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L'Ingá-rana (Inga sp.) est rouge et très clair. Il a 100u 12 mètres de haut, 50 ou 60 centimètres de diamètre.
Le Jacarandá cabiúna (Dalbergia nigra), espèce de palissandre (palo santo) chocolat presque noir, présente des veinures foncées brunes et des pores longitudinaux remplis d'une masse rose. Il mesure de 12 à 15 mètres de haut sur 1 m. 20 ou 1 m. 60 d'épaisseur. Les racines, d'un beau dessin, sont très appréciées. Certaines espèces de Jacarandá
se trouvent dans le centre du Brésil, mais sont inconnues dans … PAmazonie.
mètres de hauteur et de 1 mètre de diamètre, a le fond jaune tigré de raies noires.
Le Muiracotiára (Centralobium sp.), bois superbe, de 10 à 12
Le Muirapinima (Centrolabium Paraênse) ou Bois-tortue est appelé aussi bois de lettres, à cause de ses taches noires sur champ marron,
imitant les squamosités de la tortue. Cet arbre, mesurant de 3 à 10
94 LE PAYS DES AMAZONES mètres de stature et de 5 à 10 centimètres de diamètre, est excessivement précieux.
Le Muirapiranga ou Boromé des Guyanes est plus élancé. Il atteint 20 ou 25 mètres de hauteur,et son tronc varie entre 2 m. 50 et 2 m.8o de diamètre. Sa couleur d’un rouge violet et son tissu serré rappellent le palissandre. Son lait fournit une sorte de gutta-percha.
Le fameux Bois de rose ou páo-de-rosa (Dicypellium sp.), qui répand un parfum de rose, est un bel arbre de 8 à 11 mètres jusqu’à la cime, et de 50 à 6o centimètres au grand diamètre.
Le Bois mulátre, páo-mulato (Pentaclethra filamentosa), a 10 à 13 mètres d'élévation, 80 centimètres à 1 mètre de diamètre.
Le Bois précieux, pao-precioso (Mespilodaphne preciosa), sert encore dans la pharmacie et dans la parfumerie par l’emploi de son écorce et de ses semences odorantes. Son bois est três résistant, d'une cohésion parfaite, et ses veines sont d'une grande beauté.
Le Bois violet, páo-roxo-do-Amazonas (Peltogyne venosa), est d'un violet tirant sur le jaune. Le tronc, presque toujours creux, a de 50 à 6o centimètres de diamètre et l'arbre de 15 à 20 mètres de haut.
Le Bois satin, páo-setim (Aspidosperma sp.), d'un jaune clair, éclatant, luisant, ambré, aux pores presque invisibles, ne va guêre au delà de 10 mètres de hauteur avec un diamètre de 50 à 60 centimètres.
Citons encore le Tapiguarána, liane de grandes dimensions dont on fait des cannes peu communes, "Umary (Geffroya superba), l'Iuxy, et des milliers et des milliers d’autres.
Le musée des colonies de Paris expose quelques échantillons des bois de la Guyane qui se retrouvent presque tous dans l'Etat de PAmazone.
En attendant que le Brésil, pour faire suite à ses expositions de café, fasse connaître à l'Europe ses incomparables richesses fores-
tières, nous engageons les personnes qui désireraient se renseigner à
bit. mt
| de 3 Co + A US
bonne source, à visiter ces beaux produits de la flore des tropiques.
Aujourd’hui, le bois commence à manquer dans la vieille Europe, dépouillée de ses ombrages préhistoriques ; le temps n'est pas loin où Pon sera forcé de demander au Nouveau-Monde d'entamer sa réserve forestière. L'Amazonie conserve en dépôt, pour des siècles, un stock de bois capable d’alimenter toutes les industries locales et étrangères. 4 Il y a là des milliards qui dorment et qui attendent le passage de | hardis pionniers. Ils ne se feront pas longtemps attendre, nous en avons la certitude. L'homme va toujours où il y a de l’argent à gagner
et de la force à dépenser.
Les matières alimentaires sont une des plus grandes sources de revenus à exploiter dans les solitudes amazoniennes.
Il faut placer à part et au premier rang le café, le cacao, la coca, succédané du thé, le sucre et le guarana, sans parler du tabac. Viennent ensuite les féculents et les fruits communs.
Le Caféier arabique se trouve à l’état presque sauvage dans l’Amazonie. Il y pousse admirablement, mais on en néglige la culture de plus en plus; et aujourd’hui tout le café consommé dans cet Etat est importé du sud du Brésil, qui donne à lui seul les trois quarts de la production totale du monde entier.
