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barres, dont la principale n'a pas moins de 2 kilomètres. Ses eaux, prises en masse, semblent noires comme de l'encre ; recueillies dans un verre, elles ne sont pas plus foncées qu'une forte infusion de thé. Le premier navigateur du rio Negro semble avoir été Pedro da Costa Faveila, en 1668-69. Il y alla en compagnie du père Theodosio, de Pordre de la Merci ou de la Rédemption, se mitencommunication avec les Indiens Tarumás, au moyen des Aruaquys,et avec leur aide fonda la première bourgade de cette rivière. Pedro Teixeira, dans son voyage de 1637-39, avait reconnu la barre du rio Negro. Le général de l'Etat de Para, Antonio de Albuquerque Coelho, y fit bâtir la forteresse de la Barre par Francisco da Motta Falcäo, et le premier commandant en fut Angelico de Barros. L'un des sergents de la garnison de la forteresse, Guilherme Valente, eut le courage de remonter la rivière et d'y entrer en rapports amicaux avec de nombreuses tribus indiennes, Caburicenas, Carayais et Manãos, après avoir épousé la fille d'un tucháua ou cacique des Manáos. Les Carmes, plus tard, établirent des missions parmi ces indigènes. De 1725 à 1743, des expéditions portugaises (tropas de resgate) parcourent le rio Negro et ses affluents, allant jusqu'au Yauitá, « qui se lance au dessus des hautes sources du rio Negro, à vingt jours de voyage (en canot) au delà de l'embouchure du Cassiquiare », jusqu'aux rivières Yauitá et Iniridá. En 1744, Francisco Xavier de Moraes, à la tête d’une troupe de Portugais, entra dans le Cassiquiare et découvrit le Paraud. Près de "Orénoque, il fit la rencontre d’un jésuite espagnol, le Père Manuel Roman, supérieur des missions castillanes de l’Orénoque ; F. X. de Moraes ramena le jésuite au rio Negro, que les Espagnols ignoraient (1), et ce fut ce missionnaire qui leur révéla l'existence du Cassiquiare, canal naturel qui met en communication le rio Negro avec l'Orénoque, etdont le jésuite espagnol Gumilla avait nié l'existence (2) en ces termes superbes: «Niyoni Misionero alguno de los que continuamente navegan costeando
(1) F. X. Ribeiro de Sampaio : Diario da Viagem... Lisbonne, 1825, p. 88-95. (2) Gamilla : Orinoco Ilustrado, Ir part., chap. 2, p. 17.
el Orinocohemos visto entrar ni salir al tal rio Negro. » Il n'est donc pas possible de dire sans une grave injustice ce qu'a dit M.E.Reclus :(r) « Les missionnaires espagnols connaissaient déjà le Cassiquiare, et des barques de San-Carlos, sur le versant amazonien, avaient souvent pénétré dans l’Orénoque par la fourche des deux courants. » En effet, comme nous venons de le voir, les Espagnols n’ont connu le Cassiquiare que par les Portugais, en 1744, et ils ne s'établirent à San-Carlos, sur territoire lusitano-brésilien, qu'après 1759, à l’époque où Dom José de Iturriága, commissaire de sa Majesté Catholique pour la délimitation de l'Amérique entre le Portugal et l'Espagne, envoya au rio Negro, sous prétexte d'y préparer la démarcation, le sous-lieutenant Domingo Simón López et le sergent Francisco Fernando Bobadilla (2).
Lorsque donc,au commencement de ce siècle, Alexandre de Humboldt annonça la découverte du Cassiquiare et recueillit pour ce fait les applaudissements du monde savant, il ne faisait que prêter la notoriété de son grand nom à la divulgation d’une découverte portugaise, déjà vieille d’un siècle.
On compte, au nombre des principaux affluents du rio Negro: sur la rive gauche, le Cuieiras, "Anna Vilhena, le Canamaï, le Cureué, le Mapauás, le Uarihü, le Jauapery (3), le rio Branco, l'Amajahà, le Buibui, le Paratary, le Uaracä, le Uereré, dans le quel se jette le Xuriuiny et que rejoint "Atauhy, le Padauari, qui reçoit le Mariry, le Hihiaá, le Cababory, le Uriú. l’Ineuhy et plusieurs autres ; sur la rive droite, le Timbira ou Tombira, le Jahù, le Uniny,le Cabory, le Uatamary, le Barury, le Quiiny, le Uarirá, le Xibaru, le Uanauéne
ou Anauéne, le Uenenexy, le Xiuára, le Mariá, le Uaupés, qui lui-
(1) Elisée Reclus : Nouvelle Géogr. univ., t. XVII, p. 125.
(2) Lettre officielle du gouverneur et capitaine-général de l'État de Pará, Manoel Bernardo de Mello de Castro, en date du 26 août 1763, à Dom José de Iturriága, reproduite par F. X. Ribeiro de Sampaio, dans l’ouv. cit.
