‹ Le pays des AmazonesChapitre 32 sur 149 · PET · texte numérisé non relu

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L'un de ces explorateurs mérite une mention spéciale : c'est un mineur portugais, qui, en 1567, découvrit à Huancavelica, dans le Pérou, un trésor inespéré, des gisements de mercure, dont onena extrait pour une somme de près d’un demi-milliard. La ville, appelée lors de sa fondation Villarica de Oropesa, est située à 3.798 mètres d'altitude « non loin des crêtes de la Cordillêre (1) qui sépare les deux versants : d'un côté le rio de Chincha, descendant au Pacifique, et de autre les torrents qui, par le Mantaro et l'Ucayali, vont à "Amazone. »

Un siècle plus tard, Juan de Palacios descendit de Quito jusqu’au

confluent du Napo. A cet endroit, il fut abandonné par une partie de

. sa suite, et il navigua sur | Amazone, accompagné seulement de deux

frères lais et d'une petite escorte. Parvenu au rio Negro, il fut massacré par les naturels du pays. Ses compagnons sesauvèrent et furent assez heureux pour descendre jusqu'à l'embouchure de l’Amazone, à Belem. Le capitaine-général, Francisco Coelho de Carvalho, et le provedvr des finances royales, Jacome-Raymundo de Noronha, les accueillirent avec bonté. et résolurent d'organiser une expédition pour reconnaître tout le cours de " Amazone.

Avant la fin de ce même siècle, Samuel Fritz et tant d’autres missionnaires, jésuites, carmes et franciscains, ont visité toutes les tribus, suivi toutes les rivières, utilisé tous les portages, sans que le multiple réseau de ces itinéraires ait été conservé, leurs pas s'effacant comme s'efface le sillage des navires dans l'Océan, selon l'heureuse expression de Reclus.

L'échec de Juan de Palacios, dont, nous l'avons vu, les compagnons survivants étaient arrivés à Belem, eut du moins un avantage: il décida le fameux voyage du capitaine Pedro Teixeira, voyage qui constitue une date glorieuse dans les fastes des découvertes géographiques, et qui est dû aux efforts intelligents de Coelho de Carvalho et

de Raymundo de Noronha.

(1) Elisée Reclus : Nouvelle géographie universelle, tom. XVIII, p. 597.

Les deux fonctionnaires portugais ne négligèrent rien pour mener l’entreprise à bonne fin. Ils se multiplièrent avec l’activité qui caractérisait alors ce peuple admirable. Lorsque tout fut prêt, Pedro Teixeira choisit ses collaborateurs. Il s'adjoignit Pedro Bayão de Abreu, Pedro da Costa Favella, Bento Rodrigues de Oliveira et Bento de Mattos Cotrim, tous hommes experts dans l’art de la navigation et d'un courage à toute épreuve. L'escorte se composait de 7o soldats et de 000 Indiens soumis.

Le 8 octobre 1637, ces mille Argonautes partirent de Cametá, ville de la province de Pará. .

Après des aventures épiques, qui font pâlir les récits les plus fantaisistes de nos pseudo-voyageurs modernes, ilsatteignirent Payamina, d'où ils partirent par terre à destination de Quito. Ils y arrivèrent le 20 octobre 1638, après plus d'un an de voyage. Ils avaient traversé l'Amérique du Sud de l’Est à l'Ouest, de l'Atlantique au Pacifique.

A cette époque, le Portugal était sous la domination espagnole.

Aussi ces héroïques Portugais, sujets malgré eux du beau-père de

Louis XIV, furent-ils accueillis à Quito avec les plus grandes marques d'honneur. Le vice-roi de cette contrée, le comte de Chinchon, dont la femme eut la gloire d'attacher son nom au quinquina, les recut à bras ouverts comme de véritables compatriotes.

Pedro Teixeira repartit bientôt pour Belem, emmenant avec lui deux savants religieux : le recteur de Cuenca, Christophe de Acuña, qui, comme nous venons de le voir, s’est fait l'historien de ce voyage, et André d'Artieda, professeur de théologie à Quito. Arrivé à Pembouchure du Napo, Teixeira fit dresser un monumenten bois en souvenir de son passage. L'expédition était de retour à Belem le 12 décembre 1639. Elle avait duré 26 mois.

Teixeira eut des émules. o

Des aventuriers de tous les pays cherchèrent à pénétrer, après lui, dans les régions mystérieuses où [or sortait de terre comme par

magie, d’après la tradition.

