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ÉPOQUE GALLO-ROMAINE

L’empire romain, toujours à l’affût de conquêtes nouvelles, avait jeté un œil de convoitise sur l’occident de l’Europe. A la tête d’une armée composée de toutes sortes de nations, César entreprit de s’emparer de la Gaule, et commença, l’an 51 avant Jésus-Christ, sa sixième campagne contre la Gaule belgique qui fut soumise par la défaite de Comius. Pendant les cinq siècles à peu près que les légions de Rome ont résidé dans la Gaule, la race romaine s’y est mêlée aux races gauloises et germaines, et les a initiées à la civilisation italienne. « Les Belges, plus voisins de la Gaule celtique, avaient adopté ses dieux et ses sacrifices, et adoraient, sous d’autres noms, les principales divinités

1. « Op den 15, 16 en 17 onde 18 dilto (Mecrt 1719), is op de prochie van Waesmunsler, op de Hey niet wydt valide Heycapcl onder de aerde op eenen acker toebehoorende het clooster van Roosen-hergh , heeft men gevonden veel groole en cleene sleene kannen die al opghevull waven met vbrande dootsbeenderë van menschen : men gelooft dat het een begraefplaets moel gevveest hebben vande heydenen, als het landt hier noch heydens was, dewetcke de doode lichaemen vbranden en de beenderen alsoo in kannen begraefden ». ( A» va les du Cercle archéologique du Pays de Waes, T. IV. p. 295).

2. Voyez sur notre Carte archéologique du Pays de Waas, les chiffres 3 et 4. — Annales du Cercle archéologique du Pays de Waes, T. IV. pp. 253-260, et T. V. p. 31.

des Romains. Taran ou Tanaris, le dieu du ciel, ressemble au Jupiter tonnant des Romains; Hesus, dieu de la guerre, à Mars; Retenus, dieu de la médecine, à Apollon; Theutatès, dieu du commerce, des arts et des grands chemins, parait formé sur Mercure; Dis, dont les Gaulois se croyaient issus, est le même que Pluton ; Ogmius, représenté avec tous les attributs de l’Hercule des Grecs, était en même

temps le symbole de l’éloquence. Tous ces dieux étaient des princes qui avaient régné sur les Titans, ancêtres des Gaulois, et que la superstition avait divinisés... Tout porte à croire cependant que, dès le premier siècle de notre ère, quelques-unes de nos provinces avaient reçu la semence précieuse du christianisme. Le zèle des premiers apôtres, le commerce des peuples belges avec les Romains, le grand

nombre de chrétiens répandus dans les légions préposées à la garde

du Rhin, les monuments trouvés en plusieurs endroits ne laissent aucun doute à cet égard » l.

Les traces des Gallo-Romains au Pays de Waas sont nombreuses : des médailles en ont été trouvées à Waasmunster, Moerbeke, Dacknam, Lokeren, Belcele, Beveren, Tamise, Saint-Nicolas, Stekene et Saint- Gilles; des statuettes à Tamise et à Waasmunster; des poteries à Waasmunster, Tamise et Belcele; des tuiles et des carreaux à Belcele, Waasmunster et Basele; et des urnes cinéraires à Waasmunster, Belcele et Lokeren. Comme ces diverses découvertes ont été décrites dans les ouvrages de de Bast et de van den Bogaerde, nous y renvoyons le lecteur 2. Mais — dira-t-on — toutes ces découvertes d’objets portatifs

1. Histoire de la Belgique par J. J. De Smet, 1856, T. I, pages 21 et 42.

2. Recueil d'antiquités Romaines et Gauloises trouvées dans la Flandre, par M. de Bast. — Het distrikt St. Nikolaas voorheen Land van Waes, door Jr A. J. L. van den Bogaerde, T. II. pp. 8-33. — Le 28 Mai 1878, près de la ferme de Pontrave à Waasmunster, sur les parcelles de lerre de la section C marquées au cadastre par les numéros 911 et 913 et nommées Steenakker et Meerschakkerken, à une profondeur de 50 ù 60 centimètres environ , on a déterré une petite médaille à l’efïigie de l’empereur Septime Sévère, ainsi qu’une masse de débris de substruclions, consistant eu carreaux, en tuiles, en vases de terre rouge, blanche, noire et grise, en pierres meulières : le tout appartenant h l’époque gallo-romaine. Parmi ces débris, se trouvaient, encore intactes, une tuile droite (tegula) et une tuile courbe (imbrex), que M. le chevalier Emile de Neve de Roden a offertes au musée du Cercle archéologique du Pays de Waas. « Le fermier qui habite la ferme de Pontrave , rapporte qu’on a trouvé , en bêchant le N° 911, un tas de cendres, d’une épaisseur de 20 à 25 centimètres, recouvrant l’aire d’une grange probablement incendiée ». (Lettre du 14 Juin 1878 de M. le chevalier Emile de Nevc de Roden).

