‹ Le pays des AmazonesChapitre 63 sur 149 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

MOYENS DE SUBSISTANCE : Industrie. — Comment elle se trouve en décadence. — Encouragemients que lui donne le gouvernement local. — Les produits forestiers. — La fibre tucum. — Le Piassaya. — Le cumariú ou fève Tonka. — Le Puxury, la girofle, le guarana, la salsepareille, le quinquina, l'huile de copahu, les noix du Brésil, le cèdre. — Une citation de Wallace,

“Nous venons de voir comment l’agriculture est délaissée dans cet État. Malgré la richesse du sol et le peu de main-d'œuvre qu'exigerait son exploitation régulière, le territoire amazonien attend encore des pionniers qui le mettent en valeur et lui fassent rendre les trésors qu'il récèle.

L'industrie proprement dite n'est pas moins délaissée que l’agriculture dans cette contrée où la nature a tout prodigué et où les besoins de la vie peuvent être satisfaits presque sans effort.

Il y a plusieurs causes à ce double phénomène, que nous voulons croire passager.

C’est d’abord le petit nombre d'habitants, car, d'après les données officielles du recensement du 31 décembre 1890, la densité de la population, par kilomètre carré, est à peine de 0.08, tandis que dans le pays le moins peuplé de l’Europe relativement, en Norvège, la densité est de 6 habitants par kilomètre carré.

C’est aussi la facilité qu'ont les habitants de se procurer, soit autour d’eux, soit à l'étranger, avec le produit de la vente du caoutchouc, les objets de consommation de première nécessité. Il leur suffit de puiser dans leurs cours d’eau et dans leurs forêts, ou de faire venir d'Europe et de l’Amérique du Nord, grâce aux bénéfices du caoutchouc, tout ce qu'ils désirent. Leur incomparable réseau de navigation

fluviale et leurs vastes seringaes, au lieu de stimuler l’essor industriel,

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le retardent plutôt, en leur offrant trop de facilités et de ressources pour s'approvisionner ailleurs.

Mais ce qui détourne surtout de l'agriculturesédentaire et de l’industrie perfectionnée, c'est cette soif naturelle de l'or qui s'estemparée | de la plus grande partie de la population et qui la pousse dans la profondeur des forêts et vers les cours d’eau les plus lointains, à la décou- | verte de l’arbre merveilleux d’où coule la sève du caoutchouc. .

Le gouvernement local, voulant lutter contre ces fatalités économiques, a essayé à plusieurs reprises de ramener à des occupations plus sédentaires cette vaillante phalange d'ouvriers errants. Toutes les mesures qu'il a prises pour encourager l’industrie du pays sont. demeurées à peu près stériles.

C'est ainsi que, pour ne pas remonter plus haut, en 1869, un président. dont l'administration laissa des traces durables, M. João Wilkens de Mattos, constatait, dans un de ses rapports, que la province venait de dépenser plus de 50.000 francs en prêts à une usine de briques et carreaux, à une scierie à vapeur et à quelques autres entreprises de moindre importance.

Depuis cette époque, nous trouvons dans la collection des lois votées par l’Assemblée législative provinciale et par le Congrès de l'État, et sanctionnées par les divers présidents et gouverneurs, une série de subventions ou de prêts consentis dans le même but.

La loi budgétaire du 20 mai 1871 a autorisé le payement des machines commandées pour l'usine des briques et de carreaux de M. F.-A. Monteiro-Tapajoz.

Celle du 30 avril 1872 a accordé, sans intérêts, la somme de | 5,000 francs à M. M. Gonçalves do Nascimento pour une fabrique de briques, carreaux et tuiles, sise à Silves.

Au 20 mai 1875, une somme de 15,000 francs était portée au budget des dépenses pour couvrir l'achat de machines fait par MM. J. Alves da Silva et Frères, au bénéfice de leur tuilerie.

Le 15 mai 1879, un emprunt de 15,000 francs était consenti, sans

intérêts, au nom de MM. Soares Bello, pour [installation d'une scierie à vapeur.

Par une loi du 16 juin 1883, un établissement de machines et de constructions navales, à Manãos, a été reconnu d'utilité publique, pouvant jouir, pendant 20 ans, d'une garantie de 7 o/o d'intérêts, sur un capital de 375,000 francs. Enfin, depuis lors, d'autres lois ont été votées dans un but analogue.

