CHAPITRE VII
Règne mineral. — La véritable richesse de "Amazone. — Comment on doit procéder à l’exploitation du règne minéral. — Transformation que le fer et la
houille devront opérer dans l’'Amazone. — Manière de préparer cette transformation. — Gisements d’or traditionnels. — Agate, diorite, trapp, syénite, jade, feldspath, schiste. — Argile. — Chaux. — Houille. — Porphyre. — Cristal de roche. — Sel. — Pierre ponce. — L'avenir de ces richesses.
Presque toutes les richesses de l’'Amazone sont au soleil. Elles consistent, comme nous l’avons dit, en ces productions variées et innombrables d’un sol fertile et presque vierge.
La vallée de " Amazone est appelée à devenir un centre agricole de premier ordre. Qu'un fort courant d'émigration se dirige de ce côté; que des concessionnaires intelligents et riches y amènent un grand nombre de travailleurs énergiques ; que des familles de laboureurs aisés aillent s’y établir dans le but arrêté de convertir leur médiocrité en fortune, — et l’on verra bientôt les immenses forêts abattues en partie, les rives des grands cours d’eau assainies, les plaines de l’intérieur transformées en champs cultivés, toute cette immensité, aujourd'hui presque déserte, cédant la place au travail reproductif.
Ce sont donc principalement les deux règnes, que nous avons précédemment étudiés, qui doivent pour le moment appeler l'attention des émigrants. L'âge des chercheurs d’or dans ces parages est passé ;
il est trop tard ou trop tôt pour le ressusciter :
Huc omnis turba ad ripas effusa ruebat, Tendebantque manus, ripæ ulterioris amore.
Ce qui doit solliciter aujourd’hui les convoitises légitimes de tous ceux qui aspirent à l'indépendance par la fortune, ce n’est pas l’appât
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d'un El-Dorado fantastique, la prévision de placers inépuisables, mais la seule espérance de faire de Por avec les simples productions de la terre. Le trésor que les émigrants iront découvrir sur les rives de l'Amazone, ils le trouveront à coup sûr dans les fruits de leur travail. Nous leur conseillons donc de s’en tenir à la fable si sensée du bon La Fontaine. et de se défaire, avant de se mettre en route, de tout esprit d'aventure. Les millions, là-bas, se montrent sous la forme de sucs épaissis, d'essences forestières, de belles plantations. Il n'est pas nécessaire de fouiller le sous-sol pour les déterrer ; il suffit de labourer à peine le sol ou de s'adresser aux arbres que celui-ci porte sans fatigue et sans culture.
Nous ne prétendons pas dire, cependant, que l'Etat de l’Amazone soit absolument dénué de toute richesse minérale. Nous insinuons seulement qu'il serait imprudent de trop compter sur cette inconnue, qui n’a pas encore été dégagée jusqu'ici. Il peut arriver que le hasard mette certains pionniers sur la voie directe qui conduit à la fortune, en leur indiquant d'une manière inespérée l'entrée des cavernes mystérieuses où la Nature cache ses richesses. Mais ce sera le plus souvent le coup de pioche ou le soc de la charrue qui révéleront les cachettes du vrai trésor.
Quoi qu'il en soit, on y arrivera toujours plus sûrement par le chemin de traverse de [effort continu et des échanges réguliers.
Il serait téméraire d'affirmer dès à présent que le sous-sol amazonien renferme des gisements précieux; il serait plus téméraire encore d'engager des capitaux sur ces découvertes hypothétiques. Tout ce que nous pouvons souhaiter, c'est que le gouvernement de ce pays se préoccupe bientôt de cette source de revenus probables. Il est de son intérêt de faciliter toutes les études qui auront pour but de préciser les particularités géologiques et minéralogiques des terrains qui constituent la masse du territoire.
Un corps d’ingénieurs qui exploreraient méthodiquement et scienti-
fiquement les principaux points de cette contrée; qui, par des excur-
na
sions, des fouilles, des sondages, fixeraient la constitution géologique du sol; qui relèveraient ensuite, sur des cartes topographiques, les affleurements, les couches superficielles et profondes, les localisations minières, — un pareil corps de spécialistes rendrait au pays les plus éminents services. :
Avant de se risquer dans le labyrinthe, il faut un fil conducteur, et ce guide ne peut être fourni que par les ingénieurs des mines. Qu'ils se lancent donc au plus tôt à la découverte de ces îlots d’or, d'argent et de houille, perdus dans les entrailles de la terre. Nouveaux Cabires qu'ils plongent dans les retraites du fer, dans les abimes obscurs où gisent tous les métaux ; qu'ils en rapportent ces perles telluriques beaucoup plus précieuses que celles qui s'engendrent au fond des mers.
