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LA FRANCE INTERIEURE OU LE MASSIF CENTRAL

tagne, dans quelque creux, non loin de la plaine. C'est la rude contrée où les Camisards tinrent en échec plusieurs armées de Louis XIV. Par les monts Garrigues, plateaux pierreux, ainsi nommés des chênes verts rabougris qui les couvrent, nous arrivons aux Causses^ autant dire au désert. Sur leur surface unie et grise, ni arbre, ni maison, ni eau, ni presque de terre végétale; une herbe rare que paissent de maigres moutons; de loin en loin quelque puits naturel ou aven, obscur entonnoir béant. Soudain le causse s'arrête au bord d'un précipice : c'est une vallée, ou plutôt un couloir à ciel ouvert creusé par quelque cours d'eau à travers la masse friable du calcaire, tandis que dans l'intérieur du causse serpentent d'autres corridors souterrains, d'autres rivières cachées que l'on commence à connaître. Sur un, talus d'éboulis, par un chemin en zig-zag, à travers les coudriers et les groseillers sauvages, on descend au fond de la vallée tantôt assez large pour former une plaine, tantôt étroite et sombre. Et l'on rencontre ici une ville comme Mende perdue au fond d'une sorte d'entonnoir, là ces sites infernaux des gorges du Tarn et de Montpellier-le-Vieux qui dormirent longtemps ignorés au milieu des causses du Gévaudan. Cependant une large bande de terrain granitique descend du Cantal, forme le Rouergue, s'avance par la Montagne-Noire jusqu'au seuil de Naurouse, s'interpose entre les causses du haut Tarn et ceux du Quercy. Aussitôt reparaissent les paysages vivants : grands horizons, larges croupes montagneuses ligrées de verdure, ruisseaux charmants encadrés de granit, de taillis et de prés, cités juchées comme Rodez sur une sorte d'observatoire aérien. Deux voies ferrées récentes rattachent à Clermont et au nord de la France cette partie du versant méridional du plateau : celle qui, par Saint-

Flour, franchit le fameux pont en fer de Garabit, ébauche horizontale de la tour Eiffel, et rejoint Béziers; celle qui, par Aurillac et ses riches pâturages, se dirige vers la Garonne. De ce côté, le plateau central s'avance fort loin : en Périgord jusqu'auprès de Périgueux; en Limousin jusqu'à Brive; il encadre de ses falaises rongées par les niveaux successifs des eaux les vallées de la Dordogne et du Lot, il englobe Cahors et son plateau calcaire d'où la vigne malheureusement a presque disparu.

Ainsi dix départements appartiennent sans conteste au Massif central; mais il empiète sur douze autres. Il dresse un de ses anciens volcans à Agde et envoie jusqu'en Nivernais un de ses forts avancés, le Morvan. Il couvre en réalité plus d'un quart du territoire.

La France sud-orientale ou le versant de la Méditerranée.

Étendue de la France sud-orientale. — Jura et Franche- Comté. — Saône et Bourgogne. — Lyon et Rhône. — Alpes françaises : Savoie et Dauphiné. — Rivage occidental de la Méditerranée : bas Languedoc et Roussillon. — Rivage oriental de la Méditerranée : Provence. — Corse.

Étendue de la France sud-orîentale. —

Alpes, Jura et Vosges, Massif central, Pyrénées, telles sont les bornes posées aux quatre coins de la France sud-orientale. Le fond de la dépression qu'elle occupe est un bassin tertiaire comparable à ceux de Paris et de Bordeaux, mais tout autre en sa forme, allongé comme une fente au lieu de s'arrondir en hémicycle. Ce bassin se compose en réalité de trois bassins très différents : plaine de la Saône, vallée du Rhône et rivage de la Méditerranée. C'est la Méditerranée qui fait l'unité de ce versant dont elle recueille toutes les eaux; c'est elle qui lui envoie par boufi"ées un souffle tiède, redresse vers le nord les limites successives des zones de l'olivier, du chêne vert, du mûrier, du maïs. C'est de la Méditerranée que partent les grandes voies naturelles dont la direction explique

en grande partie l'histoire de la France sud-orientale : route du littoral prolongée par le seuil de Naurouse jusqu'à la Garonne; route du Rhône et de la Saône conduisant d'une part à la Seine et de l'autre au Rhin.

