‹ Le Pays BasqueChapitre 35 sur 152 · LE CHANT DES CANTABRES · texte numérisé non relu

LE CHANT DES CANTABRES

Argument.

Les Escualdunac se vantent d'avoir conservé un monument de leur lutte contre les Romains. A les eu croire, Auguste ayant fait la guerre aux Cantabres et les ayant vaincus, ceux-ci, sous le commandement d'Lchin , leur chef, se retirèrent sur une haute

' L'auteur d'une vieille comédie fait dire a l'un de ies personnages, qui vient d'cssuytr une conversation en labourdin :

Comment ! ils parient vasque? Ah! le plaisant autbeur ! S'ils ne parlent François, je suis leur serviteur.

( Poisson, te Poète batqne, se. IV.) Cralgnaut que le lecteur ne m'en dtt autant, j'ai ajouté au texte une traduction littérale. Dans une comédie d'une d;itc postérieure, l'un des personnages, avant de chanter deux couplets en gascon, fait observer qu'ayant dessein de courir toute la France, il a cru devoir faire quelques scènes dans le langage particulier de chaque province; « et il y aura, ajoute-t-il, dans mes opéras, du gascon, du normand, du bas breton et du basque. » t Le Ballet exlraragaut, se. XV. Paris, Cuillain , M.DC. XCIV., in-tt, p. 47.)

montagne , où leurs adversaires les tinrent bloqués pendant plusieurs années. La paix étant venue les délivrer, Uchin partit pour l'Italie, où il fonda, dit -on, la ville d'Urbin. Pas plus que M. Fauriel *, je n'ajoute foi à ces traditions; mais il est pourtant singulier, comme l'observe M. de Huinboldt, que le nom d'Urbino (Vrbinum ) soit un mot basque, qui signifie ( ville ) entre deux eaux, et qu'il y ait en Alava un village appelé Urbina*. Après le départ d'Uchin, les Cantabres se donnèrent un autre chef nommé Lecobidi.

Tels sont les événements, vrais ou faux, auxquels il est fait allusion dans cette pièce , qui ne brille pas , il faut le dire , par la clarté.

Le premier couplet semble étranger au reste. « Il se rapporte, dit M. Fauriel, à une vieille histoire basque, d'une étrange ressemblance avec celle d'Agamemnon. Il y eut, selon cette tradition, un chef très-brave et fort aimé, nommé Lélo. Ce chef ayant été obligé de faire une expédition de guerre en pays étranger, un certain Zara profita de son absence pour séduire sa femme Tota. Lélo, son expédition terminée, étant revenu chez lui, les deux amants se concertèrent pour le tuer, et le tuèrent. Le crime fut découvert et fit du bruit. Il fut décidé dans l'assemblée du peuple que les deux coupables seraient à jamais bannis du pays. Quant à Lélo, il fut ordonné que, pour honorer sa mémoire et perpétuer les regrets de sa mort , tous les chanta nationaux commenceraient par un couplet de lamentation sur lui. Si singulière que puisse paraître cette histoire, ajoute M. Fauriel, il y a un proverbe basque qui s'y rapporte et semble en attester sinon la vérité, du moins la popularité. Bethico Leloa, (c'est) l'éternel Lélo, ou éternel comme Lélo, dit-on de toute chose trop répétée. M. de Humboldt cite en outre le refrain d'une vieille chanson en l'honneur de Lélo \ »

' histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants germains, I. II, appendice n° III, p. S«.

* Je connais , dans celle province , trois localités de ce nom. Voyez Diecionario geogrAfteo-histôrico de Espafta por la real Academia de la historia, secc. I, t. Il, p. 409, 410.

