Tamanoir
Le Tatü-assû (Dasypus gigas) a presque la taille d'un cochon de lait. Ses jambes sont courtes et recouvertes d'écailles; son groin, très “allongé, est également défendu par une sorte de morion. Son test écail- Eux est composé de compartiments en mosaïque, constitués par des poils agglutinés ensemble. Cette armure est composée de trois par- “ies. Les pièces du harnois du cou et de la croupe sont fixes ; entre
elles, plusieurs bandes parallèles et mobiles donnent au milieu du
corps la facilité de se ployer. La queue est ronde et recouverte irré-
gulièrement d'écailles tuberculeuses. Le ventre est rougeâtre et verru= queux ; les mamelles sont pectorales. Les pieds ont tous cinq doigts | munis d'ongles très grands et très robustes. Sa voix est une sorte de grognement. Il est craintif, nocturne, très vite à la course et cherche toujours à se cacher. Il vit de cadavres, de fruits et de vers de terre ; il se retire dans des terriers. Quand on l'attaque, il rentre sous sa . carapace, où il se sent inexpugnable. Quand ce guerrier bardé de cottes de mailles a le malheur de tomber sur le dos, il a toutes les peines du monde à se remettre sur pied. Les tatous s’apprivoisent facilement. On leur attribue des mœurs singulières. Il paraît qu'ils vivent plusieurs casernés dans le même trou, tandis que l’un d’eux s’en va à la corvée et rapporte à la petite communauté les provisions de tucuman (Astrocaryum tucuman) et de mucaja (Acrocomia sclerocarpa) dont ils se régalent en famille. On prétend, cependant, qu'une fois arrivé sous les palmiers, le tatou quêteur commence la charité par lui-même et s'administre une copieuse ration préalable.
L'ordre des cétacés est représenté dans le bassin de "Amazone par deux types étranges, qui nous reportent aux légendes mythologiques et aux époques primitives.
Le premier est la Vache fluviatile (1),le Poisson-Bouf des Brésiliens, le Goarába des Indiens, connu des naturalistes sous le nom latin de Manatus americanus ou australis. C'est le Manate, le Lamantin ou Dugong.
Le second estle Bôto, le Poisson-chien ou Pira-Jaguára des Indiens,
le Dauphin de " Amazone, le Phocena brasiliensis.
Le Lamantin de "Amazone n'est autre que la Sirène voce canorá des anciens. Il a, en effet, le corps pisciforme, terminé par une nageoire simple, ovale et horizontale. Les nageoires d’avant, quoique
aplaties et membraneuses, se composent de cinq doigts, que l’on peut
(1) Alex. Rodrigues Ferreira: Memoria sobre o peixe boy..., 1786, Manusc. de la Bib. Nat. de Rio.
endre, sous la peau, pour de véritables mains. C’est de cette partiularité, sans doute, que leur vient le nom de manates. Ils atteignent ouvent près de six mètres de longueur. Les femelles ont une poitrine féminine très opulente. La chair de ce poisson-femme est très délicate. On en fait des conserves appelées mixira. La graisse donne une huile d'éclairage excellente. Le lamantin passe pour posséder une ouïe très fine, ce qui en rend la pèchedifficile,excepté pour les gens du pays, qui - connaissent toutes ses ruses. Agassiz semble le considérer comme le représentant actuel du dinothérium.
Si le Peixe-boi est la sirène antique, le bóto paraît être l’un de ces
dauphins de la fable
Per maria humida nantes.
L'Amazonie, d’ailleurs, a hérité de quelques-unes des légendes de “la Grèce au sujet du dauphin (delphinus rostratus). Tout le monde y est persuadé que le bôto est l’ami de l’homme ; que si un navigateur fait naufrage, ce sauveteur dévoué l’aide à échapper aux flots et à ses dangers, en "embarquant sur son dos. On trouve, en effet, le dauphin “dans les rivières, soufflant près des barques. Son grand corps, qui dépasse souvent 2 mètres de long, se joue dans tous les cours d’eau
sans crainte de l’homme.