Jura et Franche-Comté. — Un plateau cal-

caire dont la masse est plissée de sillons parallèles, fendus eux-mêmes de nombreuses cassures, des vallées ou combes encadrées de sapins, des cluses ou défilés que les rivières et notamment le Doubs franchissent en cascades d'écume, des sources cachées dans les taillis au pied d'une falaise qui s'éboule, un climat brusque et changeant, des neiges sur les crêtes et des vins capiteux, comme celui d'Arbois,

mûrissant à leurs pieds, une race d'hommes grands et forts, un peu lents mais industrieux, réfléchis et tenaces, tels sont le Jura et la Franche-Comté; tels sont les Francs-Comtois. Dans la montagne, ils sont éleveurs de bœufs et de vaches, fabricants de fromage dit de Gruyère; au bord de la plaine, ils sont vignerons : ailleurs, tabletiers, ou maîtres de forges et ouvriers; un peu partout fabricants d'horlogerie. Le centre de cette dernière industrie est Besançon, la « vieille ville espagnole », resserrée au fond d'une boucle du Doubs, étroitement murée, entourée à distance de forts puissants. D'autres ouvrages défendent les divers passages de la montagne, et surtout celui qui mène de Pontarlier à Neuchâtel et au pays romand. Au nord-est, la route du Rhin est gardée par Belfort, cette orpheline de l'Alsace, dont la défense héroïque en 1870 a pour emblème un lion géant sculpté dans le roc de sa citadelle.

Saône et Bourg-og'ne. — La Saône, qui s'est ouverte en amont de Lyon un passage vers le Rhône, couvrait autrefois d'un lac une partie de la Bourgogne. Elle est restée une rivière paisible, abandonnant comme à regret ses belles prairies aux doux horizons. Sa vallée est une des terres de France les plus riches en blé, maïs, cultures industrielles, volailles. Ses coteaux de la rive droite sont couverts de ceps généreux qui produisent les vins de Bourgogne et leurs crus célèbres de Chambertin, clos Vougeot, Corton, Pommard, Volnay, Meursault. Au nord, Dijon, ancienne capitale rajeunie, dont les nécessités du temps présent ont fait le centre d'un camp retranché, protège le tunnel de Blaisy, point culminant de la grande route historique de Paris à Lyon et la Méditerranée. Non loin de là, sur le mont Auxois, ancienne Alésia, une statue monumentale élevée à Vercingétorix, montre

l'endroit voisin de la ligne de partage entre le versant de la Méditerranée et le versant de l'Atlantique où le Midi fut vainqueur du Nord et où César changea pour des siècles les destinées de la Gaule. La zone de plateaux, qui s'étend au nord et à l'est de Dijon, d'une part vers la forteresse de Langres, de l'autre vers la vieille cité romaine d'Autun, est couverte de grands bois. Vers le milieu de la plaine, l'industrieux Chalon est le point d'épanouissement des canaux qui divergent vers le Rhin, la Meuse, la Marne, la Seine et la Loire. De ce côté le bassin houiller de Blanzy a donné naissance au plus grand établissement métallurgique de France, à l'énorme usine du Creusot. Dans les prairies du Charolais paissent les grands bœufs blancs dont la chair contribue à nourrir Paris. Mâcon et ses vignobles, Bourg et son église de Brou, chef-d'œuvre de l'art ogival marié à la Renaissance, marquent la lisière méridionale de la basse Bourgogne.

Lyon et le Rhône. — Échappé des glaciers des Alpes, à peine le torrent du Rhône a-t-il repris haleine dans le lac Léman qu'il s'élance de nouveau, force le Jura, et d'abord semble vouloir comme autrefois rejoindre le lac du Bourget et l'Isère ; puis il tourne au nord, à l'ouest, longe le plateau des Dombes parsemé d'étangs et vient à Lyon se heurter aux Cévennes qui l'obligent à un nouveau détour.

Lyon occupe une situation incomparable. Montez à Notre-Dame de Fourvière, et regardez : à ses pieds, auprès du confluent de la Saône et du Rhône, l'emplacement de la cité antique avec la vieille église Saint-Jean; entre les bras des deux cours d'eau, bordés de quais énormes, la ville moderne avec ses palais et son immense place Bellecour; au delà du Rhône, le quartier commerçant des Brotteaux,

damier de rues reclilignes; au nord, le faubourg ouvrier de la Croix-Rousse, amphithéâtre de maisons étagées et entassées; plus loin, les deux trouées verdoyantes de la rivière et du fleuve, des profils de villes, d'usines, de forteresses indécises dans la brume.

Lyon est la première ville de la France provin-

Lyon.

ciale, la métropole de toute une région industrielle, le cœur de la défense du Sud-Est ; enfin, par le déploiement fécond de son activité scientifique, artistique et littéraire, une sorte de seconde capitale.

