour lai demander la vie, il loi dit :
AÛToSrôaxToç 3'ttfu' Oiôf $« poi h fptvh of/xac 7r«vToiaç ivifvtrtv'
(Odfu., ch. XXII, t. 348.) « Je sais mon maître a moi-même, et an Dlea a mis dans mon cœur inspiré des chants de toutes sortes. •
* Losme de Monchesnay, Bolxana, etc. A Amaterdam, chez Lhonoré, M DCC XLII, In-lî, p. 91, 91
Dans ces vers , comme dans ceux que citent Molière et Tailemant des Réaux , il y a un mérite littéraire qui les recommande suffisamment à Inattention d'un écrivain ; mais ce mérite, que Montaigne s'attache uniquement à faire ressortir, n'est pas le seul que présente la poésie populaire; elle en possède un autre peut-être encore plus grand. A la différence de la poésie qui naît de la littérature, elle s'inspire par la réalité. Ses productions ont un intérêt historique et pour ainsi dire psycologique ; elles révèlent les aventures privées d'un peuple , les allures de son caractère , les attitudes de son esprit : ce sont des mémoires , ou plutôt des confessions , dans lesquelles il s'épanche sans réserve.
C'est eu effet, comme on l'a fait remarquer avant nous, sous l'inspiration des objets qui frappent ordinairement ses yeux, des sentiments qui agitent son cœur, que chaque peuple compose ces hymnes adoptées par tous , parce qu'elles répondent aux passions de tous. Aussi, de même que l'on trouve dans le timbre de voix d'un homme, dans ses habitudes de langage, dans les pensées qui lui sont familières , une indication de sa nature , ou pourrait trouver dans les chants populaires une partie de l'histoire et du caractère des peuples *.
Après cela, il n'y a pas à douter que la poésie populaire ne devint une source féconde et réparatrice pour la poésie d'art, si à notre époque , que l'ou dirait prédite par Isaïe *, elle pouvait être sauvée. On rapporte que le chantre Ennomos jouant un jour de la lyre * en public, l'une des sept cordes vint à se rompre, mais qu'une cigale se posant aussitôt sur sa main, suppléa par son chaut le son de la corde rompue. Il semble que nous soyons cette lyre sans cordes et sans harmonie, et qu'il faille en ce malheur que la muse champêtre chante pour nous et nous prête charitablement ses accords.
* On comprend que nous ne veuillons pas nous avancer plus loin , au sujet de la chanson, sur le terrain des généralités; nous ne renverrons même pas aux ouvrages, assez nombreux, oa U est parlé de ce genre ; nous nous bornerons à indiquer la définition remarquable de M. Ch. de Rémusat , qui fait partie de son livre intitulé : Paisi et frètent, etc. Paris, librairie de Ladrangc, 1847, ln-12, 1. 1, p. 241-245.
» Is.,cap. III, v. 12.
• Pbotius, Biblioth., Conon. narrât. V.
LE PATS BASQUE.
Maintenant je n'étonnerai personne si je dis que la . poésie populaire a toujours eu beaucoup d'attraits pour moi : aussi n'ai-je pas obéi à une inspiration étrangère *, ni attendu les instructions de l'autorité supérieure , pour rechercher les chansons auxquelles le peuple de nos campagnes confie le dépôt de ses désirs, de ses espérances, de ses joies et de ses peines. Déjà, en 1847, j'ai donné ce que j'avais recueilli en ce genre dans les Pyrénées et en Bretagne , relativement aux Cagots, qui s'y trouvaient autrefois en si grand nombre », et dix ans auparavant, j'avais reproduit le chant d'Altabiscar, publié pour la première fois dans le Journal de l'Institut historique a ; aujourd'hui , le moment me semble venu de faire connaître d'une façon plus complète la littérature d'une population à laquelle on en a longtemps refusé une.
* Les Escualdunac, dit M. Garay de Monglave, ont peu écrit; ils ne se nourrissent presque que de traditions verbales. Parmi les poésies qui se sont ainsi conservées de génération en génération, on cite un poëmc assez étendu sur la religion des Cantabres , des chants guerriers et allégoriques, quelques chansonnettes, supérieures peut-être en naïveté à celles de Métastase, et des romances populaires qui datent , d'après M. de Humboldt, de l'invasion des Romains, et qui ne sont pas inférieures aux plus beaux chants des Grecs modernes. Viendra peut-être un Macphcrson qui les recueillera *. »
1 Un anonyme rendant compte, dans la Revue encyclopédique , cahier de janvier ISôO, f. 102 (article répété dans le Bulletin des sciences historiques, de M. de Férissac, t. XV, p. 122), du livre de D. J. B. de Erro , sur l'alphabet primitif de l'Espagne, a propos de la traduction anglaise publiée à Boston en 1829, in-8°, termine ainsi son appréciation : • M. de Erro et son traducteur se sont donc bien trompés s'ils ont cru que des idées si stériles puissent intéresser le monde savant à une langue sans littérature. Il faudrait chercher a expliquer d'une manière simple et rapide... la contexturc de cette langue tout a fait remarquable, et sa gigantesque coujugaison ; enfin il faudrait... recueillir tous les monuments que le temps a laissés dans la mémoire des hommes, soit en chansons populaires, soit en traditions historiques, > etc. Il me semble qu'à peu de chose prés, c'est là le programme que j'ai suivi.
* Histoire des race* maudites de la France et de l'Espagne, chap. X, t. II, p. 117-181.
* La Chanson de Roland ou de Honcetaus, etc. Paris, ehet Sllvestre, 1837, in*8°, p. 223-2Î7.
* Journal de l'Institut historique, t. I, Paris, 1835, in-8°, p. 176. — Personne n'ignore aujourd'hui, si ce n'est l'écrivain de cet article, que les poésies d'Ossiau sont à placer à coté de celle» de Clotilde de Surville, c'est-à-dire fabriquées par un faussaire pins ou moins
Les lauriers de l'éditeur d'Ossian ne m'ont jamais empêché de dormir, témoignage que je voudrais pouvoir rendre aux poésies connues sous son nom; mais me trouvant dans les mains tout ce qu'il faut pour donner la mesure du talent poétique des Basques, je veux mettre le public eu état de juger ce qu'il peut y avoir de vrai dans l'éloge qu'en fait un des leurs, comme ce qu'il faut croire du jugement sévère porté sur la poésie de ce peuple par un Anglais qui a longtemps vécu en Espagne.