Malgré toutes ces largesses, et, l’on peut dire, malgré toutes ces avances à fonds perdu, l’industrie demeure réfractaire.

Pour quel’Amazone entre dans la véritable voie économique et s'assure un lendemain industriel, il faut, ce nous semble, que l’impulsion et la direction lui viennent d’une sorte de génie supérieur. Le

| jour où un homme, que nous nous permettrons d'appeler providen- | tiel, en possession de capitaux suffisants et d’un noyau d'ouvriers doués d’une ténacité à toute épreuve, viendra s'établir au milieu des indigènes et des exploiteurs de caoutchouc, fermement résolu à se livrer exclusivement à ces deux branches de la production civilisatrice : l’agriculture d’abord, et l’industrie ensuite, ce jour-là, la révolution économique tant désirée sera initiée dans cet État; ce jour-là, cette proche voisine des États-Unis de l'Amérique du Nord, cet El-Dorado légendaire étonnera le monde par ses gigantesques enfantements.

Mais, en attendant que ce grand colon soit né ou se soit révélé, - passons en revue les principaux produits qui donnent lieu aujourd’hui aux transactions les plus importantes de la région amazonienne. Nous nous souvenons d’avoir lu dans de gros livres, alors que nous étions enfant, cet axiome historique : « L'humanité a passé . par trois grandes phases: la vie sauvage, la vie pastorale et la vie agricole. »

Les habitants de l’Amazone ont introduit un quatrième élément parmi ces trois facteurs cotés de la civilisation : c’est la vie forestière.

Ils sont, en effet, des forestiers, les premiers forestiers peut-être du

Nouveau Monde. Si cela ne constitue pas leur plus beau titre de gloire, cela fait, du moins, leurs plus clairs titres de rente.

C'est de la forêt qu’ils tirent leurs revenus, et la forêt est loin de leur avoir livré toutes ses ressources. C'est d'elle qu’ils tirent le tucum, le piassava, l’étoupe, le cumarú, le puxury, la girofle, le guarana, la salsepareille, le quinquina, etc., sans parler du caoutchouc.

Le Tucum est la fibre d'un grand palmier (Astrocaryum Vulgare). Cet arbre, fort répandu dans le pays, est d’une utilité exceptionnelle. Son bois peut être employé dans la bâtisse commune ; son fruit, assez agréable au goût, fournit une excellente huile pour l’éclairage et pour certains usages industriels. Quant à la fibre, elle est employée dans la confection d’un grand nombre d’articles de ménage, tels que paniers, boîtes, nattes, chapeaux, filets, etc. Elle a été, pendant quelques années, l’objet d’un certain commerce. Pendant l’année fiscale 1881-1882, on avait exporté 438 kilogr. de ces filaments. Depuis lors, la production a diminué considérablement, et en 1895-96 l’exportation n’en a plus été que de 222 kilogr. à peine.

Le Piassava, tiré de l'écorce d’un palmier que nous avons déjà décrit, avait fourni à l'exportation, en 1894-05, plus de 312,000 kilogr., d'une valeur de 136 contos; en 1895-06, cette exportation n'a plus été que de 292,131 kilogr., d'une valeur de 78 contos. C'est avec le piassava que Ion fait les brosses des balayeuses employées à Paris pour le nettoyage des rues. — L’espèce Leopoldina piassava fournit également des filaments ayant les mêmes propriétés, et les fruits de ces deux espèces contiennent en grande quantité une substance huileuse. On l’exporte aussi sous forme d'étoupe : 2,131 kilogr. en 1895-06.

Le Cumarú, fruit de la Dipterix odorata, ou Coumarouna odo-

rata, donne par extrait une huile usitée en parfumerie et en pharmacie. Le port de Manãos a exporté, en 1895-96, un millier de kilogr. de fèves de cumarú, et Parintins, Itácoatiára et Mauès en ont exporté, ensemble, près de 9,000 kilogr.

Le Puxury également employé en médecine (Nectandra Puchury) donne lieu également à une exportation restreinte.

