LE C A G 0 T
Si vous parcourez jamais les Pyrénées occidentales, vous entendrez souvent répéter les mots de Cagots , d'Agots, de Crestiaas. Ici c'est la fontaine des Cagots , là une porte d'église appelée la porte des Crestiaas. Le Cagot, le Crestiaa, c'est ce Basque , ce Béarnais au teint blanc ou plutôt blafard, aux cheveux blonds, aux yeux bleus , au lobe de l'oreille enllé et arrondi, que vous voyez passer là-bas. Votre guide vous le signalera d'un mouvement de tête accompagné d'un sourire mystérieux , et vous dira tout bas : C'est un Gigot.
Que faut-il entendre par ce nom ? Une race d'hommes autrefois proscrits par l'opinion publique et par les lois, et pour ainsi dire tenue en quarantaine dans les lieux qu'il lui était permis d'habiter. Ne demandez pas aux gens du pays la raison d'un préjugé aussi tenace, d'un traitement aussi barbare, vous n'obtiendriez que des réponses confuses, contradictoires et souvent absurdes 1 . Demandezleur plutôt quelque anecdote relative à ces parias, quelque chanson destinée à les tympaniser. Mais il faut bien espérer qu'avant peu tous ces témoignages d'un passé déplorable seront eflacés de la mémoire du peuple, et que l'odieux préjugé qui leur a donné naissance aura disparu des mœurs pour ne plus se retrouver que dans l'histoire.
1 Le lecteur curieux de connaître les lamentables annales des Cagots, Capots, Agots, Crestiaas et Cabets, les trouvera dans notre Hiitoire des races maudites de la France et de l'Espagne, deux volumes iu-8°, dont ces races occupent plus des trois quarts.
'270 LE PATS BASQUE.
Des nombreuses chansons composées sur les Cagots, je n'en connais qu'une seule en basque. C'est un dialogue en dialecte soulctin, recueilli de la bouche d'un octogénaire, qui affirmait l'avoir appris dès sa plus tendre enfance et ne l'avoir pas entendu chanter depuis plus d'un demi-siècle. Suivant une autre version, l'auteur serait un coblacari d' Aussurucq , mort en 1845, à l'âge de quatre-vingts ans, et qui en avait dix-huit quand il composa cette pièce : elle serait par conséquent de 1803. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle n'est pas sans mérite; aussi n'hésité-je point à la reproduire ici.
( 8obirot«rri .)
ARÇAIRA.
Argui ascorian ginic ene arresekila, Bethi beha entçun nahiz nounbailic çoure botça. Ardiac noun utei tuçu? Cerentaco errada iNigarroz ikliousten deiçut çoure begui ederra?
AKÇAIRSA.
Ene aitaren ichilic gin nuçu çouregana , Dihotça erdiaturic , cihauri eraitera Cambiatu deiladela ardien alhaguia, Scculacoz defendatu çoureki minçateia.
LE CAOOT.
(B.,,u. .oul.t.a.) LK H F. B G E 1\ .
Dès l'aube du jour, (je suis) arrivé avec mon troupeau, Toujours écoutant, désirant entendre de quelque côte votre voix. Où avez-vous laissé les brebis? D'où vient Que je vois votre bel œil plein de larmes?
IA BFROÈRF..
A l'insu do mon père je suis venue vers vous, Le c(rur brisé de douleur, pour vous dire a vous-même Qu'il m'a changé le pâturage de mes brebis, Défendu pour jamais de parler avec vous.
LÉGENDES POÉTIQUES
Ançitiu.
Gor niça, ala entçun dut? Eranditacia?
Seculacolz gin caistala adio eraitcra ?
Etciradia orhitccn guc hitz eman dugula Lurian bici guircno alcaren maitatcera?
ARÇAINSA.
Atço nourbait içan duçu ene aita amctara, Que alcar mai te dugula aien avertiteera , Huruntastez alcargaoic fltez diten lehia, Eta eztitian junta casta agotarekila.
ARÇA1NA.
Agotac badiadila badiçut ençutia; Que eraiten deitadaçu ni ère baniçala.
Egundaino ukhen banu demendren leinhuria , Enunduçun ausarturen beguila soguitera.
ARÇAIN5A.
Gentetan den ederrena umen duçu Agota : Billio hori , larru çouri eta begui nabarra.
LB BKRGIR.
Suis-je sourd , ou l'ai-je entendu? Me l'auriez -vous dit? Que vous êtes venue me faire vos adieux pour toujours? Ne vous souvient-il plus que nous nous sommes donné parole D'aimer l'un l'autre tant que nous vivrions sur la terre?