« On demandera peut-être si les Basques ne possèdent pas des poésies populaires , comme la plupart des autres nations , quelque petites et peu considérables qu'elles soient. Certainement ils ne sont point dépourvus de chansons , de ballades ni Je couplets ; mais ces pièces ne présentent aucun caractère qui mérite le nom de poésie. Je me suis fait réciter et j'ai transcrit une portion considérable de ce qu'ils appellent ainsi ; mais les seuls vers supportables que j'aie jamais découverts parmi eux sont les suivants, qui, après tout, n'ont pas droit à de très-grands éloges :
Ichasoa urac handi , Bztu ondoric agueri ; Pasaco ninsaquent andic Maitea icustea gatic.
(Les eaux de la mer sont vastes, on n'en peut voir le fond; mais je la passerai pour voir ma bieu-aimée.)
» Les Basques sont un peuple de chanteurs plutôt que de poètes. Malgré la facilité avec laquelle leur langue se prête à la composition des vers, ils n'ont jamais produit un poëte de quelque réputation ; mais leurs voix sont remarquablement douces , et ils sont renommés pour leur talent dans la composition musicale. Un certain auteur, l'abbé d'Iharce, qui a écrit sur eux, est d'opinion que le nom de Cantabres, sous lequel ils étaient connus des
habile, qui, cependant, il faut le dire, a opéré sur des données empruntées a la tradition. On remplirait plusieurs pages arec le titre et l'indication des factunas.des mémoires et même des volumes que le débat soulevé a propos de l'authenticité des chants ossianiques a fait naître chez nos voisins; ce qui m'a paru le plus concluant est on mémoire lu par Lord Ncaves, le ii juillet 1856, devant la section d'histoire de l'Institut archéologique de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, alors réuni à Edinburgn. On le trouvera dans deux journaux de cette ville, ike Courant, n° du U juillet , et the Scotman, n° du 36.
214 LE PATS BASQUE.
Romains, vient de khantor ber, qui signiGc doux chanteurs. Ils ont à eux beaucoup de musique, dont une partie passe pour excessivement ancienne ; des échantillons en ont été publiés à Donostian ( Saint- Sébastien ), en Tannée 1826, par un certain Juan Ignacio Iztueta. Ces airs , au son desquels on croit que les anciens Basques avaient l'habitude de descendre de leurs montagnes pour combattre les Romains et plus tard les Maures, consistent en marches d'une harmonie sauvage et péuétrante , qui vous transporte dans le voisinage très-rapproché de quelque combat acharné. Il semble que Ton entende la charge de la cavalerie sur la plaine qui résonne , le cliquetis des épées et la course impétueuse d'hommes sortant de gorges de montagnes. Cette musique est accompagnée de paroles; mais quelles paroles! On ne saurait imaginer rien de plus stupide , de plus commun , de plus dénué d'intérêt. Loin d'être martiales, elles se rapportent aux incidents de la vie journalière et paraissent entièrement étrangères à la musique. Évidemment elles sont de date moderne ». »
Borrow, en écrivant ces lignes , avait en vue les Basques espagnols, et jusqu'à un certain point il peut avoir raison ; mais son jugement appliqué aux nôtres serait trop sévère , et je n'hésite point à caractériser ainsi la sentence portée par Fauriel contre leurs productions littéraires. Après avoir parlé du chant des Cantabrcs contre Auguste et du fragment guipuzcoan sur la bataille de Beotibar, « pour ce qui est des chants modernes des Basques, dit-il, je n'en connais pas qui méritent d'être cités, et j'ai entendu dire la même chose par des Basques lettrés. Ce peuple est eepeudant doué d'une imagination très- vive, et il aime beaucoup la poésie. On y rencontre partout des hommes qui, a leur profession ordinaire de pâtres, de bergers, d'artisans, joignent celle de poètes improvisateurs, que l'on invite régulièrement aux réjouissances publiques, aux fêtes domestiques, aux mariages, aux baptêmes, pour y improviser des chants relatifs à la circonstance. Des personnes qui ont entendu fréquemment ces sortes d'improvisations, m'ont assuré qu'elles ne méritaient pas d'être écrites
' The Bible in Sjfli», etc. By George Borrow. London : John Murray, MOCCCXLIII, in-12, ebap. XXXVII, p. «9, fc».
ni lues. Cela se peut ; mais j'ai mes raisons pour croire que les mêmes personnes, qui pouvaient avoir raison en parlant ainsi de quelques-unes de ces improvisations, auraient parlé à peu près de même d'improvisations originales, inspirées et véritablement poétiques *. »
C'est encore de nos montagnards qu'il est question dans ce passage, où M. Mazure me semble apprécier plus sainement leurs poésies populaires : * La plupart des chansons basques, dit-il, sont des histoires, des complaintes, des événements tragiques, sujets lamentables dans lesquels se réfléchit l'imagination vive, mobile et pourtant positive de ce peuple. C'est surtout dans les vallées de Soûle et de Baïgorry que ce tour d'imagination mélancolique et narratif du peuple basque est remarquable ; on le trouve plus particulièrement empreint dans les chants répandus parmi ces vallées. Cependant, il y a aussi des chansons d'un tout autre genre : ce sont des romances toutes pastorales, douces et gracieuses, aifranchies des ardentes reproductions de la guerre, du crime et du sang versé, pour laisser l'àme aux simples émotions, aux images de l'amour, aux sentiments naturels qui se retrouvent chez tous les peuples , à travers toutes les diversités de mœurs et de civilisation '. *
Les chants qui, avec les pastorales, constituent la littérature basque, sont dus, en général, à des coblacari, espèces de bardes de profession, qui n'ont pas seuls le privilège de versifier dans leur langue , car il existe mainte chanson , et des meilleures, dont les auteurs n'ont point ce titre. Ainsi, l'on peut citer tel médecin et jusqu'à des ecclésiastiques, qui, dans des moments de gaie et joyeuse humeur, improvisent volontiers de jolies chansonnettes sur les douceurs de l'amitié, sur la fragilité des plaisirs de la vie, de. Ces improvisations sont même, par un usage conservé clans de certaines localités s, le dessert presque obligé des festins ;
• Histoire de la Gaule méridionale, etc., in -8°, t. II, p. 525.
