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Tortue de l'Amazone

Examinons rapidement la classe des Reptiles, et trois de ses ordres : celui des Chéloniens, celui des Sauriens et celui des Ophidiens.

Dans l’ordre des Chéloniens (1), nous trouvons toutes les tortues

(1) Alex. Rodrigues Ferreira: Memoria sobre as Tastarugas..., 1786, Man. de la Bibl. Nat. de Rio. — J. B. von Spix: Animalia Nova sive species novae testudinum et

ranarum..., Monachii, 1824.

aquatiques et terrestres : la Tartarúga ou tortue d'eau douce (Emys dumeriliana), le Matämata (Testudo Chelys fimbriata), le Cabeçudo, le Capitary, tenu pour le mâle de la tortue, l’Aiassä, l'Aperema (Testudo plana sapida), le Uayanury, le Tracajá, le Jaboty ( Testudo terrestris) et plusieurs autres. Toutes ces espèces offrent de précieuses

ressources alimentaires. La chair de la tortue constitue une nourriture saine et savoureuse ; l’écaille, qui n’a pas la valeur de celle de la

tortue de mer, est employée, cependant, pour des ouvrages grossiers à l'usage du peuple ; avec les œufs, que l’on mange aussi, soit frais, soit défumés, on fait une sorte de graisse (manteiga, beurre), qui est employée dans l’intérieur pour l'éclairage et qui commence à être exportée. C'est cette graisse que M. Jules Verne a prise pour du beurre bon à être mangé sur du pain; mais ce beurre de tortue n’a jamais servi qu'aux tartines littéraires du fantaisiste écrivain de la Jangada.

Les Sauriens nous offrent les espèces si multiples de caïmans ou alligators, crocodiles de l’Amazone, appelés jacarés au Brésil (1). — Le caiman commun (Alligator cynocephalus) mesure souvent plus de 3 mètres de longueur. L'Alligator palpebrosus est plus petit, mais non moins féroce. Le Crocodilus sclerops ou caiman à lunettes est un animal vraiment terrible: ses yeux, d'une couleur rougeâtre, forment une protubérance três saillante sur son museau assez allongé. — L'alligator ou caïman est propre à l'Amérique. Le nom de caiman vient du galibi (cayman), et le nom d'alligator du portugais lagarto, dérivé du latin lacerta, lézard. Les naturalistes donnent à quelques caimans le nom de monitores. Les Américains du Nord Pont emprunté pour en baptiser leur premier vaisseau cuirassé à tourelles à fleur d’eau. — Le caiman à lunettes, qui atteint une longueur de 4 à 5 mètres, pond ses œufs dans le sable des plages, les recouvre de paille ou de feuillage et veille constamment sur eux, toujours prêt à

(1) Alex. Rodrigues Ferreira : Memoria sobre os jacarés..., 1786, Man. de la Bibl. Nat. de Rio.

les défendre. Il est rare qu'il attaque l’homme. Rien n'empêcherait de parquer et d'élever Valligator amazonien, comme on le fait déjà aux Etat-Unis de l'Amérique du Nord, où leurs peaux sont apprêtées dans leur couleur naturelle ou après une application de couleur d’ani-

line, pour la confection de sachets, de carnets, etc.

Ce même ordre de Sauriens comprend aussi diverses espèces de lézards et de caméléons (1, le Senemby des Indiens. Parmi ces

derniers, on connaît surtout l’Agama picta et l'A. catenata.

Comme tous les Edens, l’'Amazone cache des serpents sous ses ombrages (2). L'ordre des Ophidiens, au lieu d'y jouer le rôle de tentateur, écarterait bien plutôt du paradis amazonien ceux qui

| seraient tentés de s’y aventurer, s’ils ne savaient pas, d’abord, que ces serpents n’ont pas l'habitude de fréquenter les sites habités, et, ; ensuite, que des injections de permanganate de potasse, conseillées par le D' Lacerda, guérissent de leurs blessures. Nous ne dissimulons pas, cependant, que les forêts et les cours d’eau de ce beau pays sont | infestés en maint endroit de ces horribles bêtes, dont quelques-unes sont venimeuses. Il y a le Sucurijú, Sucurujú ou Sucuriú (Boa Scytale), le plus grand serpent aquatique de ces parages, qui atteint

parfois jusqu’à 20 mètres de long (3) ; lajararáca (Trigonocephalus J.

, Po

et Cophias atrux), qui atteint jusqu'à 2 mètres et dont la morsure est excessivement dangereuse {4) ; la Jaquiram-boya ou petit serpent à ailes (Fulgora lanternaria), dont la piqûre est terrible ; le serpent

E à corail ou élaps ; il y a les différentes variétés de boas ou giboyas

(Boa Cenchria). Mais que le lecteur européen se rassure. Au milieu

de ces forêts hérissées de dards, empoisonnées de venin, l’Indien va

(1) J. B. von Spix : Animalia Nova sive species nove lacertarum. .., Monachii, 1825.

