‹ Le Pays de Waas préhistoriqueChapitre 40 sur 67 · PL .TV · texte numérisé non relu

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Silex taillés

( Grandeur naturelle .)

Omoplate ouvragée

manifeste, produite, assurément, par la présence d’un manche ou d’une hampe, qui y aura été implanté pour allonger l’omoplate et l’approprier à l’usage auquel on la destinait. Au côté droit de la coulisse, se remarquent trois ou quatre entailles, dont quelques-unes, assez profondes, dénotent qu’elles ont été faites à l’aide d’un instrument très tranchant, le même qui aura servi pour creuser la coulisse et retailler ses bords. Ces entailles ont été pratiquées avec intention, et ne sont pas l’effet du hasard ni le résultat d’un caprice : elles servaient, trèsprobablement, pour y loger une ligature et l’empêcher de glisser, ligature qui, en faisant plusieurs tours autour de l’os, devait y fixer le manche ou la hampe d’une manière immobile. La face libre ou externe de cette même omoplate, présente, aussi bien que sa face costale ou interne, des vestiges de coupures et d’usures. L’épine a été brisée sur toute sa longueur, probablement parce que sa présence était inutile ou incommode pour la destination de l’os, et, ce que la force du poignet n’en pouvait détacher, a été enlevé par une suite de coupures latérales dont les empreintes trahissent clairement la grandeur et la forme de l’instrument. Que notre omoplate a été travaillée ainsi pour en faire un outil, que cet outil a servi et a été réformé peutêtre comme trop détérioré par l’usage : cela résulte à toute évidence de la nature des opérations qu’elle a subies, ainsi que d’un examen attentif de son bord vertébral. Ce bord, en effet, naturellement mince, n’a pas pu résister aux efforts auxquels il était soumis : aussi, il- s’est cassé sur toute son étendue, et son angle gauche ainsi que l’extrémité supérieure de l’épine, parties les plus exposées à l’usure, sont devenus lisses et se sont effilés en biseau par l’emploi fréquent qu’on a fait de l’outil. L’usage spécial auquel cette omoplate a servi, se devine par exclusion : il n’est guère probable qu’elle ait servi de bêche on d’arme de chasse, puisque son bord vertébral, trop fragile, se serait

brisé à la moindre résistance; il n’est guère plus probable qu’elle ait été employée comme rame, puisque sa petite surface présentée au courant, est trop peu favorable à la navigation; l’usage le plus admis sible est celui d’une pelle, puisqu’alors s’expliquent l’enlèvement de l’épine, la brisure et l'usure du bord vertébral. Des trois autres omoplates, deux nous montrent, sur leur face costale, plusieurs entailles anciennes, faciles à distinguer de quelques entailles récentes que la bêche de l’ouvrier-briquetier y a faites ; deux ont l’épine brisée et coupée, et une déchirure fait voir qu’on a voulu briser également

l’épine de l’autre. L’avarie des bords vertébraux, les rayures et les

usures qui se remarquent sur la face costale, démontrent que ces

(rois omoplates ont servi comme la première. Les fragments du fémur et du métacarpien de bœuf, portent, eux aussi, plusieurs entailles également anciennes, en même temps que la preuve qu’ils ont été

détachés des os dont ils faisaient partie, par une suite de coups violents. Le premier de ces fragments a perdu ses épiphyses par la

violence des chocs, et l’extrémité articulaire du second fragment,

légèrement carbonisée, semble avoir subi l’action du feu. En résumé, des brisures, des entailles, et surtout la présence de la coulisse : voilà les empreintes de la main de l’homme; des rayures, des cas-

sures, et des usures : voilà les traces de l’usage.