1 A mon tour, je citerai dent pièces du recueil «1c Bernard d'Etcbepare ou se retrouve Ulo. On lit dans la première, intitulée potaren Galdacia ( la Demande du baiser ) :

Cette anecdote de l'histoire basque peut être vraie ; mais j'ai de la peine à croire que le premier couplet du chant qui suit ait trait à cette particularité, et je doute que le proverbe, s'il existe réellement, en soit venu. A mon sens, lelo il lelo, etc., n'est qu'un refrain, une espèce de flonflon, de Ira la la, dérivé de l'espagnol helo ( voici ), par lequel commence une ancienne romance :

1 Helo, helo, por do viene El Infante vengador Caballero à la gineta En un caballo corredor !

( Romancero castellano , etc. LeipMque : F. -A. BrocLhaus, 1841, in-12, t. Il, n» 81, p. 205.)

Au reste, le refrain de Lelo, entendu comme l'explique M. Fauriel, rappelle le hélas Linus (cuÀm) des chansons funèbres de la Grèce. Le euÀtvs était aussi un refrain, et, quelle qu'en fût l'origine, un refrain lugubre. L'hymne de deuil lui-même s'appelait linus, œlinus ou elinus. Dis le linus est l'exhortation que s'adressent les vieillards d'Argos dans la belle lamentation du premier chœur de X Agamemnon d'Eschyle. Une tradition racontait que Linus était un beau jeune homme de naissance divine, qui avait vécu parmi les bergers de l' Argolide et que des chiens sauvages avaient mis en pièces; une autre en faisait un fils d'Apollon, un aède qui avait vaincu Hercule sur la cithare , et que ce dieu avait tué d'un coup de son instrument. « Tous les aèdes, dit Hésiode, et Ions les citharistes gémissent dans les festins et dans les chœurs de danse, et appellent Linus au commencement et à la lin de leurs chants *. »

Eta lelori bay, lelo, pota franco, vercia vego... vers qac M. Arr.hu traduit ainsi : « Oui , je donnerai h Lelo, a mon Lelo, des baisers h profusion, mais qu'il ne louche pas au rcsle.... » La seconde, qui est une sauterelle ou un pas de danse, se termine ainsi :

Etoy lelori bai lelo, leloa çaray Icloa,

Hcuscarada campora cla goaccu oro daoçara ; c'est -a-dire, toujours scion M. Archu : « J'envoie ceci h Lelo, oui Lelo, vous êtes Lelo, oui Lelo , l'Euscara a vu le jour, allons tous à la danse. ■ Voyez Acte» de l'Académie royale de» science», belles-lettres et arts de Bordeaux, 1847, p. 132, 144, 148, 157.

1 Voyrz vm*loire de ta littérature grecque, par Alexis Pierron. Paris, librairie de L. Hachette et C% 1850, in-12, chap. Il, p. 14.

Pour en revenir au chant des Cantabres , il est difficile de croire qu'une pièce de cette antiquité, en la supposant du même temps que le fait auquel elle se rapporte, ait pu se conserver aussi longuement dans le souvenir du peuple, qui oublie si vite : aussi ne la donne- 1- on pas comme ayant été puisée à cette source. Selon M. de Humboldt, ce chaut fut trouvé vers 1500, par Juan Ibanez de Ibargueu , chargé de faire des recherches dans les archives de Simancas et de la Biscaye. Il était écrit (ce qui, après tout, n'est pas impossible) sur une feuille de très-vieux parchemin, tout rongé de vers, et consistait en un grand nombre de couplets, dont le savant Biscayen transcrivit seulement quatorze. Cette copie, oubliée comme l'avait été si longtemps l'original *, resta inédite jusqu'en 1817, où Guillaume de Humboldt la publia dans son supplément à l'article de la langue basque du Mithridates de Vatcr *. Le langage de ce fragment est, comme on doit s'y attendre, fruste et abondant en archaïsmes, en termes perdus et inconnus, dont on ne peut risquer l'explication que sous toutes réserves; en un mot, il présente des signes d'antiquité tels, que s'ils ne prouvent pas celle du morceau, leur accumulation pourrait bien avoir pour résultat d'inspirer de la défiance sur son authenticité. C'est dire que nous n'y croyons pas aussi complètement que les savants d'après lesquels nous reproduisons ces couplets.

