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les Européens à resserrer plus étroitement encore les liens d'amitié “ qui ont toujours existé entre les Brésiliens et eux; il faut que les “ rapports de commerce et de colonisation s'établissent plus que jamais entre leur pays et le nôtre.
Afin que l’on ne nous accuse pas de nous ériger en juge de notre terre natale avec l’indulgence du patriotisme, nous consacrerons ce chapitre à relever les témoignages des explorateurs de toute nationalité qui ont parcouru l’Amazone.
a Ces hommes de haute valeur, qui n'ont pas craint de s'enfoncer
Brésil, Paris, 1837.
jusque dans les profondeurs les plus écartées de notre pays, se sont parfaitement rendu compte de ses ressources et de son avenir. Ils ne se sont pas contentés de louer la profusion des enchantements qu'offre la nature, les beautés des sites et la majesté de l'immense vallée ; ils se sont encore appliqués à noter tous les détails capables d'apporter une nouvelle contribution à la science.
- Mais, nous l’avons déjà dit : la plupart des travaux et des relations que ces voyageurs ont laissés s’adressent bien plutôt au monde savant désintéressé qu'aux négociants et aux industriels, qui seuls ont la volonté et les moyens de tirer un excellent parti de leurs découvertes. |
On peut dire que c'est De La Condamine (1), l’astronome français, | qui, le premier, à la fin du siècle dernier, ouvrit à la science européenne la région de |'Amazone. Mais c'est Alex. de Humboldt (2), le naturaliste allemand, l’Aristote moderne, qui, il y a juste un siècle, promena son observation systématique dans ce vaste champ d'expériences, dans cet herbier gigantesque. Il écrivait à son retour :
« Depuis que j'ai quitté les rives de l'Orénoque et de PAmazone, une êre nouvelle a commencé pour le développement social des Etats de l'Occident. A la furie des dissensions intestines ont succédé les bénédictions de la paix et le développement plus libéral des arts et de l'industrie. Les bifurcations de "Orénoque (le Cassiquiare), Pisthme de Tuamini, si facile à percer par un canal artificiel, fixeront avant peu Vattention du commerce européen. — Le Cassiquiare, aussi large que le Rhinet dont le cours est de 108 milles, cessera d’être un inutile canal, Il sera navigable sur une longueur de 180 milles (290 kilomètres) entre deux bassins dont la superficie mesure 190,000 lieues carrées ; Les grains de la Nouvelle-Grenade seront transportés sur les rives du
(1) Ouvr. cité. A.
(2) Alex. de Humboldt, accompagné d'Aimé Bompland, quitta La Corogne le 5 jui r 1799 : il avait alors trente ans. Ce fut pendant ce premier voyage qu'il visita une partie de l’'Amazonie. Il revint de son second voyage en 1804.
rio Negro ; des bateaux, partis des sources du Napo ou de "Ucayale, des Andes de Quito ou du haut Pérou, viendront s'arrêter aux bouches de l’Orénoque, après avoir franchi une distance égale à celle qui sépare Marseille de Tombouctou.
« Ce pays, neuf ou dix fois plus grand que l’Espagne, enrichi des productions les plus diverses, est navigable dans toutes les directions au moyen du canal naturel du Cassiquaire et de la bifurcation des rivières. Ce phénomène, qui deviendra un jour d’une importance capitale pour les rapports politiques entre les nations, mérite sans aucun doute d’être envisagé sérieusement. »
Sans doute, ces brillantes prédictions, inspirées à l’illustre voyageur par la vue et l'étude de notre incomparable réseau fluvial, ne se sont pas encore réalisées. Le Cassiquiare n’a pas encore accompli sa mission naturelle, qui consiste à unir l'Orénoque à l’Amazone par le rio Negro ;l’isthme de Tuamini n’a pas encore trouvé son de Lesseps. Mais la navigation à vapeur a fait en partie l'œuvre rêvée par le grand savant, et l’on peut affirmer que les bassins des deux fleuves parallèles sont reliés par des communications constantes.
Lorsque l'isthme de Panama sera percé, l’Amazonie pourra, par la Colombie, profiter des deux mers. Mais ces temps sont encore loin.