D'Espagne on vit arriver avec trois navires Pedro da Silva et Serpa. Tous deux périrent à l'embouchure de "Orénoque, avant de toucher à la terre promise. Leur insuccès ne découragea pas les chercheurs de l'El-Dorado, pas plus que les mésaventures de Raleigh n'arrêtêrent les entreprises des avides Européens. Raleigh, après avoir, pendant de longues années, cherché en vain fortune dans l’Amazonie, laissa sa tête à la justice espagnole, qui l’avait demandée et obtenue de Jacques 1° d'Angleterre. Il avait auparavant perdu son fils à la peine.

Au xvnº siècle, les Hollandais se présentèrent à leur tour. Dès 1625, ils avaient établi une ville forte, Marin-uassú, la grande ville, comme l’appelaient les Indiens, entre les rivières Pery et Acaixy, affluents du Xingú, qui lui-même se jette dans l'estuaire de l’Amazone. Cette situation permettait à ce peuple d'entreprendre des excursions sur l'Amazone. Le Père Roch Hunderpfundt y entra par le Xingú, au milieu du xvu° siècle. En 1741, Hortsmann partit de Paramaribo, - dans la Guyane néerlandaise, et arriva par le rio Branco jusqu’à Belem de Pará.

Ces voyages partiels avaient au moins l'avantage de faire connaître

quelques-uns des grands affluents de l’Amazone. Le Portugal se fit bientôt le gardien jaloux de son beau fleuve et de sa riche contrée. Il

interdit la navigation de ce cours d’eau à tous les peuples. Ce n’est

qu'en 1867, que le Brésil, aprês une brillante campagne menée par

M. Tavares Bastos, ouvrit "| Amazone à toutes les nations amies.

Lors de la publication de notre première édition, nous terminions

Ca: à

cette rapide nomenclature des voyages d'exploration sur l’Amazone, en faisant allusion à l’excursion que fit sur le Xingú, en 1842-1843, le prince Adalbert de Prusse avec le comte Oriola et le comte de Bismarck. Ajoutant foi à l’opinion courante au Brésil, dont M. Se-

veriano da Fonseca s’est fait l'écho dans son Voyage autour du

Brésil (1), nous avons dit que le jeune compagnon du prince prussien était le futur chancelier de fer en personne. Depuis, nous avons lu le voyage du prince Adalbert (2), traduit en anglais par sir Robert H. Schomburgk et John Edward Taylor, et nous pouvons affirmer que le voyageur de 1842-43 n'était pas le grand Bismarck, mais un | de ses parents.

Nous trouvons inutile de rappeler ici les voyages et les travaux du comte de Pagan (1655), du Pere Manuel Rodriguez (1684), du Pêre Samuel Fritz(1717),de don Juan de Ulloa (1752), de Humboldt (1799), de Spix et Martius (1817-20), de L. Maw (1828), de E. Pceppig (1832), de W. Smyth et F. Lowe (1835), de W. H. Edwards (1846), de G. Osculati (1847-48), de A. R. Wallace (1848-49), de H. W. Bates | (1848-59), de Paul Marcoy (1848-60), du -comte de Castelnau (1850-1851), de R. Avé-Lallemant (1859), de Morrize-Barras (1864), de Louis Agassiz (1866-66), de W. Chandless (1865-70); de J. Orton (1867); de Keller-Leuzinger (1874), de Rafael Reyes (1876), de Charles Wiéner (1879-82), de Jules Crevaux (1878-80), du Père Illuminato Giuseppe Coppi (1885), de Henri Coudreau (1883-85), de E. Stradelli (1889) et de Son Altesse Royale la Princesse Thérêse de | Bavière, membre honoraire de l’Académie des Sciences de Munich, | dont le voyage, fait en 1888, constitue un récit scientifique du plus haut intérêt. Dans le cours de ce livre on en appréciera les résultats.

Mais, dès ce moment, nous tenons à rappeler que, toujours et partout, ces voyageurs ont été précédés et éclairés par un grand nombre de Brésiliens et de Portugais, et, si tant d’étrangers ont été à l'honneur, il est bon de ne pas oublier que les nôtres avant eux avaient été à la peine.

(1) Dr. João Severiano da Fonseca : Viagem ao redor do Brazil, Rio de Janeiro, 1880, 10 vol., pag. 83.

(2) Travels of His Royal Highness Prince Adalbert of Prussia,in the South of Europa and in Brazil, with a voyage up the Amazon and the Xingú, translated by sir Robert H Schomburgk and John Edward Taylor, 2 vol. London, David Bogue, 1849.

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