Le Cacaoyer (Theobroma) est beaucoup moins négligé. Cet arbre, dont la graine est le cacao, est originaire de l'Amérique. Il a le port des cerisiers d'Europe et pousse jusqu'à 12 mètres de hauteur. Son
« fruit, appelé cabosse, est ovoide, jaune ou rouge à l’état frais; brun noirâtre lorsqu'il est desséché, de forme pentagonale irrégulière ; piriforme à sa base et muni d’une pointe obtuse à son extrémité libre : il mesure de 14 à 18 centimètres de longueur sur 9 ou ro centimètres d'épaisseur. L'intérieur est divisé en cinq loges contenant ensemble de 26 à 40 graines. Un placenta central retient et alimente ces graines, disposées à plat les unes sur les autres au milieu d’une pulpe aigrelette.
Le péricarpe, ligneux et indéhiscent, est sillonné, à l’intérieur, de
côtes longitudinales plus ou moins rugueuses. Trois espèces de cacao croissent dans la vallée de "Amazone : le Theobroma speciosa, le Theobroma bicolor et le Theobroma sylrestris.
La première de ces espèces est cultivée dans l’Etat de Pará, c'est-à-dire dans le bas Amazone ; la seconde abonde sur les versants du rio Negro, où d’ailleurs elle n’est pas utilisée; la troisième, enfin, se plaît de préférence sur la rive droite de l’Amazone, à partir du Madeira, et sur la rive gauche, dans les terres comprises entre la rivière Içá et le Japurá. Le cacao est tellement abondant sur les bords de ce dernier cours d’eau, qu'il est facile d'en faire la cueillette sans sortir des barques. Il suffit de lever le bras et de le détacher des branches qui pendent sur les bords, selon le témoignage de M. Coutinho.
Si le Sud du Brésil possède un des plus importants succédanés du thé, le Thé-maté, le Nord, eten particulier l’'Amazonie, peut présenter "Ipadi (Erythroxylon coca), la coca, dont les Indiens mâchent les feuilles,comme les matelots se bourrent les joues de tabac en carotte. L'expérience a prouvé à ces indigènes que cette opération masticatoire trompe l’appétit et réduit l’estomacàl'inertie. Les Européensemploient quelquefois la coca en infusion en guise de thé, mais le plus souvent comme un spécifique stimulant et tonique.
La canne à sucre, dont on extrait le sucre cristallisable, vient en grande quantité dans cette région, mais, pour des raisons que nous exposerons ailleurs, elle n’a pas été cultivée comme elle devrait l’être. Au mois de juin 1883, une loi provinciale accorda une garantie de 7 o/o d'intérêts, sur un capital maximum de 7,500,000 francs, pour l'établissement de trois usines centrales de sucre dans la province. — Par une autre Joi du 30 mai 1884, portant le nº 642, le président de la province fut autorisé à signer avec MM. Domingos-Olympio Braga- Cavalcanti, B. Caimary et A. Leamont un contrat pour l’établissement de 3 groupes coloniaux avec usines centrales de sucre, moyennant
une garantie d'intérêts de 8 o/o, pendant 30 ans, sur un capital de
mets À
250 contos pour chaque groupe colonial et de 750 contos pour
- chaque usine centrale, le change étant calculé au pair, c’est-à-dire à
27 pence par 1,000 réis. Malgré ces faveurs, les concessionnaires
n'ont rien fait.
10, — Plantation de cannes à sucre.
Le Guarana (Paullinia sorbilis), pour être moins vulgarisé que les produits précédents, n’en est pas moins utile. C’est un arbrisseau grimpant de la famille des Sapindacées. Avec ses graines, on compose une boisson stimulante, dont l'efficacité contre la dysenterie sembleaujourd’hui incontestée. On le prépare en torréfiant légèrement ses graines après les avoir séchées au soleil, et en les réduisant, par addition d'une petite quantité d’eau, en une pâte dans laquelle on introduit des semences, entières ou concassées ad libitum. La pâte de .
guarana est exportée sous forme de saucissons très durs, d'un brun
a vo
rouge foncé extérieurement. MM. Chastellux et Bertemond ont découvert dans le guarana un alcaloïde identique à la caféine, et augmentant, comme le thé et le café, l'énergie des fonctions intellectuelles (1). Les gens du pays le préparent en le râpant avec la langue desséchée du pirarucú. Dans sa monographie de Matto-Grosso, parue en 1869, M. Joaquim Moutinho raconte que dans cet Etat l'usage du guarana remplace absolument celui du café ou du maté, et il calcule qu’en portant là-bas 50 arrobes de bon guarana on était sûr de réa-
liser un bénéfice de 8 à 10 contos.
