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section plane perpendiculaire à leur axe, et qui, munis de quatre entretoises et de quelques planches de revêtement, plongeaient, à une profondeur de 45 centimètres, dans la couche d’argile : c’est cette partie du puits qui fut extraite sous nos yeux le 6 Mai 1872. Le puits complet mesurait intérieurement 1"',25 sur 1"’,15, et, traversant, de bas en haut, l’argile, le sable mouvant, le sable jaune et la terre arable, a dû avoir, du fond à la surface du sol, 4m,70 de hauteur. Il contenait, outre les terres de remblai, une tuile romaine intacte 1 2 3 * et des fragments de plusieurs autres tuiles, une meule en lave d’Andernach parfaitement bien conservée, et des parties de deux autres meules de la même lave et à peu près de la même dimension -, l’anse de deux cercles en fer d’un seau 5, et le crochet d’une perche à puiser de l’eau.
Deux autres puits formés d’un chêne creux ont encore été trouvés à Steendorp, dans le même Roomkauter de la même section C : l’un, en Janvier 1877 sur la pièce de terre N° 1 1 38a appartenant à M. E. Pilaet, et l’autre, en Novembre 1877 sur la pièce de terre N° 1135e. Ils renfermaient des fragments de tuiles et de briques, et des parties de
1. Celle tuile plaie el à rebords latéraux représente, non un parallélogramme, mais un trapézoïde dont la hauteur est de 4 fi centimètres , et dont le grand côté parallèle mesure 34 et le petit côté 28 centimètres.
2. Cette meule el ces parties de meule appartenaient à trois pierres meulières supérieures de trois différents moulins à bras. La meule intacte mesure 59 centimètres de diamètre el 6 centimètres d’épaisseur; sa face supérieure plane, circonscrite par un rebord légèrement relevé et de 4 tj-2 centimètres de largeur, présente une ouverture centrale arrondie de 5 ij 1 centimètres de diamètre, usée intérieurement par le frottement d’un pivot fixe, probablement en bois, autour duquel cette meule tournait; à une distance de 2 centimètres de cette ouverture centrale, se trouve une deuxième ouverture plus ou moins arrondie, de 4 centimètres de diamètre, non usée intérieurement, par laquelle on versait le grain à moudre entre les deux pierres meulières; à la circonférence de cette face supérieure, est taillée une mortaise trapézoïdale, haute de. 8 centimètres, d’une largeur intérieure de 5 1/2 centimètres et d’une largeur extérieure de G centimètres, mortaise qui servait à l’implantation d’une manivelle à l’aide de laquelle on faisait tourner la meule à bras d’homme. La face inférieure ou concave de cette même meule, est smillée en rayons parallèles disposés en séries divergentes, comme nos pierres meulières le sont encore aujourd’hui, et 11e porte aucune échancrure cruciale pour l’emboîtement d’un pivot en fer. Le diamètre, l’épaisseur el la largeur du rebord des deux autres meules, diffèrent peu de ceux de la meule intacte décrite ci-dessus.
3. Le contour de ces cercles prouve que le seau a dû avoir la forme d’un cône
tronqué. Leur diamètre est de 30 centimètres.
squelette de bœuf, de cerf et de sanglier. A part quelques différences dans les dimensions, ces deux derniers puits sont en tout semblables à celui de 1870.
Quelle était la destination de ces puits? Il est évident, d’abord, qu'ils n’étaient pas des puisards (zink- of versterfputten) , c’est-à-
dirc des puits d’absorption par le sol de certains liquides excrémentitiels et autres dont on veut se débarrasser, puisque le cuve-
lage en bois , isolant l’intérieur du puits des sables ambiants ,
aurait contrarié l’absorption plutôt que de la favoriser. Ce n’étaient pas non plus des silos (putei), dont l’emploi, d’après un passage de Varron (I, 57, 2), était répandu chez les Romains et qui servaient à conserver certaines denrées, puisque l’existence des petits trous ou des interstices des planches, qui faisaient l’office de ventouses pour appeler l’eau, n’aurait jamais permis de tenir la cavité dans l’état de sécheresse nécessaire. Aucun ossement humain n’y a été trouvé, et, par conséquent, ce n’étaient pas non plus des puticuli dont parle Pompéius
Festus, et dans lesquels les Romains jetaient les cadavres de la populace. Nos puits n’ont pu être que des réservoirs d’eau dont ils réunissaient, du reste, toutes les conditions. Les puits circulaires, placés au-dessus de la nappe d’eau souterraine et ne recueillant que l’eau du ciel et les eaux infiltrées dans les terres voisines, n’étaient que des citernes, qui ont dû se trouver souvent à sec à cause de leur fond perméable. Le puits quadrilatéral, au contraire, plongeant jusque dans la couche argileuse, était un collecteur de cette nappe d’eau à boire qui couronne notre couche d’argile et mouille notre sable mouvant, eau qui suintait dans la caisse par les interstices des planches, s’y conservait sur un fond imperméable, y était puisée à l’aide de la perche et du seau dont nous avons retrouvé le crochet, l’anse et les cercles, et qui y était préservée du mélange avec l’eau du ciel grâce à un petit toit qui , très-probablement , s’appuyait sur les quatre montants et couvrait le puits, toit que nos anciens colons, en quittant notre contrée, auront enfoncé, jetant au fond les tuiles et les meules qu’ils ne pouvaient emporter.