Le jour où nous pourrons dire: En tel endroit s'étendent des bancs de calcaire et d'argile pour nos constructions ; des agglomérations carbonifères et métalliques pour nos industries ; des amas salins, des soufres, des schistes, — ce jour-là nous aurons retrouvé le véritable El-Dorado, et tous les diamants, toutes les pépites du monde entier ne vaudront pas ce que nous posséderons alors.
Pour qu’un développement économique normal et régulier s'opère dans l'Etat de l’Amazone, il faut que les matières premières, si riches et si abondantes, qui seront livrées par l’agriculture, trouvent sur place des instruments perfectionnés qui les transforment à peu de frais. A côté du sitio, du seringal et de la fazenda, il faut que l’usine s'élève. Quand nous aurons le fer et la houille chez nous, nous pourrons entrevoir le jour où nous deviendrons les premiers producteurs du monde. Cet avenir n’est peut-être pas très éloigné. Il serait facile de le préparer en se mettant à l’œuvre sans retard, en utilisant ce que nous possédons déjà, en nous servant, pour faire de nouvelles conquêtes, de certaines données et de quelques informations qui nous sont acquises.
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On connaît déjà à peu près l'emplacement de ce fameux El-Dorado
qui fit tourner plus de têtes au xvi*, au xvi° et au xvIn° siècles, que la belle Hélène ne fit battre de cœurs et ne souleva de poitrines de guerriers aux âges enfantins de la Grèce. C'est aux sources du Paitili, afluent du rio Branco; c'est entre les serras Parime et Pacaraïma,
sur les confins de |'Amazone, que se trouvait ce séjour fortuné.
C'est par le Jutahy que le célêbre Ursua descendit du Pérou à la recherche de la toison d’or. On sait aussi que les anciens récoltèrent quelques pépites du séduisant métal dans le rio Madeira. On n'ignore pas non plus que des bandes de chercheurs d'or se portaient de prépréférence, autrefois, sur les bords du rio Machado ou Gy-paraná (Rivière de la Hache). — En 1749, on trouva dans le rio Tiquié, affluent du rio Uaupés, dans la région du rio Negro, des pierres que “Pon reconnut contenir beaucoup d’argent, si l’on en croit Monteiro de
Noronha. En 1757 — c'est le naturaliste Alex. Rodrigues Ferreira qui le raconte — João Fortes Aragão {d’autres écrivent Arzäo) trouva près de la cataracte du Ribeirão Preto, dans le Madeira, de l'or et - des « pierres cristallines ». La nouvelle en fut transmise à la métropole, et le gouvernement portugais eut le bon sens d'ordonner qu'on ne poursuivit pas les recherches, craignant que la découverte des
mines ne ruinât le pays.
Lorsque la fièvre du caoutchouc sera passée, on pourra commen- - cer les travaux d'exploration minéralogique par ces endroits jadis . exploités ou signalés.
Si, des indications fournies par l'histoire et par la tradition, nous passons aux observations plus récentes, nous pouvons également nous assurer que le règne minéral n'est pas absolument exclu de cette » partie de la vallée de " Amazone.
— On a découvert, en effet, dans les fouilles pratiquées cà et là sur “le territoire de l'Etat, de nombreuses pointes de flèches en agate écla- | tée; des haches de diorite poli, de trapp, de syénite, de jade; des ornements verts en feldspath lamelleux et quantité de pierres à repas-
ser en schiste, ainsi que des tembetás ou ornements de la lèvre en
néphrite, béryl, quartz hyalin, orthose verte, etc.
Plusieurs de ces objets sont, comme on le voit, d'une matière qui caractérise essentiellement les terrains de cristallisation, et qui appartient aux roches composées d’origine ignée ou plutonienne. Le diorite est un composé d'amphibolite et de feldspath; le trapp noir est assez semblable aux formations prismatiques du basalte et révèle ordinairement le voisinage de terrains houillers ; la syénite est une sorte de granit fait de feldspath, de quartz et d'amphibole; la jade verte n’est que de la silice, de l’alumine, de la magnésie et de l’oxyde de fer : les schistes sont des feuillets terreux durcis par l’action du feu, et qui confinent aux houilles. Quand au feldspath, il est l'élément fondamental des roches composées des terrains de cristallisation. Ces silicates alumineux ne se rencontrent jamais dans les couches de sédiment.