Parmi les féculents que l'on tire des fruits, des semences ou des parties souterraines d'un grand nombre d'espèces végétales, il faut distinguer les céréales et les légumineuses.
L'Amazone ne vit que de pain dont la farine est importée de l'étranger. Elle ne récolte ni le blé, ni Porge, ni le seigle, ni l’avoine, ni le sarrazin. Les cultures d'Europe lui sont étrangères, et sans doute inutiles pendant longtemps encore.
Le maïs y peut remplacer quelques-unes de ces céréales. Il y donne des résultats surprenants. — Quand on pense que la quantité de mais cultivé aux États-Unis de l'Amérique du Nord (360.680.878 dollars en 1869 et 646.106.770 dollars en 1887) suffit pour nourrir-toute la population des Etats-Unis, et permit une exportation de près de 12 millions de dollars en 1886-87 ; que plus de 2 millions de fermiers s'y emploient, et qu'ils réalisent plusieurs centaines de millions de francs par année ; — quand on pense que le riz de la Caroline a une production de 25 millions de francs par an (chiffre de 1886-87); et que les Italiens s’en disputent la paille pour la fabrication de chapeaux luttant, par leur finesse et leur prix, avec les plus beaux panamas, on se prend à entrevoir un avenir de richesse et de prospérité pour cette région amazonienne, où riz et maïs
poussent presque sans culture, sur la terre à peine remuée.
(1) J. M. da Silva Coutinho: Noticia sobro o uaraná..., Rio, 1866.
Les graines légumineuses sont aussi abondantes et seraient d'un
rendement aussi avantageux.
Des haricots ou feijões et des fèves de plusieurs espèces se propagent également sans le secours d'aucune main-d'œuvre compliquée ; et cependant l’incurie des habitants est telle qu'ils sont obligés de
s'approvisionner ailleurs de ces féculents.
Des bananes ou fruits des Musa sapientum, paradisiaca, etc., pen- 4 dent en grappes énormes à des milliers de plantes herbacées de grande s taille. On en cueille les régimes pour les besoins journaliers à peine, Cependant Sagot et Raoul rappellent qu’un hectare planté avec certaines variétés de bananiers produit 200.000 kilogr. de bananes. tandis que sur la même superficie on ne peut récolter que 5.000 kilog.
de pommes de terres et 1.500 kilog. de blé.
Des arbres à pain (Artocarpus incisa), jacquier à feuilles incisées, se rencontrent en grand nombre. Ces arbres, de 10 à 13 mètres de haut, portent annuellement de 60 à 80 fruits, gros comme la tête d'un
homme, rendant jusqu’à 17 o/o de fécule.
D’autres plantes cèdent leurs tubercules à l'alimentation. Ce sont: E” le manioc amer {Manthot utilissima) ; le manioc doux (Manihot aypi) E ou macaxêra ; larrow-root; la patate douce, très variée (Convolvulus batatas, Spomæa batatas, Batatas edulis; ; les diverses espèces d'igmanes ou cards (Dioscorea).
Le Manioc (mbai-ybai, arbre du ciel) est une plante de la famille des Euphorbiacées. Sa racine fournit cette farine jaune ou blanche, fine ou granulée, dont se nourrissent, en guise de pain, la plupart des habitants de ces contréees. La fécule de cette plante, peut-être la plus riche en fécule amylacée, fait la base de l'alimentation du plus grand nombre, non seulement dans l’Amazonie, mais dans presque tout le Brésil. On a même calculé que le nombre des individus qui se nourrisent presque exclusi vement de farine de manioc, sous forme de. produits divers, dépasse, sur notre globe, celui des hommes qui font
100 LE PAYS DES AMAZONES usage du froment. Elle entre, en outre, dans la confection de bouillies et de potages à l’européenne.
M. Payen a fait l'analyse des tubercules de manioc et est arrivé
aux résultats suivants :
Faure Sete DEA [ 21,10 de fécule; 6,25 de fécule transformée en glucose: 7,75 de substances Matières séches..,.. 36,79 « dissoutes dans l’eau; 1,69 de cellulose, d'acide pectique, silice, matière oléagi-
\ neuse.
