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CHAPITRE IV

Moyens de subsistance. — Richesses ichtyologiques. — Un emplacement exceptionnel. — Lois accordant des avantages aux Compagnies de pêchêrie. — La pêche à la tortue. — La pêche sur les plages ; loi à ce sujet. — Le beurre de tortue; son exportation. — Le poisson-bœuf; son exportation sous forme de conserves. — Le pirarucü; quantités exportées. — Les pêches destructives. — Le cacao. — Le bétail. — Lois en faveur de l’agriculture. — La colonisation « cearense »

Les moyens de subsistance d’un peuple sont dûs en général à la pêche, à la chasse et à l’agriculture.

Ces trois moyens seront étudiés rapidement dans ce chapitre, les développements que nous avons donnés ailleurs nous permettant désormais d’être très bref sur ces matières.

Lorsque l’on jette les yeux sur une carte de l’Etat de l’Amazone,« en voyant l'immense et inextricable réseau de forêts et de rivières, de lacs, d’igarapés, de paranäs, de furos qui couvre la plus grande partie de cette région, on est porté tout de suite à se dire: Il ya là une population qui doit trouver des ressources inépuisables dans la chasse et la pêche, ces deux arts précurseurs de l’agriculture.

Ceux qui ont lu le chapitre que nous avons consacré au règne animal doivent partager [opinion des premiers. Ils doivent encore se rappeler ces phrases d'Agassiz, dans une lettre écrite à l’empereur dom Pedro Il:

« Tous les fleuves de l'Europe réunis(r), depuis le Tage jusqu’au Volga, ne nourrissent pas cent cinquante espèces de poissons d’eau. douce; et, cependant, dans un petit lac des environs de Manãos, nommé lago Hyanuary, qui a à peine quatre ou cinq cents mètres

(1) Voyage au Brésil, édit. franc. Paris, 1869, pag. 380.

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carrés de surface, nous avons découvert plus de deux cents espèces distinctes, dont la plupart n’ont pas encore été observées ailleurs! » (Lettre du 23 février 1866.)

En lisant les rapports des diverss présidents de la province dans les parties qui parfois traitent des richesses ichtyologiques de ce pays et de l’abondance de gibier; en songeant aux faveurs que le gouvernement a décidé d'accorder aux compagnies de pêcheries, on se trouve confirmé dans sa première opinion.

Dès 1850, en effet, le premier président qu'ait eu cette province, M. Tenreiro-Aranha, décrivait en ces termes un emplacement situé à quelques kilomètres de Manãos:

« Sur la rive septentrionale de l’Amazone, disait-il, à l'entrée du rio Negro, vis-à-vis l'embouchure du Solimões, sur des terres hautes et montagneuses, on trouve un emplacement central nommé das Lages (des Roches); ce nom lui vient de certaines murailles naturelles qui se dressent sur les plages au sable le plus fin. Sur ces hautes terres, si propres à la culture du café, du coton, du manioc et de tous les autres produits spéciaux à cette province, il y a d'épaisses forêts, pourvues d'excellents bois pour la bâtisse ordinaire et pour la construction navale; certains endroits y disposent de pâturages naturels, auxquels on pourrait adjoindre des champs artificiels pour Pélève du bétail; sur le sommet de quelques-unes de ces hautes collines, on trouve de grands réservoirs naturels et permanents, d’où les eaux se jettent en tout temps avec tant de force qu’on pourrait les utiliser aisément comme force motrice. Un peu plus haut, il y a un petit cours d’eau, dont les rives abondent en bois, qu'il serait facile d'abattre et de transporter ; et, un peu plus bas, à une demi-lieue de distance, on trouve le beau lac Aleixo, très abondant en poisson. Si, dans cet endroit, on trouve des terres hautes, des carrières de pierres et de vastes plages sablonneuses, vis-à-vis, sur la rive opposée

de "Amazone, à l'entrée du Solimões et sur Visthme situé entre ce

fleuve et le rio Negro, on a des terres basses, propres à la culture du

cacao et de la vanille, qui s'y trouvent déjà en abondance et à l’état sauvage. Ces terres, fertilisées tous les ans par la crue périodique des eaux, se prêtent admirablement à la culture de la canne à sucre; on y trouve également des pâturages et des plaines naturelles couvertes de riz sauvage qui ne sert d'aliment qu'aux oiseaux et aux poissons. Et, sur ces mêmes rives, depuis le rio Madeira, des deux côtés, à

l'entrée du Solimões, on rencontre les lacs immenses et fameux appe-… lés Autaz, du Rei (Roi), Manaquiry et Manacapurú, où, pendant l’année entière, mais surtout pendant les six mois que durent les basses eaux, on peut prendre des millions de tortues, de poissons= bœufs, de pirarucús, de tambaquis et beaucoup d’autres poissons en telle quantité qu'ils peuvent donner de plus gros profits que E toutes les pêcheries de Terre-Neuve. » :

De son côté, le gouvernement central, par la loi nº 876, du 10 septembre 1856, avait accordé une garantie de 5 o/o d'intérêts, pendant cinq ans, sur le capital effectivement employé par les trois premières compagnies de pêcheries qui se fonderaient au Brésil; et un décret portant le nº 8,338, du 17 décembre 1881, a approuvé le règlement relatif à cette loi.

Eh bien! malgré tous ces avantages, pas une seule compagnie de pêcheries n’a été organisée dans cet Etat, et, nous le disons à regret, | le marché de Manäos se trouve parfois bien mal approvisionné de |

poisson.

Cet état de choses est d'autant plus déplorable que l’on sait les. bénéfices fabuleux que la plupart des pays de l’Europe retirent de la pêcherie, soit maritime, soit fluviale. Il y a peu de temps encore, (mai 1873), il y a eu à Londres une magnifique exposition interna tionale de pêcherie, où l’on a pu constater les richesses produites par cette branche de l’industrie. En 1881, la France employait à la pêche 80,876 hommes, montés sur 22,125 barques, jaugeant ensemble 150,000 tonnes, outre 56,000 personnes qui parcourent à

pied les plages en pêchant. Aussi, pendant cette même année, cette industrie a-t-elle rapporté 87 millions de francs à la France.

Dans l'État de l’Amazone, il n’en est pas de même. Tous les

bras sont employés dans les forêts, et se consacrent à l’extraction

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