Après la classe des mammifères, voici celle des oiseaux, les hôtes étincelants des grandes forêts sombres. Alfred R. Wallace en a collectionné plus de 500 espèces. Ici nous sommes dans un monde de féerie, dans un éblouissement ornithologique (1).
“ Dans l'ordre des rapaces, le groupe des diurnes nous offre PUrubi
sinistre, dont le nom est emprunté à la mystérieuse langue tupi. Uri
signifie oiseau, et bit, vú, uw manger : c'est l'oiseau vorace. Il a le
bec plus gros que le corbeau d'Europe ;sa tête chauve ressemble à
(1) Frei. J.-M. da Conceição Velloso : Aviario brasilico...., Lisbôa, 1800. — J.-B. von Spix : Avium species nove..., Monachii, 1824.
celle d'une poule. On en connaît plusieurs espèces : le Cathartes
fœtens, le C. aura, le C. jota.
L'urubú-tinga ou blanc est l’espèce la plus rare. Les indigènes le. considèrent comme le roi des urubüs. Ils disent que les urubús communs ou noirs ne mangent que lorsque l’urubü-tinga est rassasié: Ils racontent qu'il plane au-dessus des nuages, que la flèche ornée de Í ses plumes ne manque jamais sont but, que la prière écrite avec elles est écoutée, ainsi de suite. L'urubú blanc est la bonté. l’urubü noir le mal. Les Indiens ont chargé ce dernier d’une infinité de légendes, où se mêlent le naturalisme primordial et les idées chrétiennes d'im-. portation. Ecoutons quelques-uns de ces récits, que reconnaîtront les amateurs de contes populaires pour les avoir entendus au pays brumeux des minnesingers, où les grand'mêres au chefbranlant les redi-" sent encore aux Gretchen attendries des bords du Rhin.
Un jour(dit une de ces légendes), il y avait fête au ciel en l’honneur de la bonne Vierge. Tous les animaux de la création y avaient été invités. La tortue de terre (jaboty), qui ne va qu’à petites journées, ne voyait aucun moyen d'arriver si haut. Elle demanda à l’urubü de l'emmener avec lui. Le vautour y consentit et la prit sur son dos: Arrivé à une certaine hauteur, le méchant urubü fit tomber exprès la pauvre petite tortue, qui se brisa sur un rocher en mille morceaux. La bonne Vierge alors descendit du ciel. Elle ramassa les morceaux de la tortue, lui rendit la vie, la combla de bénédictions, et maudit à jamais le noir urubú. C'est depuis ce temps-là que le jaboty est couvert d’une carapace en mosaïque, faite de plusieurs morceaux, et que Purubú porte malheur à toui ce qu'il touche. L'arbre sur lequel il perche perd” toutes ses feuilles : le fusil qui le vise éclate dans la main; son corps; après sa mort, reste abandonné ; les fourmis même n’en veulent pas.
Un autre jour, l’urubü fut invité avec le crapaud (sapo) à une seconde fête au ciel. Pour se moquer, l’urubü alla trouver le crapaud et
lui dit:
— Eh bien ! compère crapaud, je sais que vous allez au ciel; si nous y montions de compagnie ?
— Je suis prêt à vous suivre, mon ami, mais allez chercher votre petite guitare.
— Et vous, prenez votre tambour de basque...
Au jour dit, l'urubuü se présenta chez le crapaud, qui le recut três bien et le fit entrer pour voir sa commère et ses filleuls. Tandis que le vautour causait avec la femme et les enfants, le crapaud lui cria du seuil de la porte :
— Vous savez, je marche très doucement. Permettez-moi de partir avant vous.
Et il se faufila dans la guitare et s'y blottit três tranquillement.
Bientôt après l’urubü prit congé de la dame et des enfants, passa sa > E )
“ouitare, et se mit en route pour le ciel. En arrivant, il fut questionné, On lui demanda des nouvelles du crapaud.