Ces ossements, revêtus du cachet du travail et de l’emploi, nous furent apportés, le 14 Décembre 1876, par M. Verest-Poodts, qui, dans sa sollicitude éclairée pour être utile à la science, vint nous les offrir pour en faire l’objet de nos études. Dès le premier coup-d’œil, il ne nous fut pas difficile d’y reconnaître l’ouvrage de l’homme, et de comprendre que nous nous trouvions devant les restes d’une haute antiquité. Aussi, dès le lendemain, nous nous rendîmes à Rupelmonde, où nous pûmes nous assurer de l’existence de l’ancienne crique ensablée telle que nous l’avons décrite, et où, en même temps, nous eûmes la satisfaction de trouver, à la même place où les os avaient été déterrés, deux des instruments qui, dans les temps primitifs, servaient à faire la chasse aux animaux, et avec lesquels se travaillaient leurs ossements. Ces deux instruments, trouvés par nous-mêmes, consistent en un grattoir et en une ébauche de pointe de flèche en silex, reproduits, avec leur grandeur naturelle, sur notre planche IV, figure 2. Avec non moins d’évidence que les omoplates de bœufs, ils portent les traces de la main-ouvrière qui les a façonnés : c’est ce que nous allons montrer.

Le territoire du Flénu 1 — d’après MM. Cornet et Briart — est constitué, dans sa partie méridionale, par une épaisseur considérable, dépassant quelquefois 10 mètres, de terrain quaternaire reposant sur une assise d’une craie grossière, dite l’assise des rabots, renfermant des bancs massifs et de volumineux rognons de silex blanchâtre, qui acquièrent, par leur exposition à l’air, une teinte roussâtre hétérogène, sur laquelle tranchent des taches d’un gris sale correspondant aux

i. Le Flénu est un village de l'arrondissement de Mons, d’une population de 3,471 âmes, en dessous duquel des milliers d’ouvriers -mineurs, travaillant à plus de 300 mètres de profondeur, sont occupés aujourd’hui à l’extraction de la houille.

noyaux blanchâtres que la roche renferme souvent C’est d’un éclat de ce silex du Flénu, que noire grattoir de Rupelmonde semble formé (PI. IV, Fig. 2 de gauche) Comme il porte encore une partie de la croûte crayeuse qui recouvrait le bloc-matrice, nous présumons que c’est un des premiers éclats que la percussion aura détachés de ce bloc 1 2 3. Il affecte une forme pentagonale, et offre à l’examen : deux faces, une antérieure et une postérieure, cinq bords et deux pointes. La face postérieure, invisible sur notre planche, est évidemment la face de détachement, c’est-à-dire celle suivant laquelle le grattoir a été séparé du bloc-matrice, puisqu’elle nous montre le bulbe de percussion traversé par des crevasses superficielles partant du bord a qui reçut le coup, et parcouru de lignes concentriques dessinées plutôt dans l’épaisseur du grattoir que saillantes à sa surface. La face antérieure, qui se voit sur notre planche, présente deux facettes en biseau, une droite et une gauche, occupant à elles seules presque toute la face antérieure, partant d’une arête médiane commune relevée à dos d’âne et descendant, en plans inclinés, de cette arête vers les bords pour les amincir et les affiler. Le bord a — comme il est dit — est

1. « Aucun indice — continuent MM. Cornet et Briarl — ne permet de soupçonner la présence souterraine de celle assise. Cependant les hommes de l'âge de la pierre polie l’ont atteinte par des puits et en ont extrait des rognons de silex. Les travaux, exécutés pour les chemins de fer de Mons à Dour et de Frameries à Saiut-Ghislain , nous ont montré l’existence de sept de ces puits, qui sont d'un petit diamètre, comme ceux de Spiennes, et remplis d’éclats de silex au milieu desquels on a rencontré plusieurs haches ébauchées ». (Congrès international d'anthropologie et d' archéologie préhistoriques. Compte rendu de la 6e session, Bruxelles, 1872, pp. 285. 297 et 2987. — L'emplacement de l'atelier des silex ouvragés, paraît s’être trouvé un peu au sud-est du Flénu. (Voyez la Planche 30 du Compte rendu cité).