L'initiative hardie de Humboldt et d'Aimé Bompland, son compagnon trop oublié, eut un heureux résultat. Elle provoqua un nouveau voyage : celui de deux Allemands, dont les travaux sont demeurés célèbres,
Arrivés à Rio-de-Janeiro le 14 Juillet 1817, les docteurs Joh. Bapt. von Spix et Carl. Friedr. Phil. von Martius ne quittèrent le Brésil que le 14 Juin 1820, après avoir fait une fructueuse expédition dans la vallée de l’Amazone, emportant des collections admirables, Leurs études s'étendirent aussi bien sur la flore et sur la faune que sur
l'ethnologie et la linguistique, et, de retour dans leur pays, ils ne
cessèrent pas un seul jour d'augmenter le vaste trésor d'informations
acquises pendant ce voyage de trois années. D’autres ont pu, après eux, conquérir une notoriété plus bruyante ; aucun ne les a surpassés ni en variété de connaissances ni en honnêteté scientifique. — Après leur Reise in Brasilien(r), publié en commun à Munich, von Martius | entreprit la publication de sa Flora Brasiliensis, continuée par Aug. Guillaume Eichler, monument de la plus incontestable valeur ; et les deux voyageurs de 1817-20 ne quittèrent la plume qu’à leur mort.
Un de leurs compatriotes, qui vint peu après, Poeppig (1827-32) n'atteignit pas à leur hauteur, mais son mérite est encore considé- q rable. Il s'occupa également de la flore amazonienne (2).
Les publications d’autres voyageurs allemands, tels que Robert | Avé Lallemant (3) et Franz Keller {4), sont beaucoup plus récentes.
Ce fut seulement vingt-ans après von Spix et von Martius, qu'un. Français, le comte Francis de Castelnau (5), entouré d’un groupe de collaborateurs distingués, visita à son tour l’'Amazone, par ordre du gouvernement français. Ses travaux sont trop connus pour que nous les présentions ici. Bien qu'ils aient un peu vieilli en certaines parties, ils offrent cependant un grand intérêt, pour les Francais en particulier, qui y trouveront des indications suffisantes sur [aspect du pays et sur ses productions variées.
L'ouvrage du comte de Castelnau avait été précédé des beaux travaux d'Alcide d'Orbigny (6), dont quelques thèses ont déterminé un
(1) Dr. Joh. Bapt. von Spix und dr. Carl. Fredr. Phil. von Martius: Reise in Brasilien..., 1817-20, Munchen, 1823-31.
(2) Eduard Poeppig: Reise in Chile, Peru und auf dem Amazonenstrome, 1827-32, Leipzig, 1835-36. — Nov. Gen. ac spec. plantarum quas in regno Chilensi, peruviano et in terra Amazonica, annis 1827-32, legit.., Lipsiae, 1855-45.
(3) Robert C. B. Avé Lallemant : Tabatinga am Amazonenstrom..., Hamburg» 1863. ]
(4) Franz Keller: The Amazon and Madeira Rivers .., London 1874.
(5) Francis de Castelnau : Expédition dans les parties centrales de l'Amérique du Sud, de Rio-de-Janeiro à Lima, et de Limaau Pará..., pendant les années 1843-47, Paris, | 1850. j ,
(6; Alcide d'Orbigny : Fragment d'un voyage au centre de l'Amérique Meridionale, | contenant des considérations sur la navigation de l’'Amazone, 1826-33, Paris, 1845. T
vif mouvement de curiosité parmi les américanistes, sans cependant contribuer à la propagande pratique de " Amazonie.
Il fut suivi des publications, moins scientifiques, de Paul Marcoy (1) et d'Emile Carrey (2).
Presque en même temps, un Italien, M. Osculati, (3
) étudiait tout particulièrement cette région et s'arrêtait à Mandãos, que certainement aujourd’hui, dans sa verte vieillesse, il ne reconnaitrait plus.
Après l’Allemagne, la France et l’Italie, l'Angleterre et les Etats- Unis de l’Amérique du Nord firent connaissance à leur tour avec l'antique El-Dorado. L'Angleterre surtout se distingua dans ces explorations scientifiques.
