Panoplie d’un ouvrier seringueiro
qu'il vient de produire ne contient aucune matière étrangère et forme la qualité fine. S'il n’est pas tout à fait pur, il forme le moyen fin. Les déchets deviennent le sernamby.
Certaines espèces ne peuvent pas être travaillées de cette manière, car Parbre, après l’incision, serait attaqué par des vers et mourrait.
Il faut donc les abattre et en recueillir le suc dans un canal de liane
es
où il secoagule et devient le caucho, qualité inférieure et qui n'est exploitée dans l’Amazone qu'incidemment et comme appoint. L'Amazone tient à ne produire que des qualités supérieures.
Tous ces procédés, on le voit, sont assez simples. Il est plus facile d'obtenir du caoutchouc que de fabriquer du beurre et des fromages. Un enfant peut se livrer à cette industrie rudimentaire.
Dans ces derniers temps, on a pensé à mettre à profit, non plus seulement le suc laiteux de la siphonia, mais ses feuilles, dont on extrairait une matière malléable ayant des propriétés analogues. Une Compagnie anglaise, qui exploite déjà la gutta-percha par ce procédé de la manipulation des feuilles, se livre à des essais qui, s’ils venaient à réussir, transformeraient de fond en comble cette industrie.
Quoiqu'il en soit, nous ne doutons pas que bientôton ne parvienne à dessécher convenablement et à épurer le produit sur place. Pourquoi même des usines ne se fonderaient-elles pas dans le voisinage de cette matière première, pour la manufacturer ? N'exploiterait-elle que les marchés brésiliens, que son champ d'activité serait encore assez vaste. Le caoutchouc de l’Amazone paie à la sortie des droits qui sont, en moyenne, de près de 20 o/o. Il faut compter les frais d'embarquement, d'assurance, de transport et de débarquement au port d’arrivée en Europe. Dans quelques pays il doit acquitter des droits d’entrée. Puis, il y a le bénéfice des intermédiaires. Une fois manufacturé, il doit payer de nouveaux droits, le port et l'assurance jusqu’au Brésil, qui, après avoir produit la matière première, la rachète, transformée, avec une surcharge de plus de 1000/0. La marge est assez large pour tenter les capitaux européens qui voudraient implanter des usines sur place.
Il y a près de quarante ans, un M. Strauss prit un brevet pour un système de coagulation au moyen d’une dissolution de pierre ponce (sulfate double de potasse et d'alumine). Le gouvernement brésilien acheta le brevet et le mit dans le domaine public. Le caoutchouc ainsi obtenu prenait une teinte rouge jaunâtre. En 1883, M. Macedo
Bentes de Parä, présenta des échantillons de caoutchouc préparés d’après un procédé pour lequel il obtint un brevet. Nous avons eu l'occasion de voir ces échantillons, qui semblaient avoir résolu ce triple problème : expulsion de l'humidité, qui augmente inutilement le poids de la gomme élastique; absence de matières étrangères, qui aiminuent la valeur marchande du produit; facilité de transport, car ce caoutchouc était préparé sous forme de feuilles de o m.06 d'épaisseur.Nous-même, nous avons obtenu un diplôme d'honneur à l’exposition universelle d'Anvers, en 1885, comme introducteur de ce système. Depuis, on l’a presque entièrement abandonné, les fabricants craignant que ce mode de préparation n'enlève au caoutchouc ainsi obtenu une partie de son élasticité.
Le caoutchouc est, comme l’on sait, un corps mou, flexible et élastique à une température de 10 degrés. Au dessous de zéro, il perd son élasticité et devient dur sans être cassant ou pulvérulent. On le dit alors gelé. Il a l’immense avantage d’être inperméable à l’eau et presque inaltérable à Pair.
Lorsqu'il n'est pas desséché par la fumée dont on se sert pour le préparer, comme nous l’avons vu, il se présente sous une forme blanche et translucide. En pressant l’une contre l’autre deux surfaces de caoutchouc fraichement coupé, elles se ressoudent assez facilement. Il brûle avec une flamme éclairante et fuligineuse, d'une odeur assez désagréable. Les Indiens s’en servaient jadis pour s’éclairer. Si on le soumet à une température de 235 degrés, il fond, et, distillé en vase clos, il fournit de 88 à 92 o/o d’une huile renfermant divers carbures d'hydrogène.
La gomme élastique se ramollit et se gonfle dans l’eau bouillante, mais est insoluble dans ce liquide. de même que dans l’alcool. Cependant elle se dissout dans l'essence de térébenthine, dans la benzine, le pétrole purifié, le chloroforme, et, surtout, dans le sulfure de carbone. Une addition d'alcool dans la solution éthérée détermine, lorsqu'on traite le caoutchouc, un précipité laiteux, analogue au súc
naturel.On peut également conserver le suc laiteux pendant longtemps dans une solution de térébenthine.
Jusqu’à présent, on n’a guère pu réussir à le teindre qu’avec l'or-
canète et certains dérivés de l’aniline.
32. — Ouvrier seringueiro à la recherche de fruits de palmier pour enfumer le caoutchouc.
La constitution chimique du suc laiteux qui le fournit et le tient en suspension est assez complexe, et se rapproche de celle des résines et des essences. Il offre, d’après Faraday, la composition sui-
vante :
Caoutchouc Ar 31.70 Albumine végétale. . . 1.90
GES ET. Traces Matière azotée amère, so-
luble dans l’eau et in-
soluble dans Palcool. 7-13 Matière soluble dans l’eau
etinsoluble dans l'alcool 2.90 Eau acidulée 56.37 Lotal M roa.00
Quant au caoutchouc lui-même, il semble constitué par des carbures d'hydrogène qui sont ses principes immédiats. Il renferme
7.2 de carbure e1 12.8 d'hydrogène. Sa densité est égale à 0.925.
Il s’agit là du caoutchouc en général. Le caoutchouc de l’Amazonie en particuiier doit sa supériorité, non seulement à son mode de préparation, mais encore à ce fait qu'il est supérieur aux caoutchoucs de toute provenance par son élasticité plus grande, par la moindre proportion d’eau et de substances diverses qu'il contient, et par la moindre perte qu'il subit dans la préparation, son poids spécifique étant le plus petit de tous.
Sa plus grande élasticité est connue de tous les fabricants.
La proportion d’eau et de substances diverses qu'il renferme n'est que de 68.30 o/o, tandis que celle du Ficus elastica, par exemple, est de 90.43, de sorte que le suc laiteux de la siphonia amazonienne contient 31.70 de caoutchouc proprement dit, celui du Ficus n'en renfermant que 9.57.
Enfin, dans la préparation de la matière première brute, le caoutchouc amazonien perd à peine 12 o/o, tandis que la perte de toutes les autres sortes oscille entre 17 o/o, pour les belles qualités de Loanda, et 35 o/o pour le Bornéo. Même les déchets des caoutchoucs de l’Amazone, le sernamby, ne perdent que 25 o/o, alors que le caoutchouc de Madagascar perd 28 o/o et celui du Gabon 35 0/0.
Le caoutchouc conduit mal le calorique et pas du tout l'électricité. L'hydrogêne le traverse à la longue. Les acides azotique et sulfurique Pattaquent. Ces propriétés physico-chimiques du caoutchouc ont été
212 LE PAYS DES AMAZONES découvertes peu à peu et ont beaucoup contribué à élargir le champ de ses applications.
Les premiers emplois du caoutchouc se bornaient, en effet, à des
usages élémentaires : on s’en servait pour effacer par frottement les