‹ Le pays des AmazonesChapitre 68 sur 149 · Carbet d'un ouvrier seringueiro · texte numérisé non relu

Carbet d'un ouvrier seringueiro

ses figures de rhétorique et désigna sous lenom de seringa la substance qui servait à la fabrication de ces menus objets domestiques. De là vient la dénomination de « seringuiers » ou seringueiros que gardent encore aujourd’hui dans l’Amazone les extracteurs de ce suc laiteux, et celle de seringaes donnée aux exploitations forestières où ils recueillent par incision cet or végétal.

Quant au nom de caoutchouc, sous lequel ce produit est connu en» France, il y a été apporté par l’astronome de La Condamine. Dans

un mémoire présenté à l’Académie des sciences de Paris, en 1745, à son retour de l'Amérique du Sud, où il avait été envoyé afin d'y mesurer un degré du méridien, il apprit à la docte Compagnie que les Indiens Omaguas du fleuve des Amazones, au sud-est de Quito, donnaient le nom de « cahuchu » à une résinetirée de Parbre Hyévé ; d’où l’on a fait la Hevea guianensis. De La Condamine doit donc être considéré comme le parrain et l’introducteur du caoutchouc en

France. L'India rubber des Anglais est postérieur.

Le caoutchouc est contenu dans le suc laiteux des arbres que nous avons cités plus haut et de plusieurs autres, que l’on trouve dans les forêts amazoniennes où ils poussent sans culture. Il s’y trouve sous forme globulaire.Ces gouttelettesen suspension ressemblent, lorsqu'on les retire, aux globules graisseux du lait etsont composées d'albumine végétale.

Pour faire couler la gomme, autrefois l’on ceignait l’arbre d’une liane, attachée obliquement à 5 ou 6 pieds du sol, et l’on faisait de petites incisions sur l'écorce au-dessus de l’endroit attaché. En coulant, la sève trouvait un obstacle dans la liane etse dirigeait toute vers le même point, en bas, où on la recueillait dans un vase en argile. Ce système primitif et barbare, qu'on appelait arrôcho dans le pays, est abandonné depuis de très longues années.

Il a été remplacé dans l'Amazonie par un autre système, celui des tigelinhas ou des petits gobelets. Voici en quoi il consiste : l’ouvrier, le seringueiro, part de son baraquement le matin, chargé de tout son attirail professionnel. Auparavant il a eu soin d'étudier le terrain, de reconnaître les arbres à caoutchouc qui se trouvent disséminés sur Pexploitation où il travaille, pêle-mêle avec d'autres essences forestières. Sur ce terrain sont tracés des chemins, des estradas, souvent en zigzag, peuplés à droite et à gauche de l'arbre précieux. Arrivé sur son estrada, il pratique, au moyen d’une hachette ou « machadinha », sur chaque tronc d’arbre à caoutchouc, dans toute l'épaisseur

de l'écorce, des incisions ne dépassant pas un pouce, généralement.

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Sur le bord inférieur de chacune de ces blessures, il adapte prestement, presque toujours au moyen d’une argile à demi-plastique, de petits gobelets en fer blanc. Cette besogne se fait le plus souvent le matin, jusqu’à 11 heures. A midi, à peu près, les gobelets sont presque pleins du suc visqueux. L’ouvrier les retire, déverse leur contenu liquide dans un seau, qu'il transporte sur la terrasse du

barracão ou carbet.

L'extraction est terminée; la coagulation va commencer par l’enfumage.

Sur la terrasse, on lui a déjà apprêté un fumeiro ou fumoir, espèce de four à reverbère, muni à son extrémité supérieure d’un tuyau de cheminée par où doit s'échapper la fumée abondante produite en brûlant les fruits de certaines essences. Dans le rio Purús, on se sert pour cette opération des fruits de l’urucury (Attalea excelsa); dans le rio Autaz, de ceux du palmier yuduassk (Manicaria saxifera) ; à Manacapurú, dans le rio Jahú et en d’autres endroits où ces deux palmiers sont plusrares, on se sert de brandilles du bois de certains

arbres spéciaux, tels que le carapanáúba et le paracúúba.

Le feu allumé, l’ouvrier prend une palette ou spatule en bois,semblable à une grande férule ; il la trempe à plusieurs reprises dans le seau, où le suc, qui deviendra bientôt le caoutchouc du commerce, apparaît comme une crême épaisse, et il laisse son moule exposé à l’action de la colonne de fumée pendant quelques instants. La partie liquide s'évapore immédiatement, et il se forme sur le moule une mince couche de gomme élastique. L'ouvrier répète la même opération, et obtient ainsi des couches successives, des stratifications élastiques et régulières d’une certaine épaisseur et sans la moindre impureté. Dès qu'il en a la quantité voulue et déterminée par l’usage, il coupe la boule de caoutchouc, au sommet, avec un couteau dont la lame est mouillée, donne deux coups sur les côtés du moule, en retire ainsi la plaque épaisse de caoutchouc qu'il vient de coaguler, et l’expose au

soleil, où elle prend la teinte noirâtre qu’elle garde en venant sur les marchés.

Si Pouvrier a exécuté son travail consciencieusement, le caoutchouc

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