Les avantages de extraction de la fécule, de sa transformation en glucose et en alcool, "application importante des produits dérivés du manioc démontrent, dit M. de Villafranca dans sa « Note sur les plantes utiles du Brésil », l'immense utilité que l’on peut tirer de cette précieuse plante, en augmentant sa culture et en procédant à l'extraction de la fécule au moyen d'appareils perfectionnés.
Le comte de Posos Dulces, dans son intéressant ouvrage « Ecrits sur l’agriculture de l’île de Cuba», rassemblant dans un tableau les applications de l’amidon, de la dextrine et de la glucose, a mis au grand jour, et d’une manière incontestable, l’avenir qui est réservé à cette précieuse plante, dont les produits semblent appelés à figurer avec distinction dans l'évolution industrielle du monde.
Selon Payen et Martius, la farine de manioc, mélangée en parties égales avec celle de blé, produit un pain très acceptable, bien que la valeur nutritive en soit inférieure à celle du pain fait uniquement de farine de blé.
Cent brasses carrées ou 4 ares 84 centiares, plantées de manioc, rapportent, en farine eten tapioca, autant et plus qu'un champ de. cannes à sucre d'égale étendue peut rapporter en vendant le sucre fabriqué avec les appareils généralement employés dans le pays.
D'après P. Sagot et E. Raoul (1), le manioc des féculeries rend plus de 200 tonnes à l’hectare. Dans les anaiyses auxquelles a procédé M. Peckolt, il a trouvé dans le marioc la septicoltyne, la manihotine, l'acide manihotique, l'acide hydrocyanique, en outre de la fécule, de la dextrine et de la glucose qui dérivent des tubercules de cet intéressant végétal. M. le docteur Carneiro da Silva, dans ses « Études agricoles », a résumé tout ce qui a été écrit sur le manioc. Les préparations de la racine épaisse et charnue du manioc sont de deux sortes. La première, appelée moussache, est une poussière fine, d'un blanc sale, obtenue par simple lavage et par dessiccation à Pair …— libre; la seconde, le tapioca, est obtenue dans son état de granulation À par une sorte de coction sur des plaques chaudes. La racine du manioc doux peut être mangée comme la pomme de terre ; elle n’est pas vénéneuse, au contraire ; celle du manioc amer renferme, indépendamment de la fécule, un suc laiteux qui est un des plus violents poisons végétaux que l’on connaisse. Son principe actif est l’acide cyanhydrique. Mais comme ce suc est volatil, il est facile d'en débarrasser la fécule par pression et évaporation. Il devient alors le tucupy, avec lequel on prépare les excellentes sauces amazoniennes pour le poisson. C'est aussi avec le manioc que les Indiens composent leur breuvage enivrant, le cáuim.
Le manioc, si indispensable à l’Indien, a fourni sa légende ; voici comment, d’après les traditions, les naturels apprirent à en faire usage (1) :
Un jour, il y a bien longtemps de cela, la fille d’un chef indien M Qui habitait dans les régions où s'élève aujourd’hui la ville de Santarem, se trouva enceinte. Le père jura de se venger sur l’homme qui “avait apporté le déshonneur dans sa cabane. Il questionna sa fille. | Priêres, menaces, châtiments, rien ne réussit. Elle soutenait que
(1) Manuel Pratique des cultures tropicales, Paris, 1893, p. 27. (2) Revisa Anthropologica, Rio-de-Janeiro, 1882, article de M. Couto de Magalhães.
jamais aucun homme n'avait approché d'elle. Le père était tout décidé à la tuer. Un homme blanc se présenta. Il dit à l’Indien qu'il ne devait pas tuer sa fille, parce qu’elle était innocente, et que jamais aucun homme n'avait approché d'elle. Le père le crut et attendit. Au bout de neuf mois, la jeune indienne mit au monde une petite fille, belle comme les amours et blanche comme les fleurs d’eau. Toutes les tribus voisines restèrent frappées d'étonnement. De loin, on venait voir la petite blanche, doux rejeton d'une race nouvelle et inconnue. On lui donna le nom de Mani. Elle marchait et parlait dès le premier jour. Elle souriait à tous tristement. Au bout d'un an, elle mourut sans maladie, sans souffrances. On l’enterra dans le jardin de la maison. Selon la coutume des aïeux, chaque jour on découvrait la sépulture et on l’arrosait. Un jour, on trouva la fosse entr'ouverte et dans la fosse une petite plante que nul ne connaissait et que nul n'osa arracher. La plante grandit, porta des fleurs et des fruits. Les oiseaux de la forêt qui en mangeaient étaient ivres. Puis, la terre se fendit et une belle racine apparut au fond de la terre. La racine ressemblait au beau petit corps de Mani la Blanche. On l’appela mani-oc.