Ses premiers explorateurs, par ordre chronologique, sont, d'un côté, le lieutenant H.-L. Maw (4), de l’autre, MM. Smyth et Lowe (5).
Le lieutenant Maw quitta le Callao pour descendre l’Amazone, après avoir traversé les Andes, le 30 novembre 1827. Il était à Tabatinga, sur le territoire brésilien, le 3r janvier 1828, etarriva à Belem le 19 avril, ayant visité Barra-do-rio-Negro (Manäos) pendant quelques jours. Il comprit tout l’avenir de cette contrée, non seulement riche d’une infinité de produits, mais encore ayant à sa disposition tous les moyens de transport pour ces produits dans toutes les directions au moyen de ces immenses cours d’eau, dont quelques-uns, — écrivait-il avec raison en 1828 — sont presque aussi inconnus que les rivières planétaires. Il prévit aussi la révolution qu'y opèrerait la navigation à vapeur. « Dix ans après qu’elle aura commencé, ajoutaitil, on ne reconnaîtra plus le pays que je me suis efforcé de décrire ».
(Pag. 44 et 45). Parmi les voyageurs anglais,il en est deux qu'il faut
(1) Paul Marcoy : Voyages à travers l'Amérique du Sud, de l'Océan Pacifique à l'Océan Atlantique..., Paris, 1869.
(2) Emile Carrey : L'Amazone..., Paris, 1856.
(3) Gaetano Osculati: Esplorazione delle ragioni equatoriali lungo il Napo ed il fiume delle Amazzoni, 1846-48, Milano, 1854.
(4) Henry Lister Maw: Journal of a passage from the Pacific to the Atlantic crossing the Andes and descending the river Marañon or Amazon, London, 1829.
(5) W. Smyth and F. Lowe: Narrative of a journey from Limato Para accross the Andes and down the Amazon, 1834, London, 1836.
placer hors de pair, car leurs recherches servirent puissamment à Darwin pour étayer ses théories sur l’évolutionet parce que leurs ouvrages ont une rare valeur d'observation.
Nous voulons parler de MM. Alfred Wallace (1) et Henry Bates (2).
Celui-ci rapporta de l’Amazone 14.712 espèces, dont 8.000 complê-.
tement neuves.
Bien loin derrière viennent leurs compatriotes, MM. Edwards (3), James Orton (4), qu'on aime toujours à lire, W. Chandless, Wickham (5) et Mathews (6). Parmi eux, M. W. Chandless mérite une mention spéciale.
Il occupe. en effet, une place à part dans cette galerie de voyageurs, grâce à ses excellents travaux d'exploration sur le Purús, PAquiry, le Maués-assú, l’Abacaxis et le Juruá (7), qui tous ont une valeur.
Sur le Madeira, nous avions déjà un travail sagace d'un Américain
du Nord, Charles Wilkes (8), rendant compte d’une exploration
accomplie il y a plus de 60 ans.
Son compatriote, Maury, lieutenant de la marine fédérale des Etats- Unis de l'Amérique du Nord, qui le suivit, apporta d’autres préoccupations sur nos terres vierges. Abandonnant les études spéculatives de ses devanciers d’autres nationalités, doué du sens pratique qui fait la force de ses compatriotes, il se proposa de trouver les
1853. — Tropical Nature and other Essays, London, 1878.
(2) Henry Walter Bates: The Naturalist on the River Amazons, London, 1864, 2º édit. (3) William H. Edwards: À voyage up the River Amazon, London, 1855.
(4) James Orton: The Andes and the Amazon..., London, 1870.
(5) Henry Alexander Wickham : Rough notes of a journey through the Wilderners.... by way of the great cataracts of the Orinoco, Atapabro and Rio Negro, London, 1872:
(6) Edward D. Mathews: Up the Amazon and Madeira Rivers..., London, 1879.