2. Sa couleur presque noire- grisâtre parcourue de veines blanches, nous avait fait croire, d’abord, que notre grattoir était formé de cette sous -espèce de silex connue dans la science sous le nom de pyromaque, vulgairement nommée pierre-à-fusil , pierre-à-briquet ou flint. L’avis de M. Dupont nous a détourné de cette idée.

3. Dans le principe, les populations préhistoriques des provinces de Namur, du Hainaut et de Liège, n’avaient pas atteint encore l’adresse d’enlever d’un même blocmatrice un nombre considérable de lames : ils se contentaient d’en faire sauter un gros éclat qu’ils retouchaient successivement pour obtenir des bords tranchants. Mais, plus lard, le bloc silicieux était dépecé avec plus de sagesse, comme si la difficulté de se procurer le silex, avait engagé ces peuplades à mettre plus d’économie dans son débit. Pour tirer le [dus d’éclats possible d’un bloc de silex, ils en enlevaient alors circulairement des lames longues, étroites et minces, et lui faisaient subir, pour ainsi dire, l’opération qu'on fait quand ou écaille un oignon. (L'homme pendant les âges de la pierre dans le s environs de Dinant-sur-Meuse , par M. E. Dupont, 1872, pp. 90 cl 917-

celui qui reçut le coup pour détacher le grattoir du bloc-matrice. Ce bord, eu effet, porte des traces manifestes de percussion : il est

fortement ébréché et écaillé sur toute son épaisseur, et, près de lui, quelques éclats ont sauté par suite de la violence exercée; il forme, du reste, la base du bulbe de percussion. La formation du bord 6 peut s’expliquer de deux manières différentes , d’après la destination qu'on lui suppose : servait-il simplement à l’application de l’index pendant l’opération du grattage (le pouce tenant le bord a), alors ce bord peut s’être façonné comme il l’est, par des chocs successifs

imprimés contre une pierre dans le but d’émousser le bord et de

l’approprier à l’application du doigt; servait- il, au contraire, à gratter, ce qui nous parait plus probable, alors le grattage même a pu produire, sur ce bord b, les ébréchures et les facettes d’éclats sautés qui s’y remarquent. Le bord c, dont la moitié supérieure fait voir une partie de la croûte crayeuse du bloc-matrice, est encore très affilé malgré le service qu’il a fait. Le bord d a été affilé par une retaille pratiquée sur la pointe g, retaille qui produisit la facette en biseau étendue sur toute la longueur de ce bord. Le bord e a subi une retouche toute particulière : on y a taillé deux échancrures en croissant de lune, une petite et une plus grande, très affilées toutes deux, et qui, très probablement, auront servi pour lisser et aiguiser des languettes ou des éclisses d’os et en faire des aiguilles. La pointe /’ n’a éprouvé aucune retouche : peut-être que la croûte crayeuse qui la termine, la faisait réprouver pour l’usage,

tandis que la pointe g paraît avoir été effilée par une retaille pour servir de perçoir. L’instrument que nous venons de décrire, pouvait donc servir : de grattoir pour dégraisser les peaux d’animaux destinées aux vêtements, de perçoir pour trouer ces peaux, et de lissoir pour arrondir et effiler des éclisses osseuses et en faire des aiguilles.

Décrivons maintenant notre ébauche de pointe de llèche (PL IV, Fig. 2 de droite). Sur le territoire de Spiennes, sous une épaisseur considérable de terrains postérieurs crétacés, tertiaires et quaternaires, se trouve un dépôt de craie blanche qui se prolonge, entr’autres, au nord-ouest de Ciplv et à la partie occidentale de la commune de Cuesmes. Ce dépôt de craie renferme des bancs massifs de silex brun-grisâtre, dont l’épaisseur dépasse quelquefois 0"’,50, et de très nombreux et volumineux rognons disséminés ou disposés en lits continus *. Le silex de

i. Compte rendu du congrès international cité, pp. 28o, 286, 288, 294 et 296. — « C’est dans la craie de Spiennes, aussi bien que dans l’assise des rabots du Fléuu ,