ou d’un usage temporaire, ne prouvent que le passage des hommes qui les ont perdus, jetés ou abandonnés, après s’en être servi pour leurs besoins du jour. Cette objection pourrait avoir quelque ombre de valeur, si nous n’avions pas des monuments d’une toute autre nature, telles que les ruines d’une habitation construite des mains mêmes des conquérants de Rome, des puits en bois dans lesquels ils puisaient de l’eau, et les routes par lesquelles ils communiquaient de commune à commune : ces monuments là, rivés au sol, établis pour braver le ravage des temps, nous autorisent à dire que les Gallo-Romains ont résidé au Pays de Waas. Disons un mot de ces derniers vestiges.

La découverte de ruines d’une habitation gallo-romaine eut lieu, en 1864, à Belcele vers le milieu d’une pièce de terre de la section Steenwerk ', appartenant à M. F. Verest de Saint-Nicolas, située entre le railway du Pays de Waas et la chaussée de Saint-Nicolas à Gand, et marquée au cadastre par le numéro 1391. C’était la deuxième journée de nos travaux d’exploration. Des tranchées ouvertes sur deux pièces de terre différentes, n’avaient encore fourni que des décombres et des fragments de poteries. L’espoir de trouver quelques ruines commençait déjà à faiblir, lorsque, arrivée à 96 centimètres de la surface du sol, la bêche heurta tout à coup contre un corps dur qui rendit un son clair retentissant dans la tranchée. Ce son clair qui attira notre attention, partait d’un pan de mur gallo-romain que la bêche venait d’atteindre. Ce pan de mur fut dénudé' et isolé avec soin. Du côté de l’est on put s’assurer qu’il était libre et qu’il formait un mur extérieur; mais du côté opposé, on aperçut un pavé partant de sa base et se dirigeant vers l’ouest. Ce pavé nous servit de guide, fut mis à nu peu à peu, et nous conduisit, au bout de deux jours, à trois autres pans de mur qui limitaient le pavé, de manière que, tout étant déblayé, nous nous trouvâmes dans une enceinte souterraine de l1", 40 de profondeur, à peu près carrée, murée et pavée, et mesurant, dans oeuvre, 4m,94 de longueur sur 4m,82 de largeur. Ces murs, épais de 43 centimètres, étaient formés de briques mais principalement de tuiles gallo-romaines brisées ou déformées. Le mortier se composait de chaux vive, de sable jaune mêlé à du crag, et de briques concassées. La première assise reposait directement sur

i. Le Steenwerk est une des grandes sections du territoire de Belcele. Il comprend près de HO hectares de superficie, se trouve situé au nord-est du village de Belcele, et est circonscrit par Moorlelhoek , de Merktslraat , de Valk , de Kerkstraat , de Kapelstraat , den Dekpriem et la chaussée de Saint-Nicolas à Gand.

le sable, et était constituée par un rang de briques fracturées. Sur cette assise se trouvait, entourée de crag, une rangée de fragments de briques et de tuiles sans mortier intermédiaire qui n’était employé qu’à hauteur du pavé. Au niveau de ce pavé, commençaient et se succédaient ensuite plusieurs assises de tuiles droites (tegulœ) brisées, liées par une épaisse couche de mortier saupoudrée de crag, les unes ayant leurs rebords dirigés en bas, les autres ayant ces rebords dirigés en haut; l’intervalle entre les rebords d’une tuile, était rempli de mortier et de fragments de tuiles courbes (imbrices). Le premier de ces pans de murs portait, à sa face interne, le crépi ou le mortier de plâtrage, composé, comme nous l’avons dit, de chaux, de sable et de briques pilées. Le pavé était composé comme suit. Sur le sable jaune qui servait de base, était étendue une couche de 8 centimètres de cette argile grasse et jaune que l’on extrait encore de nos jours aux environs du Steenwerk ; venaient ensuite de bas en haut : 1° une couche de 5 centimètres de décombres de briques et de tuiles entremêlés de crag; 2° une couche de 4 à 5 centimètres de mortier à briques pilées et concassées; et 3° un bain de chaux versé sur le pavé pour le niveler et en rendre la surface plane. Ainsi composé, ce pavé remplissait tout l’espace compris entre les quatre pans de mur, et ne faisait défaut que près de l’angle nord-est où nous supposons que se sera trouvée l’entrée de l’enceinte. Ces murs et ce pavé étaient donc construits dans les meilleures conditions hydrauliques possibles : l’argile, imperméable à l’eau, empêchait l’humidité du sol de monter, le crag et les décombres laissaient filtrer rapidement le peu d’eau qui s’y glissait, et l’épaisse couche de mortier à briques pilées et concassées, se durcissant dans l’eau comme le béton et le ciment à pouzzolane, empêchait, aussi parfaitement que possible, le mur et le pavé de devenir humides.

