‹ Le Pays de Waas préhistoriqueChapitre 7 sur 67 · PL. U · texte numérisé non relu

PL. U

COURS DE L ESCAUT PRÈS DE BORNHEM EISr 1240 .

droite, et s’infléchissait vers la commune d’Exaarde en formant un méandre (Oude vaart ou Ratte vaart) ', mouillait successivement Dacknam, Lokeren, Waasmunster et Thielrode, pour se continuer, en passant devant le château démoli de Coudenborgh , jusqu’à Tamise, où elle se jetait dans l’Escaut à l’endroit de l’écluse, au lieu de s’y jeter, comme maintenant, vis-à-vis de Thielrode 1 2 3 : de manière que, dans ce tempslà, la Durme était plus longue qu’aujourd’hui , de toute la partie de l’Escaut qui s’étend de Thielrode à Tamise \

L’entrée de l’Escaut au Pays de Waas, n’a pas toujours été, non plus, celle d’aujourd’hui. Jadis, ce fleuve, au lieu d’y entrer près de Thielrode en se joignant là à la Durme, ne s’approchait même pas de Thielrode; mais formait, entre l’ancienne baronnie de Bornhem et le domaine de Weert, deux courbes concaves reliées, au milieu, par une courbe convexe. Ces deux courbes concaves embrassaient respectivement le Grand Weert et le Petit Weert *, limités alors au nord-

ouest par la Durme, qui, comme nous l’avons dit, se continuait jusqu’à Tamise. De ces deux courbes, celle du côté du nord mouillait le château de Bornhem, pour couler ensuite vers l’endroit de l’écluse actuelle, un peu en amont de Tamise, où elle recevait la Durme et où l’entrée du fleuve au Pays de Waas avait lieu. Ce n’est qu’après

1240 que cette situation a changé. Après cette époque, mais à une date qu’on ne peut préciser s, l’Escaut s’est creusé un prolongement

1. Ce méandre s’ensable, parce que la Durme y a pris une autre direction.

2. Ce que nous venons de dire sur l’enlrée de la Durme au Pays de Waas et sur son confluent avec l'Escaut, était aussi l’opinion du savant Van de Velde de Beveren. Voici ce qu’il dit : « Van Mendonek al' lot Ëxaerde, Word deezen stroom (de Durme) de Zuydleede , en verders toi liaere uitwaeteringe toc, de Durme genaemt... want dacr deeze riviere (de Durme) nu zig in de Schelde ontlasl nevens de kerke van Tielrode, voerdc zij eertyds liaere waeteren voor by Cauwenberg tôt aan de sluyse voor Temsche ». (Beschrciving van Beveren. Eerste bock, bl. 8 en 10, manuscrit de J. F. Van de Velde, appartenant au Cercle archéologique du Pays de Waas).

3. Nous signalerons ici une lacune sur la Carte du littoral de la Flandre en 861 , annexée à l’ouvrage de Mr P. Borticr intitulé Le littoral de la Flandre au IXe et au XIXe siècles. L’auteur n’y dessine pas la Durme, tandis qu’il y trace le petit ruisseau dit Barbier Belle , qui prend sa source entre Hoog Kameren (St. Nicolas) et le Paalsteen (Tamise), sépare les communes de Cruibeke et de Basel, et se jette dans l’Escaut entre Cruibeke-Broek et Basel-Broek.

r. Le Grand Weert se nomme encore Vieux Weert ou Weert postérieur, comme le Petit Weert se nomme encore Nouveau Weert ou Weert antérieur.

s. L’ingénieur Kümmer croit que ce tut au 16" siècle. Voici ce qu’il dit : « Le terrain qui constitue le polder de Weert, était encore, en 1216, séparé des hautes terres par

jusque près de Thielrode * 1 : là, après s’être uni à la Durme, il s’est emparé du lit de cette rivière et l’a élargi jusqu’à Tamise, pendant que, à la suite de cela, son propre lit entre Bornhem et Weert, relégué en dehors du courant, s’est rétréci et détaché, à la longue, de toute communication avec le fleuve. Que le cours primitif de l’Escaut a été réellement celui que nous venons de décrire, cela résulte de considérations topographiques et historiques. Et d’abord, l’ancien cours du fleuve, modifié par l’évènement survenu après 1240, existe encore : il a une longueur d'environ 6 kilomètres, une largeur moyenne de 100 mètres, et se trouve figuré sur toutes les cartes sous le nom de Vieil Escaut (Oude Schelde). Ses anciennes dunes même, échelonnées suivant une direction semblable à celle des lignes courbes dont nous avons parlé, se remarquent aussi parfaitement 2 ; et ses digues, établies probablement vers la fin du XIIIe siècle, sont encore assez bien conservées. Qui ne se rappelle la petite île nommée Luyzenbosch, située, jadis, au milieu de la Durme au-devant de son embouchure dans l’Escaut, et qui, en 1720, mesurait encore une superficie de 67 mètres carrés 3? Cette île n’était-elle pas le dernier témoin et le dernier vestige de la terre ferme emportée au moment de la formation du nouveau cours du fleuve?