notre pointe de flèche paraît appartenir à cette variété de silex de Spiennes. La face postérieure de notre arme, non figurée sur notre planche, offre, comme le grattoir, le bulbe de percussion dont le sommet est occupé par l’aileron gauche h. Cet aileron , qu’on a laissé massif, a reçu le choc qui détacha l’éclat de son bloc-matrice : sa position au sommet du bulbe de percussion , ainsi que l’état écaillé qu’il présente à la face postérieure mais principalement à la face antérieure, nous le prouvent. La formation de cette face antérieure, visible sur notre planche, se conçoit de la manière suivante. Le blocmatrice aura porté, à sa surface, un cône ou un angle saillant formé par la réunion à un sommet commun de trois facettes obliques / , 2, 3 , en langage géométrique un angle trièdre '. Le coup porté en h, non-seulement aura détaché l’instrument garni dès lors de ses bords j, k, l, m, de ses ailerons h, i et de ses pointes n, o, mais aura fait sauter encore le sommet de l’angle saillant, ce qui a eu pour avantage de réduire la grosseur de l’instrument, et a produit la facette médiane 4. La pointe o, qui forme le pédoncule, est celle par laquelle l’arme s’emmanchait dans un bâton fendu dans lequel elle se fixait à l’aide d’une ligature qui logeait dans la petite échancrure taillée à cette fin au milieu du bord m. La pointe n est la pointe offensive; elle est émoussée, et le bord l ainsi que l’aileron i sont légèrement ébréchés : preuves évidentes que notre pointe de flèche a servi.

En même temps que ces ossements et ces silex, un autre spécimen de l’industrie humaine a encore été recueilli par nous à la même place, notamment un tesson de poterie commune d’un centimètre d’épaisseur, trop petit pour se faire une idée de la forme et de la grandeur du vase, mais suffisant pour s’assurer que celui-ci a été modelé à la main et non au tour. Ce tesson, sans couverte aucune, semble composé d’une pâte faite de la partie supérieure, jaune et grasse, de l’argile rupelienne qui s’exploite, encore de nos jours, sur les rives de l’Escaut et du Rupel. Pour en prévenir le retrait et rendre le vase réfractaire, cette pâte d’argile a été pétrie avec du

que les anciennes populations du Hainaut ont extrait les matériaux dont elles se sont servies pour confectionner ces nombreux ustensiles en silex que l’on rencontre non seulement dans cette province, mais dans beaucoup d’autres localités de la Belgique, à l’exception des cavernes ». (Compte rendu du congrès international cité, p. 287).

t. Le bloc-matrice de notre grattoir, aura porté à sa surface un angle dièdre ou une arête relevée, d’où partaient, à droite et à gauche, deux facettes taillées en biseau. Le coup porté en a aura détaché le grattoir garni de ses bords et de ses pointes.

gravier provenant de fragments d’un ancien vase réformé , pilés ou concassés à cette fin i 2. Quoique peu dur et très friable, ce tesson, comme le vase entier, doit avoir subi un certain degré de cuisson au feu; s’il n’avait été que séché même à un fort soleil, l’humidité du sol l’aurait bientôt ramené à la consistance de pâte plastique, et lui aurait fait perdre la forme qu’il avait reçue et que nous lui voyons encore 3 *. Le feu a laissé au côté interne la couleur jaunâtre de l’argile, tandis qu’il a noirci le côté externe avec presque toute l’épaisseur de la paroi : c’est que la cuisson aura eu lieu autour d’un bûcher flambant, dont la fumée aura atteint l’extérieur, tandis quelle aura respecté l’intérieur du vase.

