Voyez notre Annexe II, Ps
b. Voyez notre Annexe II, N° 3. — Voyez à la note 6 de notre Annexe II, N° 3, la rectification d’une erreur commise par Mr Best, o. Voyez notre Annexe 11, N° i.
venons d’analyser, il résulte : 1° qu’en 1240, les deux Weert étaient cernés, d’un côté, par l’Escaut, et, de l’autre côté, par la Durme : ce qui ne pouvait être qu’en admettant que cette dernière rivière se continuât jusqu’à Tamise pour s’y jeter dans l’Escaut, et que le cours de ce fleuve fût celui du Vieil Escaut actuel qui faisait alors, par cette commune, son entrée au Pays de Waas; 2° que, déjà à cette époque, les deux Weert étaient livrés à la culture, puisque le seigneur y prélevait deux gerbes pour la dîme; 5° qu’ils n’étaient pas encore endigués, et, par conséquent, que l’inondation qui, très probablement y a changé le cours de l’Escaut, a pu se faire d’autant plus facilement; 4° que cette inondation doit avoir eu lieu après 1240.
Et qu’on ne dise pas que ce que nous nommons Vieil Escaut n’était autrefois qu’une simple dérivation ou un bras du fleuve, ne recevant qu’un courant latéral, pendant que son lit véritable se dirigeait par Thielrode jusqu’à Tamise. Que ceux qui seraient tentés d’admettre cette hypothèse, nous expliquent alors la grande largeur du Vieil Escaut (de nos jours encore de 100 mètres en moyenne), ainsi que l’existence de ses dunes si loin dans les terres. Même, les termes de la charte de 1240 : scalde et dorme undu undique interclusam, ne sont-ils pas trop clairs et trop positifs pour douter le moins du monde de la conclusion que nous en tirons? Au surplus, la soumission des deux Weert à l’autorité ecclésiastique de l’ancien évêché de Tournai, achève d’écarter l’hypothèse. En effet. À l’époque de l’érection des premiers évêchés, leurs circonscriptions furent calquées, en général, sur les circonscriptions politiques. Ce fut surtout le cas — dit Bucherus , — dans les Pays-Bas, où l’Escaut a servi, pendant des siècles, de ligne de délimitation. C’est ainsi que, entre l’évêché d’Arras et de Thérouanne au sud et celui d’Ctrecht au nord, tout ce qui se trouvait sur la rive gauche de l’Escaut jusqu’à la mer du Nord, était soumis à la juridiction de l’évêché de Tournai; et c’est ainsi encore que l’Escaut, dans
i. « Ac primùm facile mecum æquus Leclor, admittel, sapientissimam matrem Ecclesiam, quæ disponit omnia suaviter, cùm Diœceseon suarum partitionem moliretur, nullam facilioreni commodioremque instituera poluisse, quàm quæ civili responderet, aul proximè, quantum fas esset, acccderet. Sic eniin liquidior ac junclioi' erat sacri profanique Imperii gubernatio, altéra alterius auxilio subnixa. Quod tanto verius esse pervidebit, quisquis priscos Episcopatuum non Belgicorum modo, sed ceterorum quoque omnium limites cum Romanorum provinciarum civitatümve terminis composuerit, ut docte ante nos Rhenanus annotavit. Quarum plerosque etiarn liodie respondere videmus in Galiis. Episcopales igitur in Belgio per hoc tempus parœcias ex ci vilibus Romanorum eruamus ». (Æg. Bucherii Belginm romnmuni, Lib. VIH, C. X, § \).