De cette enceinte, circonscrite par ses quatre pans de mur, sont sortis : des débris de poteries en terre rouge de Samos, en argile noire très fine et en terre blanche; des débris métalliques en bronze et en fer; des débris ligneux, animaux et pierreux; des débris de maçonneries, tels que des fragments de briques et de tuiles, des mortiers divers, des briques réfractaires, des calorifères et des carreaux. Cette même enceinte était comblée de bas en haut : 1° par un demi mètre de sable recouvrant et abritant le pavé; 2° par une couche uniforme de neuf à dix centimètres d’argile qui, à ce niveau, ne se rencontrait pas en dehors de l’enclos, et qui nous semblait étendue là intentionnellement, peut-être par des habitants postérieurs qui,

trouvant le pavé trop profond, y auront jeté un demi mètre de sable recouvert d’une couche d’argile, formant ainsi une espèce d’aire qui aura suffi à leur vie agreste; 3° par un demi mètre de décombres; et 4° par de la terre sablonneuse dont la couche superficielle est

devenue terre arable par les soins de la culture.

Des considérations sérieuses nous font admettre, que celte enceinte du Steenwerk n’a jamais été qu’une cave dont les murs plongeaient en terre. Tout, dans la construction des murs et du pavé, tend à le prouver : 1° l’emploi des briques et des tuiles endommagées, que les Romains, comme nos maçons modernes, utilisaient dans les fondations cachées dans le sol, et, par contre, l’absence de briques intactes qui ne s’employaient que quand le mur était parvenu à fleur de terre;

2° le point de départ du pavé tout près de la première assise; 3Me peu de solidité qu’aurait eu le bâtiment si les fondations n’avaient

pas été maintenues plus ou moins profondément en terre; 4° la prodigalité des précautions hydrauliques, principalement nécessaires dans les murs d’une cave, et qui le sont beaucoup moins dans les murs

des appartements du rez-de-chaussée; 5° l’existence même de nos ruines ne prouve-t-elle pas une cave? Ceux qui ont détruit et rasé toutes

les autres habitations gallo-romaines du Steenwerk, auraient-ils laissé subsister quatre pans de mur et un parquet, si ces murs et ce pavé

n’avaient été cachés dans le sol et n’avaient pas appartenu par con-

séquent à une cave? Nous envisageons donc l’enceinte en question, non comme un appartement où l’on entrait de plain-pied, mais comme une cave ou un souterrain.

L’habitation gallo-romaine dont nous venons de décrire les ruines, n’était pas une construction isolée. La nature et surtout la grande masse de décombres et de débris divers que l’on y a rencontrés, prouvent évidemment qu’il y a eu au Steenwerk un aggloméré de bâtiments, une véritable bourgade gallo-romaine, où quelque fraction détachée des conquérants de la Gaule-belgique s’est fixée, a cultivé

le sol, s’est livrée à son industrie et a séjourné pendant longtemps. Nous ne désespérons pas d’y découvrir, un jour, les ruines de quelques autres bâtiments. Nous espérons de découvrir les restes de ces constructions notables dont les chambres se chauffaient à l’aide des calorifères que nous avons trouvés, dont nous avons constaté les beaux parquets, et dont les habitants se servaient de ces poteries fines et belles qui nous ont laissé des tessons. Nous voudrions mettre â nu le cimetière commun de ces Gallo-Romains de Belcele, déterminer la signification de ces larges fossés, l’étendue et l’importance de cette

vim

station romaine, reconnaître quelle était sa nature ou sa destination, et nous assurer si c’était un établissement agricole, industriel, commercial, civil ou militaire. Ce sont là des questions que des fouilles ultérieures pourront seules résoudre

Depuis cette découverte faite à Belcele, d’autres monuments sont encore venus nous prouver la colonisation gallo-romaine du hameau Steendorp à Basele. Quatre réservoirs d’eau, fixement et solidement construits en bois de chêne, y ont été trouvés au sein de la terre : le premier, en Novembre 1870; le second, en Novembre 1872; le troisième, en Janvier 1877; et le quatrième, en Novembre de la même année. Nous reproduirons ici la description que nous avons donnée des deux premiers dans le tome V des Annales du Cercle archéologique du Pays de Waas.