Ces premières découvertes furent suivies, dans la dernière huitaine du mois de Décembre 1877, par d’autres, faites au même endroit, tout aussi importantes et plus complètes encore que les précédentes. Elles consistent également en os et en silex, portant aussi les traces du travail et de l’usage de l’homme. Les os appartiennent aux genres et espèces suivants : bœuf commun (bos taurus), bœuf primitif ou bœuf urus (bos primigenius, bos urus), 5, cerf commun et cerf d’Allemagne (cervus elaphus), chèvre (capra hircus), cheval (equus caballus ), sanglier (sus scrofa), et à une ou à deux autres espèces de quadrupèdes indéterminables. Du bœuf commun, on a trouvé : 1° un fragment d’atlas; 2° une vertèbre dorsale; 5° la moitié inférieure d’un humérus droit; 4° la diaphyse d’un tibia droit; 5° un tibia gauche à peu près complet; 6° les moitiés supérieure et inférieure de deux tibias gauches; 7° les mêmes moitiés de deux radius droits; 8° deux fragments de métacarpiens gauches; 9° une portion de la diaphyse et l’extrémité inférieure de deux fémurs gauches; 10° une partie de métatarsien et un métatarsien presque complet;

1. Dans ses explorations des grottes des bords de la Lesse, M. Dupont a trouvé, dans le Trou du frontal, les fragments d’un vase d’assez grande dimension. « La pâte — dit-il — est noirâtre, à éléments liés avec de petits morceaux de spath calcaire pour en empêcher le retrait. Elle est modelée à la main et non cuite ». ( Dupont , ouvrage cité, p. 152). — Dans une ancienne galerie d’exploitation de silex à Spiennes, MM. Cornet et Briart ont recueilli également « des fragments de poterie brune, non tournée, peu cuite, à pâte mélangée de petits grains de silex ». (Compte rendu du congrès international cité, p. 291).

2. Pour la raison que nous venons de faire valoir , nous ne pouvons être de l’avis de M. Dupont, lorsqu il dit que la pâte du vase du Trou du frontal n’a pas été cuite.

3. Sur le bœuf, l’urus, le cerf ou le renne sauvages, qui peuplaient jadis la forêt

d’Hercynie en Allemagne, voyez les chapitres 26, 27 et 28 du livre VI des Commentaires

de César.

Fu) 4

11" un petit fragment d’un maxillaire inférieur; et 12° plusieurs dents molaires. Du bœuf primitif on bœuf unis \ on n’a trouvé qu’une partie de la poulie inférieure d’un fémur droit. Du cerf commun et du cerf d’Allemagne, on a recueilli la diapliyse brisée d’un fémur gauclie, un métatarsien, une branche du bois, et une dent molaire. De la chèvre, on a déterré un humérus droit avec la diaphyse d’un fémur droit.

Le cheval a fourni la moitié supérieure d’un tibia droit, la moitié inférieure d’un tibia gauche, une portion de la diaphyse d’un radius droit, la moitié inférieure d’un métacarpien gauche, deux moitiés de deux métatarsiens, et une dent molaire. Finalement, du sanglier, on a trouvé la dernière molaire supérieure gauche. Tous ces ossements, débris de chasse et de cuisine, sont brisés, remplis de plantes cryptogamiques et de terrains de l’époque moderne, et présentent, pour la plupart, des entailles, des rayures, des empreintes de chocs,

des preuves, en un mot, que l’homme les a travaillés et qu’il s’en est servi. Les silex, recueillis près des os, sont reproduits sur notre Planche V avec leur grandeur et leur couleur naturelles. Ce sont : un couteau (Fig. 4), deux grattoirs (Fig. 5 et 6) et un marteau (Fig. 7). Le marteau (Fig. 7) et le grattoir de la Fig. 6 appartiennent au silex gris-brun de Spiennes; le couteau (Fig. 4) et le grattoir de la Fig. 5 appartiennent au silex noir de la craie d’Obourg ou de Nouvelles 1 2 * *, mais, plus vraisemblablement, de la craie de Douvrain 5 : ces trois localités sont situées aux environs de Mons, aussi bien que Spiennes et le Flénu. L’instrument allongé (Fig. 4), avec sa facette médiane a, ses deux facettes latérales b., c, ses bords tranchants d, e, et l’outil

en guise de langue humaine (Fig. 5), dont le bord affilé f a subi

plusieurs retailles, représentent respectivement les formes ordinaires du couteau et du grattoir de l’àge de la pierre, tandis que la forme du second grattoir (Fig. 6), avec ses bords tranchants g, se rapproche davantage de celle du grattoir Fig. 2 de gauche de la Planche IV. L’instrument de la Fig. 7, avec sa tète massive h, son manche cylindrique k,

1. Il n’a pas été possible de déterminer si celte partie de la poulie inférieure d'un iéinur droit, appartient ou au bos laurus ou au bos urus.