toute sa longueur, séparait eet évêclié de celui de Cambrai qui se trouvait sur la rive droite du fleuve. Maintenant, si ce que nous nommons Vieil Escaut, n’était, jadis, qu’une dérivation du fleuve et non le fleuve lui-même, alors les deux Weert se seraient trouvés sur la rive droite de l’Escaut, et auraient, par conséquent, appartenu, aussi bien que Bornhem, à l’autorité ecclésiastique de l’évêché de Cambrai, au lieu d’appartenir à celle de l’évêché de Tournai, comme c’était le cas L’ancien cours de l’Escaut, à partir de Gand , a été diversément décrit par les auteurs. Vredius, s’appuyant sur quelques documents historiques du IX'1 e( du Xe siècles, a avancé que la ville de Gand était autrefois un port de mer, ce qui suppose une communication directe entre cette ville et la mer du Nord par l’Escaut occidental 2. Traitant des « changemens survenus sur la côte de Flandre par rapport à la situation des terres et des mers », Des Roches admet comme Vredius « une communication entre la ville de Gand et l’Océan », et suppose, en outre, que cette communication avait lieu « dans la direction vers le Sas de Gand ». A l’appui de sa manière de voir, Des Roches invoque un passage de la vie de Charlemagne cité par Vredius, et y ajoute ensuite le témoignage d’un diplôme de 967 3 * 5. Le chanoine David soutient également « que le cours de l’Escaut de Gand à Termonde, n’est pas son cours primitif, mais qu’anciennement le
1. Par ce qui précède, on comprend pourquoi, anciennement, les deux Weert, étant situés sur la rive gauche de l’Escaut, appartenaient à l'administration ecclésiastique de l’évêché de Tournai, et pourquoi, étant situés au delà de la Durme (qui, à partir de l’embouchure du Lokersche beke, limitait le Pays de Waas), les mêmes Weert n’ont jamais appartenu à l’administration du Pays de Waas.
2. « Quis credal Gandavum annis abhinc cireiter octingentis , marinum fuisse portum? Patet tamen kl ex vita Caroli Magni apud Du Chesne, ubi hæc leguntur : Ipse autem (Carolus Magnus) in terra propter classent , quant anno superiore fieri impcravit , videndant, ad Bononiam cwitatcm marithnam, ubi eœdent naves congregalœ erctnt , accessit, farumque ibi ad navigantium cursus dirigendos , antiquitus constitutam, restauravit, et in sunimitate ejus nocturnum ignem accendit, inclc ad Scaldim fluvium veniens, in loco qui Gand dicitur, naves ad eamdent classent œdificatas , adspeæit. Eodem fere modo in geslis Caroli Magni per Eginhartum apud eumdem Du Chesne. Hinc porlus Gandavus dicitur ab Arnulpho Magno, in diplomate quod , ex archivis S. Pétri Gandensis, vulgavit Miræus, in NoLitia Ecclesiarum Belgii, ubi hæc : Censum qui ancipitur de mansionibus, quœ sitœ sunt in porta Gandavo , a fl amine Scalda usque ad decursum flummis Legiœ. Cum videlicel Wasiam , eamque regionem ,
quæ quatuor ambachta postmodum est appellata , Oceani aquæ occuparent ». (Historié e comitunt Flandrien liber prodromus aller . Flandria velus, autore Olivario Vredio ,
B rugis, 1650, />. 34).
5. Histoire ancienne des Pays-Bas autrichiens , par M. Des Roches, T. 1 , pages 153 et 154.
fleuve, au-dessous comme au-dessus de Garni, continuait sa direction du midi au nord ; il est d’avis que c’est dans le canal d’Otlion qu’il faut chercher le lit primitif du fleuve ». Pour établir ce dernier point, il tend à prouver, par le témoignage d’auteurs et de quelques vieilles chartes, « que le cours de l’Escaut, depuis sa source jusqu’à son embouchure, formait la ligne de séparation, toujours suivie avec une extrême rigueur, entre les deux royaumes (lu France et l'Empire), et que la destination de la Fosse Othonienne, qui servait de ligne de démarcation, était précisément celle que les plus anciens monuments assignent à l’Escaut » Vifquain soutient, à son tour, que l’Escaut, tpii se dirige du midi au nord depuis sa source jusqu’à Gand, poursuivait, jadis, cette même direction de Gand vers le Braekman; et, pour étayer sa thèse, il invoque « les sources les plus anciennes, les plus vieilles cartes, le niveau des terrains les plus bas des deux Flandres, et la direction des cours d’eau » 1 2. De ces opinions de