Un brouillard opaque pèse trop souvent sur Lyon et masque les deux rives à qui descend le Rhône. Mais après les cheminées fumeuses de Givors et de Vienne, il est rare que le soleil ne perce pas. Alors se montre le mont Pilât et commencent, à l'ouest, les massifs tourmentés du Vivarais, tandis qu'à l'est s'étalent les plateaux glaciaires du bas Dauphiné. De chaque côté poussent ces vignobles du Rhône

LA PATRIE FRANCAISn. 3

dont les crus les plus renommés sont Côte-Rôtie l'Ermitage, Saint-Péray. Puis les montagnes se rapprochent, tout en ouvrant leurs flancs aux larges confluents de l'Isère, de TErieux, de la Drôme; elles enveloppent Valence au bord de ses jardins fertiles ; elles dominent les forges, les usines à chaux de l'Ardèche ; elles encadrent le décor sauvage de Viviers; elles se resserrent à ce point que le fleuve passe tout juste, à Donzère, en rongeant le pied des falaises. Au delà se montrent les premiers oliviers : c'est le commencement de la Provence.

Alpes françaises. Savoie et Dauphiné. — Du lac Léman à la Méditerranée et à la vallée du Rhône les Alpes forment en France un massif d'une imposante épaisseur. Les chaînes subalpines de la Savoie se dressent en escaliers superbes dont le seuil est une plaine riante, dont les marches portent des villages et des forêts. Elles abondent en sites ravissants, tels que le rivage du lac Léman avec Evian et ses eaux minérales, les gorges du Fier, le lac romantique d'Annecy, la bruyante cité balnéaire d'Aix auprès du lac sévère du Bourget, le vieux château de Chambéry. Mais le charme principal de la Savoie, c'est qu'à l'horizon de chacun de ses tableaux, se dessine le profil éblouissant des glaciers et des sommets neigeux de la grande chaîne; c'est que vers le coucher du soleil, le mont Blanc qui semble nager dans une mer d'azur s'illumine et devient tout rose. Au sud de ce roi des montagnes européennes, les plissements et les fractures de la chaîne alpestre établissent de nombreux passages naturels de France en Italie. Par le col du petit Saint-Bernard, la Tarentaise qu'arrose l'Isère communique avec la vallée d'Aoste, encore à demi française de langue. Par le col du mont Cenis, l'étroite Maurienne où coule l'Arc conduit au pas de

Suse. Le tunnel du Fréjus, long de 12 kilomètres, achevé en 1870 et qui mène de Lyon à Turin, a remplacé les anciennes routes classiques des voyageurs et des armées. Le massif dolomilique de la Vanoise dont le sommet austère est la Grande-Casse, est

Lac du Bourget.

moins visité que ses voisines les chaînes centrales. Grenoble assise au bord de l'Isère, au débouché de la riche vallée du Grésivaudan, au milieu d'un cirque admirable de montagnes, métropole de ce Dauphiné qui a produit tant de capitaines, est le point de départ ordinaire des excursions. On va de Grenoble aux eaux d'Uriage et d'Allevard. On visite au nord dans sa merveilleuse solitude le couvent de la Grande

Chartreuse; dans le Vercors, un autre groupe de roches calcaires non moins pittoresque, la Grande- Moucherolle ; à l'est les massifs schisteux ou granitiques, les abîmes sinistres, les glaciers de Belledone, des Grandes-Rousses et du Pelvoux où la Barre des Ecrins atteint 4103 mètres. Une route très suivie est celle qui de Grenoble monte à Vizille, traverse les sites sauvages de l'Oisans, et par le col du Laularet va rejoindre les sources de la Durance, Briançon et le col du mont Genèvre.

A mesure qu'on s'éloigne de Grenoble vers le sud, les flancs des Alpes peu à peu se dénudent, se dépouillent de leur manteau naturel de bois ou de gazon, et se trouvant exposés sans défense au vent, à la gelée, au soleil, à la pluie, s'effritent, se ravinent, s'éboulent. Cette ruine de la montagne attriste surtout dans le Devoluy. De vastes travaux de reboisement et de gazonnement ont été entrepris dans cette région pour restaurer l'épiderme déchiré des monts et aussi pour éteindre les torrents. Déjà le Drac, le Buech, la Durance ont un débit plus régulier et plus sage.