(7) William Chandless: Ascent of the river Purús, London, 1866, « Journ. of the R. G. S. » t. XXXVI. — Notes on the river Aquiry, ibid. — Notes of a journey up the river
Juruá, London, 1869, « Journ. of the R. G. S. » t. XXXIX. — Notes on the rivers |
Maué-assú, Abacaxis, etc., London, 1870, t. XL. (8) Charles Wilkes: Exploring Expedition during the Years 1838-42, Madeira, Brazil. New-York, 1858.
ts
moyens d'ouvrir l’'Amazone aux pavillons étrangers, et de recueillir sur place des arguments solides en faveur de ses desseins.
C'était, en effet, le beau temps où l'Angleterre et les Etats-Unis, convoitant ces contrées de rapport sûr et immédiat, voulaient exiger que le Brésil octroyät la libre navigation du fleuve au commerce de tous les peuples, c’est-à-dire, avant tout, à leur propre commerce.
L'agitation dans ce sens commença dès l’année 1851 (1). Une proposition fut présentée au représentant diplomatique du Brésil à Washington, qui n’eut pas de peine à démontrer que son gouvernement était le seul juge de l'opportunité de cette mesure.
Le gouvernement britannique ne tarda pas à joindre ses efforts à ceux du gouvernement fédéral des Etats-Unis de l'Amérique du Nord. Lord Clarendon s'adressa, le 27 octobre 1854, au ministre du Brésil à Londres, et réclama l'ouverture de l’Amazone. On lui répondit par un argument ad hominem des mieux trouvés dans la circonstance : |
« Tout le monde sait, dit le ministre du Brésil à Londres, dans la note qu'il adressa en réponse aux réclamations du secrétaire d'Etat de la reine, tout le monde sait que la Grande-Bretagne a toujours refusé, même aux riverains, la navigation de la partie des cours d’eau dont elle possède les deux rives ; et que, sur les cours d’eau dont elle pos-. sede une rive seulement, elle n'accorde la navigation qu’à l'Etat possesseur de la rive opposée. Pour montrer quelles sont les doctrines soutenues à ce sujet par le gouvernement britannique, il suffira de citer les faits suivants : la navigation du Saint-Laurent n’est commune à l'Angleterre et aux Etats-Unis que sur la partie où chacune des rives appartient à l’une des deux puissances, tandis que seuls les navires portant le pavillon anglais voyagent sur la partie dont les deux rives, jusqu’à l'embouchure, sont à l'Angleterre ; les“arrangements
conclus en 1842 avec les Etats-Unis, relativement à la navigation de
(1) Lire, dans les Annales du Parlement brésilien, session de 1857, le discours de M. le conseiller Sergio Teixeira de Macedo, prononcé dans la séance du 16 juin.
la rivière Saint-Jean, et, en 1845, relativement à celle de Colombia, | témoignent de la même préoccupation. »
Cet argument utrinque feriens était fort bien asséné sur la tête des | deux prétendants.
L'Angleterre se le tint pour dit. ce qui n’a pas empêché un sujet de Sa Majesté britannique d'essayer de soulever un conflit entre le | Brésil et son pays, afin, disait-il naivement, de hâter la solution du problème.
Les Américains du Nord, plus tenaces dans leurs projets et Moins respectueux des formes diplomatiques, s’y prirent d’une autre manière. Ils supposèrent la question presque résolue et ils envoyèrent une mission dans l’'Amazone afin d'étudier les ressources que leur commerce pourrait y trouver, et de fournir de nouvelles raisons pour forcer l'ouverture du grand fleuve convoité.
Le 15 février 1851, le département de la marine chargea les lieutenants W. Lewis Herndon et Lardner Gibbon de cette importante et délicate mission. Les rapports des deux commissaires furent présentés au Congrès des représentants, siégeant à Washington, au mois de février 1853.
