‹ Le Pays BasqueChapitre 37 sur 152 · LA BATAILLE DE BEOTIBAR · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE BEOTIBAR

RT AUTRBS KlUfiMBXTS ANCIENS .

Les six premiers vers qui suivent appartiennent à une vieille chanson qui remonte , selon toute apparence , à l'époque même de la bataille donnée le 19 septembre 1321 , et gagnée par les Ciuipuzcoans sur les Biscaycns. Publié pour la première fois par Estcvan de Garibay, ce fragment a été répété depuis par Argotc de Molina, le docteur de Isasti *, et par bien d'autres «.

Le début en est remarquable en ce qu'il se retrouve , ou peu s'en faut , dans une pièce que M. Chaho fait remonter jusqu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne s, et qu'il offre un tour et un ordre d'idées familiers aux poètes modernes *. Une vieille chanson bretonne présente également quelque chose d'analogue :

Chaque chose a sa loi : — l'eau coule de la fontaine, — l'eau des- . cend au creux du vallon, — le feu s'élève et inonle au ciel.

(Kroa: ann tient [la Croix du chemin], dans le Barzas Breis, t. II, p. 288, 289.)

Peut-être aussi faut-il voir un début du même genre dans ces quatre vers par lesquels s'ouvre une vieille chanson russe, et qui portent l'empreinte de la rêverie qu'inspire le spectacle de la nature 5 :

1 Compendio historial de la M. S. y il. L. provincia de Guipuicoa, 111». II, cap. IV, sect. iî, p. 273.

* Voyez notre Introduction * la seconde édition des l>roverbes basque» recueillis par Arnaud Oikenart, p. Ivj, en note. — Garibay a encore répété les deux premiers vers de ce morceau dans son recueil de proverbes basques. {Mémorial histôrico espafiol, t. VU, p. 638, n° 25.)

» Voyage en Navarre, etc., ebap. X, p. 338.

* Voyez, entre autres, la VII* harmonie de Lamartine (Hymne de l'enfant à son réveil), st. VI et VIL

» 4e retrouve le môme cachet dans la Fille au bord de la mer, chanson serbe d'une simplicité et d'un charme extrêmes :

Assise toute seule sur le bord de la mer, une jeune fille se disait : « Mon Dieu, qu'y a-t-II de plu grand que la mer, de plus vaste que la plaine, de plus rapide que le coursier? Qu'y a-t-ll de plus doux que le miel? Qu'y a-t-il de plus chéri qu'un frère? • Doucement, du

Haut est le ciel étoile , — profond est l'abîme de l'Océan , — vastes sont les vallées dans toute la terre , — et forts sont les abîmes du Dnieper.

(Solovei Budimiroviteh , par kircha Danilov. — Skvxaniia russhago raroda, èdit. do J. Sacharov. Pétersboarg , 1841 , grand in-8°, [. I, liv. IV, p. 20. Cf. Bévue de» Deux-Mondes , sec. sér. de la douv. pcr.. I. Il, p. 1186, 1187.)

Sans remonter jusqu'à l'antiquité grecque 4, on trouve encore dans la poésie klephtique une espèce île lieu commun comparable au début de la chanson basque. Je veux parler de cette formule de prologue par lequel commencent fréquemment les pièces où il s'agit de célébrer un fait de guerre :

M*/;va fiovcàhot c^dÇcv-ai; pjva ÛEf,id pùévojv',

Kt ovtiè fio'jcàho, vydtÇoyzxt , va c>)e û-piz uxIôvojv *.

Le distique suivant prête encore plus au rapprochement que nous voulons établir :

« La mer noircit; le flot revient au rivage : ah! comme il y a longtemps que je t'aime !

c Soupir brûlant et mélancolique , dit l'éditeur, si naturel que, pour se graver dans la mémoire, il pourrait se passer de la rime! C'est une image, ajoute-t-il, une émotion subite, mises à côté l'une de l'autre sans raisonnement et sans connexité, comme ce quatrain répété eu Suisse :

fond des eaux , on petit poisson lai répond : « Fillette naïve, le ciel est bien pins grand que la mer, la mer est bien pins vaste que la plaine, et le regard pins rapide que le coursier. Le sucre est plus doux qoe le miel , et l'amant plus doux qu'an frère. > Dlerolko sïedt Irai ntora, etc., publ. par Vuk Slcfanoviich Karadjilj. (Rev. des Dent-Mondes, seconde série de la nouv. pér., t. Il, p. 1174.) « Tout le monde connaît le début de la première olympique de Pindare :

AoicTov (liv ûo\wj5;ô Si Zpvaôç euôô/xevov irûp «Tt Si«nf,iirti vvy.ri jxtyâvùpoç eçoxa ff^ovrov, etc.