1 Histoire du Bèarn et du Pays basque, etc. Pau, 1839, in -8°, p. 517, 518.
* Cet usage parait avoir été général chez nous comme chez nos voisins. On lit dans un ancien roman composé par un trouvère du nord de la France :
Tult 11 autre baron s'asbirent.
Par les sièges lor leus porprbtrenl;
216 LE PATS BASQUE .
car le via, comme dit Homère , fait naître la folie; il excite le sage lui-même à chanter l. La nuit venue, le vent emporte les inspirations de l'Orphée montagnard, et il n'en reste ordinairement que le souvenir d'une demi-heure agréablement passée dans la compagnie d'un aimable et complaisant convive. Quant au barde proprement dit, si son astre en naissant l'a formé poète, il a soin que ses chants se conservent au moins dans la mémoire de ses contemporains. Il confie au papier ses inspirations, il en livre des copies à ses amis, ses amis les répètent dans les champs ou sur les montagnes en gardant les troupeaux, les jours de fête dans les cabarets, et au retour des foires et des marchés. Ainsi se propagent , sans aucuns frais , mais aussi sans profit pour l'auteur, les idylles des Théocrites basques , blucttes qui ne passeront d'une génération à la suivante qu'en raison du mérite connu de l'œuvre.
Voyez- vous ce Basque à la tète haute , à la démarche fière et mesurée? Son collet est droit et soigneusement empesé; sur sa blouse bleue brillent plusieurs boutons de nacre : à coup sur, l'ouvrière a dû apporter une attention particulière à la coupe et à la confection de ses habits. Enfin , s'il est parvenu à l'âge mûr, de majestueuses bésicles ombragent souvent son front. Approchez cet homme de plus près. Si son regard est froid et sa mine sévère, vous pouvez vous dire que c'est un maître d'école. Si , au
Mais qui béust ne no menjasi Ne qui risist ne qui ehanlast, Claris ne boit ne ne menjne.
\ U Itoumauz de Claris et de Loris, Ms. de la BiM. inq». n° 7534-5, folio 170 recto, col. 1 , v. 6.) La sont venues les délices Et II froit vin et les espices; A chanter ont mis lor déduit, Tant qu'il Tu près de mienuit.
\Ibid., col. 2, v. 15.)
C'était même, en Normandie, une obligation imposée par l'usage aux hôtes que l'on avait reçus :
Usages est en Normcndie
Que qui herbergici est qu'il die,
Fable ou chançon die a l'oslc.
(Li Dis doit Soucretai», v. 1. - nouveau Recueil de fabliaux et coules, 1. 1, p. 518.; Voyez encore l'Histoire ecclésiastique de Bède , liv. IV, chap. XXIV. ' Odyss., ch. XIV, v. 463.
TOÉSIES POPOLAIBES. 217
contraire , son œil est vif et observateur, si un sourire malicieux court sur ses traits comme un rayon de soleil sur la montagne, c'est , ii coup sûr, un barde. La couturière , qui redoute son humeur caustique ou qui ambitionne quelques couplets flatteurs , lui a fait la surprise de ces boutons, pareils à ceux que le fils de M. le maire porte sur sa blouse. Ce que la vaniteuse surveillance du pédagogue a pu à peine obtenir des ciseaux et de l'aiguille de l'artiste , le poëte du cantpn l'a sans le demander : je veux parler de l'élégance dans la façon de ses habits.
Considérez encore le makila du barde : il est droit et de vrai néflier; mais il n'est point redoutable; c'est plutôt un ornement dans ses mains qu'une arme. Le barde est, en effet, bien accueilli partout ; il a peu d'ennemis , on ne l'attaquera que dans son talent ; il n'a pas besoin d'arme pour se défendre.
Le mécanisme de la langue basque, ses inversions, ses désinences grammaticales, facilitent singulièrement la versification. Un jeune homme a-t-il une imagination vive, un père barde ou une mère habituée à répéter les chausons du temps passé, il commencera par chanter à son tour. Bientôt , il composera lui-même des chants sans autre étude, pareil à l'oiseau qui redit d'instinct les concerts de son père veillant sur la couvée.
La poésie souletine est vive, variée, gracieuse, enjouée, et fleurie comme les jolies vallées qui l'inspirent. La verve labourdine a quelque chose de plus mâle , de plus majestueux ; mais elle me parait aussi plus sombre et plus monotone : on dirait un écho du mugissement toujours grave et quelquefois lugubre de l'Océan, auquel elle doit se mêler quelquefois *. Quant à la muse de la
' Nol doute que les Basques du Laboord et de la Biscaye n'aient en t n'aient même encore des chansons de matelot; mais je n'en connais aucune, si ce n'est peut-être ce couplet recueilli par M. Chaho, qui ne parait pas avoir vu d;ins la trompette d'argent an sifflet de maître d'équipage, et dans le dernier vers une rive étrangère :
Jeîli, jrtki elebenkoak; Argbia da zabala :
Itcbassotll mintzatzen da Zilliarrezko Irumpela; Bai cta'rc ikharatzen Olandesen ibarra.
< Debout, gen* de la maison , debout ; lirait grand jour:
basse Navarre, il semble qu'épuisée par le chant véritablement épique d'Altabiscar, elle ait perdu depuis cette voix puissante qui faisait descendre de leur base les rochers sur la tête des soldats de Charlemagne. Assise a l'ombre d'un hêtre, elle module quelques accords doux et monotones qui endorment les échos , au lieu de les réveiller comme autrefois.