Vredius, Des Pioches, David et Vifquain, il résulte donc : qu’autrefois, aucune voie d’eau de quelqu’importance ne reliait Gand à Termonde, et que, par conséquent, la rivière qui mouillait alors l’emplacement actuel de la ville d’Anvers, était la Dendre grossie par la Durme et le Rupel; que l’Escaut, arrivé de France jusqu’à Gand, continuait sa route vers le nord pour s’y jeter dans l’Escaut occidental, et que ce n’est que plus tard que le fleuve fut détourné de son embouchure, dévia à droite, et commença à couler de Gand à Termonde et de
Termonde à Anvers. Vifquain attribue cette déviation de l’Escaut, à une de ces grandes inondations qui ont changé si souvent les côtes de la Flandre. Relativement à l’époque où serait survenu ce changement, le chanoine David s’exprime ainsi : « Il n’est pas étonnant — dit-il — que nous en soyons réduits à former de simples conjectures sur l’époque ou l’Escaut a pris sa nouvelle direction. Toutefois, on peut poser en fait qu’au VP siècle, alors que le fleuve servit de ligne de démarcation entre l’Austrasie et la Neustrie, il suivait encore son ancien cours. On peut affirmer, en second lieu, qu’au temps de Charlemagne et
jusqu’à la lin du IXe siècle, le lit primitif existait encore et était
encore navigable; mais, il n’en résulte point qu’à cette époque, la rivière ne se fût pas déjà ouvert un lit secondaire, qui soit devenu
1. Recherches sur le cours primitif de l'Escaut ; notice de M. le chanoine David, insérée dans les Bulletins de V Academie royale de Belgique, T. XVIe, lrc partie, 18i9, p. 237.
2. Coup d’œil sur la situation hydrographique de la Belgique, annexé à l’ouvrage de Vifquain, intitulé Lies voies navigables en Belgique, Bruxelles, 18i2.
bientôt après le principal, entraînant les masses d’eatt vers Termonde, et abandonnant l’ancien lit à l’action envasante de la mer »
Sans admettre qu’à l’aide de l’Escaut, la ville de Gand communiquait directement avec la mer du Nord dans un temps si peu reculé que les premiers siècles de l’ère chrétienne, sans soutenir, avec Des Roches, que cette communication avait lieu « dans la direction vers le Sas de Gand », ni, avec David, dans la direction de la Fosse Othonienne , nous inclinons à croire qu’à l’époque quaternaire des temps préhistoriques, le fleuve trouvait son débouché principal dans le Braekman, comme Vifquain le pense, et qu’il suivait la direction dont nous allons indiquer les traces. Pour appuyer notre opinion, nous n’aurons pas recours aux documents historiques — que nous ne récusons cependant pas d’une manière absolue — mais nous ferons valoir plusieurs autres considérations tirées de la nature des lieux et qui plaident en sa faveur. 1° Les traces du trajet vers le Braekman ne manquent pas : c’est d’abord l’existence même du Braekman « qui s’avance, sur la carte, jusqu’à 22 kilomètres de Gand » 2; c’est ensuite celle, sous le Braekman, d’une crique qui en dérive, longue de 3 kilomètres, et qui descend jusque près de la commune d’Assenede; c’est encore celle d’un important ruisseau, aujourd’hui canalisé, bordé de digues, longé par des polders jusqu’à Assenede, et qui, sous les noms successifs de Vliet, Watergang et Burggravenstroom , prend, au nord, son point de départ de la sus-dite crique, côtoie, à l’est, la commune d’Assenede, suit le chemin dit, Kloosferstraat, coupe le railway d’Assenede-Selzaele, accompagne la route pavée de Triest à Langerbrugge par Ertvelde, Cluysen et Wippelgem, se confond à Langerbrugge avec le canal de Terneuzen jusqu’à Gand, et qui, dans ce long parcours d’au delà de 14 kilomètres, reçoit la Lieve, la Caele, ainsi que les eaux d’un grand nombre et d’une grande étendue de communes voisines. 2° Le plan d’écoulement des eaux s’incline du sud vers le Braekman : en effet, « depuis la frontière jusqu’à Gand — dit le général Renard — la pente de l’Escaut est de 11m38 » 3; au-dessus de Gand, dès que le canal de Terneuzen a dépassé la ligne de faite qui encaisse le bassin de la Durme et passe là par Meulestede, la première courbe de niveau traversant le canal de Terneuzen, indique une élévation de