Ces documents débordent d'enthousiasme et de lyrisme mercantiles :
« C'est ici, disent-ils, le pays du riz, de la salsepareille, du caoutchouc, du baume de copahu, de la gomme copal, de la cire végétale et animale ; du cacao, de la muscade, des fèves Tonka, du gingembre, du poivre, de l’arrowroot, du tapioca, de l’indigo, des noix du Brésil; le pays des teintures aux couleurs éclatantes, des drogues d’une vertu rare, des bois d'ébêne du plus beau grain et susceptibles du plus merveilleux poli. Les forêts sont peuplées de gibier, et les cours d'eau | abondent en tortues et en poissons. Ici vivent l’anfa ou vache sauvage, le peixe-boi ou bœuf marin, le paresseux, le fourmilier, le superbe tigre noir, le mystérieux poisson électrique, le boa constrictor,
le dangereux serpent corail, l’alligator vorace, les singes de toute
Ea
espèce, les oiseaux au brillant plumage, les insectes aux formes les plus étranges et aux couleurs les plus riantes.
« Le climat de ce pays est salubre et la température agréable. »
On le voit, la nomenclature est assez complète et suffisamment alléchante.
Les auteurs du rapport ajoutaient, entrevoyant de plus grands horizons pour cette partie du Brésil:
« En contemplant toutes ces choses, l'esprit reste confondu devant les visions qu'il découvre. Nous avons ici un continent partagé en plusieurs îles — car plusieurs des grands cours d'eau entourent de larges lambeaux de terre — dont les rives produisent ou peuvent produire tout ce que la terre engendre pour l'entretien d'une population supérieure à celle qu’elle porte présentement. Nous avons ici une navigation fluviale pour de grands bateaux, par l’Amazone et par ses
vastes tributaires, pouvant s'étendre en chiffres ronds à 6,000 milles
- environ, sans compter les bras innombrables du fleuve, qui peuvent
porter cette navigation à 10,000 milles ; sans compter non plus ni la Plata avec ses tributaires, d'un côté, ni l'Orénoque avec ses affluents, de l’autre. L'Orénoque est en communication avec la vallée de "Amazone par le Cassiquiare ; la Plata, pour communiquer avec le bassin amazonien, n’a besoin que du percement d'un canal de six lieues de longueur, à travers un terrain facile.
« Maintenant, supposons les bords de ces cours d’eau habités par une population active et industrieuse, désireuse d'échanger les riches produits de ses terres contre les objets de luxe et de confort des pays étrangers. Supposons l'introduction, dans ces parages, des chemins de fer, des bateaux à vapeur, de la charrue, de la hache, de la houe. Supposons la terre partagée en grands domaines, cultivée par le travail esclave (1), qui la fasse produire tout ce qu’elle est capable de donner. En nous rappelant toutes les considérations émises sur ces régions,
(1) On reconnaît à ce trait l'Américain du Nord esclavagiste Heureusement, comme le
lecteur le verra plus loin, Vesclavage a cessé d’exister dans cet État, avant même qu'il eût été entièrement aboli au Brésil.
nous arriverons facilement à conclure que nul pays au monde n'est plus favorablement situé, et que, du jour où le commerce réussira à. s'implanter ici, la puissance, la richesse et la grandeur de l’ancienne” Babylone et du Londres moderne seront éclipsées par l’entrepôt de | ce commerce, lequel s'étendra de l'embouchure de POrénoque à ces de " Amazone, et de celle-ci à la Plata. »
Ces explorateurs ont vu juste en voyant grand. L'Amazonie est appelée, en effet, aux plus hautes destinées. Lorsque son sol sera livré aux bras libres des colons, elle laissera bien loin derrière elle la vieille Europe. Elle deviendra un jour le centre de la production agricole du monde entier. Les centres de production et de civilisation se déplacent comme les pôles, lentement mais sûrement.
N'anticipons pas sur les siècles. Poursuivons notre revue rétro=. spective des explorations amazoniennes.
A vingt ans de distance, un autre citoyen des Etats-Unis de l’Amé- E rique du Nord, M. H. Smith (1), s’est plu au contraire à visiter notre pays en ami clairvoyant et bienveillant. |
Depuis, des voyageurs de toute nationalité, savants ou simples tou- . ristes, curieux ou studieux, ont repris le chemin de l’Amazone.
Les Français connaissent les récits de voyage de MM. Jules Cre= vaux (3), Charles Wiéner (4), C. Wallut (5), H. Coudreau (6), Girard (7), M. Monnier (8), O. Ordinaire (9), et même les fantaisies | de MM. Jules Verne (10) et Boussenard.
