CHAPITRE PREMIER
Voyages d'exploration: Pourquoi l’Europe doit s'intéresser aux choses de VAmazone. — De la Condamine. — Alex. de Humboldt. — Von Spix et von Martius. — Ed. Poeppig. — Alc. d'Orbigny et le comte de Castelnau. —
- Osculati, Mawe, Smyth et Lowe. —- Wallace et Bates. — Autres voyageurs anglais. — W. Chandless. — Les Etats-Unis et leurs explorations dans PAmazone. — Français, Italiens et Allemands. — Une princesse royale dans Amazone. — La vallée du Madeira. — Louis Agassiz.
Il y a bien peu d’années encore, il était de mode en Europe de faire étalage d'indifférence au sujet des nations de l'Amérique Latine. On feignait de croire que ces pays lointains n'avaient guère à leur actif que leurs révolutions incessantes, leurs tremblements de terre périodiques, leurs généraux d'opérette et leurs rastaquouères pour l’expor-
tation. On commence à revenir un peu de ce dédain mêlé de beaucoup . d'ignorance et de pas mal de suffisance. On s'intéresse à leurs progrès, à leur industrie naissante, à leur commerce florissant, et même à leur littérature et à leurs arts.
Parmi ces pays, le Brésil, apaisé après une période d'agitation inattendue, reprend la grande place qui lui revient de droit. Les Anglais se sont rappelé qu’ils ont engagé là-bas d'immenses capi: taux avec un profit réel. Les Allemands et les Italiens se sont dit qu'ils: y ont des milliers et des milliers de compatriotes qui prospèrent Les Francais, enfin, se sont souvenus de la gloire, éphémère sans doute, mais éclatante, conquise par leurs ancêtres dans cette partie du monde, dès le xvrº siècle. Ce sont des Français, en effet, qui, à cette époque, ont les premiers raconté à l'Europe étonnée les merveilles de la « France antarctique ».
Jean de Léry (1) s'écriait, au souvenir du beau pays du Brésil: « Toutes les fois que l’image de ce nouveau Monde, que Dieu m'a fait voir, se présente devant mes yeux, incontinent cette exclamation
du prophète me vient en mémoire :
« O Seigneur Dieu, que tes œuvres divers « Sont merveilleux en ce monde univers! »
Son contemporain, le Père Claude d'Abbeville (2), disait, avec non moins d'enthousiasme, dans son vieux parler poétique : « La saincte Escriture fait grand estat de la beauté du paradis terrestre, particu=" lièrement à raison d’un fleuve qui sourdoit d'icelui, arrosant ce lieu de volupté. Je me contenterai de remarquer ici que ce pays du Brésil | est merveilleusement embelly de plusieurs grands fleuves. Ces belles rivières tempèrent tellement l’air, et attrempent si bien toute la terre du Brésil, qu’elle est continuellement et en tout temps toute verde | et florissante... Oh! qu'il fait bon voir aussi toutes les campagnes. diaprées d’une infinité de belles et diverses couleurs! et d'herbes et de fleurs vous n’y en pouvez trouver aucunes de semblables aux | nôtres. »
De nos jours, le savant conservateur de la bibliothèque Sainte- Geneviève, M. Ferdinand Denis (1), a dit avec raison : « Si les
(1) Histoire d'vn voyage faict en la terre dv Bresil..., 3eme édit., Genève, 1585. (2) Les singularitez de la France Antarctique .., Paris, 1558.
Anglais ont été les premiers à développer chez les Brésiliens le goût
des améliorations industrielles, si ce sont eux qui on! imprimé sur-
tout au pays cette activité commerciale, que nous avons secondée plus tard et dont nous avons recueilli en partie les résultats, — c'est à nous surtout qu'il appartient de réclamer cette antériorité d'initiation dans les arts et dans les sciences, qu’un peuple doit toujours à un -autre peuple, et qui fait à jamais époque dans l’histoire de son développement social. Si, en tenant compte du temps où ils ont pu se livrer sérieusement à des travaux intellectuels, on examine les productions des Brésiliens, et si on les compare, sous le rapport de l’art, aux autres peuples de l'Amérique, n’en doutons pas, c'est à eux, dès à présent, que doit appartenir la prééminence, et c'est eux sans doute qui la conserveront dans l'avenir. Aux Etats du Nord, les grandes combinaisons politiques, le développement de l’industrie; aux Etats
de l'Amérique du Sud, et surtout au Brésil, le feu intelligent des arts,
£ TL “ - « À 2 « … les innovations dans la science et même la compréhension des grands
— mouvements sociaux qui doivent guider le monde. (1) »
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Le Brésil a donc été de tout temps, pour les voyageurs qui Pont parcouru, un vaste sujet d'admiration. Chaque peuple européen y retrouve la trace de l’un de ses enfants, et " Amazonie est pleine de la mémoire de cent savants du vieux continent. Les agréables souve-
nirs du passé, les relations de voyages plus récents doivent engager