Il est donc permis d'inférer, d’après les caractères de ces différents échantillons géologiques, que le sous-sol amazonien, que les quelques: chaînons des montagnes amazonicennes sont de formation ignée, et doivent, par conséquent, renfermer les principaux minéraux qui accompagnent ordinairement les roches de cét:e nature.
On ne peut pas objecter que les Indiens de l’Amazone se pourvoyaient d'instruments chez leurs voisins plus favorisés des Cordillères andines, où abondent les terrains de cristallisation. Les nombreuses variétés de tabatinga (1) qui se rencontrent dans la vallée brésilienne de "Amazone semblent prouver suffisamment que cette vallée possède des composés plutoniens. En effet, la tabatinga paraît n'être due qu’à la décomposition de l’orthose et de l’albite, matières feldspathiques, c’est-à-dire de "empâtement de la silice, de l’alumine, de la chaux et de la soude dans des limons de fleuves (2).
L’argile plastique commune y est encore plus répandue. Les entre-
(1) De deux mots indiens: tauà, argile, et tinga, blanche. (2) Agassiz et Coutinho : Sur la Géologie de l’'Amazone, Paris, 1867.
De: : , … preneurs de nos villes futures sont donc assurés de trouver sur place
- ne manquent pas davantage de mortier et de chaux. Le sable est partout sous les pieds. La chaux se trouvera dans la cuisson des amas de coquillages, ds dépôts artificiels de sambaguys ou sernambys (1), … presque aussi fréquents dans l’Amazone que les Kyoekkoenmodings - au Danemark. cá
|: Mais le charbon de terre, le nerf de l’industrie, le diamant noir, existe-t-il dans cette belle contrée ? le soleil des tropiques n'est-il pas D trop riche de ses propres feux pour avoir enfoui sous terre, comme “un avare, une partie de ses trésors ? Les forêts, qui grandissent - actuellement sur les terres vierges, vivent-elles, comme nous autres, sur les cendres de leurs ancêtres ? Y a-t-il, au pied des grands arbres, des cadavres d’autres arbres, momifiés par les siècles ? La flore amazonienne a-t-elle quelque part sa noire nécropole?
Pourquoi pas? Est-ce que le feu, qui a brûlé les pierres. qui a fait “les schistes, cette houille terreuse, aurait respecté les végétaux gigan- … tesques ? Cela est d'autant moins probable que l’on a signalé des dépôts “carboniféres le long du Guaporé et du Mamoré.
= Bien plus: en 1860, on a présenté à |'Exposition universelle de — Londres un échantillon de charbon de terre venu du haut Amazone. Dansun rapport, écrit à cette époque et pour cette circonstance, le avant M. John Miers, membre de la Société Royale, a annoncé en … ces termes la grande découverte qui révolutionnera quelque jour le monde amazonien :
- « Le fait intéressant, dit-il, de l'apparition d’un morceau de charbon de terre venant du rio Solimões ne pouvait passer inaperçu. S'il était possible de constater l'existence de gisements étendus de houille de bonne qualité dans la province de l’Amazone, dans le voisinage immédiat de la navigation fluviale, et susceptible de
(1) De deux mots indiens: serye, reflux de la marée, et nembyr, restes.
pire, l'importance d'une pareille découverte serait incalculable pour l'avenir... »
Ces quelques paroles font rêver à de bien grandes choses pour notre pays. Le charbon de terre au Brésil et dans l’'Amazone! Ce serait la force mise au service dela fertilité; ce serait l'élément noir remplaçant le bras noir d'un passétout récent; ce serait l’affranchissementdu Brésil du colportage anglais. Ce n’est pas seulement l’exploitation des lignes fluviales de paquebots et des tramways urbains qui bénéficieraient de ce grand moteur, mais tous les centres de production industrielle et agricole : des usines à sucre s’élèveraient, des filatures se construiraient, des machines sans nombre fonctionneraient d’un bout à l’autre de ce vaste territoire, et nous assureraient la prospérité des Etats-Unis de l'Amérique du Nord et des nations européennes les mieux outillées. Quoique l’on n'ait plus entendu parler de la découverte faite dans le rio Solimões, depuis 1862, il est permis d’espérer que nos arrières-neveux verront l'avènement de cette révolution mécanique.