Je ne veux point parler des dialectes espagnols, que je ne connais guère ; qu'il me soit permis seulement d'affirmer (réserve faite de certaines substitutions , assez régulières , de voyelles dans le sens des dialectes grecs) que tout basque français ou espagnol doit se rattacher au labourdin ou au souletin, seuls dialectes vraiment distincts. Selon un excellent juge, que je suis impatient de citer, le labourdin conserverait mieux la forme et le génie antique de la langue, ci le souletin la représenterait adoucie dans ses sons et plus subtile dans ses tournures, suivant la tendance des esprits et des mœurs publiques à l'époque moderne. D'ailleurs, tout Basque tant soit peu attentif qui saura faire abstraction de la jota espagnole , du j ou i français , de Vu employé pour ou , et de quelques légères variantes de consonnes, comprendra et fera comprendre n'importe quel dialecte, sauf les expressions assez rares conservées dans certaines localités, tombées en désuétude dans d'autres, ou remplacées par des mots espagnols, gascons, béarnais ou français, suivant le voisinage. Ce qu'il y a de bien certain , c'est que dans les sons de l'idiome maternel , peut-être durs et barbares pour des étrangers qui les connaîtraient seulement par l'écriture *, le Basque trouve un attrait, un charme, que son
Déjà résonne sur les mers La trompette d'argent , Et tremble au loin La rive hollandaise.)
( Voyage en Navarre, etc., chap. III , p. 81 — Voyei ci-dessus chap. IX, p. 192.)
Sans avoir les vertus attribuées par l'auteur de la romance des aventures du comte Arnaldos a la ehanson maritime qu'il cite, les effusions lyriques des marins basques sont, dit-on, remarquables sous plus d'un rapport ; mais II parait qu'ils ne les communiquent pas aux profanes, ou qu'une fois à terre ils perdent la voix. Le comte Arnaldos, ebarmé de la chanson qu'il venait d'entendre, voulait la savoir; le marinier lui répondit : * Je n'apprend* cette chanson qu'a ceux qui viennent avec moi. » ( Romancero catlellano, etc. Leipsique : F. A. Brockbaus, in-12, t. II, p. 199, n° 79.)
' Scaliger, qui peut-être l'avait entendu parler, lui rend témoignage en ces termes :
rOÉSIES POPCLAI1ES. 219
oreille cherche en vain, au même degré, dans les autres langues. Illusion, préjugé, habitude, donnez k cette prédilection le nom que vous voudrez , il n'en est pas moins vrai que les accents de Xescuara 1 apporteront toujours au cœur d'un Basque une émotion dont Yerdara * ignore le secret.
Il est de fait que, loin d'être dure et barbare, la langue cuskaricime est douce, même k l'oreille qui n'entend que des sons. Elle e>t pleine de nombre, d'harmonie, de sonorité. La première prosodie consiste k prononcer les mots tels qu'ils sont écrits, avec toutes leurs lettres, le plus naturellement possible, et sans aftecter ni adopter aucun accent particulier.
On distingue dans les vers basques la rime, l'élision et la quantité syllabiquc.
On n'y connaît point les rimes alternes masculines et féminines, la langue n'ayant de genre que dans les verbes , et seulement par rapport à la personne k qui l'on parle : d'où il résulte que les rimes ne sont que des désinences semblables finissant le vers, désinences ordinairement les mêmes dans chaque stance ou couplet. La rime croisée est excessivement rare; mais il n'est pas fort commun non plus de rencontrer des stances ou couplets entiers sur la même rime, la même désinence. Elles marchent deux par deux, et le mécanisme de ce mode de rimer consiste, non pas dans les mots choisis, mais dans le cas de la déclinaison, tout entière exprimée par les terminatives.
Toute voyelle finissant un mot , peut s'élider devant la voyelle commençant le mot suivant. La règle, je le sais, prescrit l'élision; mais les poètes ne sont pas impérieusement tenus de s'y conformer, et ils usent parfois de la faculté qui leur est laissée.
Ce serait une grande erreur de croire que toutes les syllabes
■ KihH barbari, aot stridoris, aut anhelitus taabct : Icnissima est, cl suavissima, • etc. i joupki Jmsti Sealigeri Jnl. Ckè. fil. Diatribe de Europœorum Linguis, inter cjus opusrnla varia antebae non édita. Parisiis, apud Hadrianntn Beys, M.DC.X. , in-4°, p. 126.) Ce que Paul Merula {Coin, gêner. , part. Il , Ub. III ; cd. MD.CV., p. 430, 431 ) et un anonyme (Hlspûnite et Lusitanien Itinerarium. Amsterdam, iC&>, petit in-14, ebap. Il, u° J, p. 121) disent de la doocear de la langue basque, est emprunté à Seallger, cité par le premier, qui l'est lui-même par le second.
* La langue basque.
* Le français ou l'espagnol.
LE PATS BASQUE.
basques ont la même quantité ; il y a même tels mots qui changent de signification avec la quantité de leurs syllabes. De là, certains vers qui , sans avoir le même nombre de syllabes , ont cependant la même mesure, et peuvent être légitimement réunis. Néanmoins, cette différence de quantités et le privilège qu'elles ont, tendent à disparaître ; il en reste à peine quelques traces dans la Soûle. Très-rares sont aussi les exemples des vers imparisyllabiques d'égale mesure.
Il est bien encore quelques points , quelques règles principales de la versification basque, que je n'aborde pas, dans la crainte d'en trop dire; cependant, je dois ajouter que la liberté absolue de construction dans la langue facilite beaucoup le poète , et il en a besoin pour le nombre très-restreint de ses licences.
