‹ Le Pays BasqueChapitre 86 sur 152 · LE PETIT OISEAU · texte numérisé non relu

LE PETIT OISEAU

Petit oiseau blanc, pourquoi restes -tu solitaire auprès de ton nid? Le ciel n'est-il pas pur ? L'eau de la source ne eoule-t-elle pas limpide ?

Pourquoi pleurer amèrement? Vois comme tes frères sont gais , comme ils voltigent et chantent joyeusement à l'ombre des bois.

Quelle douleur, dis-moi, quel regret tourmente ton pauvre cœur, pour que tu restes ainsi solitaire et que tu ne puisses plus chanter, cher petit oiseau?

— L'eau est limpide, ù mon frère, la feuille frémit doucement dans le bois lleuri ; mais , hélas , mon nid s'écroule , car depuis longtemps il est rongé par un serpent affreux.

Frère, un immense vautour monte à l'horizon ; il fixe ses yeux , il allonge sa serre vers mon petit nid.

Plus près du Pays Basque, en Andalousie, nous voyons un poète, Garci Fcrraus de Gercna, dialoguer avec un rossignol, auquel il demande le sens de sou chant mélancolique , et qui lui répond à peu près de la même façon que la colombe d'une chanson arabe qui se chante encore au Caire 3, à peu près comme dans une chanson populaire répandue en Angoumois et ailleurs :

• SkUnUidel, traduite dans les Illustrations of Norlker» Antiquitie* , etc. Ediuburgh, 1814, in-4°, p. 379.

» Ce recueil a été traduit en français sous ce litre : Littérature tournant. Us Doinas, etc., deuxième édition. Pari», Joël Cberbuliez, 1855, in-18. Le morceau que nous citons s'y trouve, p. 84, et dans un autre volume intitulé : Ballades et chants populaires de ta Roumanie, recueillies et traduites parV. Alexandri , etc. Paris, E. Dentu,1855, in-12, p. xxx.

• Gérard de Nerval, Seines de la vie orientale. Paris, Lecou, 1855, in-8°, 1. 1, p. Ht

LE PATS BASQUE.

Rossignolet sauvage , itossignolet charmant, Apprends-moi ton langage, Ton langage d'amant1.

Après ce que Ton vient de lire, comment croire que les croyances populaires sur la langue des oiseaux y furent répandues par l'influence Scandinave ou teutonique * ?

Je n'ai rien à dire sur le second couplet do la chanson basque que l'on va lire , mais le troisième doit m'arrêter un moment. Le poëtc adresse la parole à un soupir et l'envoie à sa bien-aimée. Il n'est pas rare de rencontrer, dans notre ancienne littérature, des exemples d'interpellations semblables , et le recueil de Laborde m'en fournit deux, l'un de Fraigne, poète du XIV' siècle, l'autre de Philippe de Boulainvillicrs, qui rimait au XVe. La première de ces deux pièces est charmante :

El où vas-tu , petit souspir, Que j'ai ouï si doulcement?

T'en vas- lu mettre à saquement Quelque povre amoureux manir?

Vicn çà , dy-moy tost, sans mentir, Ce que tu as en pensement.

Et où vas- tu, etc.

Dieu te conduye à ton désir Et te ramené à sauvement; Mais je le requiers humblement Que ne faces ame mourir.

El où vas-tu , etc.

( Essai mr la musique, etc., lom. II , p. 264. Voyez encore p. 357.)

Ce morceau ne peut que gagner à être mis en parallèle avec

1 On trouve d'antres versions de cette chanson , dite de la mariée, dans les Instructions relatives aux poésies populaires de la France , p. 49-5Î.

* Histoire de la poésie Scandinave, prolégomènes, etc. Paris, Broekhaus et Avenarius, 1839, io-8°, p. It3, en note. — A on antre qu'à M. dn Méril, je citerais ce que Philostrate dit dn ciel d'or et d'azur qu'il y avait dans la salle du roi de Babylonc; on y voyait quatre petits oiseaux, appelés langues des dieux, qui chantaient ordinairement au prince ces paroles : • Prenez garde, sire, qnc la vengeance divine ne tombe sur vous, si vous ne faites Justice. » — Je citerais encore le Lai de l'oiselet, qui dérive certainement d'nnc source orientale.

deux cantiguas de même sorte que Ton trouve dans le Cancioneiro gérai de Garcia de Rescnde l.