Rivage occidental de la Méditerranée ; bas Langruedoc et Roussîllon. — De l'autre côté du Rhône, les torrents qui descendent du Massif central sont plus redoutables encore que ceux des Alpes, parce que leur pente est plus raide. On en a vu s'élever en quelques heures de dix et douze mètres pour retomber, après cette folie passagère, à leur filet d'eau habituel. Ils apportent au fleuve ou ils déposent à leur embouchure sur le rivage de la mer qui est plat, quantité d'alluvions. Ils ont ainsi formé tout le long du bas Languedoc une série de deltas juxtaposés, un mince bourrelet de sable et comme un rivage nouveau coupé çà et là de quelques portes ou graus, qui emprisonne des

ùlaugs bordés de joncs, de salicornes, de statices et de tamaris. Des vents d'une violence inouïe, tantôt descendant de la montagne, tantôt arrivant de la mer, battent la plaine où la vigne vigoureuse étend de tous côtés ses rameaux. Le port de Cette

Carcassonne.

est le principal débouché de ce vignoble énorme, le plus productif de toute la France.

Les villes se tiennent à quelque distance des étangs dont les fièvres sont encore aujourd'hui redoutables ; Nîmes, antique cité romaine qui montre avec orgueil ses Arènes, sa Maison carrée, et qui est devenue, grâce à la proximité du bassin houiller d'Alais, un centre industriel ; Montpellier, ville savante, fière de ses musées et de ses promenades; Béziers, Narbonnc, bruyants entrepôts de commerce; Carcas-

sonne, à l'exlrême limite de la zone méditerranéenne, avec une haute ville ou cité qui est un modèle de l'architecture militaire du moyen âge.

Ici les Cévennes font place aux Corbières, de l'autre côté du seuil de Naurouse. L'Aude perce de défilés grandioses leurs murailles crétacées qui servent d'avant-poste aux Pyrénées, en même temps qu'elles séparent le Languedoc du Roussillon. Alors la plaine à vignes, un instant rétrécie, s'élargit de nouveau et le Canigou lève à l'horiiou sa crête superbe. Perpignan se montre enveloppée d'une écharpe presque andalouse d'arbres toufTus et de jardins maraîchers. Le ciel devient plus profond et plus transparent; le soleil plus chaud. La côte se relève, les étangs ont disparu. Les montagnes viennent baigner leur pied dans la mer et abritent dans de petits ports les barques de pêche; le grenadier, l'oranger ûeurissent dans les enclos ; les toits se cachent sous l'ombrage des micocouliers; les coteaux étages en terrasses produisent ce vin capiteux qui prend en vieillissant le nom de rancio. Des vallées larges et sonores remontent en serpentant à travers les Pyrénées, et de pâturages en pâturages aboutissent aux âpres passages qui conduisent en Espagne.

Rivage oriental de la Méditerranée : Provence. — A la jetée des Pyrénées fait face à l'est, de l'autre côté du golfe de Lyon, le môle des montagnes aiguës de la Provence et le massif ancien et trapu des Maures et de l'Estérel qui a résisté à la poussée des Alpes. Celles-ci, dans un dernier effort vers le sudouest, ont dressé le mont Ventoux dont le dos nu s'élève encore à 1912 mètres, au bord de la vallée du Rhône. Il domine à ses pieds Orange et son théâtre antique, la venteuse Avignon, son rocher des Doms et son palais des papes flanqué de formidables murailles, la fontaine de Vaucluse chantée par Pétrarque,

la plaine opulente du Comtat. Plus loin, le fleuve, aux eaux blondes et rapides, passe entre le vieux château de Tarascon et Beaucaire dont la foire ressemblait naguère à celle de Nijni-Novgorod. Sous les murs d'Arles, non moins célèbre par le costume et la beauté de ses femmes que par ses ruines romaines

Vue de Marseille.

et son église romane de Saint-Trophime, le fleuve se calme, puis il se divise, et de ses bras paresseux il embrasse la Camargue, moitié savane, moitié marais, terre inculte mais riche que la charrue conquiert peu à peu. Les cailloux roulés de la Durance ont formé jadis le désert de la Crau qui s'étend jusqu'à la petite mer intérieure de Télang de Berre. Cette Durance violente qui tantôt menace de submerger les villages, tantôt promène dans un vaste lit de maigres courants d'eau bourbeuse , est un des grands chemins du Sud-Est. En la remontant on laisse au sud dans les Alpines la ville déserte des

Baux, celte Pompéi du moyen âge, on passe près de Cavaillon aux melons renommés, près des anciens villages vaudois, on arrive à la cluse étrange que protège la forteresse de Sisteron sur la frontière extrême du Dauphiné. Entre la Dnrance et la mer s'étend la vraie Provence : pics acérés, hautes murailles de calcaire blanc, jaune ou gris, plateaux pierreux mal vêtus d'yeuses, de genévriers, de lavandes, de sauges et de thyms, pâturages secs parcourus par les troupeaux transhumants, maigres collines plantées d'amandiers, de figuiers, d'oliviers, vallées étroites où les champs de terre rouge bordent les ruisseaux cachés sous les roseaux et les chênes, où se montre de loin en loin quelque fraîche oasis de prairies irriguées le long des allées de platanes et de mûriers. Tels sont les environs de Digne, d'Âix, de Draguignan, de toutes les cités provençales. Un soleil étincelant dans un ciel presque toujours pur dore toutes choses d'un sourire charmant, surtout le long de celte « côte d'azur » qui va de Marseille à la frontière italienne.