Un peu au-dessus du passage de l’Escaut, appelé Het Notelaar-veer, à 750 mètres du fleuve et à 600 mètres de l’ancienne route romaine dite De leege heirweg 1 2, sur la parcelle de terre du Pioomkauter marquée, dans la section C du cadastre, par le numéro 1135“ et exploitée pour les briqueteries de MM. Verheyen, Boodts et Van Wouwe, les ouvriers-terrassiers rencontrèrent, en Novembre 1870, à une profondeur d’un mètre environ, le tronc d’un gros chêne (PI. VII), haut de ln,,98, dont les deux extrémités étaient nettement sciées ou coupées, et dont la partie interne avait été creusée de manière à former, sur toute la hauteur, une excavation cylindrique de 70 centimètres de diamètre intérieur 3, et à ne laisser que 5 centimètres de paroi. Ce tronc de chêne creux, renversé sur sa tête, et placé ainsi debout dans le sable jaune d’où nous l’avons extrait et qui servait aussi de fond, portait,

1. Annales du Cercle archéologique du Pays de Waas, T. II, pp. 209-228, T. V,

page G0, note 1, et page GI , notes I et 2. — Ce qui nous paraît le plus probable,

c’est que les substructions de Steenwerk à Belcele, connue celles de Poutrave à Waasmunster dont il est parlé à la note 2 de la page 125, auront appartenu ou bien, à toute une bourgade, ou bien, à un corps de bâtiments faisant partie d’une villa que quelque officier, vétéran des armées romaines, aura reçue en partage, et où il aura fini ses jours adonné aux soins de l’agriculture.

2. De leege heirweg, ou la basse route militaire, est aujourd’hui la chaussée de Tamise à Basele. C’est un rameau de la grande route romaine de Lille à Anvers.

5. 70 centimètres est la dimension du diamètre intérieur, mesuré à un mètre de

distance de l’ouverture inférieure; mais, comme ce tronc de chêne avait été placé

renversé sur sa tète, ce diamètre intérieur allait en grandissant vers l’ouverture supérieure, et en diminuant vers l’ouverture inférieure; à 70 centimètres de l’ouverture inférieure, ce même diamètre n’était plus que de 58 centimètres.

à 24 centimètres de son extrémité supérieure et à 33 centimètres de son extrémité inférieure, quelques trous arrondis de 4 centimètres de diamètre, et renfermait, mêlés aux terres éboulées ou jetées, des fragments de tuiles, de carreaux et de poteries de l’époque manifestement gallo-romaine, ainsi que la diaphyse d’un métacarpien d’une jeune vache.

Deux ans plus tard , celte première découverte fut suivie d’une seconde. A 520 mètres plus au nord-est, mais dans le même Roomkauter et dans la même section G, à 310 mètres de l’Escaut qui fait là un coude rentrant près du hameau Steendorp , et à 340 mètres de la même route romaine qui, en cet endroit, se rapproche un peu du fleuve, sur la pièce de terre marquée au cadastre par le numéro 1143e et exploitée pour la briqueterie de M. Paul Verheyen, les ouvriers découvrirent, en Novembre 1872, un puits quadrilatéral, également en bois de chêne (PI. VIII), commençant à lm,20 au-dessous du niveau du sol, mais qui, à en juger par les extrémités brisées des montants, aura été élevé, très- probablement, au-dessus même de la surface du sol. Voici la construction de ce puits. Quatre montants quadrangulaires se dressaient à ses angles, et y étaient maintenus par plusieurs entretoises qui les reliaient à diverses hauteurs, et qui, échelonnées par paires, alternaient entre elles de côté, de manière à être toujours deux à deux parallèles et dans le même plan horizontal. Les deux paires inférieures étaient formées par des traverses implantées, par tenons et mortaises, dans l’épaisseur de leurs montants correspondants, la première à 21 et la seconde à 31 centimètres du fond. Les autres paires d’entretoises, séparées l’une de l’autre par la largeur d’une planche, étaient formées par des traverses plus fortes dont chaque extrémité présentait une échancrure rectangulaire pour y loger un montant, et qui étaient placées de telle sorte que deux paires d’entretoises successives poussaient l’une contre l’autre, et fixaient ainsi les montants d’une manière immobile. Ces entretoises avaient leur face interne découpée en segment de cercle, pour ne pas trop réduire le diamètre intérieur du puits. Les parois étaient composées d’une suite de planches superposées, interrompue seulement par les entretoises qui reposaient sur le bord des planches lesquelles, épaisses de 4 à 7 et larges de 11 à 57 centimètres, étaient appliquées extérieurement contre les montants et maintenues en place par la poussée des terres et par des clous en fer. Sept de ces planches, couchées à plat sur l’argile, constituaient le fond; les deux externes embrassaient par des échancrures les quatre montants qui se terminaient, à 4 centimètres au-dessous du fond, par une

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