En effet, un géologue de l'Amérique du Nord, devenu directeur de la section de minéralogie au Muséum national de Rio, puis chargé de travaux de sa spécialité à S. Paulo, M. Orville Derby, nous a entr'ouvert, à son tour, les splendides horizons de l’ère de la houille dans cette partie du Brésil. Il a étudié principalement les fossiles du terrain carbonifère du bas Amazone, c’est-à-dire de l'Etat de Para (1). Dans son travail, il décrit plus de cent espèces appartenant à ce terrain. Après avoir comparé avec le plus grand soin les collections brésiliennes à celles du Muséum national de Washington, il a réussi à établir l'identité presque complète de la faune carbonifère de Pará et de celle qui caractérise les dépôts de la vallée du Mississipi, dont
on connaît les gisements houillers.
(1) Orville A. Derby: The artificial mounds of the Island of Marajo..., 1879. «Americ. Natural. ».— Contribuição para a geologia do Baixo Amazonas, Rio, 1878, « Arch. do Mus. », II. “
Il est vraisemblable que les conclusions de M. Orville Derby pourront s'appliquer également aux régions du haut Amazone, c'est-àdire à l'Etat dont nous nous occupons, puisque, d’après Agassiz, la structure géologique de ces deux parties de la vallée est la même, et que la grande île de Marajó, d'où M. O. Derby a extrait ses fossiles, était probablement, à l'origine, soudée à la vallée principale.
Pour continuer et compléter ces travaux, le gouvernement local ferait bien de suivre l'exemple de " Argleterre, et de faire confectionner, après étude préalable, des cartes exactes relatant les limites précises des différentes formations et les points de croisement de toutes les couches connues de charbon de terre.
Cela fait, il serait possible de vendre à un assez haut prix ces terrains incontestablement miniers. Les capitaux se présenteraient promptement, de puissantes compagnies ne tarderaient pas à se grouper, des puits s'ouvriraient et des milliers de travailleurs en feraient sortir des tonnes de richesses. En vertu de cet adage « que toute matière exploitable trouve exploiteur », il ne s’agit que de garantir [existence de la matière exploitable. C'est à quoi doivent tendre tous les efforts de ceux qui ont souci de nos affaires publiques. Les particuliers, agissant seuls, courraient le risque de gaspiller des forces qui seraient mieux employées ailleurs, s'ils se lancaient les premiers dans cette gigantesque entreprise. L'Etat doit leur ouvrir toutes les voies ; libre à eux ensuite de profiter de ce qu'on leur offre si libéralement. Le produit de l'impôt ne saurait mieux être employé qu’à assurer ainsi de nouvelles sources de bien-être et de travail rémunérateur.
Des nombreux affluents de l'Amazone, deux, surtout, ont été étudiés au point de vue géologique et minéralogique. Ce sont le Madeira et le rio Negro. Voici ce que dit le D" J. Severiano da
* Fonseca des cataractes du Madeira, qui se trouvent en assez grand
nombre dans la partie haute de ce cours d’eau :
« Les roches de ces cataractes sont de formation plutonienne, et
révèlent, à première vue, leur origine volcanique, modifiée peut-être par le métamorphisme. Quelques-unes d’entre elles m'ont paru diffciles à classer, à cause de l'incertitude des signes qu'elles présentent; d’autres, au contraire, offrent un facies minéralogique qui enlève toute hésitation. Les grandes tables de pierre trachytiques, presque lisses, d'une couleur de fer ou d’un noir luisant de goudron, sont formées, en plusieurs endroits, de couches superposée> plus ou moins ondulées, avec des rebords curvilignes; on dirait qu'elles proviennent d’une matière en fusion, épaisse, répandue à grand jets, formant des nappes, qui se seraient refroidies avant que les dernières tables fussent arrivées à la place occupée par les première. Çà et là surgissent de grands rochers, les uns prismatiques, les autres arrondis, tantôt sous forme de dykes (1). de diorite et d'elvan, tantôt comme des blocs détachés. Quelques-uns sont déchirés au milieu par une seule fente, qui, parfois, mesure plus d'une brasse de largeur. Ailleurs, on rencontre de grandes excavations (chaudiêres), trous parfaitement ronds, creusés dans le rocher par le frottement de silex roulés. »
D'après ce même voyageur, ces rochers sont des porphyres amphiboliques, des obsidiennes, des syénites, des petro-silex, c'est-à-dire des roches feldspathiques produites par les feux souterrains d’érup= tions volcaniques relativement récentes. Les obsidiennes du Madeira, à contexture vitreuse et opaque, ressemblent à celles du Pérou, con=" nues sous le nom de miroirs des Incas. Les Indiens en font encore des couteaux.