Ces Gallo-Romains habitaient-ils le hameau Steendorp, ou bien n’y ont- ils fait qu’une étape? La première hypothèse est seule admissible. En effet, une armée en marche ou un peuple nomade qui font une halte , ne se mettent guère en frais pour se procurer de l’eau pour leurs besoins du jour : ils imitent les Bohémiens et se rendent â la rivière ou à la fontaine voisine. Mais ceux qui font choix du plus gros chêne de la forêt, se livrent au pénible travail d’en creuser le
tronc, ou préparent les matériaux pour une caisse de près de cinq mètres de hauteur, s’arment de la pioche et de la bêche pour ouvrir une large tranchée, et installer ces appareils jusque dans l’argile à l’elfet de se ménager, pour eux et leurs descendants, des réservoirs d’eau permanents : ceux-là, ou se proposent de se fixer au lieu où ils exécutent de pareils travaux, ou y avaient déjà fixé leur résidence, et en sont, par conséquent, les véritables habitants. Et que nous apprennent ces pierres meulières, si pesantes et si peu portatives, expédiées d’Andernach des bords du Rhin à Steendorp sur les bords de l’Escaut? Ne prouvent-elles pas, à leur tour, que ceux qui s’en
servaient pour moudre leurs grains, habitaient les lieux où les débris de ces pierres se rencontrent aujourd’hui ? Un seau et une perche à puiser, ne sont-ce pas des meubles d’une famille emménagée et établie là où l’anse et les cercles du seau et le crochet de la perche se
retrouvent au fond du puits même où l’on puisait de l’eau? D’ailleurs, que signifie la dénomination de Roomkauter donnée par les plus anciennes cartes à la section où nos puits ont été découverts? N’est-ce pas en souvenir du séjour des Romains, que la tradition a baptisé
cette section du nom de Roomkauter qui veut dire plaine ou champ
de Rome? Affirmons donc, sans crainte d’être démenti, que les Romains ont habité Steendorp, et que nos puits sont des dépendances souterraines de leurs habitations dont nous finirons par découvrir les ruines.
Mais quels étaient ces Romains de Steendorp, et quelle était leur industrie? Les armées romaines qui envahirent la Gaule, étaient composées, comme il a été dit, de toutes sortes de nations conquises. D’après un passage de César, on peut croire que c’étaient spécialement les légions revenues de la Grande Brétagne et commandées par Labiénus qui furent détachées chez nos Ménapiens aussi bien que chez les Morins leurs voisins '. Pendant les 500 ans environ que ces légions ont occupé nos parages, les Ménapiens du Pays de Waas 1 2 ont été
1. « Cæsar poslero die T. Labienum legatum, cum iis legionibus quas ex Britannia reduxerat. in Morinos, qui bellionera fecerant, misit : qui cum propter siccilates paludum quo se reciperent, non haberent, quo perfugio superiore anno fueranl usi, omnes fere in poteslatem Labieni venerunt ». (Cœsaris comment, de bello Gallico, L. IV, Cap. XXXVIII). — « Ipse (Cæsar) postea in Morinos eorumque lînitissimos Menapios arma couverlil. ». (Uio Cassius , T. I, L. 39, cap. U). — Recueil d’antiquités Romaines et Gauloises trouvées dans la Flandre, par M. de Bast , pp. 3 et 33).
