LA PREMIÈRE FLEUR
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Nous avons reproduit, d'après YAriel, une vieille romance, histoire naïve d'une séduction réparée par un mariage en règle; la même source nous fournit encore une autre scène érotique, où les rôles sont changés et le dénouement différent1. Comme le fait remarquer M. Chaho, les chansons qui ont trait au genre d'intrigues dont celle-ci nous offre une mise en scène, brillent surtout par la finesse de l'ironie; elles peignent au naturel l'esprit du peuple basque, ainsi que le caractère et les mœurs de la jeunesse. La forme de la composition poétique est invariablement la même : c'est toujours un petit drame dialogué, dans lequel le barde fait parler les soupirants et les jeunes filles; quelquefois, il intervient lui-même comme narrateur ou moraliste. Quand nous disons le barde ou le poëte , ajoute M. Chaho, il faut entendre le héros du roman ; car le don de l'improvisation est très-commun et populaire chez les Basques , et l'intimité des circonstances prouve que le plus souvent c'est l'amant lui-même qui célèbre son bonheur ou ses déplaisirs. Les chansons satiriques destinées a bafouer quelque scandale font seules exception à cet usage. Les jeunes filles ne se bornent pas à inspirer la verve de leurs adorateurs ; fréquemment elles fournissent elles - mêmes les couplets qui les concernent , répondant par de tendres aveux ou par des refus exprimés avec une malignité spirituelle. Toutefois, c'est un talent dont les Basquaises ne se targuent pas en public, sans doute parce que la liberté de certains détails répugne à leur modestie et qu'elles ont besoin d'ombre et de mystère pour s'enhardir à improviser.
Passons maintenant le seuil du sujet. Le début est plus que
1 Voyez le n° do 9 mars 1845.
cavalier, et ne promet rien de bon pour le soupirant qui s'attaque ainsi à la fierté du cœur féminin , si susceptible en ce qui touche à la modestie et à l'honneur. Néanmoins, la jeune fille riposte gaiement. Le galant, d'abord soupçonneux, ne manque pas d'ajouter foi à la vertu de sa belle, qu'il ne devait pas mettre en doute, et il fait connaître ses désirs. La jeune fille ne refuse point de s'y associer, mais elle ne veut avoir affaire qu'à un mari. Tel n'est pas le compte du Lovelace montagnard , qui reprend alors le ton de l'impertinence.
Ici la toile tombe , et quelque temps après les mêmes personnages reparaissent ; mais ici les rôles sont changés. La jeune coquette a puni le fat, et, dans le cours d'une nuit, elle lui a fait subir le supplice de Tantale , pour attiser des feux qu'elle ne partage point. Transi, le pauvre amoureux cherche à nier qu'il l'ait jamais été de son bourreau ; mais son caquet est tombé, à ce point qu'il ne trouve rien à dire quand' la jeune fille le congédie en le raillant d'avoir fait le plongeon. A railleur, railleuse et demi.
L'emploi du mot florin dans cette romance a été critiqué comme constituant un barbarisme; mais M. Chaho a repoussé victorieusement cette accusation : « La vérité, dit -il, est que le mot flore , d'origine latine, est employé dans tous les dialectes basques, qui, eux-mêmes, avaient fourni au latin le mot lili (?), les deux langues restant quittes par cet échange. Quant au mot flore , ce mot est si ordinaire dans la poésie souletine , que nous citerions par douzaines les chansons où il remplace le mot ///• :
Gaiaz ningouelaric , Pendant que j'étais la nuit à rêver dans
Lo eghinic ohian , mon lit, après un sommeil, je repassais
Igaraiten benian dans mon esprit que votre amour et le
Ene phensamentian mien est aujourd'hui dans sa Heur. Zoure et'enc amourioua Orai cela florian.