Lelo! il Lelo; Lelo! il Lelo; Leloa! Zarao Il Leloa.

Eromaco arotzac Aloguin , eta Vizcaiac dama Cansoa.

(0. Lelo! mort (est) Lelo; (0) Lelo! mort (est) Lelo; i,0) Lelo! Zara A tuô Lelo.

Les étrangers de Home Veulent forcer la Biscaye, et La Biscaye élève Le chant de guerre.

' linrriu la cite dans son Hbtoire générale de Biscaye, écrite en espagnol a Biarritz en 1785, et D. Joan Antonio de Mognel s'étend assez longuement sor cette pièce, qu'il regardait comme authentique, dans une lettre adressée a D. José de Vargas Ponce, le 30 mars 1801 Voyez Mémorial kistôrico cspaUl, etc., t. VU, p. 720-721

* Bnichligungen nnd Zusàtie sum ersten Abschnitle des twtgten Bandes des Milbridate* iher dit. Cautabriseke oder Bask'tscke Sprache, von WHhem von Humboldt. Berlin, 1817, in-8°, p. 84-89.

LE PATS BASQUE.

Oetabiano Muntluco jauna, Lecobidi Vizcaioa.

Itchassotatic Eta leorrez, Imini deuscu Molsoa.

Lcor celaiac Bereac dira , Mondi tansaiac , Leusoac.

Lccu ironean Gago-zanean , Norberac sendo (Dau) gogoa.

Bildurric gutclri, Arma bardinaz; Oramaia, zu Guexoa !

Soyac gogorrac Badirituiz, Narru billosta Surboa.

Bost urteco, Kgun, gabean , (îlit'Mi bagaric , Hochoa.

(lureco bata 11 bndaguian , Bost amarren Galdua.

Octavien (est)

Le seigneur du monde,

Lecobidi

Celui de la Biscaye.

Du côté de la mer Et du côté de la terre, (Octavien) nous met Le siège (à l'entour).

Les plaines du rivage Sont à eux,

Les bois de la montagne , Les cavernes *.

En lieu favorable Nous étant postés, Chacun (de nous) ferme A le courage.

Petite ( est notre) frayeur, A armes égales ;

( Mais) ô notre huclic au pain , vous (Êtes) mal (pourvue)!

Si dures cuirasses Ils portent ^eux), Les corps sans défense (Sont) agiles.

Cinq ans durant , De jour, de nuit , Sans aucun rejms, Le siège (dure*.

Quand un de nous Eux tuent, Cinq dizaines d'eux iSont) détruites.

1 II semble qu'il faille, a l'exemple de M. Paoricl, sous-entendre à non»; earsi le récit que nous avons fait en commençant est exact, les Cantabres se trouvaient dans une position analogue a celle des Klcphte?, dont l'an dit que les braves ont pour villes les solitudes et les gorges des montagnes :

Xùputç >.ayxââta x i frétai; t/v-v rà TraÀAïixaota.

(Chant* populaire» de la Grèce materne, 1. 1, n° XXIV, p. 128.)

Aec aniz, ta Un guteln-taia, Azquen indugu La 1 boa.

Gheuro lurrean Ta aen errian Biroch ain baten Zauioa.

(Mais) eux (sont) nombreux , et Nous (sommes une) petite troupe, A la fin nous avons fait Amitié.

Dans notre terre

Et dans leur pays

(Il y a) une manière de lier

Les fardeaux.

Ecin gheyago. Davantage (était) impossible.

Tiber lecua Gueldico zabal.

Uchin tamaïo Urandojo.

(Illisible.)

Handi arichac Gbeslo sindoaz Bethigo naiaz Nardoa.

La ville du Tibre Reste étendue.

Uchin. . .

(Est) grand.

Des grands chênes La force s'use Au grimper perpétuel Du pic.

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