2. Mr P.-C. Van der Elsl (Sur la topographie de la Ménapie à l’époque de Jules César, notice insérée dans les Annales de l'Académie d’archéologie de Belgique,
incorporés dans les cohortes romaines, et leurs femmes ont fini par s’allier aux envahisseurs. Ceux-ci leur imposaient leurs dieux et leurs lois, et leur apprenaient leurs arts et métiers, de manière que, au bout de quelque temps, les pays conquis étaient façonnés à la civilisation des conquérants, et que, pour le sang et les mœurs, les aborigènes de Steendorp étaient devenus des Gallo-Romains, ou, pour nous servir d’une expression de M. Galesloot , des sémi-romains '. Les soldats de Rome, exercés dans l’art de bâtir et dirigés par d’habiles architectes, étaient — comme leurs œuvres le prouvent — d’excellents constructeurs, et ont du initier la population de Steendorp à la fabrication des tuiles, des carreaux et d’autres matériaux de construction. Evidemment, les tuiles de nos puits n’ont pas été importées de pays étrangers. On ne les transportait pas au loin : leur poids s’y opposait. Elles ont été fabriquées sur place. Ce qui tend à le prouver, c’est qu’elles sont faites de cette même argile jaune pâle, fine et grasse, que ce peuple trouvait alors sous ses pieds, et que, plus près du fleuve, on y exploitait encore, il y a quelques années, avant que la fabrication des tuiles n’v fût éteinte * 1 2 3 *. Ce qui tend à le prouver, c’est la masse vraiment considérable de fragments de tuiles et de carreaux romains, n’ayant jamais servi, enfouis dans le talus du petit bassin 5 creusé au-devant du Roomkauter, à l’endroit de l’ancienne rive de l'Escaut, et où, très-probablement, se sera trouvé le quai des briquetiers romains. Ce qui tend à le prouver encore, c’est
XXVI , 2*' série, T. VI, 2n,c et 3mc livraisons, pp. 221 et suivantes), et Mr Ch. Piot (La Ménapie pendant la domination des Romains, mémoire inséré dans les Annales de la société d'émulation pour l’étude de l'histoire et des antiquités de la Flandre, T. IV, N° 4, p. 277), ont établi que la tribu des Ménapiens habitait entre l’Océan et l’Escaut, de manière (pie cette tribu a dû occuper tout le Pays de Waas, et, par conséquent, le territoire de Basele et de Steendorp.
1. Bulletin de l'Académie royale de Belgique, T. XXIII, p. 189.
2. Tous les fragments de tuiles et de carreaux de l’époque gallo-romaine trouvés à Steendorp, sont fabriqués de cette argile fine et grasse, d'un jaune pâle, qui se trouve, en mince couche , à la surface de l’épais dépôt d’argile bleue. Tout porte à croire que les Gallo-Romains de Steendorp dédaignaient l’argile bleue de moindre qualité, et n’exploitaient que celte excellente argile superficielle qui se trouve encore à Steendorp , mais qui diminue en quantité à mesure qu’on s’éloigne de l’Escaut.
3. C'est dans la profondeur du talus de ce petit bassin, et notamment dans l’argile
fine et grasse exploitée par les Gallo-Romains de Steendorp (Voir la note précédente), que se trouvent des charretées entières de ces fragments de tuiles et de carreaux, sans
traces d'usure ni de mortier et n’ayant, par conséquent, jamais servi. Plusieurs brouettées en ont été extraites sous nos yeux.
la légende des Kwêkers peuplade étrangère et barbare laquelle, au récit des vieillards du hameau, habitait un petit bois du Roomkauter et faisait des briques, légende qui, vraisemblablement, n’est qu’un vague souvenir de ce même peuple qui a fabriqué les tuiles de nos puits. Ne méprisons pas trop les légendes. Elles sont souvent basées sur un
fond vrai, et sont alors, comme nous l’avons dit ailleurs, la poésie de l’histoire. L’industrie de Stecndorp se serait donc perpétuée depuis les temps les plus reculés, et daterait, non du XVIe ni même de la
fin du XIVe siècle comme on l’a dit ’i. 2, mais des quatre ou des cinq premiers siècles de l’ère chrétienne, et tout porte à croire que, dès lors, les briquetiers de Stecndorp auront eu des débouchés à Belcele s, à Waasmunsler ‘, et dans la plupart des stations romaines du Pays de Waas, où ils pouvaient expédier leurs produits par l’Escaut et le
Heirweg qu’ils avaient sous la main. Et pourquoi la fabrication des
tuiles n’aurait-elle pas pu se perpétuer à Stecndorp comme à Meerssen en Hollande, et tout aussi bien que la fabrication des émaux champlevés à Limoges, des draps à Woodchester et Arras, et des poteries à Riegel 3 4? Qu’il y ait en des interruptions dans l’exploitation de
i. Les versions sur la légende des Kwêkers soin 1res différentes. En voici quelques-
unes recueillies par M. le secrétaire De Winter à llasele : « Over de Kwijkers, Kwêkers
of Quakers, lieeft de bejaarde lieer Constant-Enunanuel Verlielst , steenbakker en schepen de/.er gemeente, mij kunnen aanduiden dut dit zôôgenaamd volk de eersle sleenbakkers geweesl zijn, en dat het/.elve, voor zijn slecht en barbaarsch gedrag, door den alsdan bestaanden vorsl, prins of graaf weggejaagd is, na welk (ijdstip, de steenbakkerijen aan den graaf van Rupelmonde moeten overgegaan zijn. Genoenade Verlielst voegt er bij dat bij liooren zeggen heeft dat gemeld volk of Kwêkers zeer bijgeloovig waren, tôt bel puni dat zij hunne nachtdroomen in den dag len uitvoer bracblen. Indien zij, bij voorbeeld , droomden eenen niensch le moeten dooden , zij zulks bij dage verwezentlijkteu. Hunne euveldaden waren onder bel volk schrikverwekkend. Eene andere ouderling Jan Verlielst, broeder van bovengenoeniden , zegde mij, len opzichte van meergezeide Kwêkers, dat bij altijd hooren zeggen lieeft dat ecn volk onder die benaming
al hier bestaan lieeft, en dat zij allen eensklaps op zekeren morgend vertrokken waren.