Les petro-silex observés dans cette même vallée sont des agrégats de feldspath et de matières étrangères. Quelques-uns renferment du talc et de l’amphibole.
D'après Beudant, les petro-silex ne se trouveraient que dans les terrains inférieurs à l’étage houiller.
Le D' Severiano da Fonseca a rapporté de ses courses un morceau
(1) Filons d’origine ignée, dégagés par les agents atmosphériques de l'enveloppe rocheuse qui les contenait.
LE PAYS DES AMAZONES 125 de charbon végétal, lamelleux, ayant des feuilles parallèles nettement accentuées. Il était complètement pétrifié et révélait ainsi une très grande antiquité. Cet échantillon se trouve dans la collection du musée de l’Institut archéologique de la ville de Maceió, chef-lieu de
. l'Etat d'Alagõas.
Les porphyres, assez variés de nuance, qui forment une grande partie de ces rochers du Madeira, sont composés d’albite empâtant
“des cristaux d'amphibole. Leur emploi serait d’un bel effet en architecture, s’il était possible de les transporter à bon marché jusqu'à Manäos ; ils pourraient peut-être rivaliser avec les plus beaux spécimens de porphyre vert que les anciens tiraient du mont Taygète et qu'ils réservaient à la confection de leurs vases et de leurs socles de statues.
Quant au cristal de roche, M. W. Lewis Herndon, envoyé en exploration -dans Amazonie par-le département de la marine des Etats- Unis, raconte qu’il en a vu à Mandos, chef-lieu de la province, « de beaux spécimens apportés des hautes terres qui séparent le rio Branco de l’Essequibo. »
Terminons ce rapide aperçu en signalant deux faits assez curieux :
Dans le rio Negro, la rivière qui baigne Manäos, on extrait le sel en assez grande quantité de certaines plantes qui poussent sur les rochers, au milieu des plus forts courants d’eau douce. C'est Vincinération de ces végétaux du genre Lacis qui donne le sel dont nous
parlons. La présence de ce sel peut être attribuée à l'absorption par la plante des principes salés des eaux d'infiltration ayant rencontré dans leur course des bancs de sel gemme.
— Sur les bancs du rio Solimões ou haut Amazone, on trouve des dépôts de pierre ponce, apportés là, sans doute, par les courants du fleuve qui descendent des volcans de la chaine des Andes.
Tels sontles principaux faits observés, qui nous permettent d'encourager les géologues dans leurs travaux, et qui nous invitent à détourner les émigrants de lâcher la proie pour l'ombre.
Ces richesses minérales, encore mal connues, c'est à l’avenir de les mettre au jour et de les exploiter.
En 1851,le lieutenant W. Lewis Herndon, que nous citions tout à l'heure, après avoir exploré cette région, s’écriait :
« Je n’hésite pas à dire ce que je crois: dans cinquante années, Rio-de-Janeiro, sans rien perdre de sa richesse et de sa-grandeur, ne sera qu’un village auprès de Pará; Pará sera devenu ce que serait devenue la Nouvelle-Orléans depuis longtemps, sans l’activité de . New-York et sans son fatal climat, c’est-à-dire la plus grande“ cité du Nouveau-Monde; Santarem sera Saint-Louis et Manäos sera Cincinnati ».
Et il ajoutait comme conclusion de son volumineux rapport, transmis au congrès par le pouvoir exécutif :
« Dans quelques années, nous pourrons, sans grande hyperbole et sans faire beaucoup de violence à l'imagination, appliquer à ce
fleuve les beaux vers de Byron:
« The casteled crag of Drachenfels e Frowns o'er the wide and winding Rhine, j Whose breast of waters broadly swells
Between the banks that bear the vine ;
And hills all rich with blossomed trees,
And fields that promise corn and wine,
With scattered cities crowning these,
Whose far white walls along them shine. »