— — Quelle plaisanterie ! répondit-il, est-ce que vous croyez que ce jeune homme peut se permettre d’aussi longues promenades ? Il peut à — peine se trainer sur la terre, comment voulez-vous qu'il s'aventure à « travers les airs ?
A ces mots il déposa sa guitare et s’en alla manger. Lorsque tout le monde fut à table à boire et à manger, le crapaud sauta hors de la guitare sans être vu, et s'écria :
— Me voici !
Etonnement de l'assemblée. On se mit à danser et à s'amuser. Le bal fini, tout le monde se retira. Le crapaud, voyantle vautour distrait, se glissa de nouveau dans la guitare. L'urubú se mit en route. A un
certain endroit, le crapaud remua. Le vautour, sans bruit, retourna sa
si ire
guitare et la vida. Le crapaud tomba des nues. …— Retirez-vous, pierres et rochers, criait-il en approchant de terre,
— Pas de danger, répliquait l’urubü gouailleur, vous savez trop
1% je vous écrase !
bien voler.
So LE PAYS DES AMAZONES
Ce qui n'empêcha pas le crapaud de s'aplatir et de s'endommager considérablement. Voilà pourquoi il a le dos tout bossué et la peau | couverte de plaies. |
Si Purubú prête aux poétiques légendes, le Jacurutú (Strix nacu- M rutu) à tête de chat, oiseau de la famille des Nocturnes, jette la terreur et les craintes superstitieuses dans l’âme de l’Indien, qui redoute son | croassement lugubre.
Mais le Caraxoé ou Sabiá et le Japiym ou Chechéo (Oriolusicterus | gam.) Penchantent de leurs mélodies et le plongent dans les vagues. rêveries qui sont pour lui les seules jouissances de l’esprit. Ces deux espèces d'oiseaux sont du genre Turdus, de l’ordre des passereaux. Le sabiá a le chant suave et mélancolique du rossignol de "Europe, mais moins étendu et moins varié. Le japiym, jaune et noir, imite la voix de tous les autres oiseaux. C'est l'oiseau-orchestre des forêts brésiliennes. Il pourrait aussi en être le tapissier. Ses nids, en grand nombre, sont suspendus à la plupart des arbres, semblables à de | longues bourses flottantes. Les japiyms, amis des gais ramages, vont” par bandes.
L'ordre des Grimpeurs nous présente diverses espèces de /oucans (Rhamphastos discolorus), dont le cri est l'harmonie imitative du nom qu'on leur a donné. Ces oiseaux portent un bec énorme, blanc et jaune, souvent plus long que leur corps. Ce bec a la forme d'une faux. Ilest léger et celluleux à l’intérieur, dentelé parfois sur les bords et recourbé vers le bout. La tête petite, l’œil rond, la langue longue et étroite barbelée comme une plume ; la face est nue, la queue d’une longueur moyenne, le pied court et l’aile peu étendue. Les toucans ont la taille des corbeaux d'Europe. Le plumage est très haut en couleur. Le dos est azuré, la queue et les ailes bleuâtres, la poitrine est d'un jaune splendide avec des reflets métalliques. Ils vivent dans les bois par . petites troupes de six à dix. Leur naturel est défiant. Sans cesse en mouvement, ils ne posent presque jamais à terre ; ils se nourrisent
de fruits et d'insectes. A l’époque de la ponte, il dévorent les œufs et
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q les petits oiseaux, qu'il avalent sans les mâcher, après les avoir fait
| sauter en l'air jusqu'à ce qu'ils se présentent bien pour être engloutis. Leurs cris sont rauques et percants. Ils nichent dans les trous d’arbres
et ne pondent que deux œufs.
Dans ce même ordre des Grimpeurs, on compte une grande variété de perroquets, de perruches et d'aras, parmi lesquels on distingue le maracaná (Conurus), joli perroquet jaune. Les gens du pays préten-
dent que. pour rendre jaune le plumage d'un perroquet, il suffit de
nourrir cet oiseau de la graisse du pirarära ou poisson-ara (phractocephalus hemiliopterus).