(1) Herbert H. Smith: Brazil. — The Amazons and the Coast..., New-York, 1879.
(2) Jules Crevaux: Voyage dans la Guyane et le bassin de l'Amazone, Paris, 1880. — | Fleuves de l'Amérique du Sud, Paris, 1883. |
(3) Charles Wiéner: Amazone et Cordillêre, Paris, 1883-84, « Tour du Monde ».
(4) C. Wallut: Sur les rives de l'Amazone..., Paris 1882. É
(5) H. Coudreau : Le Territoire contesté entre la France et le Brésil, Lille, 1886.—" Voyage au Rio-Branco, aux Montagnes de la Lune, au Haut Trombetia, Rouen, | 1886. — La France Equinoxiale, Paris, 1887, — Les Francais en Amazonie, Paris, É
(6) C. Girard: Les Andes, les Cordillères et l’Amazonie, Paris, 1889.
(7) M. Monnier: Des Andes au Pará : Equateur, Pérou, Amazone, Paris, 1889. À
(8) O. Ordinaire : Du Pacifique à l'Atlantique par les Andes péruviennes et l'Ama;ONESS Paris, 1892.
(a) Jules Verne: La Jangada. — Huit cent lieues sur l'A mazone, Paris, 1802. E
(10) Boussenard: De Paris au Brésil par terre, Lagny, 1885. +58
a e is Es do iga ti - — = ——- —
Les Italiens ont eu pendant ces derniers temps les impressions de M. Stradelli (1), du Père Coppi (2), et du Professeur Vincenzo Grossi (3).
L'Allemagne, aprês les beaux travaux que nous avons cités, a pu lire naguère Pétude, aussi érudite que consciencieuse, qu’une princesse, éprise de haute curiosité scientifique, a consacrée tout spécialement à " Amazone : le voyage de S. A. R. la Princesse Thérèse de Bavière sort, en effet, de la banalité courante et est supérieur, au point
de vue documentaire, à ceux de la plupart des voyageurs masculins
“de ces vingt dernières années (4).
Depuis que des paquebots sillonnent "Amazone et ses principaux affluents, le nombre des voyageurs s’est accru considérablement; il faut avouer, cependant, que leurs travaux sont loin de surpasser ou même d'égaler, en valeur scientifique, ceux des explorateurs de la fin du xvrn* et de la première moitié du xix° siècle. Nous ne faisons exception que pour ceux d’Agassiz.
En 1863. Gustave Walles, en étudiant la flore du haut rio Branco constata [existence d’un arbre gigantesque, dont les proportions dépassent celles du fameux Baobab de Sénégambie et des non moins fameux Wellingtonias de la Sierra Nevada et de la Californie. L'arbre du rio Branco est le véritable géant de la flore tropicale. A lui seul, il peut constituer une petite forêt. [la 46 mètres de haut, depuis la racine jusqu'aux premières branches: c'est un véritable monument de verdure. Sa circonférence, à la coupole, est de 251 mètres; elle
projette sur le-sol une ombre qui dépasse 5.000 mètres carrés de
(1) E. Stradelli : Rio Branco, Roma, 1539, « Boll. della Soc. Geogr. Ital. » Marzo- Aprile. = LºUaupes et gli Uaupés, Roma, 1890, Ibid., Maggio.
(2) G. A. Collini: La provincia delle Amazzoni, secondo la relazione del P. Illuminato Giu seppe Coppi..., Roma, 1885, « Boll. della Soc. Geogr. Ital., « Febraio- Marzo.
(3) Vincenzo Grossi: Nel Paese delle Amazzoni, Roma, 1897.
(4) Therese Prinzessin von Bayern : Meine Reise in den Brasilianischen Tropen...,
Berlin, 1897.
superficie. Sous cet immense abri de feuillage, plus de 12.000 hommes pourraient camper à l’aise.
