LE NAUFRAGE
(b** n»r»rr»is.)
L an mil huit cent quaraute-deuxième,
Le seizième jour du mois de juillet,
J'avais composé ces magnifiques chants nouveaux ,
Ayant rencontré un sujet le plus beau possible.
Suiet bat ederra cela gucia da eguia , Impossible liça^eke horren dissimulatcia.
Malur horrec harrituren tu Espafia eta Francia Horren bertce pasaierekin galdu iran den unlcia.
Han ciren pena handiac erresusaric gabinc , Herioa ikhusten eta ihesi ecinghiac.
Han baciren gurc jendiac, ahaidiar, adiskidiac : Miserabliac itho dira, heiec eguin dituzte Indiac.
Untci hartan haste hastetic, Baionatic pharthitcetic Cer nahi sofritu dute pena gucicu parthetic ; Un-un bethi placerretic, Monte- Bideorat helcetic, Nigar eta heiagoraz phartitu dira mundutic.
Senharra eta emaztia bere haurrekilan Guerlan arilu içan dire heriorekilan ; Azkenian itho dira oro elgarrekilan , Itsasoaren colerae juan ditu berekilan.
Suietic aski badugu gure baithan sartceco , Arima gaicho horien cerurat gomendatcoon.
(Jue le sujet fût beau en entier, c'est une vérité , Impossible il serait de le contester.
C'est un malheur qui épouvantera l'Espagne et la Franco. Qu'avec tant de passagers perdu soit un navire.
Il y avait là des peines grandes el sans remède ,
(De) voir la mort et «le ne pouvoir tenter la fuite.
Là se trouvaient nos compatriotes , parents, amis :
Les malheureux 1 ils se sont noyés, il* ont fait ainsi leurs Indes
Dans ce navire, dés le commencement, de Bayonne depuis le départ
Tous ils ont subi des maux de toute espèce;
Loin toujours de leurs vœux, de l'arrivée à Montevideo,
Au milieu des larmes et des cris ils sont partis de ce monde.
L'époux eL l'épouse et leurs enfants
Étaient en lutte avec la mort ;
Enfin engloutis tous ensemble,
La fureur de la mer en a fait ses victimes.
Nous avons assez de motifs pour rentrer en nous-mêmes, Pour recommander ces chères Ames au ciel.
» Lear fortune.
LE PATS BASQUE.
Cer mnlurra horien daco, exemplu bat guretaco, fiihotccan sar balakigu , maiz Jaincoaz prhoitceco.
Ikhusi guinituienian Monte-Bideoco leihorrac, Hanciren mundu huntaco placer gucien ondarrac : Hantic goiti deihadarrac , nigarrac eta marrascac Mila frilz eguin cituien ixasoaron indarrac.
Deusic ez da guiçona ez guiçonaren jakina, Guciac garhaiteen ditu Jainco jaunareu dohainac : Han itho dira guiçonac iguerica çaki tenue ; Berce batçu escapatu batere ez çakitenac.
Capitainaz kcslione mintço dira jentliac ; Nie ez deçaket juja çoinec dioten eguia. Ez da remedioric, engoilic hec juanac dira. Afera hortan aucitarat nibor ez daite abia.
Untci haren capitaina cen guieon jakinn ,
Kz cen cargu hartaraco içan ez balitz enteuna;
Hura ère gu beçala hiltcera inundura jina ,
Han ilbo diren gucientçat hura içan azken orena.
Mundu huntan laur cantoin, bazter gueietan,
Quel désastre pour eux ! Raison pour nous, [ Dieu.
Dans nos cœurs s'il se pouvait graver, de penser plussouvent à notre
Quand nous eûmes aperçu de Montevideo les plages, La furent de toutes les joies de ce monde les dernières : Dos lors les cris d'alarmes, les pleurs et la voix des sanglots Mille fois l'emportant couvrirent l e bruit d;es efforts de la mer.
Rien n'est l'homme ni le savoir humain,
Les décrets du seigneur Dieu les dominent tous :
Là ont péri dans les flots des nageurs habiles ;
Quelques autres ont survécu, ne sachant nullement nager.
Contre le capitaine certaines personnes soulèvent une accusation ;
Mais je ne saurais juger lesquels disent la vérité.
11 n'y a plus de remède, déjà ils ont péri.
En pareilles circonstances nul n'oserait assurer une ressource.
De ce vaisseau le capitaine était expérimenté,
Il ne rùt point parvenu à cet emploi s'il n'en eût été capable ;
Mais lui aussi comme nous pour mourir était venu ,
Et pour tous ceux qui là ont péri , là devait être leur dernière heure.