…… Dans l’ordre des Gallinacés, les plus remarquables sujets sont : les
« Jacüs (Penelope), les Mutúns (crax), VAgamy ou Jacamy (psophia 2 : : = À . crepitans), PUnicorne (Palamedea), le Nhambú (crypturus), la Cigana
- colombes et de tourterelles. On a fait remarquer avant nous que, — «à l'exception de quelques gallinacés rappelant la perdrix, tous les “ représentants de cet ordre au Brésil, et spécialement dans la vallée | de l’Amazone, appartiennent à des types qui n'existent pas dans les autres parties du globe. »
Les variétés de mutüns ou hoccos sont assez nombreuses. Le plus petit est le mutúm-pinima (Crax discors). Il y a encore le mutúmmiri (C. tuberosa), le grand mutúm (C. globulosa) et le beau mutúm, le poranga (C. rubrirostris). Ce sont de grands gallinacés dont le dos est d'un noir de jais, avec des ailes et le ventre bien souvent de couleur blanche. Ils portent sur la tête une belle huppe frisée comme celle des paons. Ils chantent la nuit, et les indigènes affirment qu'ils se font entendre exactement de deux heures en deux heures.
Le nhambú est de plusieurs espèces. Le nhambú-quiá ou pixúna
Crypturus cinereus) a le plumage couleur cendré foncé ; ses œufs Sont rouges. Le nhambú-toró ou toré (C. serratus) passe pour chanter d'heure en heure, et, avec le mutúm, il sert d'horloge aux
Indiens. Son chant consiste en un simple cri aigu, strident, que les ? 6
sauvages imitent dans la perfection, quand, au fond des forêts, ils veulent s'appeler entre eux sans donner l'éveil aux habitants civilisés. Il pond des œufs bleus. Il faut citer encore la sururina, qui ressemble au précédent, quoique plus petit.
Dans le genre Columba, nous possédons également un grand nombre d'espèces, parmi lesquelles le juruty, qui est la Columba cabocolo de Spix. C'est une tourterelle au plumage cendré, à la poitrine grisâtreet à la tête presque déplumée.
Dans l’ordre des échassiers, aussi nombreux que varié, notons : la Peaçoca ou mieux Aguapéacéca (Parra Jacana), de couleur marron, dont les longs doigts, plus longs que son mince corps, lui permettent de courir sur la végétation flottante des cours d’eau comme sur la terre ferme ; le Jaburú-Moleque ou Marabout (Mycieria americana), le plus grand des échassiers riverains de l’Amazone ; le Magoary (Ciconia Maguari), inférieur en taille au Marabout, et le Nandú ou Ema (Rhea americana), appelé souvent autruche d'Amérique, — Tous ces oiseaux au long bec emmanché d'un long cou vivent en bandes sur les bords des lacs et des affluents du grand fleuve.
La famille des Longirostres est représentée par un oiseau vraiment splendide, "Ibis ou Guará aux plumes roses (/bis rubra), dont l’extrémité des ramiges est noire. Les Indiens, admirables observateurs de la nature qui les entoure, l’avaient bien nommé ; guá et guira, oiseau aux couleurs changeantes, car, tout jeune, il est blanc ; adulte, il devient noirâtre, et, plus tard, tout rose.
Nous ne parlerons pas des Plongeurs, pour ne pas étendre outre mesure ce chapitre déjà long. Nous laisserons également de côté les trochilidés, oiseaux-mouches et colibris aux ailes étincelantes, ainsi que les papillons aux nuancss éblouissantes (1).
La plupart des volatiles cités plus haut donnent une nourriture délicieuse. Quelques espèces se prêteraient facilement à la vie des basses-
(1) J. Théodore Descourtilz : Oiseaux brillants du Brésil, Paris, 1832.— E. J. da Silva Maia: Memoria sobre os beija-flores, Rio, 1851, «Trab. da Soc. Vellos. »
cours et fourniraient une alimentation de premier ordre.L'industrie et le commerce ont déjà tiré parti de la beauté et de la légèreté extraor-
dinaires du plumage de quelques-uns de ces oiseaux des tropiques.