Vue de Parintins
Par sa position géographique, Parintins est destiné à devenir un centre commercial d'une grande importance. En effet, ses communications sont d'une extrême facilité, soit avec les autres villes et bourgs des rives de l’Amazone, soit avec le Madeira et avec le bourg de Maués (l’ancienne Lusea), situé dans l’île de Tupinambaräna. Les habitants de Parintins se livrent au commerce du cacao, du tabac, qui y est d’une qualité hors ligne, du guarana, du roucou, de l’huile de copahu, du poisson sec piraracú, sans parler du caoutchouc. Pendant l'exercice 1895-06, le bureau de perception de Parintins (Meça de
Rendas) a enregistré une exportation de 504,228 k. de cacao, d’une
valeur officielle de 424 contos; de 169,782 k. de piraracü sec, d'une valeur officielle de 146 contos ; de 4,086 k. de guarana, d’une valeur de 40 contos et d’autres produits, le tout d'une valeur officielle de plus de 635 contos ou millions de réis (1). Toutes ces richesses se décupleraient bien vite si des bras en assez grand nombre venaient les exploiter et si les capitaux se présentaient pour les faire fructifier.
A quelques heures de Parintins, mais sur l’autre rive du fleuve, on trouve Urucurituba, petit village où les seringueiros, les extracteurs de caoutchouc, et les planteurs de cacao des environs vont faire leurs approvisionnements. Ce nom d’Urucuritüba (urucuri, le palmier Attaleae species ; tuba, endroit abondant : le site de "Urucuri), était celui d'une grande île qui exista en ces parages, au milieu du fleuve, et qui fut submergée vers 1840; en 1850, elle n'existait déjà plus. C’est un phénomène qui se reproduit fréquemment dans ces” régions : des iles surgissent et disparaissent comme par enchantement. | Le fleuve, comme le personnage de la fable, dévore ses enfants.
A mesure que l'on s'enfonce dans le haut Amazone, l'intérêt s'accroît, la nature s’élève en grandiose. Les cypéracées aux longs rhizomes se multiplient et enchevêtrent leurs racines comme des enroulements de serpents, tandis que des loranthes et des cuscutes descendent des hautes branches des arbres commeune chevelure flottante. Les canarânas etles murys envahissent le fleuve, se répandent comme des coulées de verdure jusqu’au milieu de ses eaux, et, sur ces minces îles flottantes, se développent des pépinières d'arbustes dont le vent a semé les graines. Des arbres géants, des bignoniacées, des mimosées, des guttifères, des myrtacées, des aristoloches, des apocynées, se penchent sur le fleuve ou laissent pendre entre les fourches de leurs” branches des nids de japys ou chechéos {Oriolus) ressemblant à des
bourses qui auraient près d'un mètre de long. Une infinité d'oiseaux
(1) La valeur du papier-monnaie brésilien est déterminée par le change, qui varie
constamment. Au pair, le milréis vaut 27 pence ou deniers anglais, et 1 franc vaut :
350 réis. Par conséquent, au change pair, le conto ou million de réis vaut un peu plus
de 2.857 trancs.
“au plus éclatant plumage — des aras, des perroquets etdes perruches - de toute espèce, des cujubys (Penelope cumanensis), des inambüs (Crypturus), des aracuans (Ortalida motmot), des mutuns (Crax), des toucans (Rhamphastos discolorus), — déposent leurs vives couleurs sur le sombre feuillage des bois, tandis que sur les plages le
n agoary ‘Ardea maguari), le socó (Ardea brasiliensis), "ema (Rhea americana), l'ibis rose (Ibis rubra) regardent étonnés, et quele cararà
— (Colymbus ludovicianus) et le patury (Anas brasiliensis) font le plongeon à côté de l’aguapéaçôca (Parra Jaçana) qui court sur les nym-
- phéacées en compagnie de la saracüra (Gallinula plumbea). Les
- ciganas (Opistocomus) jettent leurs crisstridents dans les profondeurs
de ces solitudes, et l’unicorne (Palamedea cornuta) vole par bandes à
l'horizon lointain.
….tage Borba, ancienne bourgade du Trocano, placée sur le bord oriental du Madeira aux eaux grisátres etqui fut longtemps le centre d'un commerce suivi avec Matto-Grosso. Nous allons jeter l’ancre à Itàcoa-
tiära, sur la rive gauche de l'Amazone, à 130 milles de Parintins, fondé au milieu du xvin* siècle, en 1759. La bourgade, composée des
restes du village des Indiens Abacaxis, venus du bord oriental du
bitants primitifs de ces contrées, peut-être aux guerriers du Jura-
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dont nous avons parlé. Plus tard, le nom indigène d’Itàcoatiàra
“de distance du confluent du rio Negro avec l’'Amazone. Le +,
jour où le chemin de fer « Madeira-Mamoré », rêvé depuis si longtemps, sera construit, Itâcoatiara sera l’escale obligée de tous les navires venant du point de départ de cette voie ferrée.
En 1895-06, ltacoatiàra a exporté des produits pour une valeur offcielle de près de 371 contos de réis, soit : 137,234 k. de cacao, d'une valeur de 109 contos; 91,846 k. de piraracú sec, d'une valeur de So contos; 12,733 k. de caoutchouc, d'une valeur de 77 contos, et d’autres produits (huile de copahu, fèves Tonka, guarana, toucas, peaux de cerf, salsepareille, etc.) pour une valeur de 105 contos ou millions de réis.
Uu peu au-dessus de cette localité, en remontant le fleuve, un Américain du Nord, M. Stone, s’est établi depuis une vingtaine d'années comme pour montrer ce que l'énergie et l’activité d'un homme peuvent faire dans ces régions trop peu connues qui n'attendent que la culture. La maison bâtie par ce rude pionnier est entourée de beaux ombrages; le bétail pait dans les prairies, et des plantations variées fournissent au propriétaire une belle source de revenus.
Tout ce pays-ci, d’ailleurs, est d'une fécondité sans pareille et se prête admirablement à la culture du coton, du café, de Pindigo, du manioc. du cacao, et à [extraction des essences et des résines et baumes qui se trouvent à l’état sauvage dans les forêts voisines.
A dix heures d'Itacoatiára, se présente l'embouchure du rio Negro, dont les flots sont encore plus noirs que ceux du Tapajoz. A partir de cet endroit, l'Amazone perd son nom et prend celui de Solimões, emprunté à une ancienne tribu d'Indiens — les Sorimôes — qui habitaient jadis sur ses rives, et dont quelques survivants languissaient encore à Alvellos en 1774, lors du voyage de l’ouvidor Francisco- Xavier Ribeiro de Sampaio. Rien n’est plus curieux que d'assister à la lutte des flots noirs du rio Negro avec les eaux grisâtres de Amazone.
Tout de suite après, nous débarquons à Manãos, capitale de l'État
de "Amazone. Notre traversée de Belem à Manãos a duré six jours
les transatlantiques venus d'Europe n'en mettent guère que quatre), et nous avons fait près de mille milles — exactement 927 — sur le us grand et le plus beau fleuve du monde.
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Maintenant que le lecteur est introduit dans la vallée de | Amazone, * ous allons lui en décrire les particularités géographiques, géolojiques et climatériques. ÿ
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