Zij leefden afgezonderd van aile gemeenscbap met de andere bevolking ».
». U et Land van Waas, door A. Siret, page 11.
s. Les tuiles de Steenwerk à Belcele sortent d’un autre moule que celles de Stecndorp à llasele où l’on peut avoir eu plusieurs moules différents; mais, si les premières sont un peu plus petites, elles sont cependant faites de la même argile que les secondes.
4. Les tuiles déterrées le 28 Mai 1878 près de la ferme de Ponlrave à Waasmunster, ont absolument les mêmes dimensions que les tuiles de Steenwerk à Belcele : elles semblent donc provenir du même moule et de la même briqueterie.
« Il n’est pas rare — dit M. II. Schuermans, dans le Bulletin des Commissions royales d'art et d’archéologie , 6° année, page 27ô — de voir se perpétuer dans une localité
l’argile lors de l’invasion des barbares et à d’autres époques : nous le voulons bien, nous l’admettons même volontiers; mais il n’en est pas moins vrai que cette grande masse de fragments de tuiles et de carreaux enfouis à Steendorp, fournissent la preuve matérielle que l’industrie des briques y a pris naissance à l’époque gallo-romaine, et quelle est peut-être la plus ancienne industrie du Pays de Waas f.
Parmi les monuments qui attestent la résidence des Gallo-Romains au Pays de Waas, nous avons encore les routes ou voies militaires, près desquelles on déterre souvent des médailles ou autres antiquités, et que nous allons tâcher de décrire. « Outre les routes principales — dit M. de Caumont — qui étaient les plus directes et qui communiquaient d’une ville à une autre, il y avait des routes vicinales (vice vicinales ou diverticula) qui accédaient aux villages et qui établissaient des communications entre les bourgades et les villes » * 1 2. Non loin des fleuves ou des rivières, les routes romaines étaient quelquefois doubles : l’une, située le long de ces cours d’eau, se nomme, sur les vieilles cartes, Leege- ou Neder- ou Ncren-heirweg ou Necrstraat ; l’autre, se -dirigeant davantage dans l’intérieur des terres, s’appelle Hooge-heirweg , ou, le plus souvent, Ileirweg tout court. Deux routes romaines principales traversaient le Pays de Waas de l’ouest à l’est : l’une, partant de Bruges ou de la cote maritime, le traversait au nord; l’autre, partant de Lille ou du nord de la France, le parcourait au sud. Toutes deux convergeaient à Anvers ou à la Têle-de-Flandre. La première de ces routes pénètre au Pays de Waas par le territoire de Moerbeke entre le Moervaart et le railway de Lokeren-Selzaete, longe le Moervaart jusqu’à Kaudenborm, suit le chemin dit Saligemstraat , traverse Stekene, et, se confondant avec la chaussée communale de Stekene-Beveren , passe par Dry Schouwen, De Zwaen, Voshoek, Klein Laer, Vracene, Zillebeke et Beveren ; à partir de Beveren jusqu’à la Tête-de-Flandre, elle se continue, par Melsele et Zwyndrecht, en suivant la chaussée gouvernementale. La seconde de ces routes entre au Pays de Waas par le hameau Nieuwpoorte situé à la limite occidentale du territoire de Lokeren, passe par Keersmaker et Puttenen;
déterminée une même industrie depuis les temps les plus reculés ». Il cite, comme exemples (pp. 150 et 273), la fabrication des tuiles à Meerssen , l’industrie des émaux champlevés à Limoges, la fabrication des draps à Woodchester et Arras et la fabrication des poteries à Riegel.
1. Annales du Cercle archéologique du Pays de Waes , T. V. pp. 33-4-G.