Marseille est le « quai de la France » sur la Méditerranée, le plus grand des ports français. Avec l'essor grandissant de ses usines et de ses briqueteries, sa forêt de mâts, ses paquebots qui vont et viennent dans toutes les directions du globe, ses « cours » ombragés que les flâneurs encombrent, sa Cannebière où se presse une foule exubérante en gestes et en propos, où se coudoient les représentants de toutes les races, ses édifices fastueux et sa colline altière de Notre-Dame de la Garde, sa double ceinture de jardins luxuriants et de mer bleue, de rocs abrupts émergeant au bord de la plaine et au-dessus des flots, l'ancienne colonie phocéenne a une physionomie et un charme particuliers.

Toulon adossée à de fières montagnes que des forts

couronnent, abrite au fond d'une rade admirable son arsenal, ses chantiers de construction, ses flottes de torpilleurs, de croiseurs, de cuirassés. Déjà les cactus, les palmiers poussent en pleine terre; à partir d'Hyères les orangers se montrent. Le pays prend un caractère de plus en plus africain. Le massif des Maures, TEsterel sont couverts de chêneslièges. La culture des primeurs, celle des fruits hâtifs et des fleurs contribuent à parer la campagne. A Tabri des Alpes le climat est si doux que les villes d'hiver dont Cannes et Nice sont les reines attirent de plus en plus les touristes, les malades et aussi les aventuriers des deux mondes, dont le rendezvous préféré est au Casino de Monte-Carlo dans la principauté de Monaco. Menton enfin, la dernière ville française du cùté de l'Italie, est une serre toujours tiède et parfumée.

Corse. — A la Provence se rattache la Corse, reste de quelque terre ancienne dont les Maures faisaient partie. Une dizaine de ses pics dépassent 2000 mètres, plusieurs approchent de 2800. Leur doyen, le Monle-Cinto, est presque aussi haut que le pic du Midi de Bigorre. A part la lisière marécageuse de la côte orientale, les golfes de granit sont baignés d'eaux claires et profondes; ils sont encadrés de montagnes puissantes, tigrées de verdure et dont les flancs s'entr'ouvrent sur de larges vallées qui laissent apercevoir au loin, à travers une brume dorée, derrière les forêts d'oliviers, de chênes verts, de châtaigniers, puis de sapins, des cimes couvertes de neige. Les landes uniformes où fleurit l'asphodèle alternent avec les maquis mélancoliques et les villages riants entourés d'orangers et de vignes. Des senteurs pénétrantes descendent des taillis de cistes et des bois résineux. Dans le cap Corse les sources ruissellent en fraîches

cascades sous des berceaux de verdure. Au nord de la rade immense d'Ajaccio des falaises vertes, noires, jaunes, rouges, se découpent en pyramides ou en bastions crénelés. La variété des sites corses est admirable. La population corse, avec ses mœurs originales, son esprit d'indépendance allié à un culte profond pour la France, ses habitudes de vendetta et d'hospitalité, n'est pas le sujet d'étude le moins intéressant de l'île.

lia France dans l'histoire : — origines et moyen âge.

Préhistoire. — La Gaule. — La France féodale et son âge héroïque. — La France féodale à son apogée. — Déclin de la féodalité; formation de la royauté, de la bourgeoisie et de la pairie française.

Préhistoire. — Il a existé toute une humanité avant l'histoire. Plusieurs de ces races préhistoriques ont habité jadis la France. Ce furent d'abord des chasseurs sauvages au crâne allongé et étroit, armés de haches de pierre, contemporains du mammouth; puis à l'époque du renne, des troglodytes, travaillant l'os et le bois, dont on a exhumé les traces dans les belles cavernes de la Vézère; enfin des envahisseurs à tête courte et large, cultivateurs et tisserands, accompagnés d'animaux domestiques, bientôt pourvus d'armes de bronze, habitant volontiers sur pilotis, constructeurs de menhirs, de dolmens, de cromlechs et des alignements célèbres de Carnac.

La Gaule. — Les vrais ancêtres des Français sont les Gaulois, ces batailleurs aventureux, éloquents et gais, insouciants et généreux, maîtres de

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