Le clou de girofle (Carophyllos aromaticus), qui est, comme on sait, la fleur non développée ou atrophiée du giroflier, est de plus en plus abandonné. Le bas prix de cet aromate culinaire l’a fait dispaparaître, depuis une vingtaine d'années, de notre tableau d'exportation.

Le Guarana est extrait des graines d’un arbrisseau grimpant de la famille des Sapindacées, dont nous avons parlé précédemment. On le trouve dans nos forêts à l’état sauvage, mais les indigènes de Maueês le cultivent, et il y produit des graines au bout de 3 à 4 ans. Le fruit en est récolté principalement en novembre. Il a une enveloppe extérieure contenant la pulpe et les graines, qui à leur tour sont enfermées dans une enveloppe. Un homme peut préparer, pendant la saison, de 150 à 500 livres de guarana, selon son habileté. — Le D’ Stenhouse qui a analysé le guarana à une époque récente y a trouvé une quantité de théine plus considérable que celle contenue dans le thé, le café et le maté, et ila résumé les résultats auxquel il est parvenu dans Vintéres-

sant tableau que voici et qui renverse les idées recues :

Calejbrules se. ie Re de RO CE 1.00 º/o de théine. Mate. 27.0 ASAE EN Le Dino IST O Re PA 1,20 — - Reunllesidercafeler-.». cds em OU O EEE 1.26 — — ARE PN CASA Sette SER SECR RO o PA PTE 2.13 — — GHATANAEREE etre BOOASO LUC CASO LEpADDO je 5.07 — —

L'exportation de Manäos est insignifiante pour ce produit : 87 kilogr. à peine en 1895-96; mais celle de Parintins et celle de Mauês ont été, pendant le même exercice, de 23,510 kilogr., d'une valeur de 197 contos ou millions de réis.

La Salsepareille appartient à la famille des végétaux endogènes, connus des savants sous le nom de Smilacées. Elle entre dans le genre Smilax, lequel se dénombre par centaines d’espèces. La Salse-

pareille du Brésil (Smilax Syphilitica) partage les propriétés diuré-

tiques et sudorifiques de ses congénères du Pérou, du Mexique et de la Jamaique. Bien qu'en général elle ne soit pas aussi estimée que celle du Honduras, elle est cependant beaucoup employée dans la pharmacie. Le commerce s'est emparé depuis longtemps des racines adventices de cette plante vivace, sarmenteuse et grimpante, vermiformes et de la grosseur d'une plume d'oie. La production de PAmazone a beaucoup diminué pour cet article : de 45,000 kilogr., chiffre de l'exportation en 1880-81, elle est tombée à 1,736 kilogr. en en 1894-95, et à 2,403 kilogr. en 1895-06, à cause des bas prix qu'atteint ce produit.

Depuis M. de Jussieu, nous sommes obligés de voir dans le Quinquina un cousin du café. Tous deux, en effet, font partie de la famille des Rubiacées, malgré les recherches de paternité auxquelles Lindley s’est livré contradictoirement. L'écorce du Cinchona est, on ne l’ignore pas, un agent fébrifuge de premier ordre. Le Pérou, la Bolivie et PAmazone, entre autres, ont la spécialité de ce tonique antipériodique. Les remijias du Brésil sont gris, jaunes et rouges. Les gris sont recouverts de leur épiderme, et, le plus souvent, roulés ; ils proviennent des jeunes branches. Les jaunes sont en écorces plates ou roulées. Les rouges sont dús au tronc de l’arbre et aux grosses branches.

Pendant l’année fiscale 1878-70, " Amazone n’avait exporté que 75 kilos de quinquina. En 1881-82, on en avait exporté 4,544 kilos. Pendant l’année 1883, un seul paquebot, parti de Manäos fin novembre, y prit un chargement de quinquina d’une valeur supérieure àun demi million de francs. Toutefois, nous avons des motifs de croire que la plus grande partie de ce quinquina passait en transit seulement et était de provenance péruvienne.

L'Etat de "Amazone peut être considéré comme la pharmacie centrale du monde entier. Aucune autre région du globe ne produit peut-être en aussi grande quantité des remèdes à tous les maux.

Outre les produits que nous venons de signaler et qu’il retire de

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