(3) Pedro Affonso Gato: Discrição. Noticia secular que dou dos Rios Jauapari, e Curerú, E do Rio Aranacuá..., 1787 : Man. de la Bibl. Nat. de Rio.
même est alimenté par d’autres cours d’eau, parmi lesquels le Tiquié, etc., etc.
Le Jauapery ou Yaupiry, qui passe près du bourg de Moura, est habité encore aujourd’hui par les Indiens Jauaperys au Crichanás, demeurés intraitables, quoique M. Barbosa Rodrigues ait annoncé, il y a plus de quinze ans (1), leur entrée dans la vie normale. De cette catéchèse laïque, il ne reste même plus les croix en bois blanc plantées par le distingué naturaliste pour marquer l'emplacement des futures villes, qu’il avait baptisées d'avance de noms aux consonnances grecques, tels que Theodoretopolis.
Des affluents du rio Negro, le plus remarquable sans contredit est le rio Branco (2), la Rivière Blanche, appelé également Queceuéne, Paraviäna ou Paravilhána, du nom d’une tribu d'Indiens qui habite sur ses bords. Dans son cours assez étendu, malheureusement intercepté en partie par des rapides, et desservi aujourd’hui par une ligne régulière de navigation à vapeur, il est alimenté par un grand nombre de cours d’eau, dont les principaux sont : sur la rive gauche, l’Agua- Bôa, le Curiacü, le Uricura, le Cuitamaú, le Unaúauú et le Tacutú, qui recoit, entre autres, le Maho, alimenté lui-même par le Pirára; sur la rive droite : le Quareny, le Cairimany, le Mocajahy, le Cauamé, le Urariquára ou Uraricuêra, dans lequel se jette le Párime ou Parimé, grossi d'une demi-douzaine d’autres cours d’eau. Le rio Urariquára aux prairies magnifiques était exploré par les Portugais dès la première moitié du xvrn° siècle. C’est sur les bords du Párime que s'élevait la ville féérique, la si recherchée et introuvable Manoa del Dorado, dont les somptuosités chimériques attirèrent Espagnols, Anglais, Francais, Hollandais et Belges, jusqu’à la fin du xvinº siècle. En 1773, Ribeiro
(1) J. Barbosa Rodrigues : Rio Jauapery. Pacificacao dos Crichanas, Rio, 1885.
(2) Francisco Xavier Ribeiro de Saopaio : Relacäo Geographico-Historica do Rio Branco..., 1775, Rev. Trim. do Inst. Hist. e Geogr., 2° S., vol. VI, Rio, 1850. — Antonio Pires da Silva Pontes e Francisco de Almeida Serra : Breve Diario ou Memoria do Rio Branco..., 178:, Rev. Trim. do Inst. Hist e Geogr. vol. VI, Rio, 1844. —
Manoel da Gama Lobo de Almada : Descripcão relativa ao Rio Branco e seu territorio, . 1787, Rev. Trim. do Inst. Hist. e Geogr., vol. XXIV, Rio, 1861.
de Sampaio, ouvidor de la capitainerie de notre rio Negro, trouva encore à Cametá, ville de l’État de Pará, un Hollandais, Nicolas Horstman, qui, en 1741, avait couru l’Essequibo et le rio Branco à la recherche du pays du Doré; et, en mars 1775,il rencontra à Barcellos, alors chef-lieu de sa capitainerie, un pauvre Liégois, Gervais Leclerc, qui avait déserté de la Guyane hollandaise, où il tenait garnison, dans le même but sans doute.
Le Hihiaá ou Hiyaá,qui coule au-dessous de Santa Isabel, fut le séjour préféré du fameux Tucháua des Indiens Manãos, Ajuricäba,dontle nom est demeuré célèbre à cause de son courage et de sa mort héroïque.
La rivière Içá,le Putumayo des Républiques voisines (1),a de nombreux affluents — on en cite une trentaine, — et deux canaux naturels la mettent en communication avec le Japurá. Sa longueur est de 1,645 kilomètres. dont 1,500 parcourus régulièrement par des vapeurs.Elle est le chemin naturel entre l'Amazone et la République de l’Équateur.
Enfin, le rio Acre est devenu, à une époque relativement récente, l’un des centres les plus actifs de la production de cet or végétal qui s'appelle le caoutchouc.
Il faut se borner. Nous venons de citer à peu près 130 affluents et sous-affluents de l’Amazone, qui, comme un hidalgo espagnol, porte trois noms dans son immense parcours : Maranhão, Solimões et Amazonas. Nous sommes bien loin d’en avoir épuisé la liste, qui deviendrait fastidieuse à la longue.
Réunissons à ces rivières une infinité d’autres de moindre importance, qui, en Europe, passeraient encore pour des cours d’eau respectables, et nous n'aurons encore qu’une faible idée de ce réseau phénoménal, dont l’immensité trouble "imagination.
L'Amazone est fils des Andes. Or, on l’a fait observer avant nous, ces hautes montagnes et ce roi des fleuves de la terre ont à peu prês la même étendue.
(1) Francisco Xavier Rodrigues de Souza : Do Pará à Colombia ou Apontamentos sobre o rio Icá ou Putumayo, Maranhão, 1880.