2. Dans la craie d’Obourg on trouve, en quelques endroits, des rognons de silex

noir peu volumineux. La craie de Nouvelles renferme des rognons de silex noir assez

petits et peu abondants.

5. Douvrain est un hameau de la commune de Baudour, commune située au nordouest de Mons et à l’ouest de Ghlin. On y trouve également du silex noir mais moins marqué de taches grises. C’est à Douvrain que M. Letat avait recueilli le plus grand nombre des haches en silex qu’il possédait.

et sa large facette / servant pour l’appui de l’index, reproduit assez bien le marteau de la Fig. 3, représenté par l’abbé Bourgeois parmi ses silex de Thenay Les bulbes de percussion qui se remarquent à

la face postérieure du couteau et des grattoirs, les tailles, retailles, et ébréchures de leurs bords tranchants, ainsi que les éclats sautés de la tête du marteau : tout prouve le travail et l’usage de l’homme.

Voilà donc la description des deux séries de découvertes faites à Rupelmonde en 1876 et 1877. Quelle est leur importance archéologique et ethnographique? Et à quelles conclusions donnent-elles lieu?

La détermination de l’époque à laquelle ces découvertes appartiennent, quelque conjecturale qu’elle puisse paraître au premier abord, devient moins incertaine par l’adjonction des silex aux ossements ouvragés. Trouvés réunis, non-seulement dans le même terrain et au même niveau, mais encore à la même place, ces silex et ces os sont évidemment contemporains, et, par conséquent, la présence des premiers détermine l’âge des seconds, et l’on peut dire, sans crainte d’être démenti , que les uns et les autres appartiennent à l’âge de la pierre, c’est-à-dire à cette période préhistorique, antérieure à toutes les civilisations même les plus anciennes, où l’homme vivait en Belgique comme les Esquimaux vivent au Groenland : se nourrissant des produits de la chasse, se vêtissant des peaux d’animaux sauvages, ignorant l’usage des métaux et taillant le silex pour en faire ses instruments, à cette période, en un mot, qui remonte au berceau de l’humanité dans l’Europe occidentale, et qui doit remplir la première page encore à faire de l’histoire de la Belgique.

Mais cet âge de la pierre, pendant lequel l’industrie, la faune, la climatologie, la disposition des terres et des mers ont éprouvé de grands changements, est d’une longueur immense 2, et se subdivise en plusieurs époques. Pour déterminer à laquelle de ces époques se rapportent nos découvertes de Rupelmonde, consultons d’abord la classification de l’âge de la pierre par M. de Mortillet, classification modifiée d’après les observations qu’on y a faites, et certifiée exacte par son auteur pour la France, la Suisse, les régions du Rhin, la Belgique et même l’Angleterre 3. La plus ancienne est l’époque de Saint-Acheul ,

i. Compte rendu du congrès international d' anthropologie et d’ archéologie préhistoriques , 0e session, lirux. 1872, page 89.

i. « Avec non moins d’unanimité, les recherches assignent à l'âge de la pierre, une durée qui, sans doute, dépasse de beaucoup la durée de la période s’étendant chez nous depuis l’apparition du métal jusqu’à nos jours ». (Dupont, ouvrage cité , page 31).