La poésie romaïque nous offre également des pièces que Ton peut mettre à côté du couplet basque. M. de Marccllus, qui en a publié deux, donne la palme à la seconde, attribuée au prince Jean Caradjca, ancien drogman de la Sublime-Porte *.

Complète ou non, dans l'état où elle se trouve, la chanson basque ne laisse pas que de nous plaire. Ce petit oiseau, cette neige, ces pics élevés avec l'ermitage qui couronne l'un d'eux, ce pèlerinage amoureux vaguement indiqué , ce soupir appelé pour remplir le message d'un cœur épris , tout cela , quoi qu'en dise un écrivain considérable de nos jours, tout cela est poétique. En fidèle disciple de Boileau, M. Saint-Marc Girardin définit la belle et grande poésie, celle où le sentiment, la raison et l'imagination s'aident mutuellement et se font valoir l'une l'autre. « Quand l'imagination veut régner seule, ajoute l'éloquent professeur, elle ôte à la pensée le corps et la substance ; elle en fait une ombre et un fantôme, fantôme brillant et lumineux, mais qui n'a ni trait ni forme, et qui s'évanouit dans son éclat même. Qu'un trait de sentiment, qu'une idée fine et juste soit accompagnée par une image vive et forte qui la répète en l'embellissant , je reconnais là le langage de la poésie ; mais une succession d'images brillantes et fugitives, une rapide fantasmagorie de figures opposées, un kaléidoscope avec tous les caprices et tous les jeux de la lumière, est-ce là la poésie *? » Je me garderai bien de répondre oui, contrairement au sentiment du spirituel académicien ; mais , sans admettre le moins du monde dans la pièce que Ton va lire, morceau d'une naïveté touchante , l'absence complète de sentiment ou d'idée, je demanderai si l'on ne trouve pas plus de poésie dans les psaumes , dans les odes de Pindarc, dans certaines productions de la littérature orientale et dans nombre d'effusions de la musc

* T. I. Stuttgart, 1846, in-8°, p. 19, 33.

* Chants du peuple en Grèce , t. Il, p. 100-10T,.

* Estais de littérature et de morale. Paris, Charpentier, 1845, in-tî, t. il, p. 4»3. — On trouve des choses excellentes et fort bien dites sur le travail nécessaire a l'inspiration poétique ponr se prodaire avec avantage, dans Passé et présent, de M. de Rémasat, t. I, p.»4.

LE PAYS BASQl K .

populaire , qui présentent les caractères condamnés par M. Saint- Marc Girardin, que dans les vers de Boileau et des autres versificateurs de son école.

BIDAIA SAN JOSEPHBN OUFRNIT\R\. VOYAOE A i/ERMITAOE DE SAINT-JOSEPH.

Ce fragment, donné par M. Chaho dans son Voyage en Navarre l, a le tour de certains sonnets de Pétrarque et semble imité de ce charmant couplet d'une ancienne chanson française :

Douce dame, comtesse chastclainc

De tout vouloir, qui sevrance m'est griez,

Si est de vous comme de la scraine ,

nui par son chant a plusieurs engingniez.

( Gilles le VI nier* : Altr m'estuet, rte (Etsai sur la musique ancienne et moderne, «le Labordf , t. II , p. 231 )

A cette époque, il n'est point rare de rencontrer chez nous des

Chorittoua , nourat noua , Bi hegalez airian ?

Espanalat jouaiteco, Elhurra duc bortean :

Algarreki jouanen gutuc Elhurra hourtzen denian.

San Josefen ermita Desertlan gora da.

Espanalat jouaiteco, Han da goure pausada.

Guibelerat so 'guin eta Hasperrenac ardura.

Hasperrena, habiloua Maitiaren borthala.

Bihotzian sar hakio Houra eni beçala , Eta guero orran izoe Nie igorten liaiilala.

Où vas-tu , petit oiseau

En l'air sur tes deux ailes?

Pour aller en Espagne,

La neige couvre les montagnes :

Ensemble nous irons

Quand la neige fondra.

L'ermitage de Saint- Joseph

Est élevé dans le désert.

Pour aller en Espagne ,

Là se trouve le lieu de notre halte.

Regardant en arrière,

Fréquents sont nos soupirs.

Soupir, va-t-en

Jusqu'à la porte do ma bien-aimée.

Pénètre dans son cœur

Gomme elle est dans le mien ,

Puis tu lui diras

Que moi je t'envoie vers elle.

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