Laissons la poésie et revenons aux comestibles.
L'arrow-root (Maranta Arundinacea) qui vient des mots indigènes aru-aru, farine de farine, dont les Portugais ont fait araruta et les Anglais l’affreux ronronnement que l’on sait, l’arrow-root est produit au Brésil par les racines du maranta à feuilles de balisier, plante herbacée de la famille des cannacées ; on en arrache les rhizomes au bout d’un an.
Les Patates douces sont dues à de nombreuses variétés herbacées et vivaces à racines tuberculeuses et diversement coloriées de rouge, de jaune, de rose ou de violet. Elles abondent dans l’'Amazonie.
Enfin l’Zgname ou cara vient de plantes grimpantes et volubiles de la famille des Dioscorées. Son tubercule allongé et farineux est une
excellente nourriture pour l'homme, et ses feuilles peuvent servir de pâture aux bestiaux.
Citons,parmiles fruits comestibles: la Popunha (Guilielma speciosa), qui fait un excellent dessert et dont on soutire une huile onctueuse. Les spatules des feuilles et, en général, tout le tissu fibreux fournissent d'excellente matière textile. Les voyageurs de ces parages considèrent, paraît-il, la vue de ce palmier comme un indice de la présence d'habitations, parce que dans les sitios et dans les fermes on ne néglige jamais de planter des popunheiros.
Citons encore : le Cupú-assú, servant à faire des confitures, du chocolat et une liqueur ; le délicieux Ananas, dont quelques espèces sont sauvages et croissent sans culture; la Mangaba (Hancornia speciosa) ; la Sorra (Collophora utilis), au fruit savourenx et fin, au suc laiteux employé comme vernis; le Cubio jaune et lisse; VIngá Unga dulcis) ; le Cajou (Anacardium occidentale), que l’on mange au naturel, et dont on fait un bon vin couleur de groseille ; et tant
d'autres qui dépassent en saveur les fruits les plus succulents de
l'Europe.
L'Amazone peut passer pour la terre classique de l’épicerie ; l’Inde seule peut luifaire concurrence. On a donné le nom d'Epices et d'Aromates à certaines denrées à saveur chaude et piquante ou à odeur suave et pénétrante utilisées dans Part culinaire, la pharmacie et la parfumerie. On a dit des épices qu’elles sont des poisons domestiques. Ces denrées, qui font la fortune de la fraction la plus intelligente du
genre humain, consistent en fruits, graines, écorces, rhizomes de
toute espèce. Les principales épices de l’Amazonie sont: la Girofle
(Licaria guyanensis), si répandue dans les forêts ; la Malaguette (Amomum granum paradisi), dont la saveur est âcre et brülante ; le Piment de Cayenne (Capsicum frutescens) ; la Vanille (Vanilla sativa), que l’on découvre partout à son odeur ; la Muscade (Myristica tomentosa) ; la Cannelle(Genre cinamomum); le Gingembre, qui est le rhizome charnu ou tige souterraine de "amomum zinziber, usité comme condiment,
employé en thérapeutique et dont on fait une confiture excellente et
104 LE PAYS DES AMAZONES une boisson délicieuse connue sousle nom de « bière de gingembre » ; et le Cumarw (Dipterix odorata), dont les semences, extrêmement aromatiques, connues sous le nom de Fêyes Tonka, contiennent, entre l'écorce et l’amande. la Coumarine à l’état de cristallisation, et servent à parfumer le tabac; on en extrait aussi une huile fort
appréciée pour la toilette et estimée pour ses usages médicaux.
rr. — Cumarú, arbre qui produit les fèves Tonka.
Les Fibres textiles offrent non moins d'intérêt que les épices et les aromates.
La fibre textile du règne végétal qui prime toutes les autres est sans contredit la bourre légère qui emmaillote les semences du cotonnier® Le cotonnier croît très bien dans l’Amazonie. Il fut même un temps, avant la fièvre du caoutchouc, où la production du coton dépassait les besoins de la population locale. Les Indiens, qui l'appellent amamna,
s'en sont servis de tout temps pour fabriquer leurs filets, leurs hamacs:
tes É
LE PAYS DES AMAZONES 105 et d'autres objets. Outre le cotonnier ordinaire, il y a un petit cotonnier amazonien (Algodoim) qui donne de la cotonnade jaune. Il serait facile de le remettre en faveur.