Aux quatre coins du monde, de toutes parts,
Berri hau hedaturen, da ez da dudarican ; Arribatccn denian hescualdun herrietan , Aita amac urthurcn dira nigarrez chagrinetan.
Berrehnn eta hogoi eta hamabi presuna Moment bâtez funditu dira, oi cer bihotz mina! l'erurat eguiten cituzten marrasea, oihn saminac, Othoizten cituztelaric Jaincoa eta Birjina.
Untci barlaco presuna gaichuen guidaria Badakit nungo seme cen; pasaierketaria , Oficio miserablia çuien , ene idurian; Bere pasaier gueiekin ceruan dago aguian.
Urricaltceco dira pasaierketariac :
Heldu çaizten urthiac baino juan direnac bobine. Lettra lettraren gainian igorri bebar dira Francian lurric duiena oz dadin hunat abia.
Franciattc jin guinen cer nabi deu gostaric , Guiniluicn erresoursa gueiac ebabuturic : Monte-Bideon guira orai chagrinez aberastnrir.
HamaReigarren bersu huntan orai nuba sarteera :
Cette nouvelle se répandra, il n*y a point île doute; Lorsqu'elle (sera) arrivée dans les contrées basques, Pères et mères fondront en larmes de douleur.
Deux cent trente-deux personnes
En un instant englouties, oh ! quel désastre navrant!
Vers le ciel tous élevaient leurs voix plaintives, leurs cris de détresse,
Adressant leurs supplications à Dieu et a la Vierge.
Des malheureux qui montaient ce vaisseau , le guide
Je sais d'où il était fils ; recruteur de passagers ,
Un emploi misérable il avait, selon moi;
Avec tous ses passagers, cependant, au ciel il est peut-être.
Ils sont à plaindre les recruteurs de passagers :
Les années passées étaient meilleures que celles qui se préparent.
Lettre sur lettre envoyer il faut
Afin qu'en France qui a des terres ne songe pas à venir ici.
De France nous étions venus avec d'énormes dépenses,
Nous avions des ressources telles quelles dissipé :
A Montevideo nous voici maintenant de chagrins enrichis.
Dans le seizième verset je vais entrer :
352 LE PAÎS BASQUE .
Suieta frango banukc; bainan presatcen naiz flnitcera. Monte-Bideorat jin nintçan cantu hauion moldatcera : 0 chala! juan banindadi ttaionarat cantatceral
Matière ample j'aurais encore ; mais je m'empresse de finir. (Dans la ville) de Montevideo je me suis rendu pour composer ces Plût a Dieu que je pusse aller à Jlayonno les chanter! [chants :
MES MÉDITATIONS
Argumant.
Les vers qui suivent sont d'un jeune prêtre de Ciboure, nommé Camoussary ; il les composa dans les dernières périodes d'une maladie de poitrine qui l'enleva , à la fleur de Page , à sa mère , veuve, et dont il était, à ce que l'on assure, Punique soutien.
Cette pièce pourrait prêter à une notice littéraire étendue, pour peu que l'on voulût la comparer avec les élégies que Tibulle !, Millevoye *, Malhïàtre, Gilbert et d'autres poètes de l'école mélancolique du XIX" siècle, ont composées sur un sujet semblable \ Il est fort douteux que le pauvre Camoussary eu ait eu connaissance , et parfaitement sûr que c'est seulement par hasard qu'il s'est rencontré à son début avec un poëte romaîque, qui fait ainsi parler un infortuné :
« Voyez ce flottjt l'autre comme ils vont d'un pas égal vers l'Océan , leur inévitable tombeau! Je vais comme eux moi-même. Je n'attends et n'espère qu'une tombe ouverte *, * de
D'un prêtre, on devait s'attendre à un chant de délivrance et presque d'allégresse, et l'on observe avec étonnement dans ses vers ce caractère particulier de la poésie matérialiste , la préoccupation exclusive du jeune poëte à décrire sa maladie.
• ÉUg., li». III, clég. II. A edté de l'élégie de Tibnlle, on peut plarer une pièce charmante de Gœttie, intitulée le Tombeau d'Anacriou.
« Êlig., IU. I. la Chute des feuillet.
* Voyez encore une chanson écossaise en deux couplets, intitulée : Ike Son g of De«th, qui se tronc dans the Caledoniau musical Reptrtory, etc. Kdinburgh : printed l»y Oliver & Co., 1806, in-12, p. 40, 17.