Ailleurs on lit ( olymp. 111 , str. 9 ) :

oi xp<xôf atOoiïîTKTov, etc.

1 Voyez Chants populaires de la Grèce moderne, t. 1, n° II, p. 10, 11 T. II, p. 188, b° XXI, se trouve une forai aie de début usitée pour les chansons dont le sojet est triste.

« Le soleil luit sur le glacier; les étoiles sont au ciel. 0 toi! ma plus grande joie , combien je t'aime ' ! »

N'est-il pas aussi de l'essence de la ballade antique d'avoir pour refrain une vérité générale qui n'offre aucune espèce de rapport avec le sujet ? C'est là, j'imagine, ce qu'a voulu renouveler Victor Hugo dans sa Légende de la nonne, dont tous les couplets se terminent ainsi :

Enfants , voici des bœufs qui passent, Cachez vos rouges tabliers.

Dans la Moldavie , la plupart des cbants populaires commencent par ces mots : Feuille verte de noisetier, ou de chêne, ou de muguet, ou de sapin, etc. Cette introduction, qui doit nous sembler étrange, cessera de nous étonner après avoir lu l'explication de M. Alexandri : « La fleur ou l'arbre, dont le poète populaire arrache une feuille pour la mettre au front de son petit poëme, doit avoir quelque analogie symbolique avec le sujet même du chaut ; en sorte que, sous une forme allégorique, la feuille de telle ou telle fleur, de tel ou tel arbre, joue le même rôle que l'invocation- des poèmes antiques , invocation qui sert d'explication du sujet. Ainsi , le poète veut-il chanter un brave brigand? il choisira, parmi les arbres de la forêt, celui qui donnera le mieux l'idée do la force, et il commencera nécessairement par la feuille verte du chêne; plus loin, dans le cours même de la légende, le brigand arrive-t-il au terme de sa vie ? le poète fera ligurcr la feuille verte du sapin, l'arbre de la mort. S'agira-t-il, au contraire, d'une jeune fille ? le chant commencera par la feuille verte de la rose, ou par la feuille du muguet, ou par la feuille de la violette, t ic.

« Tel a été, dans le principe, ajoute M. Alexandri, le sens de cette allégorie poétique; mais, plus tard, les troubadours eigains qui parcourent le pays ont abusé de la formule et en ont fait une licence poétique, qu'ils ont poussée souvent jusqu'à l'extravagance *. »

• (M* h du peuple en Grèce, t. II, p. 474, 48t.

» Ballades et chants popalairei de la Roumanie, recueillis et iradoits par V. Alexandri. ParU, E. Dentu, 1855, p. 18S, not. 19.

A la suite des six vers sur la bataille de Beotibar, j'ai cru à propos d'eu donner quatre autres qui se rapportent à Domenjon Gonzalez de Andia, célèbre Guipuzcoan de la fin du XVe siècle, et une devise en trois vers qu'on lisait sur un tableau héraldique de Leyzaur, à Andoain, représentant une sorte de hibou; je les ai tirés du Diccionario geogritfico-hislôrico de Espana f.

L'Abrégé historique du Dr Lope Marti nez de Isasti m'a fourni les deux derniers fragments *, qui ne figurent ici qu'à titre de reliques littéraires. L'éditeur n'en ayant pas donné la traduction, il faut croire qu'elle n'est guère possible aujourd'hui, à moins d'un travail dont je ne me sens pas plus capable que lui. Je me bornerai à reproduire les lignes dont il les a fait précéder, afin d'indiquer les circonstances dans lesquelles ces vers ont été composés.