Voyez cette classification de M. de Mortillet et les observations qu’on y a faites, dans le Compte rendu du congrès international cité, pp. 132-139.

qui, indépendamment de quelques autres instruments, a produit surtout de grandes haches en silex et en diverses autres substances, affectant plus ou moins la forme d’une amande, taillées des deux côtés, et se maniant généralement à la main sans emmanchure. Prise dans son ensemble, c’est l’époque préglaciaire à climat tempéré. Sa faune est formée de l’hippopotame, de l’éléphant antique, et du type le plus inférieur de l’homme. La curieuse mâchoire humaine trouvée dans la grotte de la Naulette à Walzin sur les bords de la Lesse, appartient peut-être à ce type. La seconde époque est l’époque dite de Moustiers, caractérisée par des pointes en silex retaillées d’un seul côté et généralement à un seul bout, et par des racloirs plus ou moins grands également tout unis sur une de leurs faces. C’est l’époque glaciaire, où d’immenses calottes de glace s’étendaient autour des hautes montagnes de la Scandinavie, des Alpes et des Pyrénées \ et pendant laquelle régnait en Europe un climat froid et humide et y vivaient le mammouth, le rhinocéros, et l’ours des cavernes, en même temps qu’un type d’homme assez inférieur, type auquel se rapporte — dit-on — le célèbre crâne de la caverne d’Engis. La troisième époque est celle de Solutré, qui se caractérise par une retaille perfectionnée de tous les instruments, mais principalement par de jolies pointes de silex en feuille de laurier, finement retaillées des deux côtés et aux deux bouts. Son climat était froid et sec. Le type humain de cette époque se rapproche déjà de nos races actuelles. Aucun gisement de cette époque n’a encore été signalé en Belgique. La quatrième époque est l’époque de la Madeleine. Aux instruments uniquement en pierre des époques précédentes, se mêlent, pour la première fois et en assez grande abondance, des outils ou des instruments en os et en bois de cervidés. Si on ne rencontre plus ici les pointes solutréennes en feuille de laurier, en revanche, les éclats de silex, retaillés d’un seul côté et servant de couteaux, de scies, de lissoirs et de poinçons, se perfectionnent et deviennent fort nombreux, parce que c’est avec eux qu’on façonnait les os. A cette époque, la poterie en argile, modelée à la main et cuite au feu, est déjà connue en Belgique et ne l’est pas encore en France * 2 : le vase du Trou Magritte à Pont-à-Lesse ,

c « Les glaciers des Alpes, notamment, s'étendirent jusqu’à 100 kilomètres au delà de leurs extrémités actuelles; les plaines de la Suisse et du Piémont furent enfouies sous la glace. Celte époque, dite glaciaire, eut lieu après le dépôt des dernières couches tertiaires, telles que les célèbres sables à ossements de cétacés d’Anvers. Elle commence la période quaternaire ». (Dupont , ouvrage cite pp. 3i et 35).

2. Compte rendu du congrès international cité, pp. 185 et 445.

le plus ancien vase que l’on possède, en fournit la preuve L L’ébauche d’une figurine en ronde bosse ainsi que le dessin gravé sur bois de renne, trouvés dans ce même Trou Magritte, sont des indices d’un art rudimentaire qui existait déjà i. 2. Cette époque est postérieure à l’extension des glaciers. Sa faune est formée de l’élan, de l’aurochs, du bœuf unis, mais surtout du renne, qui, tous, se rendent maîtres des forêts, pendant que le mammouth, le rhinocéros, le mégacère, le lion, le grand ours et l’hyène, en butte à des hivers trop rigoureux, quittent peu à peu l’Europe et y disparaissent définitivement avec la fin de celte époque. Le Trou de Chaleux et le Trou du frontal à Furfooz en constituent, en Belgique, les gisements les plus remarquables. Finalement, la cinquième et dernière époque est celle de Robenhausen, parfaitement caractérisée par des poteries, des haches polies, et par des pointes de flèche en pierre, barbelées, pédonculées, non polies, mais retaillées des deux côtés comme le sont aussi les haches avant d’être polies. Son climat était à peu près le climat d’aujourd’hui; et sa faune consistait en animaux aujourd’hui devenus domestiques, et en races humaines déjà mêlées et analogues aux races actuelles. Spiennes en constitue le gisement principal en Belgique. Les trois premières de ces époques correspondent assez bien à l’âge du mammouth, la quatrième à l’âge du renne, et la cinquième à l’âge de la pierre polie de la classification de M. Dupont.