Il y a, parmi les chansons basques, des romances composées en l'honneur d'un événement ou d'un homme. De ce nombre sont le chaut d'Altabiscar dont j'ai déjà parlé, celui des Cantabres qui le précède dans l'ordre des temps !, celui qui est destiné à célébrer la valeur d'un vaillant compatriote , le vicomte de Belsunce , les chansons que les luttes des deux branches de la maison d'Espagne actuelle ont fait naître dans les Pyrénées , et les complaintes qui retracent les détails des crimes éclatants. Quant aux autres effusions lyriques des Escualdunac , ce sont , en général, des pièces légères où se révèle la passion, qui célèbrent l'objet aimé, ou se plaignent de ses dédains. Quelquefois, on y trouve la satire railleuse, qui flétrit une conduite criminelle. Ailleurs , c'est une voix indiscrète ou jalouse qui dévoile des relations suspectes, et qui crie sur les toits ce que l'on aurait voulu ensevelir cent pieds sous terre, etc. Ces sortes de coblac s'adressent surtout à la jeunesse, pour qui rien n'est trop vif ; les personnes plus sensées trouvent dans les proverbes et dans les cantiques de quoi satisfaire leur goût.
• Le journal Ariel, n° 1 (5 janvier 1845 }, a produit une slrophc sur laquelle es* brodée toute une histoire de la campagne que les Cantabres firent en Italie, a la suite d'Annibal ; c'est une pure Action, a laquelle l'auteur de l'article a voulu donner les couleurs de la vérité, en supposant l'existence d'un chant populaire basque sur les conquêtes do général carthaginois. Deux ans plus lard, le même écrivain publiait dans son Histoire primaire des Eusktirient-Basques, p. 18-ÎO, un récit présenté comme la traduction de ce chant d'un barde inconnu de la Cantabrie, cl deux couplets basques, les seuls, dit-il, qu'il connût en texte. Nous les reproduirons plus loin.
Les cantiques basques sont, à peu d'exceptions près, des reproductions de cantiques français et de proses latines ; les prêtres seuls en sont les auteurs.
Il est à remarquer qu'ordinairement les coblacari improvisent les airs de leurs chansons en même temps que les paroles , airs toujours bien simples sans doute, mais qui rappellent au moins l'union intime que la nature a établie entre la musique et la poésie.
Maintenant, quels avantages peut présenter la publication de ces chansons basques '( Loin de moi l'idée de vouloir les mettre en parallèle avec les piesme serbes, si pleins de sève et d'originalité !. J'avouerai qu'en général elles me paraissent inférieures à celles de la Bretagne, que nous a fait connaître M. de la Villemarqué, et je crains que le siècle actuel , habitué aux artifices de notre poésie et aux éclats de la musique moderne, ne trouve fades les naïfs accents de la muse des montagnes et les accords sans art de son pipeau rustique. Toutefois, au milieu de pensées communes, je dirai même triviales , il n'est pas rare de rencontrer des inspirations heureuses, des élans vraiment poétiques, qui, pour la hardiesse, la vigueur, la richesse ou la grâce, peuvent soutenir la comparaison avec ce que les littératures grecque et latine nous ont laissé de plus parfait en ce genre. Aussi n'est-il pas juste de dire , comme Ta fait Nodier : * Le basque et le bas breton n'attendent que dos poètes, car tous les instruments de la poésie sont prêts chez eux , comme ils l'étoient en Angleterre à l'avènement de Chaucer, en France à celui de Villon ». »
* Cm remarquables poésies, recueillies par Vuk Slefanovitcb , ont été publiées en trois volumes petit ln-8°, sous ce titre : Srptke narodne piesme, skmpio ki i no suiiet txdao Vuk Stff. Karadjitj. U Becs, u slamparigi jermenskoga mauastira 1S41-46. Traduites en allemand par TalTi ( Mrs. Robinson », elles l'ont été en français par NBM Elise Volart , sous le titre de Chants populaires des Sertie»», et imprimées a Paris, en 1834, en deux volumes in-8°. Sans recourir à cet ouvrage, qui , après avoir passé de cbez l'éditeur Albert Mercklein sur les quais, est devenu peu commun, on anra une idée complète des piesue serbes en lisant un morceau intitulé : le Gouslo et la poésie populaire de$ Slaves, par M. Cjprien Robert. iftevue des Deux Mondes, 15 juin 1853, V série, 1. 11, p. 1159-1Î00.) - Voyei encore Historieal View of tke Languages and Literatures of tke Slavic Nations, uritk a Sketch oftkeir popular Poetru. By Talvi, etc. New-York : George P. Putnaru , M.DCCC.L, in-8°.
» Notions élémentaire» de linguistique, etc., ebap. XIU, p. «9, 4G0.
LE PATS BASQUE.
Malheureusement un vide immense existera toujours dans la collection de ces chants, plus propres à donner le tableau des mœurs basques et des diverses tournures de la langue , cjue les traditions du passé. C'est en vain que Ton chercherait la trace des chants inspirés jadis aux bardes cantabres , soit pendant les luttes si longues et si opiniâtres de leurs compatriotes contre le fer envahisseur des Romains S soit durant les temps plus obscurs et non moins émouvants où la vieille Ibérie, foulée par l'avalanche de tant de peuples , eut à défendre son indépendance contre les barbares de tous les pays. Cette négligence pour les épisodes les plus marquants de son passé , parait inexplicable dans un peuple si obstinément ami de la tradition et si jaloux de la pureté de son sang et de la noblesse de son origine *; car encore aujourd'hui le Basque est fier d'être basque 3; le moindre d'entre eux n'accepte
1 Strabon, parlant des Cantabres (Géogr., liv. III, ebap. IV. — Ed. de 1620, p. 165; trad. fr., 1. 1, p. 486), dit que quelques-uns d'eux, ayant été faits prisonniers et rois en croix , ne laissaient pas d'entonner des chansons guerrières an milieu de ce suppliée. — Silius Italicus parle de vers chantés par les jeunes Galiciens dans leurs langues mater- Il c 1 1 es •
Misit dives Gallftcia pubem Barbara nunc patriis ululantem carmlna linguis.
(Lib. III, T. 545.)
Biais, comme le fait observer le P. Florez, rien n'autorise a dire que ces langues fussent le basque , ni même un idiome cantabre. Voyez la Cantabria, etc., g XVII, p. 135.