Un grand nombre de lianes ou cipós sont utilisées comme cordes, et d'autres employées à la confection de différents articles, tels que
chapeaux, paniers, nattes, etc.
De l’un de ces cipós, appelé Timbú-assú, on détache certaines fibres, qui, tissées, donnent un drap de belle qualité.
Le palmier Tucuma (Astrocarym tucuma) sert également a la corderie et à la fabrication de hamacs et de filets. Il est devenu un article d'exportation, quoique sur une três petite échelle.
La Piassaba ou Piassava (Altalea funifera), un autre palmier, est connue sur les marchés de l’Europe, où on Pachête pour en faire
des cordages et des balayeuses. En 1895-90, Manäos en a exporté
- 291.131 kilog., d'une valeur de 78 contos. Il en est de même du
Mirity (Mauritia flexuosa), de PUaissima (Urena lobata), du Tururi (Sterculia Ivira), de "Embira (Xylopia funifera), de l'Ananas (Bromelia ananas) et d'une quantité d’autres qui abondent dans l'Amazone, et dont le D' von Martius, Alfred Wallace et Barbosa Rodrigues, entre autres, ont donné des monographies détaillées (1). Citons cependant, pour terminer, le Curauá (Bromelia Sagenaria), broméliacée semblable à l’ananas, qui peut être tissu comme le lin et dont on a déjà fait de la toile, de la dentelle et jusqu’à des cordes de violon.
Un certain nombre d'arbres que nous avons déjà cités ont des
usages multiples. Il en est parmi eux qui, tout en étant aptes à
(1) Martius: Genera et species palmarum quas in itinere per Brasiliam... collegit, descripsit et iconibus illustravit..., Monachii, 1823. — Wallace: Palm trees of the Amazon and their uses. London, 1853. — Barbosa Rodrigus : Enumeratio palmarum novarum quas valle fluminis Amazonum inventas et ad sertum palmarum collectas descripsit et iconibus illustravit..., Sebastianopolis, 1875. D’autres ouvrages sur le même sujet ont été publiés - postérieurement par le même auteur.
d’autres applications, sont plus particulièrement distingués par les matières colorantes qu’ils livrent à l'industrie.
De ce nombre est le Rocouyer (Bixa orellana), arbuste de 4 à 5 mètres, qui abonde dans l’Amazone et qui est utilisé en Europe. Il a une pulpe résinoïde d'un rouge vermillon qui recouvre complètementses graines múres, contenues, au nombre d'une vingtaine, dans une capsule d'un rouge pourpre, hérissée de gros poils mous. Cette couleur résiste au savon et aux acides.
L'Acari-cuára, de la famille des légumineuses, donne une encre vert d'olive : c'est un arbre de quinze mètres de haut.
Les graines du Cicaité fournissent de même une encre à écrire qui ne peut être effacée ni par l'acide nitrique ni par l’alun.
Les fruits verts du Macacú (Macubea guyanensis) sécrètent une couleur sanguine très appréciée, qui noircit si on l’expose àla vapeur de l'urine.
Le Tatajuba-de-tinta (Maclura tinctoria), le fustic des Français, de 15 à 20 mètres de haut, donne une couleur jaune fort recherchée.
Enfin le Manglier rouge, mangue vermelho (Rhizophora mangle), dont l'écorce sert au tannage des cuirs ; le Barbatimão( Pithecolobium avaremotemo\, dont l'écorce astringente est très usitée en teinturerie ; le Bois de Campèche (Haematoxy lon campechianum), produit par un grand arbre épineux de la famille des légumineuses ; /a Massaranduba (Mimusops balata), que nous avons décrite précédemment, et qui contient une grande quantité de tanin; le Jaraúba (Leopoldinia pulchra), à la couleur jaune; et le Bois du Brésil (Cæsalpinia echinata), grand arbre de 10 à 15 mètres, qui fournit une matière très
recherchée.
Passons aux matiêres oléagineuses.
Le nombre des végétaux dont les graines et les parties charnues des fruits sont huileuses est considérable dans cette région.
Les drupes du Tucum (Astrocaryum vulgare) rendent une huile
onctueuse d'une belle couleur cerise.
L'huile de palme du Caiaué (Elæis melanococca), congénère du