Mais, la thèse que nous soutenons s’établit surtout par quelques vieux documents historiques. Aux archives de l’abbaye d’Afllighem appartient une charte de 1227, d’où il résulte : qu’à une certaine époque, Siger II, châtelain de Gand et seigneur de Bornhem, s’était emparé, pour y

l'Escaut, qui, au XVIe siècle, changea son cours en usurpant l’ancien lit de la Durme. Celle-ci, au lieu de se jeter, comme aujourd’hui, dans l’Escaut à Thielrode, y conlluait à proximité et quelque peu en amont de Tamise ». (Kihnmcr, ouvrage cite, p. 9) — Mr Best, sur la planche G, 2, de sa notice historique de Bornhem, représente la nouvelle situation comme existant déjà en l’année 1283.

1. Il y en a qui pensent que l’Escaut et la Durme ont contribué activement, tous les deux, au nouveau confluent, en allant au-devant l’un de l’autre.

2. Ces anciennes dunes, situées sur le territoire de Bornhem, commencent en deçà du débarcadère de Brans (ou Brants) , coupent le hameau lloog Heyde, traversent Luypeghem, le Zaevelberg, contournent au sud la nouvelle abbaye de St. Bernard, croisent obliquement la commune de Bornhem, pour suivre ensuite la rue dite Broeckslraat jusqu’à la chapelle de St. Roeh. Ces dunes .sonl bien représentées sur la grande carte de Puers, sortie, en 1837, de l’établissement géographique fondé à Bruxelles par Pli. Vandermaelen.

3. Voyez sur ce Luyzenbosch : 1° Met distrikt St. Ni ko tans , voorheen Land van Waas. T. I. pp. 18, 403; 2° Annales du Cercle archéologique du Pays de Waas, T. IV, 3e livr. pp. 283 et 584.

construire un moulin-à-eau, de trois pièces de terre, dites Cortlande, qui étaient la propriété de l’église de Bornhem. Pour réparer cet acte de spoliation, Siger fait don à l’église d’un muid de seigle à prendre, chaque année, au moulin qu’il avait établi Or, l’établissement d’un moulin-à-eau n’était possible que dans une eau courante, et cette eau courante devait être ici l’ancien cours de l’Escaut, puisque les Cortlande , d’après la carte de Sanderus, étaient situées le long de ce fleuve. Une autre charte, appartenant aux archives de la cathédrale de Saint-Bavon à Gand et datée du mois de Mars 1240, est bien plus concluante encore. D’après cette pièce, Wautier, seigneur de Coudenborcli et Mathilde son épouse avec Egide leur fds aîné, vendent à la dite église de Saint-Bavon une terre nommée le Grand et le Petit Weert, située entre Tamise, Bornhem, Hamme et Thielrode, et environnée de tous côtés par les eaux de l'Escaut et de la Durme, ainsi que deux gerbes de la dîme prélevée sur cette terre, avec toutes les dépendances de la dite terre, à l'exception cependant de la pêche en dehors de la digue, et de la haute justice en dedans comme en dehors

de la même digue ’2 * 4. Pour la vente de cette terre, ceux de Saint-

Bavon reconnaissent aux vendeurs une rente annuelle à charge de leur église, payable vers la Saint-Bavon et variable selon plusieurs cas déterminés, mais qui sera : de 12 livres aussi longtemps que les deux Weert resteront non endigués, de 20 livres après l’endiguement de l’un d’eux, et de 40 livres après l’endiguement complet des deux \ La même année, Thomas, comte de Flandre et de Hainaut, de qui les deux Weert relevaient, conlîrme cette vente, pendant qu’en même temps il affranchit la terre vendue de fous droits et charges féodaux, et qu’il en garantit la possession contre toute contestation judiciaire l. En 1240, Hugues, châtelain de Gand et seigneur de Bornhem, reconnaît n’avoir, du chef de sa seigneurie de Bornhem, aucun droit, domaine,

ni avouerie sur la terre vendue s. Finalement, en 1517, l’acte de

vente est soumis au visa du doyen de l’église de Sainte-Pharaïlde à Gand et des curés de Tamise «. De ces quatre documents que nous

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