1 « Vizcaino por tien a, hidalgo por mar, hidalgo por cl dlablo ! > s'écrie l'écuyer biscayen avec lequel D. Quichotte se prend de dispute après son combat contre les moulins a vent. ( D. Quijole, part. I , cap. VIII ) , et auquel il conteste sa qualité de caballero. — Dans un ouvrage publié la même année que la première partie du chef-d'œuvre de Cervantes, un autre écrivain raille les prétentions des Biscayens à la noblesse, en disant d'une espèce de gueux : « ... Su pobreza cra bastante a enterrar en la buessa de cl olvido mas )nd.ilguias que ay en Vixcaya. • {Ubro de entreliuimiento de la picara Juttina, etc. Impreso en Hedina del Campo, por Cbristoval Laso Vaca. Aùo M.DC.V., in-4°, 1. 1, lib. IV, cap. IV.;
* Bc Lancrc semble dure le contraire, liv. 1 , dise, u , oit il assure que les Basques n'aiment pas leur patrie. « Us sont, ajoate-t-ll , comme ces vcloux a deox poils, marquez de deux marques en leur lisière : ia nature les ayant logez sur la frontière de France et d'Espagne, partie en montagne, partie sur la coste de la mer, la langue my-partie de Basque et de François, et aucuns de Basque et d'Espagnol. Le commerce qu'ils ont presque plus en Navarre et Espagne qu'en France, les tient en quelque indifférence de mœurs, d'habits et d'affection, pour le moins le menu peuple ; car les gentils-hommes fréquentant la cour, ne sont de cette humeur, ayant esté eslcvez a la Françoise, bien que plusieurs ayent du bien et malsons nobles en France et en Espagne, ou Navarre. » ( Tableau de l'inconstance des mauvais anges, etc., liv. I, dise, m, p. 35.)— • Le commerce qu'ils ont presque plus en Navarre et Espagne qu'en France, ■ donna encore lieu a un fait qui mérite d'être signalé, a l'emploi de la langue espagnole dans la basse Navarre , pour les actes publics, jusqu'à une époque assez rapprochée de nous. On n'en saurait douter après avoir lu la pièce suivante, qui sert encore à prouver ce que nous avons dit plus haut, p. 4 :
rOÉSIES POPULAIRES
le nom de Français que comme une épithète purement accessoire. Comment le Basque a-t-il donc ainsi oublié son histoire pour n'en conserver qu'un souvenir d'instinct ? Pourquoi a-t-il cessé de chanter les exploits de son Lara et de tant d'autres héros dont les Carthaginois, les Romains, les Suèves, les Goths, les Vandales, les Maures, etc., avaient éprouvé la valeur? Maintenant, le souvenir de tous ces guerriers a disparu, comme celui des héros dont parle Horace 1 ; le Basque ne sait que le nom des peuples, ses ennemis d'autrefois, et rien que le sens attaché à ces noms rappelle en quelle estime les tenaient ses aïeux. Le nom de Romain comprend l'idée d'un peuple grand, redoutable et redouté, mais non maître absolu ; celui de Goth inspire le dégoût *, celui de Maure la haine. Voilà, je crois, tout autant d'éclairs historiques. Quant aux chants guerriers et autres de ces temps reculés,
Prooonsa de la casa de Armendariz.
En la villa de San Juan del Pie del Puerto y dentro su casa vecinal, lugar osado y acostumbrado para tener las audiencias ordinarias y cxiraordinarias de los seflores jurados y jueces de la villa, a dos dias del mes de noviembre del afio de mil selscientos cuarenta y cineo , estando asentados en tribunal en audiencia extraordinaria los sefiores licenciado Juan de Logras, abogado en el concejo real de este présente relno de Navarra la Daja, JJernardo de Barberteguy y Hernando de Bururiz, jurados y jueces ordinarios de la dieba villa de San Juan y de toda su castellania, parecio en persona el sobrediebo don Beroardo de Armendariz, el cual por si y en nombre del dlcbo Domingo de Armendariz, su bermano, présenté la présente peticlon, pidiendo los 6nes que en ella. Los dichos seflores jurados y jueces mandaron baeer auto de la presentacion , y que lectura sert becba por mi el notario infrascripto. Y desque hecha la dlcba lectura ordenaron que por el diebo seflor licenciado Logras sera procedido al examen y audicion de los testigos que el dlcbo don Bernardo de Armendariz entieode dar y presenlar para en prueba de los articolos contenidos en la dirba pelicion. Y para los fines se cometer auto, de todo lo cual mandado por los dichos jurados y jueces reporté y firmé Juan de San Estevan, notario real. — Suit Pacte, qu'il est Inutile de donner, ce qui précède étant plus que suffisant pour notre dessein.
« Lib. IV, od. 8, v. 25.
1 Selon M. Cbabo, celui de Turlarc produirait le même effet sur ses compatriotes : « C'est do Nord , dit -il , c'est de la région du froid et des ténèbres que vient la race infecte des géants. Nos petits enfants les appellent Tartaro, lorsque, dans les veillées d'bivcr, écoutant le récit de l'âge écoulé, nous les voyons se presser avec terreur contre le sein maternel , • etc. (Philosophie de* religion* comparée* , V part. , chap. IV ; t. I , p. 222.) — Dans les PyTénées, si ce n'est encore ailleurs, on donnait aux hérétiques albigeois le nom «le Tartaritu, sans doute synonyme de mécréants. Voyez Histoire littéraire de* troubadours, t. Il, p. 472. — Le nom des Gotbs avait également la même signification jusque dans le Poitou, au commencement du XVII* siècle. Favyn, qui écrivait a cette époque, rapporte que de son temps on appelait Dagots les prolestants cantonnés dans cette province, nommément à Niort, Parthenay et ailleurs; mais il fait fausse route quant il dit que c'est ■ nu tiltre d'honneur qui leur estoit donné particulièrement et sans envie, a scavoir de Dagon, idole des Philistins, » etc. ( Histoire de Navarre, etc., liv. XIV, p. 832, ann. M.DLIX.)
