‹ Le pays des nègresChapitre 100 sur 114 · LA GUERRE CIVILE CONTINUE · texte numérisé non relu

LA GUERRE CIVILE CONTINUE

Goave, ainsi assiégé par terre, fut le même jour bloqué par deux goélettes et un brick. L'armée du Nord couronnait les mornes qui dominent l'Acul et le fort Résolu, et, croyant la ville encore occupée par l'armée du Sud, s'attendait à un engagement général. Profitant de l'hésitation de Dessalines, Faubert sortit de la place et s'efiPorça de rejoindre Pétion.

Dessalines, sans perdre un instant, divisa ses troupes en trois colonnes qu'il lança à la poursuite des Rigaudins dont il atteignit, au-delà de l'Acul, l'arrière-garde, si l'on peut appeler de ce nom deux cents fantassins et trente cavaliers. Ces braves, postés derrière les bâtiments d'une guildive, essuyèrent plusieurs décharges. La 4^, qui se jeta sur eux, la baïonnette au bout du fusil, fut arrêtée. La 8^ se rua ensuite, rompit leurs rangs et les mit en désordre.

Les officiers du Nord qui étaient montés, formèrent un escadron et poursuivirent jusqu'au pont de Miragoâne cette poignée de héros.

Dessalines retourna au Petit-Goave. Il fit main basse sur trois goélettes américaines chargées de provision que les corsaires du Sud avaient capturées, sans compter une pièce de trente-six, quatorze de vingt-quatre, une de huit, une de quatre et des munitions.

Informé de ces succès, le général en chef félicita Dessalines qui fut autorisé à faire des levées en masse pour compléter son efiectif. « La culture souffrira, écrivait-il ; c'est la faute du traître Rigaud. » 11 lui recommandait en terminant, de faire la guerre à ce dernier avec le même acharnement qu'il avait montré autrefois contre les Anglais.

Mauvaises mesures de Rigaud. — Habileté de Louverture. — Combat au pont de Miragoàue. — Dessalines reçoit l'ordre de reprendre sa marcbe. — Incertitude de Louverture. — Arrivée d'une délégation de la métropole, — Conduite du général en chef à son égard. — Fausse nouvelle d'une expédition pour Saint-Domingue. — De quelle façon Louverture reçut les dépêches des consuls. — Amnistie, — Dessalines poursuit les opérations militaires. Combat du Fond-des-Nègres. — Rigaud recule. — Bataille d'Aquin. — Prise du Petit-Trou-de-Saint-Louis du Sud. — Rigaud s'embarque.

Rigaud, pour continuer la guerre, se trouvait dans la nécessité d'accabler d'impôts les capitalistes et de tolérer tous les excès auxquels se livraient les cultivateurs dans les campagnes et le petit peuple dans les villes.

Il employa les menées les plus odieuses pour soulever les populations.

On répandit avec une nouvelle ardeur, dans le département du Sud, l'assurance que le général en chef voulait égorger toute la caste sang- mêlée et remettre les nègres en esclavage. L'industrie et le commerce furent frappés d'impositions forcées, les vivres et le bétail des habitations livrés à la rapacité des soldats et l'amnistie du l»"" messidor cachée aux habitants.

Louverture, plus habile, mêlait la politique à la force des armes. Entouré d'hommes éclairés dont il écoutait les

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