‹ Le pays des AmazonesChapitre 35 sur 149 · CHAPITRE: II · texte numérisé non relu

CHAPITRE: II

Le bassin de l’'Amazone. — Son développement, masse de ses eaux. —Ses sources. Ses affluents. — La navigabilité de l'Amazone. — Ses principaux affluents : le Madeira et sa vallée ; le rio Negro. — Le haut Amazone ou Solimões, — Le Purús et ses affluents; le Juruá; je Jutahy et le Javary. — Les Portugais sur le rio Negro et au Cassiquiare ; la rio Branco; l’Icà. — L'Amazone et les Andes.

La vallée de |" Amazone renferme le plus vaste bassin fluvial du monde entier. Sa superficie était évaluée, sur des données assez peu précises, à 4 millions de kilomètres carrés. Maury en avait estimé l'étendue à 2.048.480 milles carrés, et M. E. Reclus à 5.594.000 kil. carrés. Le Docteur Alois Bludau, frappé de la différence des chiffres présentés jusqu'ici, a entrepris naguère de nouveaux calculs. D'après lui, le bassin de l'Amazone avec le Tocantins — mais à l'exclusion du Cuyuni, de PEssequibo, du Corentyne, du Maroni et de "Oyapock,

formant une aire de 190.500 milles carrés — a une superficie de 2.722.000 milles carrés.

Ces chiffres parleront davantage si nous les comparons à ceux que fournissent les plus importants bassins de l’Amérique, d’après le docteur A. Bludau :

Le bassin de l'Amazone avec le Tocantins seulement a... 2.722.000 m,. c, — du Mississipi, avec l'Ohio, le Saint-Louis, le

Missouri, l'Arkansas, etc. . 1.253.000 — dela Plata avec l'Uruguay. 1.198.000 —V de lOTÉNOQUE a e SD pa ENCRES 364.500

Le bassin de l’'Amazone est donc, à lui seul, sensiblement égal à

celui du Mississipi, de la Plata et de l’Orénoque réunis.

La masse de ses eaux est extraordinairement considérable. Martius a estimé que l’eau qui s'en écoule est de 499.584 pieds cubes par seconde, et qu’à son embouchure — d'une largeur de 158 milles — il verse dans l'Atlantique, en une heure, 250 millions de mètres cubes d’eau, avec une vitesse de 3 milles. Le Mississipi, dit E. Reclus, roule de quatre à cinq fois moins d’eau et de boue ; et,d’après le même géographe, nul fleuve n'apporte autant d’alluvions dans l'Océan, l'énorme quantité de débris qu'il y charrie pouvant être évaluée au moins à un solide d'une superficie de 110 kilomètres carrés sur une épaisseur de ro mètres.

Quelque considérable que soit la masse de ses eaux, les crues annuelles la portent à une quantité beaucoup plus élevée. On peut donc à bon droit considérer l’Amazone comme un véritable Océan d’eau douce (le Rio-Mar, Fleuve-Mer des Brésiliens, la Mar Dulce, Mer Douce de Pinzon), parsemé d'ilots flottants et d'îles immenses, comme celle de Marajó, à l'embouchure même du fleuve, qui a 5.328 kilomètres carrés de superficie et est incomparablement plus grande que les Açores, Madère, Héligoland et Malte réunis, — l'île de Tupinambarána, qui a 2.453 kilomètres carrés d'étendue et est presque aussi vaste que le grand-duché du Luxembourg (2.587 kilo-

mètres carrés).

Nous allons voir où naît ce géant.

Nous sommes dans les hautes régions du Pérou, de ce décevant

Birú des légendes d’or, entre les Andes et la Cordillère.

Les Andes — naguère encore Elisée Reclus l’expliquait (1) — constituent la saillie orientale du grand plateau, entre le noud de Pasto, au sud de la Colombie, et celui de Cochabamba, dans la Bolivie méridionale. La saillie occidentale constitue plus spécialement la Cor-

dillère, la chaîne, que les Espagnols, venant de la mer, désignèrent

(1) Elisée Reclus : Nouvelle géographie Universelle, tom. XVII,

par cette expression comme le « cordonnet » qui borde le continent du nord au sud.

Là se dresse un cirque.

Au fond de ce cirque, que dominent, comme des spectateurs immobiles, des escarpements schisteux, s'épand un lac de quelques 5 kilomètres de largeur. C'est l'ancien lac Yauri-Cocha, devenu aujourd’hui le Lauri-Cocha.

C'est là que prend naissance le prodigieux Amazone.

Il n'y porte pas encore ce nom sonore. Il y est connu sous le vocable espagnol de haut Marañon (Maranhão, en langue portugaise). Jadis, on l’y appelait Tunguragua.

D'abord ruisseau modeste, il descend humblement les pentes montagneuses, disparaissant çà et là pour reparaitre plus loin, déjà renforcé par des ruisselets innommés qui sortent, à leur tour, de toutes les gorges latérales. Peu à peu, dans cette course, il reçoit, à droite et à gauche, des cours d’eau, plus ou moins abondants, et, grossi par eux, il traverse des « pongos » ou « portes », dont le plus célèbre est le Pongo de Manseriche. De ces cours d’eau, un seul mérite une mention, car il paraît destiné à devenir le principal chemin entre la baie de Guayaquil et les bords de "Amazone, dans un avenir plus rapproché peut-être qu’on ne le suppose. C’est le Paute, Santiago ou Canusa-Yaco.