224 LE PATS BASQUE.
on peut, ce nie semble, donner une explication assez rationnelle de leur disparition, explication puisée dans l'histoire même des Basques, en tenant compte de la loi suprême de toute poésie qui ne vit que dans la mémoire du peuple.
Je laisse de côté répoque où les premiers habitants de l'Espagne, généralement considérés comme les ancêtres des Basques, conservaient encore et chantaient les souvenirs des anciens âge* et les récits de leurs attouac ou aitor ( premiers chefs de famille, patriarches). Dans le calme heureux de leur isolement, les réalités célébrées dans les chants antiques durent s'effacer peu à peu et laisser la place aux fictions d'un symbolisme plus ou moins propre à la poésie. J'arrive tout de suite aux temps éclairés par le flambeau de l'histoire.
D'abord ennemis , puis alliés des Carthaginois, qui, à l'exemple des Phéniciens leurs ancêtres, avaient jeté sur la Péninsule ibérique un regard de convoitise, les Pasques, longtemps vainqueurs des Romains, et enfin vaincus, mais, quoi qu'en di>c Horace *, jamais domptés , obligés de se replier, de se concentrer devant des flots successifs d'envahisseurs ; combattant toujours et toujours unis, indépendants, inexpugnables, même après leurs défaites, dans les retraites inaccessibles de leurs montagnes, les Basques virent se former en Espagne de nouveaux peuples, mélanges et débris des divers corps de barbares qui avaient traversé en dévastateurs ou occupé leur patrimoine. Cependant, le christianisme était venu dans l'intervalle leur faire oublier leur vieille mythologie, comme les chants inspirés par elle , et consoler leur fierté (ïclcheco-jaunac, de premiers maitres de l'Espagne, irritée par les usurpations incessantes de tous ces peuples étrangers, dont la succession continue et les multitudes avaient usé les forces et la valeur des Escualdunac. Réduits par la guerre de plusieurs siècles à ne plus représenter par le nombre, pour ainsi dire, qu'une tribu, et dans l'impossibilité de prendre rang parmi les grands peuples dans
1 Cantabrura indortum jaga ferre nosira, elr. (Lib. Il, od. 4, v. 2. ' Caulaber sera domilas catena. (Lib. III, od. 8, v. ±J.> Te Canlabcr non ante domabilis Miratur. (Lib. IV, od. 14, v. 4U
l'organisation de nouvelles nationalités , soit au milieu , soit à la fin du moyen âge , ils se résignèrent à la condition où nous les voyons aujourd'hui , et qui nous reporte aux premiers temps de leur histoire.
Avant de cesser d'avoir une poésie qui leur fût propre, les Basques durent posséder un bien grand nombre de chants guerriers et épiques, pendant quinze siècles de combats continuels qui les ont presque anéantis ; mais il est à croire que ces chants n'étaient guère que des inspirations de circonstance peu faites pour produire une impression profonde sur les esprits, et comme les chants les plus nouveaux sont les plus agréables », les derniers venus firent oublier les anciens.
La position que les événements et le respect des peuples voisins ont faite aux Basques dans les temps modernes , eu Espagne , par la reconnaissance du petit royaume de Navarre, et plus tard par la conservation de leurs fueros , en France également par d'insignes privilèges d'exemptions et de noblesse, cette position a définitivement amené ce petit peuple épuisé, rassasié de tant de généreux combats , incapable de relever désormais son autique drapeau , à vivre silencieux sur ses montagnes et dans ses vallées , préférant avouer sa lassitude et goûter le repos acheté par des efforts sans exemple, au moins pour la durée, que se confondre avec les autres peuples et jouir d'une gloy-e qui ne lui appartiendrait pas en propre. De là des chansons ne traitant que des sujets paisibles et champêtres, ou conservant le souvenir d'aventures quelquefois tragiques «.
Encore une fois , l'épuisement , la lassitude de tant de guerres , le dépit de tant de sang inutilement versé, qui n'avait abouti qu'à
' Homère, My».( eh. I , ?. 252. — Un de nos trouvères, parlant d'une réunion élégante, nous représente
Dames et puceles Qui ebantoient chantons noveles.
( La Chasielaine de Saint-Gillc, v. 273. — Fabliaux et conte», etc., édit. de Méon, t. III, p. 379.)
* Les plus anciennes de ces petites compositions, dont certaines paraissent avoir eu pour àuirtirs des femmes, ne nous sont connues que par Esteban de Garibay et par le D* Puerto, de Hernani.qui rapportent plusieurs fragments de chants guipuzeoans du XV" siècle; on le* retrouvera plus loin.
user, anéantir à la longue sa nationalité , firent envisager au Basque la guerre comme un Iléau, la valeur et les hauts faits comme l'expression naturelle du courage provoqué par des agressions injustes ; il lui fut dès lors difficile de poétiser et d'écouter avec charme des récits et des descriptions, agréables seulement pour ceux qui n'en ont pas subi les affreuses réalités, ou, tout au plus, pour ceux qui, un moment éprouvés par les dangers , peuvent attribuer à ces dangers mêmes quelques résultats avantageux dans le présent ou pour l'avenir. Alors , en effet, les souffrances et les périls, présentant un côté favorable quelconque , peuvent parvenir à plaire ; mais rien de tout cela n'enflammait l'imagination des Basques : souffrances sans nombre , dévastations , horreurs de toute sorte, voilà ce qu'ils n'avaient cessé de trouver dans les batailles, dans les rencontres. Ils s'y étaient conduits en héros, esclaves du devoir de tout homme libre attaqué dans ses foyers. Ce devoir noblement accompli écartait d'eux les regrets sur le passé ; dans le présent , ils se sentaient humiliés de ne plus se voir qu'une tribu, libre sans doute, mais dans un héritage envahi; dans l'avenir, plus d'espérances : où trouver matière à inspiration, autremeut que pour peindre une situation par un seul trait énergique et brillant l 'i
Les Basques cessèrent donc de bonne heure de composer des chants épiques destinés à célébrer les aventures et la gloire t'es braves, et ceux qui avaient été composés à d'autres époques se perdirent sans retour. Il faut sans doute regretter une pareille perte ; mais on ne saurait en faire un crime à des montagnards illettrés, quand on voit la même chose se reproduire dans îles pays mieux partagés sous le rapport de la culture intellectuelle. Que les Goths aieut oublié leurs chants nationaux pareils à ceux
' Boucher, dans ses Souvenin du Pays Itasqae , p. 63, et Lûdemann, dans son Voyage aux Pyrénées, p. 326, rapportent une anecdote qui donne bien l'idée dn caractère basque sous ce rapport. Un étranger demandait , a l'aspect des ruines de Hendaye, ce qu'étaient devenus cette ville si riche, ses habitants renommés, ses hardis marins : t Allez a Ametzpil, répondit un paysan, là sont les premiers; les autres sont dans le grand champ derrière l'église. » L'étranger y fut : vis-à-vis Ametipil il vil le cimetière; derrière l'église il trouva la mer. — Un jour, à Pampelune, je demandais à une femme du peuple des nouvelles de son mari : « Il est, dit-elle en me montrant le eiel, puis en portant la main sur son coeur; il est dans l'éternité et ici. » Il était mort.