4 Chants du peuple en Grèce, par M. de Marcellus, i. Il, p. i¥o.
MES MÉDITATIONS. 353
La fin est hors de proportion et même de vraisemblance ; je serais tenté de la croire ajoutée.
E NE QOQUETAC.
Menditic nola doh.i Ura ixasorat , Hala ni baniola , Lasterra, tombaral.
Aeaboda acabo, Neretcat dembora ; Banoa seculaco Hilen herritara.
Bildoxari otsoa Nola caio lolcen , Arranoac usoa Nola bai tu hartcen , Hala nau herioac Crudelki se3itcen.
Oi î nere heiagorac Kzdu ez unkilcen.
Aspaldian funetan Nacarken sartua Hilherrirat naraman , Min poçoatua.
Dolorezco ohean Orai itzatua, Senditcen dut caftetan Odola hoztua.
Sego nola bai tu Su gorriac iirtccn , Hala cne bicia du Uaitçac iraunguitcen.
Ezdut ez guehiago Senditcen biciric , H il bai no iehenago Hila naiz ya danic.
Trnnco baten pareco, Ohean etcarra ,
MES MÉDITATIONS
(Di«l«cU du Libcurd.)
Telle que de nos montagnes s'en va L'eau vers la mer, Ainsi moi je marche , Rapide , vers la tombe.
Il est passé , il est passé Pour moi le temps 'vde la vit* ; Je vais pour jamais Dans le pays des morts.
Comme le loup enlace La jeune brebis , Comme le vautour Saisit la colombe , Ainsi la mort Cruellement m etreint.
Hélas! mes cris déchirants Ne peuvent pas la toucher.
Depuis longtemps dans mes os (Je porte un mal) pénétrant Qui m'entraine à la région des morts, Mal impitoyable.
Sur un lit de douleur Maintenant étendu , Je sens dans mes veines Mon sang se glacer.
Comme la cire se sent Couler par la flamme , Ainsi ma vie devient Consumée par la maladie.
Non, non, désormais Je ne sens plus de vu* .
Avant le trépas Je suis déjà mort.
Semblable à un tronc d'arbre , Étendu sur sa couche,
Ene gorphutza dago Gaitzac urren iana.
Eniz ditazke highi Ene membro hotçac; Mihiadutlodi, Bcgniac çorrotcac.
Yadanic ecin adi Mintço çaizkidenac , Erdi ikliusten erdi Nere maiterenac.
Hela! hil aintcineco, Icerdi hormatuac Dauskit behin t>etico (îogorlu membroac.
Orduan apheçari Oihu deihardaca , Hiltcen naiccla hari, Har dccan lasterrn, Ama çaisco eman Nigar manrascari :
Helas t etsimenean Nigarra socorri.
Eriaren othoitça Duela eguiten , Daut asken laguntça Apheçac ematen :
« A ri ma guiristiûo, Jaincoaren haurra, Hoa, parti hadi, dio Abramcu nouera. »
Dolamcnekin guerô , Cerugo sainduac Neretcat bilartcco Dire galdatuac.
lendeac belbaunico Ene ingurutan Halabitz erraleco Nere ingurutan.
Bolsua çaut baratzen Uhipitcen bihotça :
Ai! ecin dioi , harteen
Mon corps se trouve
Presqi i entièrement miné par le mal .
Je ne saurais plus mouvoir
Mes membres glacés;
Ma langue (aussi j'ai épaisse,
(EL) les yeux hagards.
Déjà je n'entends plus
Ceux qui me parlent,
Je ne distingue qu'à demi
Ceux qui me sont les plus cbers.
Hélas! pronostic de mort présente ,
La sueur glaciale
M'a à jamais
Endurci les membres.
Alors au prêtre
Appels empressés ,
Uue je me meurs
Et qu'il se hâte.
Ma mère s'abandonne
Aux larmes en sanglotlaut :
Hélas! dans le désespoir
Les larmes sont un secours.
Les prières des mourants
Me sont appliquées,
Et les derniers secours
Le prêtre me les administre :
• Ame chrétienne,
Enfant du Seigneur,
Va, pars, dit-il,
Au sein d'Abraham. »
Tristement ensuite, Les saints du ciel Pour moi intercesseurs Sont invoqués.
Et le peuple à genoux (Est) autour de moi, Pour répondre amen Autour de moi.
Mon pouls s'arrête ,
Mon cœur se resserre :
Ah ! je ne puis plus, prendre