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ÉPOQUE CELTIQUE OU GAULOISE

Plusieurs de nos localités avaient probablement déjà été habitées, pendant des siècles, par des peuplades sauvages de l’époque de la pierre, lorsque les Celtes ou Gaulois, considérés à tort comme les premiers habitants de la Belgique, arrivèrent du midi, et envahirent le vaste espace qui reçut d’eux le nom de Gaule. A une date qui se perd dans la nuit des temps, ces nouveaux colons, d’origine asiatique, connaissant les arts et les métaux et possédant déjà un certain degré de civilisation, chassèrent les naturels du pays envahi, ou — ce qui

est plus vraisemblable — s’y établirent à côté d’eux, et leur transmirent, à la longue, leur culte et leurs mœurs. Rien de positif n’est

connu sur leur arrivée : « l’on ignore — dit l’historien Des Roches —

et l’on ignorera toujours l’époque et les circonstances de cette première transplantation; le nuage impénétrable qui la couvre, enveloppe aussi tous les événemens qui ont pu signaler cette colonie » i. Mais, si la date de l’immigration et le premier emplacement des Gaulois en Belgique sont inconnus, nous sommes mieux renseignés sur leurs mœurs et leurs conditions sociales. Dans toute l’étendue de la Gaule — dit César — il n’y a que deux classes d’hommes qui soient en estime et honneur : ce sont les druides et les chevaliers, car le menu peuple y vit pour ainsi dire en état d’esclavage, n’osant rien entreprendre par lui-même et n’étant admis à aucune assemblée délibérante; plusieurs même, grevés de dettes, pressurés d’impôts ou maltraités par les grands, entrent volontairement au service des nobles, qui ont sur eux les mêmes droits que les maîtres sur leurs esclaves. Les druides sont les ministres du culte. Ils sont chargés de pratiquer les sacrifices publics et privés, d’interpréter les affaires religieuses, et d’élever la jeunesse qui accourt, en grand nombre, se ranger sous leur discipline. Us jouissent de beaucoup de considération, connaissent de presque toutes les contestations soit de la généralité soit des particuliers, jugent les procès de crimes, de meurtres, d’héritages, de propriétés, et déterminent les amendes et les pénalités. Si un condamné refuse de se soumettre à leur sentence, il ne peut plus assister aux sacrifices, ce qui est la plus forte des peines, il est tenu pour un impie et un scélérat, délaissé et fui de peur de souffrir de son commerce, ne peut plus en appeler à la justice, et est exclus de tout honneur. Le chef

i. Histoire ancienne des Pays-Bas autrichiens , par M. Ües Roches, T. I, p. ô.

des druides est investi de la plus grande autorité. A sa mort, le plus digne d’entre eux lui succède. Si plusieurs ont des titres égaux, les su tirages des druides fixent le choix, mais, il arrive quelquefois qu’ils se disputent la suprématie par les armes. A une époque fixe de l’année, ils s’assemblent dans un lieu sacré du pays des Carnutes (pays de Chartres) considéré comme le centre de la Gaule. Tous ceux qui ont des controverses à résoudre, s’y rendent et se conforment aux décisions et aux jugements des druides. Habituellement, les druides ne prennent pas part à la guerre, ne payent pas l’impôt général, et sont exempts des exercices militaires et de toutes autres charges. Un point capital qu’ils s’efforcent d’inculquer, est l’immortalité de l’âme et la transmigration des âmes des défunts dans d’autres corps humains : maxime qui, en inspirant le mépris de la mort, est considérée comme le plus fort stimulant de la vertu. Les astres et leurs mouvements, la grandeur de la terre, la nature des choses, la puissance des Dieux immortels : tels sont les principaux sujets de leur cabale et de leur enseignement. La seconde classe d’hommes est celle des chevaliers. Dès que la guerre éclate (ce qui, avant l’arrivée de César, avait lieu presque chaque année), tous les chevaliers courent aux armes; les plus distingués par le sang ou la fortune, s’entourent alors de leurs serfs et de leurs vassaux, mais n’ont d’autorité ni de puissance que sur cet entourage. La nation gauloise — continue César — est extrêmement fanatique. Dans les maladies graves, devant le combat ou dans un danger quelconque, le fanatisme est porté au point d’immoler des victimes humaines, ou de faire le vœu de s’immoler soi-même, sacrifices dont le soin est confié au ministère des druides : c’est que l’idée y règne que la vie d’un homme ne se rachète que par la vie d’un homme, et qu’on n’apaise le courroux des Dieux que de cette manière. Certaines tribus y dressent d’énormes figures humaines, faites d’osiers tressés, dont on remplit l’intérieur d’hommes vivants : on y met le feu, et tous y périssent au milieu des flammes. Les sacrifices de voleurs, de brigands ou d’autres coupables, sont envisagés comme les plus agréables aux Dieux; mais, à leur défaut, les innocents y passent comme les autres. Le culte suprême se rend à Mercure qu’ils représentent diversément. Mercure est pour eux l’inventeur des arts, le guide des routes, et la providence dans les embarras financiers et commerciaux. Après Mercure viennent Apollon le dieu des malades, Mars le dieu de la guerre, Jupiter le dieu du céleste empire, et Minerve le dieu de l’industrie et des métiers. Dès qu’un mariage est décidé, le fiancé apporte sa dot estimée égale à celle de sa fiancée. Note est tenue du

capital commun dont les revenus ne se dépensent pas. Le conjoint survivant a droit à la dot du défunt et aux revenus de cette dot. Les maris ont sur leurs épouses, comme sur leurs enfants, droit de vie et de mort. Au décès d’un père de famille issu d’une race illustre, ses proches s’assemblent : si la veuve est soupçonnée d’avoir causé la mort, son procès s’instruit comme pour une esclave; si on la

trouve coupable, elle est brûlée vive et mise à mort après lui avoir fait subir les plus terribles tourments. Les funérailles gauloises sont magnifiques et somptueuses : tout ce que le mort aimait pendant sa vie, sans en excepter ses animaux, est brûlé, et, pour honorer sa mémoire, ses serfs et vassaux, qui se déclarent lui avoir été chers,

sont brûlés, à leur tour, peu de temps après les funérailles '. Tels

sont, d’après César, les principaux traits de la vie des Celtes ou

Gaulois, dont un certain nombre de médailles en bronze, en argent

et en or, a été trouvé, au Pays de Waas, à Kemseke, Moerbeke et Sinai 1 2.

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