S’agit-il maintenant de rechercher à laquelle de ces cinq époques nos découvertes de Rupelmonde appartiennent, l’embarras commence. Cet embarras résulte, en général, de ce que « dans l’archéologie, aussi bien que dans la nature, rien ne se trouve nettement tranché. C’est tellement vrai — continue M. de Mortillet — que, lorsqu’il en est autrement, comme entre le paléolithique (ou âge de la pierre taillée) et le néolithique (ou âge de la pierre polie), nous restons étonnés, surpris, et nous nous empressons de rechercher comment on peut combler la lacune. Il est donc tout naturel qu’entre les diverses divisions, il y ait des points de contact, et même des enchevêtrements et du mélange ». Un premier triage cependant se fait sans peine : la présence seule de notre omoplate transformée en outil, spécimen de l’industrie osseuse qui n’a pris naissance qu’à la Madeleine, exclut, tout d’abord, les trois premières époques de Saint-Acheul, de Moustiers

i. Dupont, ouvrage cité, pp. 92 et 93.

s. Ibidem.

et de Solutré, et réduit le choix entre le Magdalénien et le Robenhausien. Mais ici l’option devient difficile. Faisons remarquer d’abord que la stratification relative ne peut apporter aucune lumière pour résoudre la question, puisque, comme il est dit à la page 92, les

divers terrains au milieu desquels nos os et nos silex se trouvaient, n’affectent aucune espèce fie stratification. La nature de ces terrains

ne peut pas nous éclairer davantage, puisque des terrains quaternaires y sont mêlés à des terrains de l’époque moderne d’une manière tellement confuse, qu’il est impossible de discerner lequel de ces terrains est le gisement propre à nos découvertes. Dans la tourbe de la vallée de la Haine on a recueilli quelques ustensiles en corne de cerf et en os, et plusieurs haches polies '. Des bois de cerfs, portant des entailles faites avec du silex, sont très abondants dans les tourbières de de la Basse Belgique qui renferment aussi des silex de l’âge de la pierre polie 1 2. La tourbe d’Anvers a même fourni une omoplate de bos taurus, conservée au musée royal d’histoire naturelle à Bruxelles et travaillée, à l’aide du silex, absolument comme notre omoplate de bœuf de Rupelmonde. Ces exemples similaires pourraient nous faire décider immédiatement que le gisement propre à nos découvertes est également la tourbe, et que celles-ci appartiennent par conséquent aussi au Robenhausien ou à l’âge de la pierre polie; mais les terrains

d’où l’on a extrait nos omoplates et nos silex, ne sont pas tout-à-fait

des terrains tourbeux quoiqu’ils y ressemblent : on ne peut donc pas

se presser d’en conclure à l’âge de la pierre polie. La faune de nos découvertes ne peut pas non plus nous mettre sur la voie, puisque le cerf, le bœuf et le sanglier font partie de la faune du Magdalénien comme de celle du Robenhausien. La réunion de nos os, de nos silex et de notre tesson de vase, trouvés tous ensemble à la même place,

cadre aussi bien avec l’époque de la Madeleine qu’avec celle de

Robenhausen, puisque, en Belgique du moins, ces trois produits de l’industrie humaine se rencontrent dans l’une comme dans l’autre. Ainsi donc, ni la position stratigraphique, ni la nature des terrains, ni la faune, ni l’assemblage des objets, ne peuvent nous aider à fixer notre choix. Restent les silex. Mais nos silex, non plus, ne lèvent pas la difficulté, puisqu’ils présentent des caractères qui les lient presqu’autant au Magdalénien qu’au Robenhausien. En effet, non-seulement ils ne sont pas polis, mais ils ne sont taillés que sur l’une de leurs faces; tandis

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