Les anciens auraient divinisé cette formidable explosion des forces telluriques. Il nous démontre, à nous, la puissance de fécondité et de germination qui réside dans le sol amazonien, et il nous est un garant que la sueur des immigrants d'Europe ne tombera pas. un jour, sur une terre ingrate. = A
A côté de l'arbre du rio Branco, que sont les plus audacieux sapins. du Nord, dont on pave les rues de Paris? que sont les vieux chênes: qui virent les druides? Le célèbre châtaignier de l'Etna lui-même, à. côté de ce colosse chevelu, n’est qu’un vulgaire pygmée: cet arbre plongeant dans les entrailles d’un volcan, réchauffé par les laves souterraines, n’a jamais pu atteindre, depuis 4.000 ans qu'il voit le soleil de Sicile, que 1o pieds de circonférence.
Les ingénieurs J. et F. Keller, de Stuttgart, ont été chargés, en 1867, par M. le sénateur Dantas, alors ministre de l’agriculture, d’une exploration dans le rio Madeira. Les instructions qu'ils reçurent portent la date du 5 octobre 1867: elles étaient conçues dans les | termes suivants: ;
« Le gouvernement, convaincu des avantages qui doivent résulter de la facilité des communications avec la province de Matto-Grosso,. par la rivière Madeira, a résolu de vous charger, Messieurs, des études et travaux pouvant amener ce résultat. Pour l’accomplissement de la. mission confiée à votre zèle, il a déterminé que vous agiriez conformément aux instructions suivantes:
« 1º L'existence de chutes offrant des obstacles insurmontables à la navigation ayant été reconnue dans le bas et le haut Madeira, vous devrez, Messieurs, lever le plan et dresser les devis des dépenses qu'occasionnerait la construction d’un chemin qui, contournant ces
obstacles, procurerait une facilité de transport aux passagers et aux
produits susceptibles de voyager sur cette rivière. Ces travaux, que
vous considérerez comme l’objet principal de votre mission, seront
accompagnés de toutes les explications et éclaircissements nécessaires.
« 2º A l’occasion de ces examens, il convient que vous vérifiiez le moyen le plus prompt, le plus facile et le plus sûr, pour naviguer sur le bas et sur le haut Madeira, soit par bateaux à vapeur, soit par des trains fluviaux remorqués par vapeur, en indiquant dans l’un ou Pautre cas les conditions les plus convenables en vue du climat et du régime des eaux et en ajoutant toutes les explications concernant les conditions du territoire qui pourraient produire des retards à l’une et à l’autre extrémité, et également une relation minutieuse sur les accidents géologiques et sur les produits des règnes végétal, animal et minéral.
« 3º Vous devrez, Messieurs, outre cela, prendre une connaissance exacte des endroits qui, sur les rives ou à proximité de la rivière Madeira, seraient les plus appropriés àl’établissementde populations, de colonies militaires ou agricoles et de fortifications,en indiquant d'une manière précise leur position géographique, reliée à un point astronomique, et en prêtant une attention spéciale aux conditions de salubrité, de commodité et de prospérité des habitants, de l’embarquement et de la livraison des produitsde leur industrie aux marchés et aux centres de consommation.
« 4° Vous devrez également vous informer minutieusement des
tribus indigènes qui demeurent dans ces régions, pour donner un
- rapport détaillé et exact sur tout ce qui se rapportera à leurs mœurs,
à leur manière de vivre et à leurs aptitudes pour la vie civilisée, ainsi que sur les moyens les plus efficaces pour les arracher à la barbarie.
« 5º Vous pourrez requérir, Messieurs, toute [assistance complèmentaire nécessaire à l’accomplissement de votre mission, du président des provinces de l’Amazone et de Pará, aussi bien que du président de la province du Matto-Grosso, lorsque vous entrerezsur le territoire de cette province.
« 6° Vous aurez à vous entendre préalablement avec les autorités
locales du territoire bolivien, dans le cas où les études auxquelles vous allez procéder nécessiteraient d’aller jusque-là. Les mesures sont déjà prises à cette fin. s
« Cequi vous est le plus recommandé, Messieurs, est de considérer comme principal objet de la mission dont vous êtes chargés par le. gouvernement impérial les études et travaux mentionnés dans paragraphe premier, auxquels tous les autres restent subordonnés.