Dans la ville d'Oùate, il y avait, au milieu du XV* siècle, une grande chasse à laquelle se rendaient habituellement nombre de cavalleros. Parmi eux vint un frère du sire de Muxica y Butron, qui s'éprit d'une dame de la maison de Ugartezaval et en eut ce qu'il voulait. Le mari l'ayant su, prit son temps et tua le séducteur. A l'occasion de ce meurtre, Goniez Gonzalez de Butron fut inquiété ; il vint àMondragon avec toute la Biscaye contre Ouate, et se mit en état de défense. Pour le contraindre à sortir, les habitants de cette dernière ville employèrent le feu. Une sortie eut lieu, puis une bataille , qui se termina par la mort des combattants près de la Magdalena. Le fait est attesté par les cinq vers d'une chanson dont on n'a pas conservé le reste.

A la même époque, c'est-à-dire vers le milieu du XV* siècle, les lacayos, espèce de miquelets, venaient habituellement de tout le Pays Basque chercher un iisile à Ouate, chez Sancho Garcia de Garibay. Au port de San Adrian, ayant demandé pour boire à un muletier de Hernani appelé Juan Zaar, sur son refus, ils lui prirent son argent. Plainte au corrégidor et à la junte provinciale, qui envoyèrent le merino major en force à Oiïate. Avertis de ce qui se passait, Sancho et ses lacayos se réfugièrent dans la grotte

1 Section 1, 1. 1, p. 7i, col. 1 , art. Andoain; et t. II, p. 585, col. i , art. tolosa. » Compend. Ai*/., etc., apendice, p. », 36.

de Santa Ibia, et y furent mis en état de siège. La grotte avait, à une (ïemi-lieuc de là environ , une porte par laquelle ils recevaient de leurs amis ce qui leur était nécessaire, par un serviteur nommé Zalagarda , et c'est alors que fut composé le couplet où il figure.

Le Mcndoza nommé dans le quatrième vers était le merino major. Sa provision de vin fut prise en route et portée aux assiégés de Santa Ibia. Toute la herniandad les tint bloqués pendant quelques jours. A la lin, voyant qu'ils ne voulaient pas se rendre, elle amoncela contre la porte des flèches de lard et y mit le feu, dans l'espoir de brûler ceux qu'elle protégeait ; mais ils étaient bien en sûreté. Cette aventure donna lieu au chant qui termine cette série ; comme ceux qui le précèdent , il est en dialecte guipuzcoan.

DEOTIBARRECO QUDUA. LA BATAILLE DE DEOTTBAR.

Mila urte y garota Depuis plus de mille ans

Ure vere videan. L'eau va son chemin.

Guipuzcoarroc sartu dira Les Guipuzcoans sont entrés

Gasteluco etchean ; . Dans la maison du château fort ;

Nafarrokin hartu dira Avec les Navarrais ils se sont livrés

Beotibarrc pelean , etc. A Beotibar bataille , etc.

DOMENJON DE ANDIA.

Sagàrra eder, guezateà , Guerriyan ère espateà.

Domenjon de Andià, Guipuzcoaco erreguià.

DOMENJON DE ANDIA.

La belle pomme , la douceur.

Au côté aussi l'épêe.

Domenjon d'Andia, Du Guipuzcoa le roi.

Jauna , gue zuri , Seigneur, nous à vous ,

Ez zuc guri. Non vous à nous.

Leizarturrac ontzari. La Frênaie au hibou.

Gomez andia canarren Anzan Presebal bere Bai Joanicori bere Madalenaan ei danza Viola, trompeta bagué.

244 LE PATS BASQUE.

Ala Zalagarda, Zalagarda ma!a, Zalagarda gaisto , Onazlarra ondaco.

Ardao ziiri, ardao Madrigalgoa, Ardao zuria Mendoza gana doa Alabana sanda ili gogoa Zalagarda zanda ilira doa.

Sanda iliac atrac dilu zizarrez Nola zizarrez ùA ala zendalez Ilermandadea arcandoa negarrez Anso Garcia é gastcluori cinunez Ec invinda cstiquicha esan ez.

Lascavarroen y esataco laslorra Lascavarro costatuan onela Gavaz ère urlunica obola Argui izarroc dilugula candcla OsUituan guera diro igu emcnda.

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