CHAPITRE IX
Enseignement moderne. — Organisation générale de Vinstruction publique au Brésil. — Ce qu'était l'instruction publique dans "Amazone il y a un demisiècle. — Ce qu’elle est devenue. — Crédits consacrés à l’instruction publique par le budget de l'Etat. — Ecoles primaires publiques. — Enseignement secondaire. — Ecole normale. — Enseignement professionnel, — Muséum.
Le meilleur des régimes scolaires est évidemment celui qui répond le mieux au tempérament national, aux besoins du moment et aux institutions générales d’un peuple.
Au Brésil, l’organisation de l’enseignement repose sur ces trois bases. Elle est en rapport, jusqu’à un certain point, avec nos mœurs, nos aptitudes et notre système politique, et ne ressemble à rien de ce qui fonctionne en France.
La France est une République fortement centralisée. Le Brésil est une République également, mais une République fédérative, composée d'Etats autonomes. Aussi, tandis qu’en France l’enseignement à tous les degrés est concentré et se trouve au pouvoir de l'Etat, — au Brésil, tout au contraire, il est comme calqué sur l'autonomie absolue de chaque Etat.
Au Brésil, l’enseignement de toutordre est du ressort de chaque Etat, et, en principe, des Municipes également.
L'enseignement supérieur lui-même ne constitue pas un monopole de Union Fédérale: les vingt Etats, les municipes, des corporations même peuvent créer des Universités et des Facultés, et ces établissements sont entièrement libres dans le choix du personnel, dans la fixation des programmes et dans l'adoption des méthodes. L'Union
Fédérale ne peut leur imposer aucun joug, aucune contrainte admi-
nistrative, aucun droit d'inspection. Les examens qu'elle fait subir aux ù candidats de toute provenance qui veulent prendre des inscriptions dans les établissements d’enseignement supérieur qu’elle entretient encore, sont le seul moyen dont elle dispose pour peser indirectement sur le programme de l'instruction primaire et secondaire.
En France, l’enseignement primaire n’est gratuit que depuis l’application des réformes provoquées par M. Jules Ferry. Au Brésil, la gratuité existe partout, et, avant même l’avénement de la Républi-. que, existait déjà en vertu d’un article de la Constitution impériale du 25 mars 1824. Cette gratuité n'entraine pas forcément l'obligation; elle n’est qu'une facilité offerte aux pères de famille sur toute l’étendue du territoire de la République. Certains Etats brésiliens ont décrété l’enseignement obligatoire ; il en est d’autres où cet enseigne- | ment demeure facultatif, quoique toujours et partout gratuit.
Dans l'Etat de " Amazone, il n'est pas obligatoire. Dans une région aussi vaste, où les centres de population sont irrégulièrement distribués, où les intérêts sont très divers, il était peut-être un peu difficile d'astreindre tous les enfants à fréquenter l’école ; mais cette lacune n’en est pas moins regrettable.
En revanche, la laïcité de l’enseignement existe dans l'Amazone, et semble un corollaire naturel de la séparation de l'Eglise et de l’État, décrétée par le Gouvernement Provisoire et confirmée par la Constitution républicaine du 24 février 1891. Cependant, Pinstruction religieuse est donnée dans presque tous les établissements scolaires privés, et, le plus souvent, par des laïques, sans qu'il en soit résulté de graves inconvénients.
L'enseignement public au Brésil est donc suffisamment en harmonie avec notre organisation gouvernementale et avec nos MŒurs. —. Il est gratuit, comme il convient à une démocratie. Il est obligatoire ou facultatif, selon les circonstances, comme il doit être dans un vaste et libre pays à forme républicaine fédérative. Enfin, s’il n'est pas reli-
gieux, il n'est pas non plus anti-confessionnel, parce que chez nous il
yaun mélange à parties égales de religion et de libre philosophie pratique.
Le principe de ia gratuité se justifie de lui-même.
Celui de la décentralisation en matière d'instruction publique était réclamé par l’organisation politique du pays, ainsi que nous l'avons déjà attesté, et par les conditions particulières de sa population. Le territoire brésilien est immense. Il n’est inférieur que d’un cinquième à la superficie totale de l’Europe. De plus, il se trouve três inégalement peuplé. Il eût été difficile d'organiser l’enseignement dans l'Etat de l’'Amazone, par exemple — où l’on compte à peine 0.08 habitant par kilomètre carré — sur le mème pied que dans la capitale de l'Union, où la densité de la population s'élève à 197 habitants par kilomètre carré. Il eût été impossible d'imposer un régime uniforme à des contrées aussi dissemblables au point de vue de la population, du climat, des éléments ethnologiques et des habitudes locales. Il était plus sage de laisser aux Etats le soin de conformer leur enseignement à leurs besoins respectifs.
Les Etats d’ailleurs, se sont montrés dignes de la tâche qui leur a été confiée. Ils ont rivalisé de zèle entre eux pour assurer au plus grand nombre possible de leurs administrés la meilleure et la plus fructueuse éducation. De cette noble et féconde émulation entre leS
vingt Etats, sont sortis des progrès vraiment remarquables.
L'un des anciens ministres de l'instruction publique du royaume d'Italie, M. Coppino, avait l’habitude de répéter : « Les écoles primaires et les instituteurs ne font défaut que là où les communes ne montrent pas assez d'affectueux empressement pour les bien doter. » Le gouvernement central, en effet, ne saurait suffire et pourvoir à tout. Sous ce rapport, les Etats du Brésil n’ont rien à se reprocher et rien à envier, car, presque tous, ils consacrent la plus belle part de leur budget à l'instruction publique.
L'Etat de l’Amazone occupe une place honorable à côté de ses
dix-neuf frères, au point de vue de l'instruction publique, et les pro-
282 LE PAYS DES AMAZONES grès qu'il a réalisés dans cet ordre d'idées méritent tous les encouragements possibles.
La première école primaire publique, dont il soit fait mention dans les annales législatives de l’ancienne province, a été créée par la loi
n° 6 du 8 mai 1838, alors que cet Etat était une simple comarque sous