Ces deux ingénieurs publièrent à Stuttgart, en 1873, un ouvr: très remarquable sur leur exploration, où, à côté de l'étude de plus sieurs des affluents de l’Amazone au point de vue de leur navigabi= lité, on trouve de précieux renseignements sur les climats, les productions et la nature des terres baignées par ces cours d’eau.
Louis Agassiz visita une partie de la province de l'Amazone em 1865-66. Les récits qu'il nous a laissés sont d’une exacte vérité d'observation et témoignent en même temps de l'impression profond laissée par notre pays dans l’âme du grand naturaliste.
En quittant le Brésil, le 2 Juillet 1866, Agassiz écrivait : « Nous partimes pour les États-Unis, en rapportant sous le ciel terne de. notre patrie, en souvenirs chaleureux et en impressions vivaces, de. quoi jeter le plus chaud coloris sur le reste de notre vie. »
A ces paroles, pleines de regret et d'admiration, le savant A méri-
cain ajoutait l'appréciation suivante :
« L'importance du bassin de l’Amazone au point de vue industrie ne peut être exagérée. Ses bois seuls constituent une richesse inestimable. Nulle part, au monde, il n’y a de plus admirables essences, soit pour la construction,soit pour Pébénisterie de luxe. Cependant, à
peine s’en sert-on dans les constructions locales et l'exportation em est nulle. Il est étrange que le développement de cette branche d'i dustrie n’ait pas déjà commencé, car les rivières qui coulent dans forêts magnifiques semblent avoir été tracées exprès pour servir,
d’abord, de forces motrices aux scieries qu’on établirait sur leurs
— insister davantage sur les bois, que dirai-je des fruits, des résines, … des huiles, des matières colorantes, des fibres textiles qu'on y peut facilement récolter ? Quand je m'arrêtai à Pará, lors de mon retour
aux États-Unis, on venait d'ouvrir une exposition des produits de
Amazone, comme préparation à la grande Exposition universelle de
aris. Malgré tout ce que j'avais admiré déjà, pendant mon voyage, e la richesse et de la variété des produits du sol, je fus stupéfait “quand je les vis ainsi réunis les uns à côté des autres. Je remarquai entre autres une collection de cent dix-sept espèces différentes de bois - précieux, coupées sur une superficie de moins d'un demi-mille carré (soixante-quinze hectares); parmi ces échantillons, il y en avait un É grand nombre de couleur foncée, aux riches veinures, três suscep- Cam d'un beau poli, aussi remarquables que les bois de rose ou >
d’ébène. Il y avait une grande variété d'huiles végétales, notables toutes
par leur limpidité et leur pureté, quantité d'objets fabriqués avec les
E fibres du palmier et une infinie variété de fruits. Un empire pourrait
a se dire riche, s’il possédait seulement une seule des sources d'indus- | trie qui abondent dans cette vallée. »
L'industrie et le commerce des bois que signale Agassiz doivent,
en effet, devenir une des premières préoccupations du gouvernement
… de l'Etat. L'industrie forestière, nous ne cesserons de le répéter, doit,
dans ces déserts boisés, précéder l’agriculture. [ci le défrichage ne doit pas être improductif, comme aux États-Unis; il doit, au contraire, “Sil est bien entendu, fournir d'abondants capitaux à la mise en rapport du sol. |
Le pionnier doit d’abord s'attaquer à l'arbre, le débiter et le vendre. Les débouchés ne manqueront pas en Europe où le bois se … fait rare. Il s’agit seulement de commencer et d'accoutumer les ouvriers européens au travail de ces essences nouvelles pour eux. En se contentant d'un bénéfice minime, qui s'accroitrait par la grande quantité de marchandise vendue, on pourrait débarquer à Liverpool,
au Havre, à Hambourg, ailleurs encore, des bois d'ébénisterie et de
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pareille source de richesses. :
Ce serait prendre le temps au lecteur, bien inutilement, que de lui citer des voyages du genre de celui de MM. E Barrington Brown e William Lidston. Ces deux Anglais se sont “contentés d'amonceler
des fadaises sans style dans un gros volume (1).
(1) Fifteen Thousand Miles on the Amazon and its Tributaries, London, 1878.
GUN — ss e 3 Ed