qui se firent entendre aux funérailles de Théodoric II , tombé à la bataille de Chàlons *, personne ne songe à s'en étonner, ces chants n'ayant pas dû survivre à la langue et à la religion primitive des barbares dont ils constituaient les annales; que la chanson de guerre teutonique mentionnée par Othon Morena comme en usage au XIIe siècle », ait eu le sort des chants satiriques qu'au siège du Château- Gaillard les soldats français et le peuple s'amusaient à composer sur la garnison prisonnière 3, je le comprends encore; mais je suis fondé à faire un grief aux écrivains des X1V% XV# et XVI* siècles, qui font mention de chansons populaires, de s'en être tenus là, au lieu de prendre la peine de nous les faire connaître plus amplement *. Je soupçonne, d'après un vers de l'un de nos anciens poèmes », que, voyant certains couplets si bien et si universellement établis dans la mémoire de leurs contemporains, les écrivains de ces époques considéraient l'immortalité comme
1 Joruand., de Getarum, sive Gotkorum Origine, et rebut gettis, cap. XLI. Cf. Histoire de la Gaule méridionale tout le» conquérant» germains, par M. Fauriel, 1. 1, p. 537. — Procope ( De Bello Yandal. , lib. II, cap. VI ), et, d'après lui, Cedrenus, racoutent qu'un roi vandale, Gélimer, assiégé dans une ville d'Afrique, pria le générai ennemi de lui envoyer une cithare pour eiécoter un ebant qu'il avait composé sur ses misères.
* Rer. Ital. Script., I. VI, col. 1147, A.
a Guill. Armor. Brit. , Philippid. lib. VII, v. 451 Le mot proverbia, qu'emploie le poète avec eantiea , semble se rapporter a des dictons du genre de celui que l'on peut lire dans le t. IV des Manuscrits françols de la Bibliothèque du Roi , p. 60, avec celte différence que les brocards de li04 étaient , non plus en langue latine, comme les chants populaires répandus parmi les basses classes de la population gallo-romaine au V siècle (Hist. de la Gaule mérid., etc., t. I, p. 439. Cf. Edél. du Méril, Poés. pop. lat. ant. au XI 7" siècle), mais en langue vulgaire, comme les cantilènes rustiques interdites par Gauthier, évèque d'Orléans, vers 858. (Sacro-savcta Concilia, ed. Labbe et Cossarl, t. VIII, col. 640. B, E.)
1 Chronique du Religieux de Saint-Denyt , liv. Il, chap. II, ann. 1381 ; 1. 1, p. 91. — Les Chroniques de sire Jean Froissart, 1. 1, p. 698, 699, ann. 1375. — Journal d'un bourgeois de Paris, éd. du Panthéon littéraire, p. 618, col. 1. — Le Divorce satgrique, a la suite du Journal de Henri 111, Mit. de la Haye, M.DCC.XLIV., in-8°, t. IV, p. 511, etc.
* Faussement a ouvré pour nous, en ceste anée : A tous jours en sera malle canebon eantée.
{ Le Chevalier au Cggne, édit. de M. le baron de Reiocnberg , t. II, p. 183, v. 8073.) D'autres passages montrent quelle appréhension nos ancêtres avaient de ces mauvaises chansons, et combien elles influaient sur leur conduite, surtout a la guerre : Or guart ebascuns que granz colps 'I empleit, Que malvaise eançnn de ni» chantet ne seit.
{La Chanson de Roland, coupl. LXXVIII ; édit. de 1837, p. 40.) Pur Deu vus pri que ne seiez Tuiant , Que nulz prozdom malvaisement en chant. *
( Ibid., coupl. CX1V, p. 59. Cf. p. 57.)
228 LE PATS BASQUE.
acquise à ces vers bien plus qu'aux circonstances qui les avaient fait naître.
Nous ignorons si les Basques ont jamais rêvé une aussi belle destinée pour leurs chants nationaux; mais il est sûr qu'ils ont encore moins fait pour en conserver même le souvenir, peut-être à cause de l'insuffisance de leurs moyens. Ces chants, si, comme je le suppose, ils ont jamais existé, depuis longtemps ont disparu : il faut y renoncer; mais là où, en certains endroits, le laboureur, pareil a celui de Virgile , a dû fréquemment pâlir à la vue des javelots et des ossements gigantesques de guerriers antiques déterrés par sa charrue, des pasteurs paisibles, sinon heureux, modulent des chants , qui , pour être moins fiers , moins anciens et ne porter l'empreinte d'aucune époque , ne sont pas pour cela dénués de charme et d'intérêt. Hùtons-nous de les soustraire à l'oubli qui les menace », ne fût-ce que pour empêcher le retour des regrets et des plaintes auxquels ont donné lieu nos pertes en ce genre, surtout pour montrer qu'en fait de poésie populaire, comme dans tout le reste , la Frauce n'a que peu de chose à envier aux autres nations.