(2) J. Wagler etJ. B. von Spix: Serpentum brasiliensium Species Nôvæ..., Monachii

(SYF. L. C. Burlamaque : O Minhocão, o Sucuruhyú, a. Giboia..., Rio, Trab. da Soc. Vellos.

(4) J. Bap. de Lacerda: Investigaçoes experimentaes sobre a acção do veneno da Bothrops jararaca, Rio, 1877, Arch. du Mus. Nac., II.

nu-pieds, comme le lazzarone sur les plages dorées de Capri, et rarement ilest atteint de la blessure du vaillant Achille.

Nous ne nous arrêterons pas à la classe des Batraciens qui n’ont d'intérêt que pour le savant.

La classe des Poissons (1) est aussi innombrable que la légion des éroiles. Il est impossible de donner une idée approximative de la richesse des eaux de ce pays. Agassiz, qui est allé au Brésil en 1865 dans le but de se livrer à des études d'ichtyologie, écrivait ces paroles après six mois d'exploration dans le bassin de l’Amazone :

« L'Amazone nourrit à peu près deux fois plus d’espèces que la Méditerranée, et un nombre plus considérable que l'océan Atlantique d’un pôle à l’autre... Tous les fleuves de l'Europe réunis, depuis le Tage jusqu’au Volga, ne nourrissent pas cent cinquante espèces de poissons d'eau douce : et, cependant, dans un petit lac des environs de Manäos, nommé Lago Hyanuary, qui a à peine 400 ou 500 mètres de surface, nous avons découvert plus de douze cents espèces distinctes, dont la plupart n'ont pas encore été observées ailleurs. »

Ces quelques lignes d’un savant adonné à ces études spéciales suffisent pour démontrer l'impossibilité de donner ici un aperçu, aussi sommaire fút-il, des richesses ichtyologiques vraiment fabuleuses de cette rég'on.

Toutefois nous devons dire quelques mots du Pirarucú, le Sudis gigas,car ilest le poisson le plus importantdu fleuve, celui qui comme aliment remplace le bétail pour les populations riveraines, au dire du même savant. Son nom vient de deux mots tupis : pira, poisson, eturuch, roucou ou rouge, à cause de sa couleur. On le trouve à peu près dans tous les cours d'eau et dans tous les lacs de l’Amazone. La

chair en est savoureuse et bien supérieure à la morue. Les indigènes

(1) Spix, Agassiz et Martius: Selecta genera et species piscium..., Monachii, 1879. — L. Agassiz: Lettres relatives à la faune ichtyologique de l’Amazone, «Ann. des Se: Nat. », IV, V, 5e série.

le salent et le dessèchent, et, sous cette forme, il sert à alimenter les populations de l’intérieur. Depuis quelque temps, il commence à être exporté pour les autres Etats du Brésil, surtout pour Pará. De sa langue rugueuse, desséchée, on fait une ràpe très utile. Le pirarucú a souvent plus de 2 mètres de long (1).

Pendant l’exercice financier 1895-96, la perception de Manäos a enregistré une exportation. par grand cabotage, de 553.118 kilogr. de pirarucü sec, d’une valeur officielle de 468 contos ou millions de réis ; pendant ce même exercice, l’exportations de Parintins en a été de 169.782 kilogr., d'une valeur officielle de 146 contos; celle d’Itacoatiara, de 91.846 kilogr., d'une valeur de 80 contos, et celle de Mauès, de 52.252 kilog., d’une valeur officielle de 44 contos de réis.

Il nous resterait à parler des Mollusques, des Crustacés et de la classe des insectes, si bien étudiée par Bates (2). Nous y renoncons. Ce petit monde demanderait de longs développements, qui seraient déplacés dans un travail auquel nous voulons conserver, avant tout, un caractère pratique.

D'ailleurs, comme l'a dit un voyageur célèbre après avoir visité ces contrées : « Quelques heures passées à contempler ce monde merveilleux des tropiques, pour peu qu’on ouvre seulementles yeux sur les trésors de la vie végétale et animale, en apprennent plus sur la distribution de la vie, qu'un mois d’études de cabinet. » Il faut le voir pour le croire.

(1) Alex. Rodrigues Ferreira : Memoria sobre o peixe piraurucu…, 1787, Man. de la

Bib. Nat. de Rio.

(2) Henry Walter Bates: Contributions to an Insect Fauna of the Amazon Valley..., London, 1862, « Trans. of Linn. Soc. », XXIII.

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