« Qu'un chemin de fer franchisse les montagnes de | Ecuador méridional, de la côte du Pacifique à la tête de la navigation sur le Paute ou le Zamora, et l’on pourra en une semaine traverser le continent de

art en part à la descente de l’Amazone. »

Le fleuve, sortant des Andes péruviennes, traverse l'Amérique méridionale de l'Ouest à l'Est, sur une étendue de près de 6.000 kilomètres, dont 4.000 environ sur territoire brésilien, arrosant les Etats de l’Amazone et de Pará. Grossi tout le long de son parcours par de

très nombreux affluents, qui à leur tour ont des affluents et des sous-

affluents, divisé en furos, en paraná-mirins, en igarapés, ilse réunit, enfin, au Tocantins, lequel, selon Orton, coule « sur un lit de diamants, de rubis, de saphirs, de topazes, d'opales et de pétrole », et, près de la ville de Belem, au-dessous de l'équateur, il se jette enfin dans l’Atlantique. Ses eaux grisâtres, pénétrant dans l'Océan avec violence, y forment une large mer d’eau douce qui mesure plus de

200 kilomètres.

La profondeur et la largeur de son cours varient beaucoup, suivant les lieux et les circonstances du sol. La profondeur va de 75 à 100 mètres, et arrive à plus de 500 mètres en certains endroits. Quant à la largeur, elle atteint des proportions fabuleuses dans la partie inférieure du fleuve. Il y a tel endroit, semé d'iles, où 100 kilomètres au moins séparent les deux rives. À Jaen de Bracamoros, où le fleuve s'appelle encore Tunguragua, il n’a que 400 mètres; après avoir recu le Huallaga, il a déjà 6oo mètres; dans son cours inférieur, la

plus petite largeur est de 1.892 mètres, à Obidos.

La navigation est facile pour les plus grands steamers sur presque tout son parcours; ils peuvent en parcourir sans danger 5.200 kilomètres. Les embarcations d'un faible tirant d’eau peuvent le remonter jusqu’à environ 250 kilomètres au-delà de Huallaga. Les seuls obstacles qu'on y rencontre, et qui peuvent être surmontés aisément, sont les rapides de Guzman et de l’Achial, de 3 kilomètres environ ; puis la porte du fleuve, ce fameux pongo de Manseriche, défilé ouvert dans la Cordillère andine, par lequel le fleuve, resserré et très profond, descend précipitamment dans un canal de 8 à q kilomètres de

longueur, bordé d’escarpements.

Tout le système fluvial de l’Amazone, y compris ses affluents et sous-affluents, se prête à une navigation libre en tout temps, surun parcours que l’on estime à plus de 50.000 kilomètres. Pendant les crues périodiques, ce chiffre peut être doublé. C’est par des milliers

de kilomètres, en effet, que l’on compte le développement de la navi-

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gation sur le Purús, le rio Negro, le Madeira, le Japurá, l’Acre, le

Juruá, le Javary, le Jutahy, le rio Branco et sur les différents bras qui s'y rattachent.

Le régime des eaux est tel qu’au moment même où les affluents de l’une des rives de l’Amazone se gonflent, les tributaires de l’autre rive baissent graduellement, de sorte que l’on peut remonter jusqu'aux

plus hauts parages de l’intérieur presque en toute saison.

Il serait fastidieux d’énumérer ici toute la longue lignée des tributaires de | Amazone. Nous nous contenterons de citer ceux des affluents ou sous-affluents qui offrent quelque intérèt, soit au point de vue his-

torique, soit au point de vue des transactions commerciales.

Dans son cours inférieur, avant le confluent du rio Negro, où il prend le nom de Solimões, "Amazone reçoit : sur la rive gauche, le Jamundá (1), Yamundá ou Nhamundá, le Cunuriz,la rivière des femmes de C. de Acuña; le Uatumá, dans lequel jettent leurs eaux, entre autres, le Capucapú et le Jatapú (2); l’Aniba; l'Urubw (3j et le Matary; — sur la rive droite : le Tupinambarána (4), "Andirá, le Macary, les deux Maués, le Maués-Merim et le Maués-Assú, l'Apauquiribó, le Ramos, l’Abacaxis (5); le Canumá, dont le Sucundary et le Mamiá enrichissent le cours; le Madeira et VAutaz.

Le rio Urubú était jadis le centre d'un grand nombre de tribus

indiennes. C'est là qu’en 1664 le farouche Pedro da Costa Favella

(1) J. Barbosa Rodrigues : Exploração do rio Yamunda ,Rio, 1875.

(2) J. Barbosa Rodrigues : Exploração dos rios Urubu e Jatapú, Rio, 1875.

(3) Theodozio Constantino de Chermont e Ignacio de Moraes Bitancourt : Diario da Navegação do rio Urubu, 1787: Manuscrit de la Bibl. Nat. de Rio. ([.e sous-lieutenant Bitancourt, directeur du village de Silves, fit le voyage, et l'ingénieur de Chermont le rédigea, par ordre du capitaine -général João Pereira Caldas, commissaire portugais.)

(4) J. Miguel Ribeiro Lisbôa : Exploracao do furo de Tupinambaranas, do Ramos, e rios Saracá e Atrennan, Rio, 1870 (Relat. do Ministr. da Agric.).

(5) João Rodrigues de Medeiros : Relatorio sobre a exploração dorio Abacaxis, Pará, 1853 (Falla do cons. H. F. Penna, pres. do Amaz). — W. Chandless : Exploração dos rios Juruá, Maueassi e Abacaxis, Rio, 1870, (Relat. do Minist da Agric.)

brúla 300 aldées, tua 700 Indiens et fit 400 prisonniers, pour punir une révolte contre les dominateurs portugais.

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